XII, PRÉFACE
française ; que ces règles méritent toujours un respect infini et sont dignes autant que jamais d'être scrupuleusement obéies. Jeunes gens, vous avez toute licence de combiner avec art des tournures nouvelles, s'il vous plaît, de rajeunir des expressions vieillies, d'imaginer méthodiquement des néologismes s ils vous sont indispensables! Je vous en conjure cependant^ n'oubliez pas d'abord que les mots français ont un sens précis et qu'il faut n'attribuer aux mots que le sens qu'ils ont. Souvenez-vous que si toutes les alliances de mots sont permises, il est bien utile de ne pa^ dénaturer par Vassociation le sens individuel de chacun de ces mots... Je ne discute pas de vos goûts, car tous les goûts et surtout les vôtî^es peuvent se justifier ; je rappelle seulement qu'il y a une langue fran^. çaise qui ne peut évoluer que lentement, posément, pour évoluer normalement, et que par la faute du journalisme développé à l'extrême, par la faute plus grave des écrivains, aujourd'hui maîtres du marché, produisant, pour conserver leurs débouchés, des livres avec une hâte téméraire, et cherchant à se procurer, par les bizarreries extérieures du stjyle, une originalité facile et factice, une sorte de langage s'est constitué peu à peu, qui n'a en vérité que des rapports apparents et feints avec le langage français... Jeunes gens, aimez la pure langue française ; ayez au moins pitié d'elle, et faites'lui la grâce de la bien connaître !
Et, choisissons des exemples, deux ou trois seulement, entre mille.