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L'EAU PROFONDE

Par Paul Bourget.

Il y a des romans qu'on ne peut critiquer : c'est à peine si, après les avoir lus, on possède encore la force suffisante pour les raconter.

Je veux essayer de raconter le dernier roman de M. Paul Bourget, membre de l'Académie Française.

. . . Dix pages d'abord — et ce ne sont pas les plus mauvaises — pour nous apprendre qu'une grande dame authentique peut acheter des tapis dans un grand magasin. Description du grand magasin. Le tableautin est trop connu pour mériter même un crayon, assure l'auteur, qui négligeant crayon et tableautin, peint au moins la moitié d'un panorama genre Poilpot.

Donc il s'agit d'une jeune femme. « La jeune femme « dont il s'agit et que j'appellerai, en lui conservant - « son titre — ce détail a sa petite importance — ^ la « baronne de la Nodde était en quête de tapis volants « fort bourgeoisement. » Elle avait l'air hautain en cherchant ses tapis ; et cette grande dame authentique posait aristocratiquement par terre un pied fin, et elle levait noblement ses regards vers le ciel. Elle était habillée ce jour-là d'une robe de ville, d'un petit velours marron avec un semis de pois blancs et coiffée d'un chapeau assorti, sans le moindre caractère d'excentricité, car c'est ainsi que s'habillent les grandes dames authentiques qui vont fort bourgeoisement acheter des tapis dans les grands magasins.

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Je vous ai dit que la baronne de la Nodde — je lui conserve son titre, et je vous jure que et détail a une grande importance — levait ses yeux vers le ciel. Cela ne Tempêcha pas d'apercevoir devant elle... qui donc? Sa cousine Valentine, la marquise de Chaligny enfin. Étant elle aussi une grande dame authentique, elle était habillée comme s'habillent les grandes dames authentiques qui vont dans les grands magasins : « la marquise était habillée d'une de ces robes de teinte neutre qui n'attirent pas l'attention, la voilette aux mailles serrées qui moulait son visage avait été choisie épaisse à dessein. »

Que pouvait bien faire la marquise de Chaligny dans ce grand magasin ? « Cette question se dressa dans l'esprit » de la baronne de la Nodde. La baronne vit la marquise prendre un « sapin » avec cet air de distinction raffinée qu'ont les grandes dames authentiques... ; un peu plus loin la baronne aperçut les gens et le coupé de la marquise. Eh bien I vous djrez tout ce que vous voudrez, mais la baronne fut très étonnée.

Maintenant, la psychologie ! Il peut entrer beaucoup de fiel en l'âme des grandes dames authentiques. Jeanne de la Nodde avait : « on l'a deviné à travers les lignes du début de ce récit (non je n'ai rien deviné du tout)..., à la date où cette histoire commence M°^ de la Nodde avait une liaison (sic) avec Norbert de Chaligny, le mari de Valentine. » Cette liaison durait depuis plus d'une année. Et ce qu'il y a de plus admirable c'est que le motif de la faute était pire que la faute (sic) : « M°»« de la Nodde n'aimait pas Chaligny, elle haïssait Valentine. » Je vous l'avais bien dit, nous entrons dans la psychologie.

Valentine était la plus belle, la plus sage, la plus noble la plus riche, et elle était héritière du château de Nérestaing qui date de 1338, de l'armistice même que le pape Benoît XII imposa au roi Edouard III. Elle était mariée à Norbert de Chaligny, épouse heureuse, heureuse mère.

Jeanne était moins belle, moins sage, moins noble quoique grande dame authentique, moins riche : elle n'avait que trente-deux pauvres mille livres de rente et point de château de Nérestaing. Séparée de son mari et sans enfants.

Par jalousie, par envie, elle devint la maîtresse — que dis-je! employons des expressions distinguées, — elle « eut une liaison » avec Norbert de Chaligny.

Ghaligny est le héros le plus réussi du roman. Bourget, sans le vouloir peut-être. Ta fait complètement idiot : il est toujours égal à lui-même. C'est au reste, ai-je besoin de le dire, un véritable aristocrate.

Malgré sa liaison avec Jeanne, il aime toujours Valentine, un peu froide sans doute, mais qui porte élégam ment, aristocratiquement, sa vertu. Il aime toujours Valentine et se reproche de la tromper. Vous avez compris que Jeanne était mécontente. Dame ! mettezvous à sa place I

Alors, elle veut prouver à Chaligny que Valentine n'est pas la femme vertueuse qu'il croit. Elle insinue d'abord ; bientôt elle attaquera.

Certes, en sortant d'un grand magasin, Valentine allait voir son amant ; elle « avait une liaison » elle aussi. Jeanne n'en doute pas. Mais comment le prouver à ce Norbert de Chaligny ? Très simplement : en grande dame authentique. Voici où triomphe le psychologue. Jeanne de la Nodde file sa rivale. Un jour, elle découvre ; elle sait que Valentine passe son aprèsmidi au n** 11 de la rue Lacépède. Le psychologue intervient encore et Jeanne de la Nodde envoie une lettre anonyme. Nous l'attendions. Mais Chaligny ne s'y attendait pas. D'ailleurs, il ne s'attend à rien, ce pauvre Chaligny. Convenons, pour être justes, que le roman de Bourget lui réserve de bizarres aventures.

Un ami de M, de Chaligny V engage à surveiller le

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n^ 1 i de la rue Lacêpède^ 3/™« de Chaligny y était encore hier à 3 heures de V après-midi. Avec qui ? Oest ce qui intéressera sans doute Af... de C... A hon enten^ deur^ salut !

Quelqu*un du Club,

C'est le nœud du drame.

Vous allez voir ce que vous allez voir.

Hardi, le romancier psychologue !

Chaligny, un peu ahuri, comme toujours, s'écrie comme dans un mélo de d'Ennery : «Oh ! cette preuve! celte preuve, il me la faut ! » Mais je n'oublie pas une de ces fortes pensées qui sont l'honneur de Paul Bourget : < Le premier mouvement de Chaligny quand il eut lu et relu l'abominable billet fut de le froisser avec le dégoût méprisant que méritent des missives pareilles » (sic). Après quoi, il prit un fiacre à l'heure pour la rue Lacépède. Il questionna le charbonnier du coin qui lui apprit que le n** 11 était habité par M. Dumont. Il sonne. On ouvre. On le fait attendre dans une galerie de tableaux, où il trouve son propre portrait, celui de sa mère, de sa femme, de ses enfants. Puis M. Dumont arrive, traîné dans une voiture de paralytique. Il voit Norbert. Attaque d'apoplexie. Voilà l'effet des lettres anonymes.

Chaligny ne comprend pas. Nous, non plus. Mais nous allons comprendre. Chaligny aussi.

Il retourne près de Valentine, la questionne... Secret! Mystère î Effroyable histoire ! Le domestique survient, apportant une lettre. C'est le docteur qui appelle auprès de M. Dumont. Chaligny s'effare.

« Tais-toi, s'écria Valenline de nouveau d'un accent sauvage. Puis le serrant dans ses bras avec une ardeur désespérée, elle l'entraîna en lui disant : Mais viens, viens vite! Viens... Ah! pourvu que ce ne soit pas trop tard. Mais c'est ton père ! C'est ton père ! »

Ils arrivent. M. Dumont est mort.

Mais, Dieu merci ! ce M. Dumont n'est pas un M. Du-

mont comme tous les autres M. Dumont, Il s'appelait Philippe de Rayneville. Il était noble authentiquement. Il était baron, pour le moins. Et c'est une très drôle d'histoire.

Mais le pire reste à dire.

Le pire, c'est ceci :

La mère de Norbert « ma mère, une sainte et digne femme, allez! » mariée sans amour à M. de Chaligny, avait aimé un homme « qui n'était pas son mari »• Elle avait eu de lui un enfant : Norbert. Le père de cet enfant s'appelait Philippe de Rayneville. Il avait hérité des siens une fortune très entamée ; pour se maintenir dans la société de sa maîtresse et y faire figure, il dépensait plus que ses revenus. Puis les mauvaises chances. Un banquier — ah ! ces banquiers ! — Bref, Philippe fut ruiné, ruiné, mais toujours aimé.

Alors, il commit un faux. Il détruisit le testament d'un oncle, et en fabriqua un qui lui laissait tout. Ingénieux Philippe! Pas si ingénieux! Le faux est découvert. Philippe emprisonné. Il fut bien puni.

Mais il avait fait tout cela, noblement, parce qu'il aimait M"'*' de Chaligny douairière, et pour continuer de vivre près d'elle, noblement encore, à ne rien faire!

Il fît sa peine. Maison Centrale, mais toujours grande noblesse de sentiment. Puis ce fut pour lui « comme dans la vie » selon la parole célèbre d'un grand prédécesseur, précurseur et initiateur de Paul Bourget, Albert Delpit. Pendant qu'il était en prison il hérita, par la mort subite d'un de ses cousins décédé intestat^ d'une nouvelle fortune : alors, admirez l'héroïsme de la noblesse! Redevenu libre, il se retira «- dans un quartier pauvre de Paris sous un faux nom et y commença une existence de charité qui n'a eu, pendant des années, d'autre^ événements que des recherches de misères à soulager...» et que les visites de la douairière de Chaligny.

En mourant, la douairière cjbargea sa belle-fille Valentine, dont elle prisait fort l^ Ihaut caractère, d'al-

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1er visiter M. Dumont, dont elle était aussi la bellefille...

C*est très simple. Mais il fallait encore l'expliquer. Norbert de Chaligny ne doit plus regretter sa visite rue de Lacépède. Il sait tout maintenant ; et ce qu'il sait n'est pas du tout ce qu'il s'attendait à savoir.

La méchante cousine est confondue et elle ne sera plus la maîtresse... que dis-je ! elle n'aura plus de < liaison » avec Norbert Dumont de Rayneville de Chaligny. Je dis liaison, car Paul Bourget me semble avoir beaucoup médité la parole du père Tout-à-tous à la belle Saint-Yves: « Premièrement, ma fille, ne dites jamais ce mot : mon amant; il a quelque chose de mondain qui pourrait offenser Dieu »... et Paul Bourget emploie des termes très pudibonds.

La vertu généreuse de Valentine triomphera. Elle reconquiert son mari. A eux deux, retirés à la campagne, ils auront un nouvel enfant et ils relèveront le nom de Nerestaing.

Quant à Jeanne de la Nodde, pour qu'elle soit complètement punie de son envieuse perversité, elle épouse un riche Américain.

Que si par hasard, ou par l'effet d'une malignité ! d'esprit dont il faut que je vous blâme tout de suite, vous ne goûtiez pas les péripéties romanesques de ce récit où l'on découvre quelque chose de l'imagination i de nos feuilletonistes les plus illettrés ; que si vous , jugiez puériles ces affabulations surannées où se mêlent i lettres anonymes, noms supposés, secrets de famille, vieille noblesse, grande fortune, le vice et la vertu, combinaisons bassement et naïvement mélodramatiques, alors je vous dirai que le livre de M. Paul Bourget se recommande par d'autres mérites.

I II ne se recommande pas par la psychologie. Les ' héroïnes sont conventionnelles, inexistantes. Parlant

toutes deux la môme langue, celle de M- I^dri3our-' get, leur créateur les oublie à irarers les oamplications de son môlimélodfame. Elles ne déterminent pas les : événements de «fdfcle Imtoire vécue. Les disseilations p syc ha lo g lqu es dont M. Bourget entoure chacune de leurs paroles, ou chacun de leurs gestes n'ont que de vagues rapports avec ces gestes ou ces paroles. Verbiage de pédant essoufflé qui ne sait comment équilibrer ses histoires qui refusent absolument de tenir debout.

Mais il y a les idées générales !

Elles sont la revanche de M. Paul Bourget. Je veux citer quelques-unes de ses fortes pensées :

Ghaligny possédait cette entente avisée de ses intérêts qui s'associe moins rarement qu'on ne le croit à ces existences de luxe et de prodigalités. Tous les gens riches ne se ruinent pas, et une fortune qui se conserve vaut ua talent comme une fortune qui s'acquiert...

Une liaison qui dure s'organise naturellement en habitudes d'une régularité quasi -bourgeoise. La plupart des amants se fixent des rendez-vous presque exactement

Eériodiques, obligés qu'ils sont d'accommoder leurs boneurs clandestins au train correct de leur existence avouée. Quand au contraire, ces rendez-vous sont irréguliers, la raison en vient toujours de la maîtresse. C'est que \ ses instants de liberté sont eux-mêmes irrégulièrement | placés ; et cette fois, comme cette liberté dépend de la j présence ou de l'absence du mari, la vie de ce mari donne le secret de celle de la femme. Celle dont le maître et « seigneur chasse plusieurs jours par semaine choisira plutôt une de ces après-midi où elle se croit sûre de n'être pas surveillée.

Il convient de le reconnaîtrei, à l'honneur ou à la , charge de la nature humaine — cela dépend du point de vue — les très mauvaises actions ne sont guère commises , tout de go et comme telles. Nos basses passions excellent ] à nous déguiser leur perversité native sous les plus spé-

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' deux prétextes et quelquefois les plus justes d'appa-

Si les tliéâtres de musique ont tant de succès auprès des femmes et des homme» de la société, ce n'est pas [ seulement parce que le btvài « ^ilia xAkt wa» hem aatns » f comme disait Gautier, accompagne agréablei

accompagne agréaBlenMi^iai versation, c'est surtout que l'orchestre et les chants permettent de se taire, en feignant de les écouter, et alors ce sont de longs soliloques intérieurs, dans lesquels il ne s'agit, pour une personne rêveusement accoudée sur le velours rouge de sa loge, ni de Salammbô, ni de Lohen^ grin^ ni de Roméo et Juliette — c'était la pièce que l'on donnait ce soir-là — mais de problèmes aussi peu carthaginois, germaniques ou italiens, que celui don} la petite baronne analysait en pensée les éléments.

-On peut continuer les citations, car il y a beaucoup de fortes pensées comme celles-ci dans les romans de Paul Bourget.

Paul Bouirget n'a point voulu, cette fois-ci, établir un système social. Il n'a point continué dans VEau profonde la tâche commencée dans UÉlape. Mais on n'est pas impunément un puissant et loyal philosophe social. Aussi bien, nous rencontrons ici, avec admiration, des idées, pas très nouvelles peut-être, sur l'aristocratie contemporaine, mais profondes et qui font réfléchir.

Je vais citer. C'est un bonheur que de citer beaucoup un écrivain jouissant, comme Paul Bourget, d'une autorité intellectuelle et morale bien gagnée.

Les grands magasins lui inspirent des considérations dégoûtées sur la démocratie.

L'énorme bâtisse regorgeait de ce formidable afflux féminin qui semble donner raison aux prophètes de la démocratie. Le rêve du nivellement universel n'est-il pas réalisé dans le dédale d'un pareil emporium ?

Toutes les femmes « des diverses classes » s'y confondent dans un pêle-mêle extravagant, « la modeste épouse du fonctionnaire, la compagne du financier juif (sic), la provinciale, l'étrangère, la fille à la mode que son automobile de grande marque attend à la porte, l'étudiante du Quartier Latin, enfin, la grande dame authentique. »

Même une grande dame authentique qui n'aurait eu voici cinquante ans, que des fournisseurs personnels, finit par avoir recours au banal et commode caravansérail, quitte à s'y promener, comme faisait M°^« de la Nodde en dépit de [a promiscuité forcée, avec cet air patricien qui ne s'imite pas, qui ne se définit pas. On discerne à peine en quoi il réside. C'est une façon de poser le regard et de porter la tête, de se tenir et de marcher^ oii il y a de la réserve et de l'assurance, de la fierté et du naturel, un rien de hauteur et de la simplicité, un quant-à-soi tout en nuances.

Paul Bourget est tellement frappé par l'air patricien de M*"® de la Nodde, que, suivant cette grande dame authentique dans le grand magasin, il va jusqu'à remarquer, en vrai psychologue, la finesse de ses pieds à travers les banques et les comptoirs : « De ravissants détails, des oreilles coquettement colorées, des dents ; très blanches et bien rangées, la finesse de ses mains et de ses pieds,,. »

Détachons encore quelques idées de Paul Bourget sur la noblesse, la fortune, la grande vie des grandes dames authentiques. Il blâme « la funeste coutume française qui détruit la noblesse en multipliant les titres de courtoisie, au lieu que toute la maison devrait être titrée dans un seul membre, son représentant. »

Page d^album.

Tout ne valait-il pas mieux que cette précaire existence, à un second étage de la rue Barbet-de-Jouy où elle

jr

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était venue se réfugier avec trente-^eux pauvres mille livres de rente.,.

\ Songez donc ; il lui est interdiU de sortir de chez elle

' habillée dans des toilettes qui ne soient pas de son rang,,.

Cette ardeur d'une chaise commençante — la plus

forte des sensations pour les nerfs d'une Parisienne Je sa

• Classe m, »

Sa crainte que la bête attelée à cette voiture de hasard ne pût pas suivre les juments anglaises de sa cousine...

Conception aristocratique de Tamour : Jeanne de la Nodde a découvert que Valentine se rendait dans I une maison modeste de la rue Lacépède. Premières I réflexions :

Qu'un pareil logis servît d'abri aux amours d'une mar^ qnise authentique, venue ici d'un des plus nobles hôtels du faubourg Saint-Germain, c'était une hypothèse extraordinaire jusqu'à l'invraisemblance. ..

... Quel était Vhomme de leur monde^ arrivé dans cette maison quelques instants avant elle?... Ou bien cette maison abritait-elle quelque aventure plus romanesque encore? Valentine avait-elle, par suite de circonstances qu'aucune personne de sa société ne soupçonnait formé une liaison hors de sa caste ?

C'est beau, l'aristocratie î Et ça inspire bien les grands romanciers dédaigneux des sujets et des hommes vulgaires !

Mais, dans LEau profonde^ on a le devoir d'admirer aussi le style. On reconnaîtra « la maîtrise de Paul Bourget ». Je crois cependant qu'il s'est « surpassé ».

Son style n'a rien perdu de sa précision ; il est devenu alerte, facile, coulant, joli, harmonieux, souriant, fin, galant, gracieusement français.

Exemples : '

Beaucoup de proverbes revêtent, en passant d'un pays

dans un autre, une physionomie si dijQférente que cette; variation seule prouverait combien les caractères nationaux demeurent des réalités radicalement distinctes etirréductibles...

Ces deux petites phrases racontent cela dans le rac- ' courci de leurs formules.

La portion dramatique de l'aventure ne fut, comme il arrive souvent, que l'explosion d'une mine longtemps creusée... !

Un lég-er, un imperceptible jp/i dHmpertinence flottait { plus encore qu'il ne se creusait au coin de ses narines ! minces...

Ce discours intérieur enveloppait un de ces redoutables secrets comme la vie élégante en cache tant sous ses rites frivoles...

Elle la vit, marchant toujours de ce pied qui va droit vers son but...

Mais si ces impressions de monotonie et de froideur laissent celui qui les éprouve au foyer conjugal à la merci des pires caprices des sens et même du cœur, ce foyer qu'il déserte n'en est pas moins le coin sacré auquel il tient par ses plus fortes fibres...

Était-ce possible ? Jeanne avait trop besoin de répondre oui à cette question pour que sa pensée ne se tendît pas aussitôt, et, dans les mstants qui suivirent, à ramasser en bloc les quelques arguments qui pouvaient confirmer cette découverte inespérée... j

Du coup, cette équipée de sa fière cousine avait réhabilité la maîtresse de Norbert à ses propres yeux, en rabaissant l'autr.e au même niveau...

L'ensemble réalisait un rêve vivant d'opulence fine...

Si la dangereuse et féline créature était descendue jusqu'au fond de cette résolution, sur laquelle elle s'endormit — en s'en estimant — elle se serait rendu compte qu'il y entrait beaucoup de prudence et très peu de magnanimité...

Ces pensées reproduisaient trop bien l'illogisme d'une situation qui se retrouve à peu près la même chaque fois qu'un homme se laisse entraîner à la périlleuse tentation, naturelle à certaines sensibilités composites, d'avoir deux femmes dans sa vie...

Ce qu'elle croyait connaître, en revanche, d'un coupable

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secret, caché sous ces dehors de grâce et de fierté^ lui " fit traduire à contre-sens et cette rougeur et ce regard de sa victime. Elle n'y aperçut pas la pathétique secousse d'un cœur qui se déhat dans r agonie noire du doute et pour qui le moindre motif d'espérer est un sursaut vers une lumière...

La femme vaque aux innombrables courses que comporte l'orbe toujours agrandi de ses relations parisiennes...

Voilà les idées qui se levaient de ces feuillets déjà un peu iaunis; pour cet homme soudain mis en face de la plus intéressante des révélations...

Les idées qui se lèvent pour nous de ces citations en face desquelles nous sommes mis, c'est qu'il y a dans ce style beaucoup d'art, du grand art!

La note de publicité jointe au volume jure ses grands dieux que les courtes nouvelles qui accompagnent, dans le livre, la longue histoire de VEau profonde « sont de même tonalité » : j'aime autant le croire que « d'y aller voir ».

9 novembre 1903.

« 11 peut arriver qu'une seule mort amoindrisse toute une génération. Chateaubriand suicidé dans le bois de Combourg, Stendhal gelé dans la retraite de Russie, ou Lamartine noyé avec Elvire sur le lac du Bourget, les formes qu'ils créèrent, c'est-à-dire la prose romantique, la poésie lyrique et le roman d'analyse eussent apparu quand même en ce qu'elles ont de général, car la littérature antérieure les commandait, mais nous serions privés d'œuvres qui nous soumettent encore aux agitations et aux modes de l'Empire et de la Restauration... »

Il peut arriver qu'une seule mort amoindrisse toute une génération! Maurice Barrés prononçait ces paroles au Havre pour l'inauguration d'un buste de Jules Tellier. Jules Tellier était un écrivain, né en 1863, mort à 26 ans en 1889 et dont la mort est à jamais déplorable, car il avait la tradition de la langue française et il eût probablement contribué dans la suite de ses jours à maintenir cette tradition par ses ouvrages, avec éclat et avec vigueur...

Vers le même temps que la mort atteignait avec une brutalité soudaine Jules Tellier fait pour la gloire, un autre écrivain, sur qui ses amis reposaient aussi leurs plus chères espérances, se laissait surprendre par cette mort qui le guettait depuis longtemps. Le 23 août 1887, un petit nombre d'amis seulement accompagnaient au cimetière le corps de Jules Laforgue dont le nom semblait déjà promis à la postérité... Mais peu d'années après un jeune écrivain nouveau venu dans la littéra-

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ture, Camille Mauclair prononça à son tour, à la façon de Maurice Barrés pour Jules Tellier, une parole d'impérissable regret, et sembla dire de Jules Laforgue : « 11 peut arriver qu'une seule mort amoindrisse toute une génération. » Camille Mauclair écrivit sur Jules Laforgue cette biographie généreuse qui reste comme le témoignage le plus complet de l'admiration de ses contemporains pour un poète dont la mort les désespéra, comme le témoignage le plus enthousiaste d'une admiration qu'adoucit la tendresse.

Sans doute il n'est pas certain que la mort de Jules Tellier et celle de Jules Laforgue soient de ces événements qui se doivent nécessairement égaler aux plus grandes catastrophes. Et nous voyons que les pieux amis de Jules Tellier sont peu sensibles à la suppression de Jules Laforgue. Nous voyons également que les admirateurs affectueux de Jules Laforgue ne sont point préoccupés de l'amoindrissement qu'aurait subi toute une génération par la mort seule de Jules Tellier. Un groupe néglige l'autre. Ce groupe-ci n'a point cure de l'affliction de ce groupe-là.

Cela n'est pas suffisant à nous consoler, mais nous permet de mesurer mieux notre chagrin en le répandant un peu sur Jules Tellier, un peu sur Jules Laforgue, car ils doivent le mériter tous les deux. Et maintenant, ne cherchons pas à limiter l'ardeur persévérante des exaltations et des fidélités. Il est noble de vanter longuement les morts littéraires disparus dans leur jeunesse. Ceux qui ont le privilège d'entretenir ainsi dans le cœur de quelques vivants des deuils délicats et forts que n'abolissent point les années furent de beaux talents ; ils eussent été peut-être de beaux génies ; ils ont été certainement de belles âmes.

Discutons, s'il nous plaît encore, des œuvres imparfaites de Jules Tellier, de Jules Laforgue, emportés ensemble dans le passé ! Mais affirmons avec l'accent de la certitude que Jules Tellier, et que Jules Laforgue furent de belles âmes. N'est-ce point, après tout^

dira-t-on, l'œuvre la plus longuement aimable que puisse laisser un écrivain : le souvenir d'une âme belle I

Mais je vous le demande en grâce, puisque aujourd'hui on édite — quinze ans après I — les œuvres de Jules Laforgue, ô vous tous qui les lirez, perpétuez seulement le souvenir de son âme I

Je le sens, on peut disserter sur la sigm'fication des Complaintes y du Sanglot de la Terre, du Concile féerique, de V Imitation de Notre-Dame la Lune, et aussi des Moralités légendaires, mais il est vain tout de môme de situer Jules Laforgue dans l'histoire, de faire de lui l'agent systématique, l'auteur principal ou le complice d'une réforme poétique. Cela est vain pour nous. Cela est dangereux pour nous. Cela diminue à nos yeux un jeune homme que tout — jusqu'à sa mort même, si tragique et si banale — doit accroître dans notre estime. A quoi bon ? C'était un jeune homme qui essayait son talent et subissait plus ou moins les influences les plus actives en son temps. N'affirmons rien d'autre; prenons garde de nous tromper en insistant...

Laforgue ne fut nullement un des initiateurs du vers libre, par quoi se personnifie dans l'histoire littéraire ce qu'çn a faussement appelé la poésie nouvelle et qui provenait d'inspirations si diverses et contradictoires I A la vérité, Laforgue écrivit des vers libres et ce ne sont pas ses meilleurs vers. Il compliqua parfois les architectures de ses poèmes et ce n'est pas ce qui fut le plus avantageux à son talent. Il voulut employer avec raffinement des mots raffinés, et ce penchant ne fut pas pour lui le plus heureux. Il fut quelquefois étonnant dans son style bizarre, et faut-il l'en louer, puisqu'il fut en somme en ces circonstances, très incompréhensible... Faiblesse nécessaire d'un jeune

homme que les nouveautés contemporaines séduisent d'abord, qui est d'abord malhabile à discerner ce qu'elles ont de solide et de durable î Mais ce n'est pas parce qu'il céda aux exigences, obéit aux lois de la nouvelle école poétique que Jules Laforgue mérite d'être inscrit dans notre littérature. C'est au contraire parce que le plus fréquemment il leur résista et se rebella contre elles, parce qu'il fit voir, dans ses vers eux-mêmes et surtout dans sa prose, le tempérament littéraire le plus classique, et malgré des impatiences, malgré quelques violences inutiles de vocabulaire et d© syntaxe, parce qu'il voulut paraître infiniment respectueux des règles traditionnelles de notre langage, et plus spécialement de notre métrique... N'était-il point fait pour perpétuer la tradition harmonieuse de notre langage poétique plutôt que pour en bouleverser les habitudes et les préceptes, celui qui écrivait, avec quel sens de l'eurythmie du vers accoutumé I ce Noël sceptique.

Noël ! Noël ? j'entends les cloches dans la nuit... Et j'ai, sur ces feuillets sans foi posé ma plume : O souvenirs, chantez ! tout mon orgueil s'enfuit, Et je me sens repris de ma grande amertume.

Oh I ces voix dans la nuit chantant Noël ! Noël ! M'apportent de la nef qui, là-bas, s'illumine, Un SI tendre, un si doux reproche maternel Que mon cœur trop gonflé crève dans ma poitrine Et j'écoute longtemps les cloches, dans la nuit... Je suis le paria de la famille humaine, A qui le vent apporte en son sale réduit La poignante rumeur d'une fête lointaine.

Sa prose témoigne encore mieux ses tendances réelles, et que s'il avait vécu — ô vanité des conjectures ! mais nous ne les faisons qu'en passant I — il aurait de moins en moins consenti aux innovations indisciplinées de style et de pensée et serait rentré dans la grande école qui n'est ni plus ni moins que l'école française..

Il avait les exagérations littéraires en horreur. Il condamnait les disciples de Baudelaire : « Tous ses élèves ont glissé dans le paroxysme, dans Thorrible plat, comme des carabins d'estaminets. » Il se trahissait plus complètement lorsqu'il transcrivait sur son carnet de notes ses principes de style :

« Rêves d'Écriture. — Écrire une prose très claire, très simple (mais gardant toutes ses richesses), contournée non péniblement, mais naïvement, du français d'Africaine géniale, du français de Christ. Et y ajouter par des images hors de notre répertoire français tout en restant directement humaines. Des images d'un Gaspard Hauser qui n'a pas fait ses classes, mais a été au fond de la mort, a fait de la botanique naturelle, est familier avec les ciels, et les astres, et les animaux et les couleurs et les rues, et les choses bonnes comme les gâteaux, le tabac, les baisers, l'amour. »

Que de choses, que de choses ! Que de juvéniles aspirations ! Mais quelle est donc la volonté essentielle ? Celle-ci, je pense. « Ecrire une prose très claire, très simple, mais gardant toutes ses richesses... », les augmentant même, si possible. Le principe néanmoins est bien de l'écrivain qui s'écriait encore : « Voltaire, notre maître à tous ! »

Voltaire, notre maître à tous ! pour le fond comme pour la forme ! Alors pourquoi noter surtout à la louange de Jules Laforgue qu'il a traduit en certains de ses vers la philosophie de V Inconscient ? Cette philosophie était à la mode au temps où le jeune Laforgue développait sa vie intellectuelle. Mode et philosophie bien éphémères ! Retiendrons-nous, pour glorifier un écrivain, la suggestion qu'il subit des œuvres les plus passagères de l'esprit humain en mouvement, en travail. Eh non I

Jules Laforgue adolescent lisait les philosophes. A vingt-deux ans, il était appelé à Berlin comme lecteur de rimpératrice Augusta. Il demeura près d*elle plus de quatre ans dans la capitale prussienne. Serionsnous surpris parce, que ~ ce jeune homme, transporté dans la vie allemande, lut avec un soin plus passionné les philosophes allemands dont les obscurités rayonnaient alors par delà môme les Allemagnes ! Nullement. Mais lui saurons-nous gré particulièrement d'avoir répandu dans beaucoup de ses vers ces obscurités et ces systèmes I Ah ! évitons cette erreur, funeste surtout au jeune écrivain que sa mort même nous rend plus cher. Et fuyons toute tentation de le louer, surtout pour avoir exprimé en des poèmes comme ceux-ci des idées comme celles-là :

Vermis sam, pnlvis es ! où sont mes nerfs d'hier ?

Mes muscles de demain ? Et le terreau si fier

De Mon âme, où donc était-il il y a mille

Siècles ! et comme, incessamment, il file, file î...

Anonyme ! et pour Quoi ? Pardon, quelconque Loi !

L'être est forme, Brahma seul est Tout Un en soi.

O Robe aux cannelures à jamais doriques

Où grimpent les Passions des grappes cosmiques

O Robe de Maïa, o Jupe de Maman

Je baise vos ourlets tombals éperdûment

Je sais ! la vie outrecuidante est une trêve

D'un jour au Bon Repos qui pas plus ne s'achève

Qu'il n'a commencé. Moi, ma trêve, confiant,

Je la veux cuver au sein de riNcoNsciENT.

N'est-ce pas ? il nous sera permis de négliger les doctrines philosophiques dont ses livres sont pleins. Si on persistait à vanter en lui le philosophe, il nous serait trop aisé de marquer les contradictions flagrantes et grossières de ses pensées ! . . . Ne cherchons point là les doctrines qui s'étalent parmi des rêveries et s'étendent confusément sur elles pour les brouiller...

Jules Laforgue était seulement un jeune homme qui entrait loyalement dans la vie, qui était avide de con-

naître, ardent à fcomprendre, pressé de conclure. Mais c'est son âme même, si simple et si claire, qu'il faut chercher et découvrir jusque dans ses plus obscurs exercices intellectuels.

Exercices bien superflus aujourd'hui. Hartmann xjui les inspira est presque supprimé pour nous et l'âme du poète compte seule à nos regards.

Qui donc hésiterait à sacrifier un philosophe poiu* voir de près vivre et mourir un poète !

Mais il est des citations qui suffisent à emporter toutes les convictions. Voici quelque chose du philosophe Laforgue ;

Loi qui êtes parce que vous Êtes.

Que Votre Nom soit la retraite I

— Elles ! ramper vers elles d'adoration ?

Ou que sur leur misère humaine je me vautre ?

Elle m'aime infiniment I Non, d'occasion !

Si non moi^ ce serait infiniment un autre !

Que votre inconsciente Volonté

Soit faite dans l'Éternité !

Voici quelque chose de Jules Laforgue, le poète :

Je puis mourir demain et je n'ai pas aimé.

Mes lèvres n'ont jamais touché lèvres de femmes. Nulle ne m'a donné dans un regard, son âme.

Nulle ne m'a tenu contre son cœur pâmé.

Je ne fais que souffrir, pour toute la nature, Pour les êtres, le vent, les fleurs, le firmament, Souffrir par tous mes nerfs, minutieusement.

Souffrir de n'avoir pas l'âme encore assez pure. J'ai craché sur l'amour et j'ai tué la chair I Fou d'orgueil je me suis roidi contre la vie ! Et seul sur cette Terre à l'Instinct asservie Je défiais l'Instinct avec un rire amer.

L'homme, le jeune homme s'exprime tout entier

dans cette poésie simple et forte. Et c'est cela qu'il faut chercher dans son œuvre, c'est par cela que son œuvre est surtout émouvante : en elle s'exprime un homme, un jeune homme qui va bientôt mourir et qui, par moment, semble pressentir son douloureux destin. Oh ! il ne complique pas alors ! Il ne distingue pas ! il ne discute pas de systèmes ! il ne discute pas sur la nature de l'existence et ne cherche pas à s^expliquer la mort ! Mais comme il nous touche ! C'est une créature humaine qui espère, qui gémit et qui souffre !

Il aime la vie, il Veut vivre. Il veut une vie douce, pacifique et pensive.

L'homme n'est pas méchant, ni la femme éphémère, Ah ! fous dont au casino battent les talons Tout homme pleure un jour et toute femme est mère, Nous sommes tous filials, allons !

Mais quoi ! les Destins ont des partis pris si tristes Qui font que, les uns loin des autres, Ton s'exile, Qu'on se traite à tort et à travers d'égoïstes. Et qu'on s'use à trouver quelque unique Évangile. Ah ! jusqu'à ce que la nature soit bien bonne. Moi je veux vivre monotone.

Il précise, il insiste souvent :

Allons; tu m'as compris. Va, que ta seule étude Soit de vivre sans but, fou de mansuétude.

Il aime bonnement la vie. Il a de l'optimisme, étant jeune. Il a de la conBance. Il a aussi des inquiétudes I 1 II a des élans, des désespoirs, des ironies, des enthou- SF^smes ! Mais qu'elles fléchissent vite toutes les comb laisons issues de ses lectures, toutes les conceptions d xistence que lui ont façonnées ses fréquentations p Josophiques, qu'elles fléchissent vite lorsqu'un grand s ntiment l'agite !

'l part gaiement pour la vie, avec le sourire nar-

quois un peu dédaigneux, et gentiment suffisant du '. jeune homme qui s'est, dans des livres de toutes sor- ; tes, abondamment pourvu d'idées. Il part, ironique :

Oui, ce monde est bien plat ; quanta l'autre, sornettes. Moi, je vais, résigné, sans espoir, à mon sort Et pour tuer le temps, en attendant la mort Je fume au nez des dieux de fines cigarettes.

Mais soudain l'amour l'atteint, et subitement l'ironie s'évanouit. Fraîcheur et force des sentiments d'un vrai jeune homme! Il note :

« Coup de Foudre. — J'aime, j'aime : j'ai bu un bon coup de vertige. Moi si anal;yste, d'une âme si inyope, je me sens tout solennel. Et je vais par les rues. Le ; Luxembourg est plein d'une grande allégresse des cloches. Si elle ne m'aime pas, si je ne dois pas ; l'avoir absolument, qu'importe ? J'aime, cela me suffît, i je me sens généreux, céleste, humain, palpitant, si | plein de choses que je n'ose me regarder entre quatre- 1 z-yeux. Et tout ça sans blague ! »

Et ce sont ces sentiments les plus généraux, les plus personnels aussi et les plus simples qui inspirent le mieux le poète : avec l'amour, la mort. Il a l'obsession de la mort, de sa mort.

Je puis mourir ce soir ! Averses, vents, soleil Distribueront partout mon cœur; mes nerfs, mes moelles Tout sera dit pour moi I Ni rêve, ni réveil Je n'aurai pas été là-bas dans les étoiles I...

Puis, regret moins littéraire, mais pas moins profond:

Cet ami, par exemple,est parti l'autre année

Il eût fait parler Dieu ! — sans ses poumons pourris.

Où vit-il ? Que fait-il au moment où j'écris ?

Oh ! le corps est partout, mais Tâme illuminée ?

C'est sa préoccupation de la mort qui lui donne cette préoccupation de l'au-delà. Et, dites- moi, si nous sommes émus par ce souci de l'au-delà, est-ce parce qu'il y mêle le résultat de ses lectures, n'est-ce pas seulement parce que nous sentons dans ces vers l'inquiétude frissonnante d'un jeune homme déjà voué à la mort proche et qui devine et redoute le sort ? C'est à tel point que nous sommes plus émus encore lorsque, pour exprimer ses craintes humaines, il écrit de véritables poésies populaires où pleure doucement sa sensibilité...

C'est d'un' maladie d'cœur Qu'est mort, m'a dit l'docteur

Tir-lan-laire

Ma pauvr'mère ; Et que j'irai là-bas.

Pair* dodo z'avec elle

J'entends mon cœur qui bat C'est maman qui m'appelle ?

Ailleurs :

Et bientôt, seul, je m'en irai A Montmartre, en cinquième classe, Loin de père et mère enterrés En Alsace.

Mais, écoutons la mélancolique oraison funèbre :

Quand les croq'morts vinrent chez lui, Quand les croq'morts vinrent chez lui ; Ils virent qu' c'était un' belle âme, Comme on n'en fait plus aujourd'hui.

Ame Dors, belle âme î Quand on est mort c'est pour de bon.

Digue dondaine, digue dondaine.

Quand on est mort c'est pour de bon.

Digue dondaine,^ digue dondonl

Je voudrais que ceux qui se flattent d'admirer Jules j Laforgue pour la philosophie livresque de ses vers lussent les quelques lettres intimes que ses éditeurs nous donnent : ils y verraient que les sentiments qu'il y exprime correspondent avec ses meilleures poésies... Cherchons, cherchons vraiment en elles le sourire de Tâme, comme dit Maeterlinck.

Jeune homme parti trop tôt ! Aimons-le pour son ironie résignée,, mélancolique, sarcastique parfois, souvent plaintive, toujours douce et sincère î Négligeons ce qu'il a en lui de spécial, de circonstanciel — cela a déjà disparu; ne retenons que oe qui est le plus général, les sentiments humains éternels, exprimés avec une pure simplicité. Ne Tétudions pas comme un écrivain définitif ; nous ne savons pas, nous ne pouvons deviner ce qu'il eût été. Son œuvre n'est qu'une ébauche«< Mais elle est d'un jeune homme merveilleux. Est-ce un génie perdu? Un dimanche de juillet 1887 Jules Lafor^ gue écrivait à sa sœur Marie... « C'est pour mon talent que mes amis s'intéressent à moi... Sache d'un mot que j'ai le droit d'être fier; il n'y a pas un littérateur de ma génération à qui on promette un pareil avenir. Tû dois penser qu'il n'y a pas beaucoup de littérateurs qui] s'entendent dire : Vous avez du génie ! Hélas I Qu'flj me tarde d'être guéri et d'être installé dans un endroit] où je puisse respirer sans souffrance I » '

Un mois plus tard on l'enterrait. II avait accompli son voyage. On se souvient de sa destinée banale et touchante et de sa bonne âme confiante : sa poésie pour cela nous émeut davantage. Jules Laforgue eslj de ceux vers qui l'on peut revenir quelquefois, et qu'onj lit avec une triste douceur !

2 janvier 1904. 1

Et il est bien vrai que René Boylesve ne possède pas encore toute la réputation que les lettrés lui promettent depuis ses débuts ; mais il a le droit d*être patient, comme son style, et de conserver, comme son style encore, les attitudes réservées d'un écrivain sûr de plaire. Il précise de mieux en mieux sa personna- .Uté ; il affermit de plus en plus son talent. Le « sort lionorable », selon son expression, de chacun de ses ouvrages lui permet de persister en sa discrétion déjà satisfaite, en attendant la chance glorieuse dont certai- ^nement Tun ou l'autre de ses romans sera tôt ou tard

I accompagné.

Sa carrière, tout unie, ne laisse pas que d'être paisiblement heureuse jusqu'ici. Ses premiers livres ne furent point inaperçus dans les milieux où René Boylesve discutait de littérature avec une prudente subtilité. On goûta Le Médecin des Dames de NéanSy étude précieuse de psychologie ironique sur la vie provinciale. On fut tout de suite disposé à prendre du plaisir aux ouvrages prochains de cet écrivain jeune mais raisonnable, qui savait assez le prix des imaginations, des idées ou des impressions pour ne pas les exprimer avec négligence et avec prodigalité. On fut sage de ! vouloir assurer un sort à chacun des livres de René Boylesve déjà bien habile à faire un sort à chacune de 'scr nhrases. C'est l'Italie qu'il devait traverser pour

aboutir à la province française où cet écrivain pure-i ment parisien a littérairement élu domicile pour notre ; tranquille bonheur. On n'a pas oublié Sainte-Marie-des- \ Fleurs ou Le Parfum des lies Borromées. La passion | s'y étale, en prenant bien soin de ne pas s'abîmer et | de ne point se salir en tombant parmi des décors presli- 1 gieux brossés sans précipitation, et qui ont un peu Tair d'être des décors de théâtre — de théâtre de société. — Livres adorables et lents ! Harmonieux chants d'amour ! Mais chants d'un amour qui chante effecti- ; vement un peu plus qu'il n'agit, et s'entretient par de belles descriptions pathétiques et correctes, et froide- ] ment ardentes. C'était la mode alors... On ne pouvait aimer que parmi de beaux paysages parfumés, et il était très recommandé que ces paysages fussent italiens. Les héros de romans ne sortaient des musées italiens que pour aller assister aux paysages italiens et revenir d'un pas machinal aux musées... Ah ! le parfum des îles Borromées ! René Boylesve l'a respiré avec une admiration attentive et presque déférente... Le voici revenu aux parfums plus modestes de la terre française. Ils ne sont ni moins délicats ni moins forts... Et les écrivains n'ont pas besoin de tant d'application littéraire pour s'enivrer et nous enivrer d'eux! C'était la mode alors !

René Boylesve imitait — à son insu peut-être — lesJ écrivains dont la faveur publique, justement éphémère pour les uns, et pour les autres justement durable, \ faisait comme les maîtres des générations nouvelles. Ne cherchons point, pour caractériser mieux l'individualité séduisante de René Boylesve, les influences; lointaines qu'il sollicita ou qu'il ne sut pas éviter. Onj les déterminerait aisément, car René Boylesve est trop cultivé pour n'être pas un livresque. Disons seulement j qu'il ne faisait pas alors impunément, ou inutilement, sa lecture assidue d'Anatole France, de Maurice Barrés, du conteur Jules Lemaître, de Loti, je crois, et aussi de Paul Bourget et d'autres moins heureux ou moins

grands. Telles sont donc les influences contemporaines dont René Boylesve profita ou qu'il subit d'abord. Marquons-les bien, car c'est notre devoir strict d'indiquer scrupuleusement les filiations immédiates afin de donner à chaque écrivain de notre époque sa place, sa grande place, et sa date, sa petite date dans l'histoire de la littérature. Plus tard, on simplifiera sans doute, et peut-être supprimera- t-on de l'histoire littéraire les noms de plusieurs écrivains dont nous faisons aujourd'hui des maîtres ou, pour le moins, des inspirateurs. Mais ne soyons pas trop volontiers les complices de Tœuvre nécessaire des temps !

Incertitudes impersonnelles, mais si raffinées déjà de René Boylesve. Il ^a chercher bientôt son inspiration dans le pays môme où il naquit, où son esprit se forma, dans la Touraine dont il connaît tous les caractères, qui sont aussi les siens, dont il comprend Fume tout entière... Ne notons qu'au passage cet exercice élégant : La leçon d'amour dans un parc. Ce livre nous aide surtout à nettement apercevoir les défauts constitutionnels d'un talent distingué, mais non sans apprêt, c'est à savoir que René Boylesve attache assez d'importance à ce qu'il écrit pour le faire durer plus qu'il ne faudrait, qu'il est adroit à nous captiver par une sorte de charme qui s'exprime un peu trop complaisamment, et qu'enfin, d'un conte qui serait parfait il est trop enclin à faire un livre, tout un livre qui Test un peu moins, s'il est des degrés dans la perfection... Notons bien vite que René Boylesve élabore avec un soin avantageux une série de romans provinciaux, qu'il reconstitue le roman provincial, — et que c'est là son originalité.

Il s'est proposé ce dessein non banal : renouveler le roman de la vie de nos provinces. Gela est bien utile dans la littérature contemporaine de savoir exactement

ce que ron veut, et de le vouloir avec quelque persevérance. Et tout est au mieux si on réalise son projet avec ordre et avec une opiniâtreté sans fièvre.

Ainsi fait René Boylesve. Trois romans : Mademoî^ selle Cloqaej La Becquée, Uenfant k la Balustrade^ par lesquels il revient à son aspiration première Le Médecin des Dames de Néans, attestent qu'il a voulu observer avec suite le même milieu, le môme monde, pour l'observer profondément..

M^^^ Cloque est une vieille fille de Tours qu'animent de grandes pensées et qu'exaltent de grandes croyances. Elle commande tout un bataillon de dévotes idéalistes, parties en guerre pour faire reconstruire dans sa beauté première la cathédrale de Saint-Martin. Elle lutte avec sa petite armée simpliste et vaillante, contre la troupe disciplinée de ceux qui croient en Dieu et en Saint-Martin, mais savent la valeur de l'argent et se flattent seulement de consacrer à la gloire d'un brave homme de saint très respectable un monument, plus modeste et plus moderne. Autour do M"<* Cloque s'agitent avec lenteur les catholiques mystiques, et les catholiques sur qui a soufflé déjà l'esprit du siècle. René Boylesve nous instruit avec art de la vie véritable d'un monde assez « particulier », assez mal connu.

La Becquée est le tableau de la vie familiale dans la bourgeoisie de province. Une vieille tante protège et réunit autour d'elle tous les membres de la famille, ceux qui ont prospéré dans la vie, et surtout ceux qui n'ont pas « réussi ». Naturellement, ceux-ci sentent plus que les autres le bienfait d'un principe tutélaire qui est un principe français : l'étroite association de la famille. La famille française est groupée par les affections comme par les intérêts. Les uns et les autres demeurent solidaires, mais pour que cette solidarité des affections et des intérêts devienne plus sensible et plus résistante, il faut que le lien familial soit rend?' visible par la conservation tenace de la terre familiale Et parce que la tante Félicie Planté a pu conserva

intact, malgré toutes les vicissitudes, le domaine des Courances, d'où est partie la famille entière, et où elle revient chercher un repos, un abri, un asile, elle est forte et elle comprend sa force, elle aime d'autant plus sa famille qu'elle lui est plus nécessaire et qu'elle est plus capable de lui être utile. Elle défend sa terre, garantie de l'union familiale avec une âpreté d'autant plus généreuse. Et son égoïsme orgueilleux se répand en bienfaits sur ses parents. Elle a conservé ce qui fait la puissance des familles. Sa vie est une victoire- René Boylesve nous initie à toutes les préoccupations essentielles des familles bourgeoises de France.

UEnfstnt à la Balustrade^ Henri Nadaud, a grandi chez sa tante Félicie Planté, où l'on rencontrait son père le notaire Nadaud. 11 est engagé tout jeune en de difficiles combats. Le notaire Nadaud acheta la maison Colivaut admirée dans la petite ville de Beaumont parce qu'elle avait un jardin étage en trois terrasses, un terre-plein à balustrade dominant la grandYue... Or cette maison, M. Plancoulaine la désirait pour son neveu M. Moche, et M. Plancoulaine était tout puissant dans Beaumont, car il recevait la bonne société, et pour être de la bonne société il fallait être reçu chez lui ! La colère de Plancoulaine s'exerça contre le téméraire Nadaud. Le notaire Nadaud, sa femme, son fils furent bannis des soirées Plancoulaine. Et bientôt amis et clients s'éloignèrent d'eux. Les Nadaud furent exilés dans la ville où peu de temps auparavant tous les estismaient... Et même le notaire failht payer chèrement son audace, car la solitude, mauvaise conseillère, fut sur le point de dissuader totaleçient la jolie M""® Nadaud de la fidélité conjugale... Peu à peu, cependant, la ré'">nciliàtion s'opéra, une réconciliation amère et mi ancolique, et le notaire Nadaud fut plus humble d' ibiter la maison Colivaut... Ah ! ces lâchetés, ces ja usieSjCes haines de petites villes, comme RenéBoylej ^ excelle à les décrire I

iis ces mœurs provinciales, il ne suffit pas à René

Boylesve de les analyser avec une émouvante précision, il a voulu faire plus et fixer, dit-il, « presque à la manière d'un historien, quelques traits de mœurs d'où puisse se dégager un sens élevé. » Eh! laissons au lecteur le soin de dégager le sens élevé de ses lectures. Il suit seulement le penchant de son esprit et de son cœur, et l'aide que veut lui prêter l'écrivain est bien impertinente. Elle peut être dangereuse à l'écrivain lui-même. René Boylesve tient pour certain qu'il a fait voir dans M^^^ Cloque « le tableau de notre vieil esprit d'héroïsme en péril », dans La Becquée « celui de l'ingrate beauté du conservatisme ». Ne troublons pas ces certitudes ! Mais que René Boylesve est donc bien avisé de nous dire ce qu'il a voulu faire dans YEnfant à la Balustrade ! Nous aurions pu ne le point apercevoir. Il s'est proposé de peindre « le <îonflit muet, douloureux et fréquent de l'idéalisme de l'enfance avec les relativités nécessaires ou la tîomédie de notre vie de relations. » Doit-on le dire pourtant ! Cette âme d'enfant, cette âme du petit Riquet nous laisse presque indifférents parce que ses modifications au contact de la vie vulgaire, de la vie quotidienne", si quotidienne ! ne sont pas suffisamment indiquées,' ou le sont non par des actes ou des gestes, mais par des considérations bien littéraires de l'auteur, ce qui les atténue, — ou de l'enfant lui-même — ce qui les falsifie. Nous savons grand gré à René Boylesve de son avertissement loyal. Mais tel n'est point, quoi qu'il en ait, le sujet réel de son livre qui est avant tout le tableau fidèle des mœurs provinciales. Là réside d'ailleurs sa véritable beauté.

Aussi bien, nous sommes disposés à saluer avec beaucoup d'honneur les romanciers qui nous donnent aujourd'hui de fortes études de mœurs provinciales. Tout concourt, en effet, à mettre le roman provincial à la mode de Paris. Le roman ne sait, si Ton peut dire, quelles formes prendre, par réaction contre le paiisia-

RENÉ BOYLESVE 4î

nisme psychologique. Il les prend toutes tour à tour et la forme d'études de mœurs provinciales est l'une des plus belles qu'il puisse adopter.

Sans doute, je sais bien quels reproches faire à René^'Bovlesve, auteurs de romans de mœurs. Il simplifie la vie provinciale plutôt qu'il ne l'enrichit de complications. Il restreint son sujet plutôt que de l'élargir. Les péripéties de la brouille du notaire Nadaud avec les Plancoulaine : ce n'est pas une histoire, ce n'est rien qu'une historiette. C'est une anecdote — et René Boylesve la développe, comme il développait déjà — jusqu'à l'excès — ^on petit conte si joli : La, leçon d'amour dans un parc. Et ses personnages aussi sont tout juste des silhouettes esquissées d'un trait lent et profond, appuyé. Mais précisément parce que ces héros sont médiocres et le doivent être, parce qu'ils ne sont pas laproie d'aventures violemment dramatiques, il serait bon de multiplier les détails insignifiants et pittoresques, d'autant plus pittoresques qu'ils sont plus insignifiants, qui occupent leurs jours ; il faudrait en somme faire vivre dans leur torpeur, revivre dans leur inertie, agir dans leur inaction, ces héros plutôt que de nous les expliquer. René Boylesve ne résiste pas au plaisir de nous les expliquer, avec quel art ! car il les connaît bien ; mais ensuite il nous refuse le plaisir de nous les faire voir jusque dans les infinis détails négligeables de leur vie négligeable comme ses détails et comme eux ! Puis, la composition de ces livres est lente, ainsi qu'il sied sans doute à la province ^où la vie est plus lente... Enfin, la spontanéité est absente de la vie morne, parce que René Boylesve est sans spontanéité, et je dirai enfin, si vous le voulez, que ce qui manque surtout en ses ouvrages, c'est Tanimation variée de la monotonie et de l'uniformité provinciales...

Mais si l'observation de René Boylesve renonce à

s'exprimer en abondants détails significatifs, qu'elle

st forte, exacte, minutieuse, pénétrante ! Qu'il a donc

un sentiment profond de la vérité ! Sa psychologie entre entièrement dans ces âmes provinciales, et nous comprenons tout entière la vie de ces petits personnages, cette vie dont René Boylesve ne veut nous montrer que quelques manifestations pertinemment choisies.

Peut-être que le langage de cette vérité n'est pas tout à fait aussi simple qu'elle. Le style de René Boylesve s'avance à pas lents. Il est subtil, précieux, un peu compassé, il est complaisaut pour lui-même et d'une limpidité qui a un peu l'air de se mirer en soi. Mais il possède toutes les grandes qualités que ces petits défauts supposent : il est, bion que précieux, naturel sans le moindre abandon, il est délicat, gracieux et pur. René Boylesve a le goût du style et il sait nous faire éprouver, à lire ses ouvrages, autant de plaisir peut-être qu'il prend à les écrire.

Oh ! célébrons le style parfait de ce sage, écrivain ! Mais est-ce donc une « fatalité » pour le roman provincial contemporain qu'il tombe dans la grossièreté choquante, ou qu'il consente à la fadeur qui est une piètre vertu littéraire I Le roman de mœurs provinciales doit avoir du relief, de l'intensité, de la couleur, car la vie provinciale n'est dépourvue ni de relief, ni d'intensité, ni de couleur. Je fais peu de cas des couleurs trop crues, mais je ne puis supporter les couleurs exagérément déteintes. Je suis certain que René Boylesve ayant écrit l'histoire vigoureuse de M'^* Cloque ne consentira pas à écrire des histoires pour elle. Qu'il se garde de disputer quelque ^hose de la réputation honorable, solide et de tout repos,je le sais, mais trop imrna* culée et presque indécemment virginale de son compatriote René Bazin membre de l'Académie française.

9 janvier 1904

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