‹ Les samedis littéraires (volume 3)Chapitre 8 sur 15 · AILAIAND MARQUISET, SOUS-PRÉFET · texte numérisé non relu

AILAIAND MARQUISET, SOUS-PRÉFET

Pour « arriver » il fallait surtout de la souplesse. Marquiset manquait de souplesse. C'est pourquoi, comme le dit le comte Marquiset qui écrit à la façon de son grand-oncle : « Les sinécures dorées, les décorations, hochets de l'âge mûr, ne vinrent pas égayer son déclin, et, ballotté de mécomptes en déceptions pendant toute sa vie, il est venu s'échouer en soupirant sur un petit coin de la terre natale. » Du moins Armand Marquiset fut un critique clairvoyant du monde administratif. Il en connut l'existence précaire et humiliée. Frédéric Masson, historien, allègue que la République contemporaine créa cette abjection et cette misère préfectorales ! Marquiset répond que c'est M. de Villèle, qui était sans pudeur. < A cette époque, l'influence du ministère dans les élections était parfaitement légitime; elle se montrait surtout sous les formes les plus polies et ne s'exerçait pas d'une manière brutale comme on l'a fait depuis. On se bornait à prévenir un préfet soit par un inspecteur général des iinances en tournée, soit par un autre intermédiaire que tels noms seraient plus agréables que tels autres, mais \o. préfet n'était menacé ni d'une destitution, ni me disgrâce s'il ne réussissait pas. Ce n'est que plus tard, sous le ministère sans pudeur de M. de Villèle, que le système dinlimidation fut mis en pratique et qu'on se décida à donner aux préfets des ordres formels pour faire nommer, MOUS leur responsabilité personnelle, tel ou tel candidat à l'exclusion de tout autre. El ie gouvernement qui dictait ces ordres immoraux affec-

tait les dehors de la probité la plus légale et de la pitié la plus austère ». Ainsi c'est M. de Villèle qui a commencé. Je m'en doutais.

Mais les préfets du temps étaient-ils aussi dignes d'admiration que le prononce Frédéric Masson, historien, lorsque implicitement il les compare aux nôtres ? Armand Marquiset répond : « Il est remarquable que le personnel des procureurs généraux qui ne compte que vingt-six titulaires a fourni pendant les dix-huit années du dernier règne plus d'hommes de valeur que celui des quatre-vingt-six préfets. MM. Sylvain Dumont Hébert, Barthe, Martin du Nord, Vivien étaient sortis des rangs du parquet; et l'on ne peut citer que M. Jayr qui, de préfet, soit devenu ministre sous la dernière monarchie, et quelles traces de monuments d'institutions utiles, M. Jayr a-t-il laissées de son passage aux affaires, soit à Lyon, soit à Paris ? » Oui, est-il bien utile de citer M. Jayr? Mieux vaut rappeler le mot du ministre Remusat, disant que « sur les quatre-vingt-six préfets de France, le gouvernement n'en avait pas dix occupant convenablement leur poste ». Marquiset aurait trouvé le mot moins juste, s'il était parvenu à la préfecture.

C'est parce qu'il n'y parvint pas que sa vie impuissante est fertile en enseignements. 11 so retira dans sa province qu'il avait rêvé d'administrer, et ce Franc-Comtois écrivit quelques brochures en l'honneur des célébrités locales. Cependant qu'il les écrivait, il se comparait sans doute à ses petits héros et se préférait à eux. Mais il avait

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