‹ Les samedis littérairesChapitre 14 sur 24 · EMILE VERHAEREN · texte numérisé non relu

EMILE VERHAEREN

Emile Verhaeren est le plus jeune des poètes d'il y a quinze ou vingt ans, qui ont beaucoup vieilli. Il est celui qui rattache le mieux les poètes symbolistes, si vous voulez utiliser encore cette expression, aux poètes d'aujourd'hui, les poètes d'hier à ceux de demain. Il est équitable, de ne pas enchaîner Verhaeren à une école, lui qui fut si impatient de toutes les contraintes. Il est inaispensable de ne pas le choisir pour représentant — disciple infidèle ou maître impétueux — d'une école. On le trouverait extrêmement différent de tous les autres symbolistes, trop différent d'eux ! Symboliste ! dites-vous. Réellement il le fut : mais il le fut accessoirement» Dire : Verhaeren le poète symboliste, c'est rétrécir son œuvre, c'est le rapetisser lui-même. On doit de toute nécessité voir en lui, ne voir en lui qu'un libre tempérament fort, très fort, extrêmement vigoureux, qui se développe bien irrégulièrement. Verhaeren est peut-être plus intéressant — employons ces épithètes vagues qui englobent toutes les autres — par son indiscipline même, si à cause d'elle son œuvre l'est* un peu moins.

On a maintes fois étudié Verhaeren, car sa force Dieu merci, exerça toujours du pcestige, et il est vain sans doute de vouloir, à propos de lui, exprimer maintenant quelque idée nouvelle ; mais est-ce que la nouveauté n'est pas souvent une grande vanité ! Puis n'estil pas très avantageux aujourd'hui de caractériser cette force ? C'est la qualité qui a le plus de prix dans une période où les poètes, innombrables <3omme les grains de sable de la mer, montrent plutôt la mollesse, la faiblesse des décadences. En outre, promoteur, apôtre de

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