‹ Les sanctions de l'arbitrage internationalChapitre 73 sur 96 · Sainl Luc, ch. XXII, v · texte numérisé non relu

Sainl Luc, ch. XXII, v

3. Le pouvoir de l'empereur est éteroel, disait ai pape Pie II; il ne peut subir ni diminution, ni dommagt tout entière lui est aoumiBe en droit et qui lui résiste, i

les moyens pacifiques dont l'Eglise, non moins belliqueuse pourtant, lui avait de tous temps donné l'exemple. Il faut rendre hommage aux procédés de persuasion dont les papes de l'époque primitive avaient su user pour étendre leur sphère d'action. L'Eglise a dû ses premières conquêtes à la douce influence d'épouses chrétiennes, gagnant, par le prestige de leur patience et de lem* bonté, les rois barbares les plus farouches, et les amenant peu à peu à la foi. C'est ainsi que Clotilde avait converti Clovis. Le roi saxon Ethelbert avait été gagné de la même manière. On en dit autant d'Edvin, le mari de la belle Elgiva.

A l'influence des femmes s'était ajoutée celle des monastères que l'Eglise avait eu l'art d'établir dans des positions avancées, comme autant de colonies ecclésiastiques sur les confins des régions païennes. I^ rayonnement pacifique des monastères de Luxeuil, de Saint-Gall, de Zurich, de Luceme, a une importance historique qu'il ne faut pas oublier '.

L'Empire hérita de ce point de vue. H tint essentiellement à tirer profit de l'influence morale de l'Eglise qui dépasse si facilement les limites politiques des Etats. L'empereur fut ainsi le porte-bannière des papes dans tous les pays. A son couronnement, il était ordonné sousdiacre et recevait l'anneau comme gage de sa foi. Le Pape implorait pour lui le concours spirituel des armées célestes: « Prœlende famulo tuo, Imperatori noslro, arma (( cœlesta, » Aussi la raison première et principale de l'autorité qu'on reconnaissait à la sanction impériale

i. Voir à ce sujet les intéressantes observations de Prévost-Paradol, Histoire universelle^ t. II, p. 67 et s.

dans tous les pays réside-t-elle dans ce double fait que rempereur était intronisé par l'Eglise, et qu'il était le chef temporel de la chrétienté \

2** Le deuxième élément moral de l'autorité internationale de l'empereur se rattache étroitement au précédent. Il peut se définir ainsi : Si le monde chrétien ne croyait pas encore à la fraternité dans le sens laïque el humanitaire du mol, ri croyait à la communion des saints, c'est-à-dire aux devoirs de réciprocité de tous les disciples du Christ. Toute la chrétienté s'agenouillait devant les mêmes autels. Aux pieds de ces autels elle parlait une même langue, le latin, et cette langue unique était celle aussi dont on se servait pour parler à l'empereur dans tous les documents officiels, dans les correspondances diplomatiques, dans les mandements, dans les chartes el dans les traités. Un des reproches les plus piquants qu'on faisait à l'Empire d'Orient était précisément d'avoir abandonné le latin, cette langue romaine et sacrée. Or, pour ces hommes qu'unissait ainsi la double communauté de la foi et de la langue, de la conviction intime el de la pensée exprimée, certains versets de l'Evangile prenaient une signification toute particulière. Saint Paul avait écrit aux Galates : « Il n'y a plus ni de Juif, ni do « Grec ; il n'y a plus d'esclave ni de libre, il n'y a plus « d'homme ni de femme, car vous n'êtes tous qu'un en <( Jésus-Christ ^ » Il avait écrit également aux Ephésiens : « Maintenant, étant en Jésus-Christ, vous qui étiez

1. Cela n'a jamais été plus clairement exprimé que dans le vers de Victor Hugo :

M Ces deux moitiés de Dieu, le Pape et l'Empereur ».

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