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XIV PRÉFACE

Si jeune néanmoins et déjà si disposé aux anfLlyses approfondies, tellement approfondies, du cœur féminin^ que dis-je / du cœur humain/

J^admire en cet écrivain la délicatesse rare de la sensibilité, le raffinement extraordinaire de^ idées, des sentiments, des impressions — et je ne m'offusque pas du trouble de leur expression — toutefois je pense que « les sentiments vrais et naturels coulent sans effort de la plume », et puisque ceux de M. Jean Schlumberger coulent si difficilement, il est probable qu'ils ne sont ni naturels, ni çrais, ou qu'ils sont ^forcés » au point de devenir faux.

Il faut V admettre : ce jeune homme ne peut pa^ penser et sentir simplement. Il écrira donc avec une précieuse complication. Mais aucune règle ne détermine les mouvements de son stjyle qui est tout déséquilibré. En son horreur de toute vulgarité, il réalisera des prouesses de galimatias, « de galimatias triple ». Exemple :

« Le soleil venait de disparaître : une fraîcheur montait de la Seine ; dans les hauteurs du ciel glauque fiottaient des bancs de nuages légers, comme de diaphanes méduses dans une eau claire. Marc Elbret remontait les quais d'un pas nettement scandé, le sang fouetté par la marche rapide et tout chargé du renouveau que fait fermenter r extrême septembre. Il en ressentait un frôlement velouté tout le long des artères, et la tiédeur du soir lui courait sur la peau, pénétrante comme une caresse d' amour-propre. »

« Elle avait peur, tant en elle la violence de Vantique âme jalouse avait violemment surgi et mis en

PRÉFACE XV

lambeaux le mince {bêtement d* humanité qui la cache. »

« Us avaient cette capiteuse jouissance de soli^

tude qu'aiguise V agitation environnante^ et Vexai-

\ talion de leur ivresse d'art descendait en eux plus

profondément^ les enveloppait ^ les mêlait (etc.) >

M. Jean Schlumberger ne balancera jamais à

créer avec incorrection des mots nouveaux et de

nouvelles relations de mots qui ne sont guère faits

pour se fréquenter. H écrira quelquefois avec

'bonheur , presque toujours très malheureusement :

\V odeur d'intimité.,. Il sentit un obscur malaise

; refroidir peu à peu la joie de vivre latente en tout

\ son être. — Il jy sentait un charme intime et

I endormeur. — La souffrance se coagule dans la

poitrine. — Les retombées noires de ses cheveux

défaits... »

Eh/ moh Dieu/ pourquoi ce charme endormeur et pourquoi ces retombées de cheveux? Voltaire conseillait :

« N'employez jamais un mot nouveau à moins \ qu*il n'ait trois qualités : d'être nécessaire, intel" ligible et sonore.. Des idées nouvelles — surtout en ^ sciences — exigent des expressions nouvelles ; mais substituer à un mot usité un autre mot qui n'a que le mérite de la nouveauté, ce n'est pas enrichir la langue^ c'est la gâter. » Oui, nous acceptons tous les néologismes nécessaires ; par conséquent nous proscrivons tous ceux qui ne sont

i pas indispensables

Vain effort de rénovation qui torture le style et

fait mieux voir l'incorrection grammaticale, Vin^

^ cohérence des métaphores. Au reste, comment se

fait-il que M. Schlumberger, enclin à l'affectation,

PREFACE

soit si accueillant à toutes les expressions banale\ banales et encore incorrectes!,.. « Il regardait ne s'ouvrir devant lui, — Quand on a dû fab son chemin à travers les difficultés que fat euei — n se heurta au même mutisme. — Elle ne laissa pas bercer par les paroles de tendresse. Un sanglot lui agita les épaules, — Ses jyeux tendraient pour mendier le baiser du retour.

Nous marcherons vers l'unité plus profonde, — jy a les esprits religieux qui se jettent dans lew passions à corps perdu (sic).,. » Comment sefaitï il que M. Schlumberger, qui écrit mal à causi qu'il veut écrire avec trop de raffinement, écriv\ également mal parce qu'il écrit avec trop de vm garité? Peut-être que M. Schlumberger est encori très jeune et quil ne sait pas encore très bien li français!...

Je déplore de juger avec cette rapide brutalitt un jeune écrivain dont la finesse psjychologiqm nest pas médiocre et dont le début est, comme o\ dit, intéressant et donne plus que des proniessesl Je sens, d'ailleurs, qu'au lieu de noter des fautes grammaticales trop fréquentes pour quun critiqm se croit autorisé à ne pas les apercevoir, je sem qu'il serait plus « distingué » de vanter M. Jeai Schlumberger pour le raffinement de ses pensées et ,la délicatesse de ses analyses. Mais il y a U langue française! et croyez-vous que si M, Schlumberger n'était point notable pour ses analyses délicates et ses pensées raffinées, j'aurais seulement songé à indiquer les imperfections d'un stylt qu'il a le temps de reformer, déformer et à tirer ^ de son exemple, une leçon.

Cette leçon, il me serait bien agréable qw

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