LE CHEVALIER D'ÉON
Je confesse que je suis curieux de savoir si, en réalité, le chevalier d'Eon ne fut pas plutôt la chevalière d'Eon et que toutes les incertitudes publiques, et même retentissantes, sur le sexe de celui ou de celle que MM. Octave Homberg et Fernand Jousselin qualifient sévèrement un aventurier au xviii* siècle me paraissent désobligeantes.
La chevalière d'Éon fut bien le chevalier d'Éon : nous en avons la preuve irréfutable. Un procès-verbal d'autopsie rédigé le 21 mai 1810 par le chirurgien Copeland enlève tout prétexte à des discussions de mille manières équivoques. Mais l'indécision amusée des contemporains prêta à trop d'anecdotes qui seraient grossières, si d'abord elles n'étaient bouffonneg.
Au premier jour l'aventure fut piquante. On eut le droit de sourire gaiement, lorsque vint à Londres la princesse Daschkow, nièce du grand chancelier Woronzow qui avait si puissamment aidé l'impératrice Catherine 11 à se défaire de son royal et embarrassant époux et, veuve, à monter sur le trône où parfois elle se coucha. La princesse était exilée par l'ordre même de cette inimitable souveraine. Réfugiée à Londres, elle y contait avec animation toutes les historiettes russes dont elle faisait ainsi de Thisloire. Elle ne se tenait pas d'aise en narrant à la Cour et dans les salons qu'elle connaissait de longue date le chevalier d'Éon, diplomate autant que dragon, que jadis d'Éon s'était introduit au palais impérial de Saint-Pétersbourg sous des