‹ Les samedis littérairesChapitre 11 sur 24 · L'ART DES PASSIONS · texte numérisé non relu

L'ART DES PASSIONS

Par Marcel Barrière.

C'est un livre bien flatteur pour notre amour-propre national, et particulièrement littéraire, dont Marcel Barrière vient de nous gratifier.

11 étudie « ce que le progrès des mœurs a introduit •d'artificiel dans la manifestation et l'expression de Famour en général, au point de ne plus laisser au naturel qu'une part presque négligeable. » C'est ce casuiste austère de l'amour qui s'exprime en ces termes et jamais je n'aurai cru, quant à moi, qu'on pût dire que la substitution de l'artificiel au naturel, Tanéantissement du naturel par l'artificiel sont, même en amour, ou bien surtout en amour, la conséquence d'un jprogrès et, qui plus est, d'un progrès des mœurs. . .

Quoi qu'il en soit, d'Ovide à Stendhal, sans oublier les Pères de l'Eglise, qui se sont souvent occupés de ce qui ne les concernait pas, beaucoup de casuistes, graves ou frivoles, ont essayé d'établir les lois de l'amour, de définir et de classer les divers états de passion.

M. Marcel Barrière est d'une modestie très ironique. Il pense bien que tout est dit et qu'il vient trop tard • depuis quelque mille ans qu'il y a des O vides études Pères de l'Église qui dissertent sur l'amour — au lieu de le faire. Il se propose donc seulement — seulement! — d'étudier d'abord dans son objet, ensuite dans ses ejBfets les plus intéressants, le phénomène capital, d'ordre à là fois physiologique et psychique, par quoi s'engendre et se forme l'amour chez les modernes: la séduction... Et le don juanisme n'est que — c'est être déjà beaucoup — l'art de séduire, l'art de faire la cour aux

femmes et de se faire aimer d'elles, comme aussi Fart d'éveiller la volupté et celui d'idéaliser, de poétiser la passion, de la parer de toute la beauté possible. L'idéalisme triomphera donc dans VArt des - Passions, grâce au Don Juan des temps modernes et grâce à M. Marcel Barrière, confesseur enchanté, encore que flegmatique, de sa foi nouvelle. C'est un grand signe pour notre époque, et comme nous ne nous attendions pas à le découvrir en elle ; mais il n'est que de regarder les choses et les gens d'un peu près — ainsi que les amours!

Du reste, la modestie de M. Mareel Barrière a tort, ou bien son ambition exagère : son œuvre n'est pas inférieure aux théories de l'amour, qui furent élaborées à travers les siècles, et elle n'est pas non plus tçè» différente d'elles. Je ne dis pas que d'elles on ne les dis- . tingue pas. M. Marcel Barrière est un observateur j original, et sa mathématique de l'amour est sa propre j création. Enfin, son temps a exercé sur lui-môme et sur son livre une considérable influence. Il nous fait des révélations sur notre époque, mais notre époque nous aide à le comprendre.

Cependant, ce que nous apercevons, tout d'abord, c'est eii quoi VArt des Fassions de Marcel Barrière complète V Amour de Stendhal, ou de quelle façon il s'y prend pour être incomplet comme lui. M. Marcel Barrière n'oublie pas Stendhal, lorsqu'il analyse le genre et Vintelligence des Passions, la vie des Passions^ Stendhal oublie de définir l'amour chez la femme, et Marcel Barrière s'abstient systématiquement de constituer les éléments de cette définition.

Mais les deux traités ou, pour être agréable à M. Marcel Barrière, les deux peintures de VAmour sont très différentes parce qu'elles sont effectuées dans des conditions très différentes, dans des états d'esprit qui ne se ressemblent nullement l'un à l'autre^

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Stendhal aimait, lorsqu'il écrivit VAmour, Il commença, il improvisa son livre un soir à Milan, dans un salon, après les bals masqués du carnaval de 1820. La conversation était tellement animée et intéressante qu'il écrivit au crayon sur un programme ce qu'il entendait. Le lendemain, et par la suite, il lit de môme, griffonnant sur des chiffons de papier ce qui lui semblait digne d'être publié. C'était au temps de sa passion pour Mathilde Dembowski et il croit avoir écrit son ouvrage < dans les intervalles lucides ». « Je fais tous les efforts possibles pour être sec, écrit-il, je veux imposer silence à mon cœur, je tremble toujours de n'avoir écrit qu'un soupir quand je crois avoir noté une vérité. » Mais peut-être bien qu'il se trompe et quelquefois, lorsqu'il se figure avoir noté une vérité, il n'a écrit qu'un soupir.

Il n'y a pas de^ soupirs dans le livre de Barrière, j'en SUIS sûr ; au reste, je ne suis pas certain qu'il y ait seulement des vérités. Marcel Barrière ne nous confie point ses propres sentiments ; d'eux il ne trahit rien. Il assure qu'il a fait des observations sincères et des enquêtes patientes et qu'il a aussi recueilli quelques confidences. Nous n'avons pas à rechercher s'il ne s'est, pas fait à lui-même ces confidences utiles à la documentation d'un livre rare ; mais c'est un savant que nous apercevons surtout en ce livre. L'Ar^ des Passions est une peinture, dit-il, plutôt qu'une th,éorie, mais lui semble bien être un théoricien autant qu'un peintre. Il discute scientifiquement du cœur humain ! Et il faudra faire sans doute à ce savant des reproches que nous n'aurions pas fait à ce peintre.

Est-ce vulgarité de notre vie contemporaine ? Est-ce iladresse à discerner les hommes qui en font le plus jcret et le plus précieux ornement ? J'ai bien de la ine à individualiser le Don Juan dont Marcel Bar-

rière déterminera avec prodigalité mais avec précisioir les traits significatifs. Je ne suis pas surpris de la peine que j'éprouve à découvrir avec ma lanterne alluinée l'homme qui n'est pas exactement celui que cherchait Diogène, car, s'il faut le dire tout net, je suis absolument convaincu que Don Juan n'existe pas, et particu- » lièrement le Don Juan trop parfait dont M. Barrière esquisse la physionomie.

Marcel Barrière devine la difficulté où nous succomberons de vérifier par la vie sa théorie raffinée, à l'extrême, et il s'applique à nous aider dans notre voyagea la découverte de Don Juan.

Remontons au déluge, car ce qui concerne, l'amour est éternellement jeune.

Le type de Don Juan n'existe point parmi les divinités antiques qui, cependant, reproduisent à peu près tous les types humains. C'est que les mœurs assez rudes du paganisme ne compliquèrent jamais l'amour. Mais le christianisme inventa assez inconsidéçément que l'amour hors du mariage est un péché. Et aussitôt parut Don Juan pour commettre ce péché avec élégance. C'est donc au conflit engendré par la morale antinaturelle du christianisme qu'est due la naissance de cette sympathique figure de démon, Don Juaù, que trois des anciens dieux .'Jupiter, Éros et Protée suffisent à peine à représenter.

Don Juan est au monde. Suivons-le.

Chrétien d'abord lui-môme, sauf en amour. Don Juan commence à se produire à Byzance qu'il abandonne pour la Rome des Papes avant d'aller faire, en passant, quelque scandale à Séville. Au moyen âge il est trouvère et vainqueur de tournois en Allemagne, en Angleterre, en France. La Renaissance l'attire en Italie de nouveau. Ami des Mé^dicis, il se promène à Florence quand il ne remplit pa^ en secret les fonctions de grand inquisiteur à Venise. Là, peut-être, futil le père de Desdémone. Il brille entre temps à la cour de François I®', il se bat sous l'œil de Richelieu con-

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tre Taristocratie protestante, s'efface pendant le règne de Louis XIV où le roi lui-même lui emprunte tous ses attributs et atteint une des plus belles époques de sa carrière active entre la Régence et Tavènement des philosophes de l'Encyclopédie. Voltairien, puis révolutionnaire, tout en demeurant aristocrate, Don Juan se fait soldat de Napoléon ; les femmes sont alors si faciles qu'il se dégoûte d'elles et qu'il les fuit. Sous la Restauration ir devient diplomate. Romantique avec goût en 1830, il fait quelques confidences à Stendhal, puis boude dédaigneusement la monarchie orléaniste, acclame un instant le retour de l'Empire. Et maintenant que iait-il ?

Les renseignements qu'a pris sur Don Juan M.Marcel Barrière l'autorisent à affirmer que Don Juan s'est recueilli sous la troisième République pour renaître enfin philosophe au début du xx® siècle. Où donc le trouverons-nous, ce philosophe, ce Don Juan!

Marcel Barrière nous prête heureusement le concours de son expérience et nous guide vers ce héros dangereux.

« En général, la destinée d'un individu dépend principalement de, son caractère; la preuve en est dans la fatalité des vocations. Chacun ne choisit-il pas, à moins d'empêchements exceptionnels, la profession qu'il sent le mieux convenir à ses goûts? Don Juan plus que personne est soumis à cette loi. Voué au culte de l'art, de la beauté, et subséquemment au culte de l'amour, le séducteur, quand il ne se fait pas artiste dans le sens technique du mot: peintre, sculpteur, musicien, littérateur, n'embrasse que des carrières où la recherche des sensations élevées que procurent le goût, l'aspect et la possession du beau, lui soit facile. Ainsi, non seulement on ne verrait pas bien Don Juan courtaud de boutique ou commis-voyageur, mais on peut affirmer que toute profession qui touche au commerce, aux échanges, aux affaires, à Fargent, est

incompatible avec la vie donjuanesque... Les hautes pro-

fessions libérales, la diplomatie, la magistrature, la politique — Ja médecine même — voilà ce qui convient à Don Juan. >

Cette précision même nous inquiète el nous déconcerte. Nous avons quelque répugnance à chercher un type de Don Juan parmi les politiques, les magistrats, les fades diplomates, ou les médecins occupés à de si caractéristiques besognes ! Pourquoi ? Parce que les grands écrivains ont façonné depuis longtemps à notre usage un type dé Don Juan confus et contradictoire d'ailleurs, mais qui nous a tout de suite entraînés à cette conclusion que Don Juan appartient à la littérature et non pas à la vie. 11 est un type si vous voulez ; mais il n'est pas un être, mais il n'est pas un homme.

Le premier Don Juan dont Tirso de Molina reste l'auteur responsable est un débauché bien coupable, mais qui croit en Dieu. Dieu ne lui en est pas reconnaissant, car il le punit rudement de ses péchés. Le Don Juan de Molière est un grand seigneur méchant homme. Il a tous les vices ; avec cela du courage et le sentiment de Fhonneur. Sa vocation est d'être aimé des femmes et de croire qu'il les aime. C'est aussi sa fonction. Il est impie et pervers. Il est un héros bien détestable. Nous avons gardé le souvenir de ce Don Juan classique, que le Don Juan de Byron et celui de Musset, n'ont pas effacé.

Mais comme M. Marcel Barrière nous a changé notre héros, Don Juan gagne à ce changement. Il y gagne trop. Et dans la succession de ses métamorphoses nous sommes disposés de plus en plus à ne voir que jeu de littérature et amusement de littérateurs.

Le Don Juan de Marcel Barrière est trop beau. Il est trop parfait. L'excès en tout est un défaut. On ne se rend pas assez compte qu'il est un défaut surtout dans

' eauté et dans la perfection.

Le nouveau Don Juan veut conquérir l'idéal pai?

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Tamour, ou simplement conquérir la femme : ce qui est encore un idéal.

Au moral, Don Juan participe essentiellement de trois natures d'homme : le conquérant, l'artiste et le philosophe, ou plus ordinairement l'homme d'action, l'homme de goût^ le penseur. Ce triple privilège constitue dans l'humanité une exception si rare qu'il est impossible de devenir Don Juan par éducation : il faut naître tel. De sa nature de conquérant le séducteur tient, en même temps que le secret orgueil qui pousse à vaincre, la force, le sang-froid, l'audace, au service de la plus grande imagination qui soit. Son tempérament artistique issu de cette imagination lui donne, avec le goût très pur de la beauté un coup d'œil savant, la faculté d'évaluer une forme féminine selon les règles d'une esthétique implacablement possédée et sentie. Enfin Don Juan est toujours un observateur profond, un psychologue subtil, un esprit à la fois objectif et

. déductif, possédant le don spécial de deviner, par le seul examen de la physionomie, le caractère d'une femme et de lire dans le cœur le plus fermé comme dans un livre ouvert.

Eh là ! connaissez-vous un Don Juan !

Non, vous n'en connaissez pas un, pas un seul. Et pourtant, Marcel Barrière très informé, déclare qu'il est des Don Juan dans la France, à Paris. Paris est par excellence le terrain de culture du Don Juanisme, l'unique champ de manœuvres où se puisse exercer

\ dans toute son ampleur, la tactique de la séduction. Donc, si jadis Don Juan a pu vivre à Rome, à Séville,

! il est, au moins depuis le xvm» siècle, naturalisé Fran-

1 çais et Parisien. Il est même un amant fanatique de Paris. Dès qu'il s'en éloigne, il n'a que le désir d'y rei rer, car là seulement il se retrempe et renouvelle SOI feu intérieur.

j ' ue d'indiqations utiles à nous faire découvrir un

I ho me insaisissable I

^is en voici d'autres et peut-être distinguerons-

nous Don Juan à sa conversation, car il est philosophe | et ne s'en cache pas ! Il est le défenseur d'une morale nouvelle dont le bon sens est voilé sous le paradoxe et | risquerait même d'être dissimulé par lui.

En vérité, nous sommes bien sots, et Don Juan est fort raisonnable. Grâce à Terreur fondamentale de la philosophie spéciale aux religions, les passions humaines furent longtemps considérées comme l'essence de ce que les moralistes simplistes des écoles primitives ont appelé le mal. En conséquence, on enseigna que la résistance aux passions doit être la règle suprême de la vie du sage. Aujourd'hui on renverse les principes de la vieille morale à laquelle on doit la niaise invention du péché ; on admet enfin la légitime exis- i tence des passions dans les limites que la nature j même s'est chargée de leur imposer ; et au lieu de j prescrire à l'individu une vaine lutte directe contre ce 1 qui est la raison de sa vie, la morale nouvelle lui \ enseigne à donner lui-même, dans son propre intérêt, \ à ses instincts, à ses désirs, à l'ensemble de son carac- ^ tère, à son moi, la forme la plus équilibrée et la plus en harmonie avec l'ordre universel.

Déduite du précepte religieux, ou s'en inspirant, la loi civile s'est particulièrement efforcée de réglemen- , ter, dans l'intérêt commun, Texercice des passions de ■ l'amour par l'institution du mariage. De ce fait dans toute société, l'amour qui tend à l'union des sexes, est devenu la moins libre des passions.

Mais Don Juan qui met en pratique cette liberté de l'amour malgré les lois, constitue un agent de rénovation dans notre société mal faite. Il travaille au progrès des mœurs. Il amènera bientôt la transformation du mariage, et peut-^être, qui sait : « la création de deux mariages qui ne ressembleront pas du tout l'un à l'autre: l'un où les futurs conjoints déclareraient s'épouser uniquement parce qu'ils s'aiment ; l'autre, où ils exprimeraient la simple intention d'associer leurs états. On ferait même en sorte, ajoute Marcel Barrière, que

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le môme couple ne puisse qu'exceptionnellement contracter les deux. Naturellement, on supprimerait, pour tous les mariages, l'autorité des parents, la communauté des biens, la dépendance de la femme vis-à-vis de rhomme, l'obligation de cohabiter... »

Où allons-nous ?....

Néanmoins, il est bien vrai que l'exercice des passions a une grande influence sur les modifications du mariage. Pour agir sur lui le don juanisme est tout puissant puisqu'il est « la forme la plus artiste en même temps que l'expression la plus haute » de l'exercice des passions.

Les séducteurs de tous genres sont, par tempérament et par destination, ennemis du conservatisme des lois matrimoniales. Leurs actes, sinon les idées de chacun, ébranlent toute réglementation de l'union des sexes. La séduction est, socialement parlant, une des revanches de la nature contre les coutumes qui tendent à la domestiquer ou même à en étouffer les aspirations. C'est par l'effort de l'amour que se confondent de plus en plus les rangs sociaux. En dépit des titres nobiliaires et de la fortune, ces rangs commencent à se mêler. De plus en plus, la passion qui les ignore contribue à les supprimer. Et puis le don juanisme contribue à l'émancipation de la femme, non point par une revendication directe de certains droits, mais par l'atténuation des tyrannies de tout genre qui pèsent sur la femme. Don Juan n'impose rien aux femmes, il les aime ou se fait [ aimer d'elles sans c onditions, il les habitue donc, donnant lui-même l'exemple, à se défaire de leurs préjugés, à secouer le joug soit de l'opinion, soit de la morale, à renouveler ainsi l'opinion comme la morale.

Et voici donc que Don Juan, mêlant en lui Faublas ou Valmont, Lâuzun, Casanova, Richelieu, Guibert, Saint-Preux, Baratine, Werther, Faust, Hamlet, mais ayant tous les mérites et aucun des défauts de tous ces héros si différents, et pour la plupart si décriés, ayant lu d'autre part tous les projets de loi qu'inspire le fémi-

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nisme et les ayaql médités, devient, presque systémati-; quement, utile à la société I Et c'est un grand événement dans l'univers 1

Mais nous avons suivi les analyses, les observations et les rêves de Marcel Barrière, sociologue et poète nous avons admiré la profondeur des uns, l'abondance des autres, la poésie des derniers ; il ne nous reste plus qu'à découvrir un Don Juan.

Hélas I tout est littérature I

30 janvier 1904.

Nous ne demandons pas mieux que de le croire, M. Frédéric Masson a( introduit dans l'histoire ; € ce genre d'études qui, par tous les éléments d'information es plus intimes et les plus secrets, s'emploie à reconsituer le physique et le moral d'un homme, à décrire e milieu où il a vécu et les décors qu'il a traversés, à echercher la part qu'ont prise ses sensations et ses ntiments sur la formation de ses idées, à relever action que sa santé a exercée sur ses décisions et ses actes,, à distinguer ce qui est de la nature, de l'éducation, de l'amour, de la famille, à mener enfin sur un de ces êtres majeurs qui furent des conducteurs de l'humanité, une enquête aussi précise et aussi approchée de la vérité qu'il est possible. »

Nous ne demandons pas mieux que de le croire. Mais il resterait à savoir si M. Frédéric Masson, ce voulant ! faire, a fortifié en quelque façon l'histoire en lui apportant des éléments nouveaux qui lui étaient indispensables, ou s'il l'a, au contraire, viciée, dénaturée presque en l'encombrant de toutes sortes de détails désordonnés qui sont insuffisamment contrôlés pour procurer une vérité certaine, et ne peuvent que jeter le tr'^'ible parmi ceux accoutumés à rechercher la vérité hi torique selon les méthodes pratiquées jusqu'ici, nr Lhodes très humbles, mais offrant par leur modestie ir ne quelque garantie de sécurité bien utile...

ne viendrait à personne la pensée méchante de n onnaître l'immense labeur de M. Frédéric Masson.

Il a entrepris une colossale enquête, assez inconsidéré- f ment, dirai-je, car il ne me paraît plus possible de i mener à bien, à notre âge contemporain, des travaux ; aussi dépourvus de limites. |

En effet, nous sommes devenus un peu plus savaYits | et nous sommes devenus surtout plus exigeants pour | les savants; nous avons même appris la meilleure ma- i nièrè d'être exigeants.

Quoi qu'il en soit, Thomme vient d'être récompensé pour son effort. Cela nous autorise à regarder l'œuvre de plus près et à dire qu'elle ne rassure que bien peu de monde sur la vérité des faits exposés et la légitimité de leur interprétation. En outre, elle ne prête aucune aide à qui veut avancer sérieusement dans la connaissance de la vérité historique. Il reste que, bien qu'elle soit construite et exposée sans art, elle nous présente une lecture attrayante, pittoresque, sur un sujet qui captive encore nos imaginations autant que nos intelligences. C'est beaucoup. Mais c'est tout.

L'œuvre de M. Frédéric Masson, peu avantageuse à l'œuvre générale de recherches historiques, nous apparaît en son ampleur comme une assez belle entreprise privée, imposante, mais de fondations sans solidité.

L'avenir vérifiera peut-être la plupart des révélations de cette œuvre téméraire, et consolidera, peut-être, l'œuvre elle-même. Du moins, aujourd'hui, M. Frédéric Masson, avec sa loyauté, fait voir un état d'esprit ou un état d'âme si peu scientifique qu'ils poussent plutôt à juger au pis qu'à tenir pour suffisants les fondements scientifiques de ses ouvrages.

Il n'a point du tout ce calme qui convient tellemeat à la vérité et à ceux qui s'enquièrent d'elle qu'il leur est indispensable. En son agressive générosité de travailleur impavide, il veut être seul, absolument seul en possession de la vérité historique. Il éprouve une pas-

sion très forte pour Napoléon, et c'est là un sentiment bien fâcheux constaté chez un historien. Si cette passion le peut, par sa violence excitatrice, soutenir jusqu'à la fin lointaine de ses gigantesques travaux, elle est pour lui un conducteur dangereux, un guide fait pour l'égarer en le soutenant. Elle active sa marche, mais ne Téclaire pas.

La passion de M. Frédéric Masson est étrange dans ses effets. Cette ardeur exclusive devait s'exercer contre ceux qui méprisent Napoléon ou simplement le négligent : en réalité, elle s'acharne surtout contre ceux qui, au contraire, cultivent son histoire, et pis encore, ont la témérité de l'écrire — j'entends contre ceux qui ne sont pas de l'Académie.

M. Masson attaque ses adversaires avec une énergie capable de concilier toutes sortes de suffrages, à lui ? à eux? Il condamne en bloc tous ceux qui l'ont précédé : < Le sujet n'ayant jamais été exploré ou l'ayant été incomplètement, avec parti-pris et sans information suffisante, j*ai porté tous mes soins à l'éclaircir... » Sa rudesse à l'égard de ses prédécesseurs n'est tempérée par aucune indulgence à l'égard de ses successeurs...

Chaque préface de M. Masson est un manifeste. Et, en tous ses manifestes, ce < savant » part en guerre contre les idées des historiens qui ont le front de s'occuper des sujets qui sont les « siens », mais il s'en prend encore aux intentions des hommes euxménfes. Ces hommes sont forcément des canailles, mais parfaitement ! et M. Masson le prouverait sans indiquer d'ailleurs ses références... Quant à leurs intentions elles sont certainement détestables, malfaisantes...

« 'Je ne m'arrête donc, déclare ce savant, ni aux critiques de concurrents maladroits et envieux, ni aux blâmes des historiographes officiels, ni aux plaintes des amateurs de légende ; je poursuis ma route, si je ; m'attardais à des polémiques où d'obscurs détracteurs

cherchent une réclame dont je ne leur ferai point Taumône, j'userais le temps qui m'est mesuré et qui sera trop court pour mon œuvre. Aussi bien les témoignages qu'elle a reçus me suffisent et j'en pourrais preI^ dre quelque orgueil si je ne pensais que c'^st à l'ef fort plus qu'au résultat qu'ils ont été adressés. » A toi, Lefranc de Pompignan !

Mais lui, poursuivant sa carrière, Versait des torrents de lumière Sur ses obscurs diffamateurs I

Ailleurs, M. Frédéric Masson parlera encore « des haineuses et sottes déclarations », ou « des histoires à documents apocryphes »... C'est dans son dernier livlfe Napoléon et son Fils, Ce ^ savant » est incorrigible !

Et tenez, ce « savant » qui craint la concurrence ne souffre pas moins à cause de la façon dont il manifeste sa crainte que de la concurrence elle-même... Il y a quelques années M. Arthur-Lévy publia Napoléon intime avec un succès alors retentissant, plusieurs mois avant que ne parussent les études de M. Frédéric Masson sur Napoléon et les Femmes. M, Frédéric Masson ne se tint pas pour satisfait. Qu'arriva-t-il ? Notre sympathie pour M. F. Masson, contrariée en cette circonstance par notre respect pour la vérité, ne nous empêche pas de dire que l'œuvre de M. Arthur-Lévy demeure aujourd'hui encore avec toute son autorité et que cette autorité est accusée plutôt que diminuée par l'œuvre de M. Frédéric Masson. Les faits tassés et môme entassés dans le volume de M. Arthur-Lévy sont entourés de plus de garanties que ceux dispersés à travers tous les livres de M. Masson. Et cela nous suffit.

Au reste, si ce mousquetaire gris — un peu gris — de l'histoire manifeste un dédain, si faiblement scientifique, pour ses « concurrents », pour ses € adversaires », il a le contentement de soi-même le plus

orgueilleux et le plus simple, le plus noble en n^ême temps, uniquement parce qu'il a foi dans son œuvre. Il continue donc son œuvre avec une confiance à laquelle les éloges même les plus enthousiastes ne pourraient ajouter que fort peu de chose. Il se rend justice ; il facilite gentiment la tâche de ceux probablement nombreux qui, ayant pris un juste plaisir à le lire, veulent, par surcroît, l'admirer. Cet érudit pétulant — peut-être au fond plus pétulant qu'érudit — ne dissimule rien de ses qualités. Il écrit :

« Dès à présent, par ces monographies successives j'ai apporté un ensemble de renseignements par qui le spectacle des choses a été renouvelé ; j'ai fourni un lien philosophique à des événements qu'on avait jusqu'ici considérés isolément et qui, de cette façon, étaient incompréhensibles ; j'ai donné de celui qui demeure le plus étonnant exemplaire d'humanité et qui est vraiment l'homme prodige, une suite de croquis qui ne vont pas encore au portrait entier, mais dont chacun est serré d'après nature avec une curiosité ardente et une entière bonne foi. »

Mais par moments sa sincérité sur lui-même se fait exquise. Il devient très sévère pour lui, presque aussi sévère que pour les autres — qui écrivent sur Napoléon. Il dit de son œuvre : « Encore ce récit débordetril, est-il par bien des côtés incomplet, superficiel, médiocrement documenté...» Il exagère évidemment... Mais nous nous demandons comment il se fait que ce sentiment, que cet aveu, qui semble marquer en lui la naissance de l'état d'esprit ou de l'état d'âme scientifique comme je disais tout à l'heure, ne l'ait pas convaincu lui-môme, et ne l'ait pas amené à fortifier son oeuvre par un peu, un peu plus de cette rigueur... scientifique, qui précisément lui fait défaut.

Nous ne disons pas que l'œuvre de M. Masson suscite une juste défiance uniquement parce qu'il n'a pas indiqué les sources, tellement abondantes I où il a puisé ses renseignements ; mais toutefois, si tous les histo-

riens les indiquent ce n'est pas seulement pour le bonheur précaire de charger leurs ouvrages, et il est des coutumes qui doivent avoir force de loi. La déclaration circonstanciée des sources est d'utilité publique en histoire. Contre cette vérité fondamentale, hors de toute discussion, l'initiative aventureuse et facile de M. Masson ne prévaudra pas.

La déclaration des sources est la seule garantie qui nous permette de lire avec sécurité, non pas que nous doutions de la bonne foi dé Fhistorien, mais parce que l'homme est une faible créature... et parce que, dans l'interprétation des documents des fautes de raisonnement sont toujours possibles, que la méthode assurément enseigne à éviter, mais encore faut-il que nous sachions comment fut appliquée cette méthode, et d'abord sur quels documents ! — parce que de la réalité des faits historiques, le lecteur cultivé lui aussi a le droit d'être juge, parce que la vérité enfin ne peut être obtenue que par l'analyse critique des sources et parce que chaque lecteur doit être admis à reprendre, s*il lui plaît, cette analyse critique... Bref, l'œuvre de l'historien doit être faite dans un esprit de sacrifice continu, total à la vérité, et l'affirmation de sa personnalité ne s'opère que par son abdication. M. Frédéric Masson n'a point voulu consentir ce sacrifice et^cette abdication. Peut-il être surpris si les plus désireux de vanter son grand effort contestent tout d'abord, fatalement, et sa personnalité et son œuvre. Ils le font avec les arguments que lui-même a pris soin de leur procurer : ils n'en cherchent nul autre.

Tout en déplorant que M. Masson se soit causé ce préjudice — (ne le peut-il dans une certaine mesure réparer puisqu'il continue l'élaboration de son œuvre ! — ) je crois que M. Masson fut tout de suite porté par sa nature, puis par son sujet,, au dédain de la

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documentation, au mépris de toute méthode. Cédant comme toujours à sa verve périlleuse, il a même exprimé sur la documentatien et sur la méthode historiques des idées très contradictoires.

II a voulu constituer toutes ses Etudes napoléonien^ nés exclusivement avec des papiers spéciaux, privés, intimes, parcellaires, ramassés de toutes mains, de toutes provenances, avec des documents enfin dont il est le propriétaire... Noble application du droit imprescriptible de propriété, mais combien imprévue!

M. Masson tente de se justifier, et le fait selon sa coutume, en incriminant les documents d'archives dont il ne s'est pas servi. Les archives d-Etat sont vides ou bien elles ne contiennent que de faux documents.

« Ce qu'on trouve dans les archives d'État, mis à part les papiers individuels, les rapports de police et les pièces échappées par hasard aux destructions systématiques, c'est l'histoire préparée à l'usage des contemporains ou de la postérité, la matière pour les livres bleus, jaunes ou blancs, le thème pour les dissertations officielles des historiographes patentés. Ceux-ci, lorsque quelque écrivain indépendant ose s'insurger contre les . quasi-vérités qu'ils ont mission de défendre sortent, à l'étonnement des peuples, du silence mortuaire où on les croyait endormis, et les bras tendus comme s'ils descendaient du Sinaï, apportent aux Revues bien pensantes le document inédit, contradictoire et protocolaire, extrait d'un inabordable carton de la cl^ancellerie la plus secrète, et ils ont l'honneur de le commenter avec la publicité de toutes les gazettes officieuses, sous l'œil paterne des autorités légitimes. Quiconque ne s'incline point alors est un révolté, convaincu d'un double attentat contre la science qu'ils incarnent — car ils ont leurs grades — et contre la Majesté qui les a pris pour confidents. »

Encore :

« Règle générale, il n'entre en France, dans les

archives d'Etat, en particulier celles des Affaires Étran-

gères que les dépêches reçues ofliciéllement par le département et les minutes de celles qu'il expédie de même ; ce sont les dépêches numérotées où Ton a soin de ne rien écrire qui ne puisse être lu par tout le monde et qui ne compromette personne... »

Faits catégoriquement ' exprimés, affirmations passionnées qui révèlent un polémiste plus qu'un historien ! Comment discerner entre les allégations fougueuses et les attestations exactes ? Peut-être vaut-il mieux ne faire appel qu'à M. Frédéric Masson plus calme.

Il fut un temps, en effet, où M. Frédéric Masson jugea avec plus de bienveillance et peut-être avec plus de sagesse la valeur, l'utilité des documents d'archives. Il fut un temps où il formulait sur elles, sur eux, cette appréciation contraire :

« Nul n'a un nom dans le monde, dont un autographe ne soit venu se joindre à ces volumes conservés dans les Archives. Là est non seulement la politique de la France, mais sa tradition même parfois interrompue, parfois oubliée à ce qtill semble, mais reprise dès qu'un homme se dresse et se révèle, poursuivie alors et reliée au passé par un chaînon que rien ne peut briser, telle alors que nulle au monde n'est plus grande, ni plus glorieuse... »

Quand M. Masson faisait-il cette profession de foi ? Lorsqu'il publiait sur Le Département des Affaires étrangères pendant la Révolution {11 81 ^ISO'i) son meilleur livre d'histoire, un livre dont la vertu historique n'est pas encore anéantie maintenant. C'était en 1877.

Et si déjà M. Masson se montrait avare de référence, — « Je dois une explication sur l'authenticité des documents que j'ai mis en œuvre. Ces documents ne sont point à proprement parler des documents historiques, comme ceux qui peuvent être communiqués aux chercheurs après un laps de temps plus ou moins long, mais des documents administratifs, par Cela même réservés et la minutieuse indication des cartons où je les ai puisés n'apprendrait rien au lecteur qui ne pour-

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rait contrôler mes dires. C'est pourquoi, lorsque j'ai rencontré des imprimés reproduisant les assertions des manuscrits, j'ai préféré m'en rapporter aux premiers et, dans ce cas, j'ai donné des indications bibliographiques précises, > — du moins, il sentait que les documents vérifiés par l'historien et vérifiables par le lecteur ont une valeur intrinsèque qui fait la valeur de l'histoire, et il l'avouait en ces terme^ par ces actes : « Quant aux renseignements fournis par les manuscrits, j'ai préféré en général livrer les pièces in^extenso aimant mieux être long qu'inexact et laissant au lecteur le jugement en dernier ressort. Pour l'authenticité de ces documents, la place que j'ai l'honneur d'occuper paraîtra peut-être une garantie suffisante. Lorsque les manuscrits que j'ai consultés sont conservés dans d'autres dépôts que celui des Affaires étrangères, j'ai noté exactement la provenance. » On ne peut ni mieux dire, ni mieux faire.

Et je n'éprouve, ai-je besoin de le dire ? aucune satisfaction personnelle à mettre l'auteur des Etudes Napoléoniennes en contradiction flagrante avec l'historien du Département des Affaires étrangères, mais celuici nous autorise bien à conclure contre l'autre que chacun doit être admis à l'analyse critique des documents et que l'historien doit fournir d'abord les moyens pour faciliter cette analyse. Celui-ci nous autorise encore à conclure contre l'autre... Mais nous allons le voir.

En réalité, M. Maseon avait d'abord essayé, dans le Département des Affaires étrangères, d'écrire un livre d'histoire selon les procédés scientifiques imparfaitement pratiqués aujourd'hui encore, mais reconnus universellement comme les seuls admissibles. Dans les

Etudes Napoléoniennes il s'est rejeté brusquement et cogiplètement aux habitudes des historiens littéraires d'autrefois. L'histoire, disait-on alors, c'est le passé vu } travers un tempérament. L'histoire de Napoléon par M. Masson, c'est un homme vu à travers une imagina-

tion, une imagination ardente et dont la vigueur intéresse. Mais sa conception de Napoléon est une conception préalable, arbitraire de son cerveau. Aurait-elle cette chance invraisemblable d'être justifiée parles faits? Mais l'histoire entreprise par M. Masson est trop vaste, et les documents concernant Napoléon et sa famille sont trop nombreux poi|r que cette histoire puisse être constituée posfment, avec le soin minutieux de la vérité. M. Frédéric Masson est la victime des documents qu'il possède, et de ceux qu'il ignore. Comme son imagination est très active et très puissante, et qu'elle est d'abord d'un grand effet sur lui, il se persuade très bien que les archives européennes concernant son héros ne contiennent rien d'utile à l'histoire qu'il écrit de lui. Il voudrait généreusement nous faire croire aussi, pour nous tranquilliser, que Napoléon, ayant déterminé pendant quelque quinze ans la vie du monde, les Archives des différentes nations ne contiennent vraiment rien que de négligeable touchant cet homme. Là, M. Masson est moins heureux. Sa prétention nous paraît excessive. Mais si cette conviction n'avait pas été d'abord la sienne, comment aurait-il pu entreprendre son ouvrage, ou si cette conviction ne s'était pas imposée •peu à peu à lui, comment aurait-il pu persévérer à l'écrire ?

. Je louerai, certes, M. Masson d'avoir voulu s'intéresser à« l'histoire des passions, des caractères, des causes morales, des faits » d'avoir cherché les hommes dans les personnages historique»... II a sans doute mis dans son œuvre beaucoup de psychologie, de physiologie^ de philosophie, de morale ; et ce qu'il y a mis le moins, c'est peut-être de l'histoire.

Nous avons eu en France, depuis Michelet jusqu'à Taine, beaucoup d'historiens littéraires dont nous persistons à nous enorgueillir malgré que les fondements de leurs œuvres soient intégralement détruits par la science moderne. Depuis Taine — le dernier en date — la nouvelle école historique française a beaucoup

travaillé : elle a établi la vérité historique sur un certain nombre d'événements et d'hommes ; elle a établi les règles de la recherche de. cette vérité...

M. Frédéric Masson très décidément a voulu tout ignorer, tout mépriser des travaux, des méthodes de la nouvelle école historique dont il est le contemporain. Il a systématiquement voulu accomplir sa tâche dans des conditions scientifiques beaucoup plus sommaires et, si je l'ose dire, retardataires que celJes où se trouvèrent les historiens d'autrefois. 11 s'est ainsi placé tout à fait en dehors de la critique actuelle. Bien entendu, cela ne veut pas dire qu'il lui échappe.

Mais il est équitable de ne considérer en lui que le littérateur, que l'artiste. A ce point de vue, on sait que si ses livres se chevauchent et sont surabondants, si leur style est fréquemment incorrect et fumeux, du moins ils ne sont dépourvus ni de pittoresque, ni d'animation.

— Ah ! dites-vous, M. Frédéric Masson vient d'être récompensé pour ses nombreux travaux, son culte, sa piété, sa méthode, ses méthodes, ses contradictions, ses longueurs, sa sincérité, sa véhémence, en étant reçu à l'Académie française dans une séance où l'on a parlé de l'histoire avec beaucoup de rhétorique... .

— Tiens, je croyais que c'était fait depuis longtemps déjà. Peu importe au surplus! Nous continuerons donc de discuter des ouvrages de M Masson avec la franchise que Ton doit aux académiciens et la sympathie que l'on doit aux travailleurs.

6 février 1904,

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