‹ Les sanctions de l'arbitrage internationalChapitre 67 sur 96 · SIXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

SIXIEME PARTIE

La politique est l'art de gouverner les hommes. S'il était vrai qu'il fallût toujours diviser pour régner, une bonne politique serait nécessairement une politique de désunion, e't il n'y aurait aucune sanction à en attendre pour l'arbitrage international. Heureusement la vérité historique donne un démenti formel aux sophismes de la fliplomatie. Gouverner c'est unir ; il n'y a pas d'union sans sanction, et les sanctions de l'union politique peuvent être appelées à devenir les sanctions du droit international. Telles sont les leçons que nous avons encore à dégager de l'évolution des constitutions internationales du monde.

Le rêve des grands conquérants a toujours été d'étendre leur domination sur plusieurs pays, sur plusieurs continents, sur les terres et au delà des terres, sur les mers et au delà des mers. Pour atteindre ce but ils ont souvent provoqué des divisions entre ceux qu'ils voulaient combattre. Mais leur arrière-pensée reste apparente dans tous leurs actes, et elle est attestée par leurs mémoires posthumes aussi bien que par les confidences de leurs historiographes. Après avoir combattu ils voulaient grouper leurs victimes survivantes autour d'un

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même autel : leur donner une seule loi, une seule administration!, une seule justice ; et, de cette justice, ils seraient eux-mêmes la sanction.

Devenus maîtres de leurs dci^linées, le:^ peuples on! trouvé brutale et inhumaine cette méthode d'union. Ils ont considéré les conquérants comme des ennemis du genre humain ; ils ont revendiqué leur autonomie, leur liberté, leur solitude ; ils se sont égrenés en nationalités, les unes puissantes, les autres infimes. Ils ont voulu pratiquer la politique du chacun pour soi. et, dans l'orgueil de leur individualisme, ils ont voulu nier qu'il pût y avoir un droit pour tous. Ils oint hérissé leui-s frontières de forteresses et de lignes de douanes, et ils ont cherché à supprimer entre eux jusqu'aux échanges de produits et aux échanges d'idées. Mais bientôt a pesé sur eux la malédiction pi-omise aux solitaires : Ver soli, et ils ont compiis qu'il était impossible à aucun d'entre eux de se passer du commerce, de l'amitié et du secours des autres ; que la même adversité les menaçait tous et qu'ils ne pouvaient la surmonter qu'en joignant leurs efforts ; que le lourd rocher de la misère humaine était là, barrant '.h route du progrès, et qu'il fallait être plusieurs pour le rouler au bon endix)it.

Alors la même question s'est posée devant la ton — cience de tous : » Si l'on s'unissait tout de même ? i>

S'unir, mais non pas sous la botte du conquérant. Ne plus se laisser parquer arbitrairement comme un trou peau docile au gré d'un berger tyrannique. Echfjpper à la contrainte, à la servitude, à l'extermination. S'unir, mais par force et non par faiblessc.Sunir parce qu'on esl maître de ses résolutions et libre de ses actions. S'unir parce qu'on a compris que la meilleure politique pour

les hommes est de mettre en commun leurs besoins et leurs intérêts ; parce qu'on a les mêmes goûts et les mêmes destinées ; parce qu'on a le même sentiment de la justice et qu'on veut relever de la même loi.

C'est ainsi que se font les grandes fédérations issues du libre consentement des peuples intéressés. Entre les l>euples fédérés la justice reste inlernationale, mais tout-es les sanctions internes de la fédération lui sont acquises. Cette idée si banale. est une de celles qui se sont fait jour le plus lentement au cours des siècles et elle est loin d'être encore acceptée par ceux à qui elle ferait le |)lns de bien. Recherchons en le développement.

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