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X LOUIS XV ET M"»» DE POMPADOUR

de Choiseul et peut-il dès à présent décider que ces papiers sont indispensables ?...

Du moins, étudiant après les Concourt, qui dispo* saient de peu de renseignements, Thistoire sentimentale de la marquise, M. de Nôlhac a-t-il renouvelé cette histoire ? Nullement.

Et à quoi bon n'est-ce pas, déprécier nos richesses de littérature historique? Nous avions en l'ouvrage des Concourt un beau livre, nous avons en Touvrage de M. de Nolhac un joli livre de plus. Est-ce une raison suffisante pour diminuer le précédent, pour le réduire à un peu moins que rien ? Non, et nous devons répéter au contraire que les Concourt ont possédé pour écrire l'histoire de M™® de Pompadour les documents essentiels et qu'il n'est pas au pouvoir de M. de Nolhac d'ajouter quoi que ce soit de réellement important à ce qu'ils ont écrit.

Enfin Malherbe vint... semble s'écrier M. de Nolhac à propos de la publication des Mémoires de Bernis. « Déjà de la publication des Mémoires et lettres du car* dinal de Bernis et de la belle introduction (belle ? eh ! mon Dieu elle est honnête, mais je sais bien qu'e n histoire l'honnêteté est la principale beauté), et de la belle introduction de M.Frédéric Masson s'est dégagée, pour la première fois, une juste idée des circonstances qui ont établi ce règne de femme. » Certes, mais ne l'omettons pas, les Concourt (ou l'un d'eux!) ont connu les mémoires de Bernis, et ils remercient précisément 4L leur jeune etsavant confrère Frédéric Masson», de les leur avoir fait connaître, et leur livre a déjà tiré quelque avantage de cette connaissance. Ils avaient le journal de Luynes que complètent seulement — et encore — les mémoires de Croy. En outre, les correspondances nouvelles qu'invoque M. de Nolhac n'apportent des indications que sur des détails et ne donnent que des récits nouveaux d'événements racontés ailleurs, de façon à peu près identique... et vraiment on ne peut pas dire que les Concourt aient jugé Mme de Pompadour

sur le témoignage de son ennemi le marquis d'Argenson, éloigné de la Cour, mal renseigné, et, par surcroît, enragé dans sa disgrâce...

Est-ce que réellement M. de Nolhac dissipe les légendes accumulées contre la marquise par Tacharnement des envieux, la rancune des gens de qualité et l'esprit de dénigrement des Français de tous les temps ? Mais c'était fait déjà. Et c'était fait, n'en doutons pas, pour les légendes concernant les origines de sa famille excessivement abaissée, la mémoire de ses parents chargée outre mesure... Déjà Sainte-Reuve, étudiant les Mémoires sincères de M™e du Hausset, avait prononcé ce jugement équitable :

« Jeanne-Antoinette Poisson, née à Paris le 20 décembre 1721 sortait de cette riche bourgeoisie et de ce monde de finance, qui s'était si fort poussé dans les dernières années de Louis XIV, et dans lequel il n'était pas rare de rencontrer un épicuréisme spirituel et somptueux : elle y apporta les élégances. »

Et plus hardiment Sainte-Beuve attribue à la naissance de M™° de Pompadour une partie de sa séduction.

« M°^° de Pompadour n'était pas une g risette précisément, comme affectaient de le dire ses ennemis, et comme Voltaire Ta répété en un jour de malice : elle était une bourgeoise, la fleur de la finance, la plus jolie femme de Paris, spirituelle, élégante, ornée de mille dons et de mille talents, mais avec une manière de sentir qui n'avait pas la grandeur et la sécheresse d'une ambition aristocratique. »

Après Sainte-Beuve, les Concourt exposent les faits avec une exactitude minutieuse, et une précision rapide d'après les mémoires de Luynes, mais j'en conviens, avec une raideur dénuée de sympathie.

Pour eux M™*^ de Pompadour n'avait qu'un défaut : sa naissance. Elle avait le malheur d'être la fille d'un M. Poisson, intéressé dans les vivres et que des malversations avaient fait condamner à être pendu, et d'une

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jVfme Poisson, fille du sieur de la Mothe, entrepreneur des provisions des Invalides, dont la galanterie était passée en proverbe. Sa mère au moment de sa naissance se trouvait en intrigue réglée avec Lenormant de Tournehem qui s'estimant pour beaucoup dans la venue au monde de la petite Poisson, pourvoyait aux frais de réducation magnifique de la jeune fille. Au surplus, les Concourt ne nous dissimulent rien des fréquentations louables de la famille Poisson, et lorsque Jeanne-Antoinette fut devenue Mme Lenormant d'Etiolés, elle n'eut besoin pour avoir autour d'elle la meilleure société et la plus agréable, que de reformer la société de M°»e Poisson et de Lenormant dé Tournehem, Cahusac, Fontenelle, l'abbé de Bernis, Maupertuis, Voltaire... Mais, à coup sûr, si les Concourt parlent sans erreur, ils parlent sans aménité des Poisson...

Ils paraissent trop se souvenir de la chanson attribuée à Maurepas :

Les grands seigneurs s'avilissent, Les financiers s'enrichissent.

Et les Poisson s'agrandissent ; C'est le règne des vauriens, rien, rien.

On épuise la finance.

En bâtiments, en dépenses,

L'État tombe en décadence

Le roi ne met, ordre à rien, rien, rien.

Une petite bourgeoise

Élevée à la grivoise

Mesurant tout à sa toise

Fait de la Cour un taudis, dis, dis.

Le roi malgré son scrupule

Pour elle fortement brûle.

Cette flamme ridicule

Excite dans tout Paris, ris, ris, ris.

La contenance éventée,

La peau jaune et maltraitée,

Et chaque dent tachetée

Les yeux froids et le cou long, long, long.

Sans esprit, sans caractère,

L'âme vile et mercenaire,

Les propos d'une commère

Tout est bas chez la Poisson, son son.

Évi4emment, c'est la disgrâce d'un vilain nom. Au moins, disons-nous, les Concourt n'ont pas dénaturé les faits, mais M. de Nolhac en a ajouté quelques-uns d'après les investigations de M. Gailly de Taurines et avec un souci d'impartialité qui est bien, là, l'élégance même.

La carrière orageuse du père, né en 1684 d'un tisserand de Provenchères au diocèse de Langres n'est pas la plus intéressante. Elle est curieuse cependant. II avait quitté à 20 ans la maison paternelle pour suivre comme « haut-le-pied » c'est-à-dire conducteur de chevaux, les munitionnaires de l'armée du maréchal de Villars, Les frères Paris, commissaires aux vivres, qui alors commençaient leur fortune, le remarquèrent ; ils lui donnèrent d'abord des rôles subalternes ; puis firent de lui un de leurs commis principaux. Il fut si habile^ qu'à un moment il dut fuir et, si par hasard il ne fut pas condamné à être pendu (on ne retrouve pas les traces de l'arrêt) il eut besoin de la toute puissance de sa fille pour être ensuite réhabilité, puis ennobli. Après quoi, il fut vraiment un grand financier.

Mais la mère, quelle femme digne d'attention! Et comme il serait bon qu'on écrivît son histoire ! Madeleine de la Mothe aimait peu son mari vulgaire, et son mariage avec François Poisson n'avait été pour elle qu'une association d'intérêts et le commencement des grandes intrigues. Elle était, dit Barbier, « une belle

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