UIS XV ET M»« DE POMPADOUR
II n^y a pas deux façons de commencer une pareille élude. 11 faut dire : le livre de M. Pierre de Nolhac sur M"^ de Pompadour est exquis, charmant, délicieux, savoureux puisqu'il a M"** de Pompadour comme sujet et M. Pierre de Nolhac pour auteur. Mais étant exquis, charmant, délicieux, savoureux, est-ce qu'il est nécessaire?
Un livre nécessaire ! quelle épithète et quelle qualité à notre époque où, sans vouloir faire de peine à qui que ce soit, on publie quotidiennement un si grand nombre de livres superflus : M. Pierre de Nolhac, qui sait le bienfait littéraire de la critique libre, lui pardonnera d'affirmer tout de suite que son livre charmant, exquis, savoureux, délicieux n'est point tout à fait un livre nécessaire. Il le serait, si, avant que M. de Nolhac ne se préoccupât de Louis XV et de M™« de Pompadour ou bien de M"»® de Pompadour et de Louis XV, les frères de Concourt, qui, eux aussi, se flattaient d'être des écrivains gentilshommes n'avaient écrit un livre sur M°*« de Pompadour, un livre qui, beaucoup d'années passée^ et beaucoup de documents découverts, demeure encore un livre excellent, et, autant que ce qualificatif se peut employer, un livre définitif.
Qui donc n'aimera le livre de M. Pierre de Nolhac? Mais quant à moi je serais moins troublé dans la quiétude de mon sentiment de tendresse et d'estime si, avant de lire le livre de M. de Nolhac, je n'avais lu jadis le livre des frères de Concourt, et si, pour dire
exactement la vérité, je ne venais de' lire les deux ouvrages ensemble, tout en môme temps, et en tournant les feuillets de Fun et de l'autre à la fois...
Poursuivant cette lecture digne de passionner les esprits élégants, amis imperturbables des grâces françaises, quand môme elles ne sont point des plus morales, je me suis persuadé à chaque instant que le livre de M. Pierre de Nolhac était, comme j'avais l'honneur de vous le dire, charmant, exquis, savoureux, délicieux, mais que les frères de Concourt lui avaient été de quelque secours pour écrire une œuvre charmante, exquise, savoureuse, délicieuse, et tout cela n'empôche pas que M. Pierre de Nolhac n'ait bien du talent et bien de l'esprit, mais je penche à croire que d'abord l^s frères de Concourt n'ont manqué ni d*esprit ni de talent, et au surplus, M"^° de Pompadour était une femme adorable, elle mérite sans doute d'inspirer des historiens comme des courtisans.
Elle le mérite, et nous aurions mauvaise grâce à nous plaindre d'ôtre trop riches en histoires sur un sujet à ce point séduisant. Toutefois nous avons la douloureuse obligation de nous demander un tout petit moment, si le livre des Concourt sur la belle Pompadourette n'est pas fait pour écarter toute tentative d'écrire un nouveau livre d'histoire sur cette jolie femme, intelligente et volontaire qui ne fut caillette qu'à ses débuts. Réellement je le pense, et, aussi bien la publication de M. Pierre de Nolhac n'est pas tout à fait un livre nouveau. C'est une réédition, fort plaisante, avons-nous besoin de l'ajouter? du livre des Concourt, avec quelques mises au point, quelques rectifications de détail, qui auraient été tout aussi bien à leur place dans le livre même des Concourt, revu et corrigé, — dans les notes... Au reste, la forme littéraire donne toujours un grand prix aux récits historiques, même s'ils n'ont à nos yeux qu'une mince vertu de nouveauté, et il faut qu'il soit bien entendu que M. Pierre de Nolhac écrit à merveille un style imprégné des bons auteurs, élégant