LOUIS XV ET M™* DE POMPADOUR
et sobre, parfois souriant et comme fleuri, qui se permet en outre des négligences de bon ton mais ne lespousse que rarement juqsu'à Tincorrcction. Aimable Pompadour qui après avoir excité la verve fureteuse et clairvoyante des Concourt anime le désir de précision d'un Nolhac!
Donc, les frères de Goncourt restent les historiens de M™® de Pompadour. A la vérité, M. Pierre de Nolhac, avec une discrétion pleine de bon goût et un bon goût encore plus plein de discrétion, rend hommage à sef3 prédécesseurs. Je me désole seulement de ce que cet hommage est tout prêt d'être une satire.
M. de Nolhac l'atteste volontiers : ce livre des Goncourt est de ceux qu'il y a plaisir à relire. Nous savons gré en môme temps à M. de Nolhac de nous mettre scrupuleusement en garde contre leurs confusions de chronologie et leurs^procédés de romanciers. Cependant n'a-t-il point quelque gracieuse malice et notez, je vous en conjure, que je ne dis pas perfidie, lorsqu'il écrit avec une précautionneuse finesse : « On sait qu'ils ont accrédité bien des erreurs môme sur le point qu'ils connaissent le mieux : l'influence de M"** de Pompadour dans l'art français, mais il y aurait ingratitude à ne pas admirer ce qu'ils ont tiré de vérité historique du peu de renseignements dont ils disposaient. » Eh ! eh ! si vous me passez encore une expression surannée, j'ai bien le droit de dire que M. Pierre de Nolhac est un peu « rosse ». Au point de vue do l'influence de M™" de Pompadour dans l'art français, les (Concourt ont accrédité des exagérations plutôt que des erreurs. Puis, M. de Nolhac a tort d'affirmer que les Goncourt ne disposaient que 'de peu de documents ou renseignements, car ils possédaient tous les documents et renseignements essentiels. Et je ne vois guère qu'un mot très justifié dans l'appréciation louangeuse et piquante de M. de Nolhac
sur Tœuvre des Goncourt: « il y aurait ingratitude à ne pas admirer ce qu'ils ont tiré de vérité historique des renseignements dont ils disposaient. » Il y aurait ingratitude surtout, de la part de M. de Nolhac dont les livres sur Marie-Antoinette sont bien noufris du livre des Concourt sur la môme Marie-Antoinette, et dont le livre sur M™® de Pompadour est bien nourri et comme engraissé du livre des Goncourt sur la même M"^« de "Pompadour... Il y aurait ingratitude : le mot est donc juste, et je reconnais bien là que M. de Nolhac a ce don littéraire de la propriété des termes, d'un si excel-^ lent emploi dans les récits historiques, cette loyauté aussi et ce tact, très louables chez les historiens que d'autres historiens précédèrent I
Il y aurait ingratitude !... 11 y aurait injustice à ne pas déclarer que M. de Nolhac est constamment dominé par le souvenir des Goncourt.
Assurément il limite son sujet. Tandis que les Goncourt esquissent et font de leur mieux pour étudier l'histoire politique de M™« de Pompadour, M. de Nolhac, lui, la néglige totalement. C'est peut-être parce que ses penchants l'entraînent plus à l'histoire des arts et des mœurs qu'à l'histoire des États ! M. de Nolhac n'allègue pas ce prétexte ou cette excuse (et pourtant l'histoire politique de M"« de Pomipadour n'est-elle pas inséparable de son histoire sentimentale et morale ?) mais il donne un motif scientifique peu indulgent à ses prédécesseurs les Goncourt. On ne pourra s'il faut l'en croire, « étudier exactement la marquise dans son rôle politique que lorsqu'on possédera, par les papiers du duc de Choiseul, l'équivalent et le complément de ceux de Bernis. » Et comme on voit bien là que M. de Nolhac a, au plus haut degré, le sens de l'érudition, et la prudence de Térudit ! Félicitons-nous donc que l'érudition puisse retenir quelques personnes d'écrire, à notre âge où l'ignorance pousse tant de personnes à ne point décesser d'écrire.. Mais, direz-vous, comment M. de Nolhac sait-il cela, puisqu'il ignore les papiers