VIII PRÉFACE
mais ce sont là des idées qu!on rie saurait repro* duire trop souvent ^^ ajoutez V influence qui pro^ vient fatalement de notre raffinement social : « La France va redevenir la nation directrice de VEu^ rope. Par ses institutions actuelles, elle s'est dépêtrée plus que toute autre des langes médiévales. Elle va donner au monde le modèle d^une institua tion démocratique. Sans doute, ses institutions sont encore loin d'être parfaites Et parce que imparfaites, elles arrêtent dans une forte mesure la prospérité du pajys. Mais, malgré touty les institutions de la France sont modernes, tandis que celles des autres pays sont, en partie, médiévales. Or, comme le progrès n'est possible que par la marche en avants il est naturel que les regards de tous les peuples se dirigent de nouveau vers la nation la plus avancée au point de vue politique. La France a déjà réalisé un grand nombre de réformes qui sont considérées comme un idéal presque inaccessible dans plusieurs pays civilisés de V Europe. Sûrement elle réalisera la première toutes les transformations sociales qui correspondent aux besoins de la vie moderne... La France redeviendra un phare éclairant le monde. Elle attirera de nouveau toutes les sympathies et sa nationalité recommencera à rayonner dans Vespace avec une puissance toujours croissante. » Quelle force d'expansion pour la langue française !
M. Philéas Lebesgue est aussi habile que personne à définir cette force qu'il constate et quil admire avec joie. Je ne peux suivre ici une à une toutes les études qui composent son ouvrage : L'Au-delà des Grammaires. £'ZZes sont toutes originales, et pour être toutes savantes, quelques-unes
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d'entre elles sont cependant enthousiastes. Il me semble aussi que plusieurs témoignent de cet esprit ai>entureux dont Philéas Lebesgue incrimine Wells, Au reste, il importe peu que les critiques s accordent sur les conclusions de Philéas Lebesgue. L'essentiel est que le public prête attention à des livres analogues au sien. Intéressons-nous à Vexpansibn de notre langue nationale. Soyons passionnés pour ses progrès. C'est une passion que tout justifie. Jamais époque ne fut plus favorable à la diffusion de notre langue nationale soutenue et multipliée par notre grandeur intellectuelle.
Comme il est sage de dire^ et de dire encore avec Philéas Lebesgue : Gardons notre langue et cultivons-la d'abord. Elle porte le germe^ si nous savons le faire éclore, d'une certaine universalité possible ! — Comme il est plus sage de dire — et de dire encore avec Philéas Lebesgue: Travaillons, étudions^ commentons^ traduisons^ clarifions, logicîsons, « c'est le meilleur moyen de conserver la clientèle de tous les petits peuples, clientèle convoitée par l'Allemagne. »
Oui, travaillons pour augmenter incessamment cette expansion de la langue et de la littérature française ! Il fut un temps où le français était universellement et exclusivement parlé par la bonne société européenne de Lisbonne à Saint-Pétersbourg. C'était sous Louis XV. Vers 1760, tout homme cultivé^ en Europe, vivait uniquement de sprit français. Nous pouvons parvenir mainte-
xt à ce résultat que tout homme cultivé vive sur-
\t de l'esprit français.
[,es circonstances nous sont favorables : tous les
^rvateurs, pour peu qu'ils soient sincères et har-
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dis, cest'à'dire pour peu qu'ils aient le courage de regarder au-delà du moment présent et de dire nettement ce qu'ils aperçois^enty tous les observateurs le constatent. La çie contemporaine des intelligences leur donne, plus que des indices, des preuves de Vempire auquel sont appelées la langue française et V intelligence française. Ce qu'il faut, c'est que nous ajrons en France le sentintent exact de notre force réelle et de notre force possible. Ce qu'il faut, c'est que nous ayons- en France la volonté d'accroître, par notre effort discipliné, cette puissance avantageuse à tous, de préparer systématiquement cet empire qui, par le règne d'une langue plus belle et plus commode^ sera Vempire d'une civilisation intellectuelle et morale plus raffinée. Et nous devons^ nous, organiser un état d'esprit, un état d'âme, créer et entretenir une foi nouvelle parmi tous les hommes qui écri^ vent de notre temps. Il n'est pas de génération lit^ téraire à qui le destin ait réservé une tâche plus noble et plus enivrante^
Dès lors, ne négligeons rien pour contraindre « notre » génération à accomplir « notre » tâche.
Je ne viens pas discuter, pour les limiter , les droits du génie. Mais je me persuade de plus en plus que la critique littéraire a, selon les moments, des obligations particulières qui sont plus impérieuses que d'autres, et que le critique doit, autant qu'il est en lui, faire comprendre ou rappeler aux jeunes écrivains, lesquels ont presque tous du talent, qu'ils ont certains devoirs et quHls doivent
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açant toutes choses emplojyer leur talent pour V accomplissement de ces devoirs. H est beau d'écrire de nombreux romans et de faire prospérer sa gloire par d' (Û)ondantes publications. Il est plus beau encore dé produire au jour des œuvres utiles au progrès de la littérature française.
Certes y Je comprends bien que nos jeunes écrivains écrivent, d^ abord parce qu'ils ne peuvent pas ne pas écrire, parce que la for ce invincible de leur vocation les pousse invinciblement à écrire. Mais s'ils ont néanmoins le loisir de quelque réflexion, puissent-ils songer un instant qu'aujourd'hui il est de première importance que les nouveaux écrivains concourent à maintenir à la littérature française son caractère d'universalité, et à maintenir ou à rétablir, selon le vœu de Novicow, le nôtre, dans la langue française, les caractères qui permettent d'espérer que notre langue nationale demeurera ou redeviendra la langue de l'élite universelle.
Loin de moi la prétention d'exercer une tj^rannie, ou plus simplement un contrôle sur les couleurs^ les formes, les tournures du style, les coupes
, et les complications inattendues des phrases sur lesquelles se marque ou croit se marquer la personnalité d'un auteur. Dieu me garde de discuter sur les mérites comparatifs du style simple, figuré, tempéré, et d'affirmer une préférence pour l'un, plutôt que pour l'autre. Tous les styles sont dans la
' nature, pourvu qu'ils restent des styles naturels, et après tout chacun écrit comme il veut, et spécialement, chacun écrit comme il peut.
Mais je supplie les écrivains de la génération qui s'achemine à la gloire de considérer qu'il existe encore des règles essentielles de la langue