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APPLICATION A L EUROPE
mark et des Pays-Bas ont en effet conclu au nom de leurs pays respectifs une convention d'arbitrage sans restriction, visant, en termes généraux et absolus, tous les différends et tous les litiges et ouvrant à n'importe quel autre Etat la possibilité de se joindre aux contractants. L'article 4 est ainsi conçu : « Les Etats non signataires pourront t< adhérer à la présente convention. L'Etat qui désiré (( adhérer, notifiera son intention par écrit à chacun des « Etats cojilractanLs. L'adhésion produira ses effets à « partir de la date à laquelle l'Etat adhérent aura fait (( connaître à chacun des Etats contractants que tous les <( Etals lui ont accusé réception de sa notification. » La Conférence de La Haye avait déjà donné l'exemple de celle heureuse réédition du vieux principe de la porte ouverte.
Les articles 59 et GO de l'acte final de la Conférence de La Haye stipulent que les puissances non signataires mais représentées pourtant à la conférence.pourronl adhérer à cet acte au moyen d'une notification écrite adressée au gouvernement des Pays-Bas et communiquée par celui-ci à toutes les puissances contractantes. Quant aux puissances non représentées à la conférence, une entente ultérieure entre les puissances devait déterminer leurs conditions d'adhésion. M. Asser, l'éminent jurisconsulte hollandais, qui avait présidé le comité de rédaction de l'acte final, a justifié ainsi ces dispositions : « On a été unanime à reconnaître qu'il est désirable d'ouvrir la porte aux puissances non représentées. Si la convention gardait le silence sur ce point, elle serait, par le fait même, une convention fermée, ce que nous ne voulons pas. Si la convention, au contraire, prévoit une (c entente ultérieure, elle exprime par là même l'espoir
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<t que cette entente pourra s'établir '. » Personne ne contestera que de toiles pajx)le*s, suivies de tels actes, fassent entr-er l'idée de fédération juridique dans la phase de la réalisation.
El comme si les événemenLs voulaient multiplier les preuves de cette orientation nouveUe qui nous pousse de l'état de compétition et d'anarctiie internationale, à l'état de coopération et de fédération, voici que, le 9 juillet 1904, une conventon d'arbitrage obligatoire a été conclue entre les royaumes unis de Suède et de Norvège et la France, ^l que, le 12 juillet, un accord du même genre est intervenu entre l'Allemagne et l'Angleterre. Pendant les mois de novembre et de décembre 1904 d^autres traités pareils ont été signés par la plupart des grandes puissances.
Or, dans ces traités successifs, où presque tous les grands Etats d'Europe sont d'ores et déjà engagés, il n'y a plus, comme dans les trailés pui'ement militaires, purement politiques ou purement diplomatiques d'autrefois, aucune différence faite entre les parties contractantes suivant leur degré de puissance, de richesse ou d'arrogance. Non. Tous les Etats sont traités sur un pied de parfaite égalité. Tous sont considérés comme ayant les mêmes droits à la justice et au respect de tous, quel que puisse être le chiffre de leurs effectifs militaires, de leur budget ou de leur crédit. C'est là assurément un phénomène nouveau dans les annales des peuples. Et si l'on obseirve que ce résultat n'a été déterminé ni par un mouvement révolutionnaire, ni par une pression des majorités parlementaires ni par une sollicitation quelconque de l'opinion,
1. Voir sur ce point Merignhac, La conférence internationale de la paix, p. 378 à 380.
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qui, même après l'événement, n'en a cru ni ses yeux ni ses oreilles ; si l'on veut bien admettre que tous ces traités ont été prépa,rés, conclus et signés dans le secret des chancelleries, et à l'insu des pacifistes eux-mêmes, par des diplomates qui n'ont peut-être ciii ni à la lettre ni à l'esprit de leurs propres actes, qui persistent à déclarer irréalisable ce qu'ils ont eux-mêmes réalisé, et qui paraissent avoir tout simplement cédé à la force irrésistible d'une évolution politique qu'il faut suivre aloi^ même qu'on ne la comprend pas, on admettra la justesse de notre affii^mation que la fédération de l'Europe est dans la logique de l'histoire.
Ce n'est cepemlant pas pour faii-e plaisir à l'histoire que les Etats européens établiront jamais entre eux une fédération juridique. Ils ne se décideix>nt à cette mesure que lorsqu'ils y venx>nt un intérêt commun. Or, cet intérêt commun existe déjà, et, tôt ou tard, il faudra le reconnaître.
QuelleSi que soient les compétitions qui existeni emtre les Etats d'Europe, iJ y a entre eux une solidarité manifeste vis-à-vis de l'Amérique tout d'abord, vis-à-vis des races jaunes ensuite '.Tant que l'horizon politique et commercial se limitait à l'Atlantique d'un côté, aux Monts Oural de l'autre, les Etals d'Europe pouvaient se permet-
1. Cf. G. Blondel : La France et le marché du Monde ; Pierre Clerfçet : La question sociale et la paix ; et le rapport présenté par M. Anatole Leroy- Beaulieu au Congrès des sciences politiques de 1900.
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tre impunément des rivalités et des guerres à coups de boulets ou à coups de tarifs. Plus tard, lorsque rexploitatian commerciale et imluslrieHe s'est emparée du Nouveau Monde et de ri\jsie,la division de l'Europe a pu persister quelque temps sam-s compromettre sa prospérité économique, parce que le domaine colonial lui ouvrait des débouchés sans lui susciter de eoncuarence. Mais l'heure est venue où les grandes puissianoes des autres continentes balayeraient comme une impalpable poussière les minuscules ptats d'Europe, si ceux-ci n'avaient la sagesse de s'unir. Que l'esprit de prévoyance deviienine leur sauvegarde, si vraiment l'amour de la justice ne vibre pas en eux ! Le danger, que nous signalons, n'est pas imaginaire.
Considérez d'abord l'Amérique. Dèis de moment de la Conféi'ence pam-américaine de 1890, il devint constant que sii les projets de M. Blaine aboutissaient, si une union douamière s'établissait entre tous les Etats des trois Amériques, le marché européen recevrait un coup mortel. L'échec absolu du programme commercial de la Conférence de Washington a suffi pour rassuirer l'Europe, et la nouvelle Conférence de Mexico, en 1901-1902, n'a pas réveillé ses méfiances.
Seuls, quelques penseurs restent vigilants et répètent, sans réussir à se faire écouter, que la tentative, qui n'a pas abouti jusqu'ici, peut aboutir demain, et qu'il serait prudent de ne pas attendis jusque-là pour inaugurer une politique pan-européenne. Il ne faut pas oublier que si l'Europe ne peut se passer de l'Amérique pour certaines matières premières, comme le coton, et si elle a besoin de sa clientèle pour l'écoulement de ses œuvres d'art, qui constituent à l'heure actuelle sa seule et dernière supé-
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riorité, l'Amérique par contre n'a aucun besoin de l'Europe *. Elle possède ein abondance, et à fleur de terre, toutee les richesses minières, qu'on ne trouve plus chez nous qu'à des profondeurs décourageantes, et elle excelle à fabriquer des produits indusitriels à des prix qui, tout en étant inférieurs aux nôtres, sont très rémunérateurs [)0ur ses fabricants *. Nous avons accepté de bonne gi'àce ses machines agricoles aux multiples emplois. Aujourd'hui elle est prête à nous fournir des lo<"omotives toutes montées. Elle nous offre tout, et tout à bon marché. Lui fermerons-nous nos porl^, comme pouiTaient le conseiller des chauvins à courte vue? Ce sea^ait peine perdue. Les l^tats pacifiés de l'inion américaine relourneiraienl contre nous les armes dont ils n'usent plus les uns (^oiitre les autres, et nous n'aurions réussi qu'à provoquer à notre détriment ime guerre transatlantique, au cours de laquelle rindit^trie, qu'on aurait voulu proléger, se verrait accabler de nouvelles charges. Mais, si les Etats de l'Europe, au lieu de tenter individuellement une résistance inutile, ont «le bon esprit de s'iunir, le seul fait de la réduction de leua^s dépenses militaires diiminuora assez les frais de production pour que leurs usines puissent soutenir la concurrence américaine.
Le péril jaune ne se manifeste pas de la môme manière, mais ses effets économiques n'en sont pas moins constants. La guerre de Chine et la gueiTe russo-japonaise ont fourni à tous les journaux l'occasion de tant d'articles
1. Voir, à ce sujet, le remarquable article de M. Charles Gide dans VAlmanach de la paix de 1891, p. 37.
2. Comparez, à cet égard, la lumineuse démonstration de M. Jean de Bloch dans son célèbre ouvrage : « La guerre future aux points de vue technique, économique et politique, t. VI, pp. 229 et 230.
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à ce sujet, qu'il est presque banal d'en parler '. Les principaux défauts des peuples sont souvent ceux que leurs ennemis ont développés chez eux. L'Europe a donné au Japon des leçons de niilitadrisme. Elle a cherché, elle cherche encore, à en donner à la Chine. Grâce aux princii)es de tactique et de stratégie que leur ont enseignés nos officiers iai&lructeurs, grâce aux airmes et aux munitions que leur ont fouines nos rRanufacUires,les {)euple$; asiatiques peuvent, dans un avenir plus ou moins rapproché, renouveler sur Je territoire de rEu]iX)pe toutes les scènes de l'invasion dos Barbares. Cela n'est' encore qu'un cauchemar. Main si, sans monter en selle, sans faire irruption au travers des steppes qui les séparent de nous, ces [>euples se décidaient à melti^e en valeua- les vastes étendues de leui* continent, s'ils développaient, comme les Américains, leur culture et leui' industrie, la main-d'œuvre dont ils disposent est si abondante, et leurs salaires sont si infimes, (jue leurs produits agricoles ou manufacturés débaixjueraienit chez nous à des prix encx)'re plus irrésistibles que ceux des Américains.
A l'heure actuelle, les Américains et les Aiustraliens s'opposent à l'immigration chinoise, non seulement parce (}u'iJs ont peur d'être submergés par celle race prolifique qui s'accroît sans cesse, mais aussi parce que le travail des ouvriers chinois, qui ont toutes les aptitudes et qui n'ont aucun besoin, déprécierait, du jour au lendemain, la main-d'œuvre nationale. Or, si de grands continents, comme l'Amérique et l'Australie, où l'union^ nationale est étroite et où les charges financières sont insignifiantes,
1. Parmi tant d'articles une mention spéciale est due à celui que M. d^Estournelles de Constant a publié dans le Temps, du 16 mai 1901.
sentent hors d'élaf de résilier au péril jaune, que "ions-nous en Europe avec nos d'i\isioiis inlérieiu^s qui •us aiTaiblissent, et noire folie d'armements qui nous ,ine ? La question de rumion devient, de plus en plus lur l'Europe une question de vie ou de mort. Mais lelle union proposer? Une union purement commcrale? Peut-être pas encore.
Rien n'est plufi incertain que l'efficacité immédiate une union douanière européenne '. La spécialisation du ivail économique n'est pas assez parfaite, les matièi-ea emières ne sont [>as assez régulièrement réparties tre les (xiys pour qu'on puis« ouvrir toutes les fronîres à tous les pixHluits,mais en l'absence d'union douaère l'union juridique de l'Europe s'impose, car à défaut : richesse il nous faut au moins la sécurité. Indépendamment de la préoccupatioa des rivalités rangères, l'Europe doit s« sentir aussi poussée veis inion jiu-idique par la solidarité économique de ses ats entre eux. Tout en résenamt la question du libi-e hange en faveur duquel Jes <;ongrès de la -paix émettent lelquefois des votes audacieux, nous tenons à faire iserver que,quelle que soit la loi des échanges, les pays Europe ont besoin des produits les uns des autres. Les ipulations du Nord se ^ont habituées aux vins, aux prieurs et aux fleurs du Midi. De leur côté les populations 1 Midi, trop indolentes ou fi-op amoureuses du grami air
du ciel bleu, pour supporter l'étroite captivité des iines, comptent sur le travail indnsiriel du Nord pour ur fournir les (i.ssus, les machines et les produits mi-
i. Voir, i cet égard, Cauwès, Cours tticonomie poliliqae, 3* édi- ■n, t. II, p. 792.
niers dont elles ont besoin. La Russie répand au loin ses céréales. L'Angileten*e fait le service de la navigafion dans tous les ports de l'Europe. La France garde le monopole de ses articles de Paris. La Belgique dévei'se son charbon. L'Allemagne déverse sa camelote; et la <nrculation internationale de ces divers produits, est telle, malgré les rivalités ethnographiques, les droits d'entrée et les vexations douanières, que, même si les Etats d'Europe étaient seuls au monde, et qu'il n'y eût ni Amérique, ni Asie pour leur révéler leur solidarité, ils ne pourraient se passer les uns des autres.
L'intérêt commande. Sa voix se fait toujours écouter. Ses sollicitations, unies à colles de l'histoire du droit et de la politique, doivent donc imiK)ser tôt ou tard à l'Europe la fédération nécessaire, et ce<ù nous ramène à la sanction désirée, qui tirera toute sa force de cette circonstance, que, si vraiment l'umion est devenue indispensable à tous les EtaLs de l'Eiu'ope, aucun d'eux ne voudra s'exposer à être exclu de cette union en résidant à une sentence arbitrale. I^ consentememt des peuples ne saurait être longtemps douteux. De multijdes in-ddces démontrent déjà que toutes les considérations que nous avons développées dans la section préciïdente, à propos de l'impossibilité pour un Etat fédéré de se détacher de la fédération, sont susceptibles de s'appliquer très prochainement à notre continent. Les progrès continus du parti pacifiste, l'assor parallèle du socialisme dont le programme est essentiellement international, le désarmement symétrique des préjugés et des haines dont se libèrent peu à {>eu les esprits les plus chauvins, le besoin gra^ndis^ant de tout faire à l'européenne, modes et spectacles, conférences et congrès, communications et associations, con&-
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titillions et révolutions, autant de symptômes et de symboles qui permettent de dire qu'il y aura bientôt, qu'il y a déjà une Eui'ope.
On peut en trouver une preuve de plus dans une circonstance qui, tout en risquant, d'année en année, de jeter le trouMe dans les sessions des congrès de la paix et de lia conférence interpairlement^aire; e»t un hommage indirect à l'autorité morale de ces assemblées.
Tous les opi)rimés d'Europe cherchent,en effet, à sdliciler leur inlej-vention. Les Polonais, les Alsaciens-lorrains, les Finlandais ; les Roumains e«n conflit avec la Hongrie ; les sujets chrétiens de la Turquie traqués par le gouvernement ottoman, et jusqu'aux colonies sudafricaines de TAnglefeirre, onl tour à tour chei'ché à faire accueillir leurs doléances par le parti de la paix. Quelques-uns ont cru y réussir, non pas sur le ten^ain politique, mais sur le terrain des principes abstraits et de l'invocation au droit commun. Ije parti de la paix n'a aucun mandat légal qui lui permette d'agir ou même de délibérer utilement en faveur de ceux qui le so-llicilenl ainsi. Le sentiment de son incompétence rempèi^Jie de leur donnei' raison; les impulsions de son cœur lui intcixlisent de leur donner tort. La nature irritante des injustices dénoncé^es plonge dans une profonde tristesse les congressistes qui en sont saisis. Et si l'on tient compte à la fois de l'amertume de ceux qui regrettent d'être dans l'impossibilité de statuer et de l'insistance de ceux qui accablent de leui's appels désespérés le seul parti qui soit à leurs yeux un parti européen, on ne peut douter que la constitution d'une union européenne ne soit déjà considérée comme le seul moyen de salut par toutes les victimes du principe des nationalités ou du droit de conquête. Nous le crions
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bien haut au nom de ceux qui ii'onl point de voix. Les [)!ainles des opprimés exprimenl moins un désir de vengean«ce ou de réparation qu'un besoin de sécurité. Or, la sécuirilé des petits et des faibles n'a jamais jm être assurée que par la fédération, le seiU régime intcrnalional où toutes les parties soient traitées sur un pied d'égalité. Que la fédération juridique se réalise et, au lieu de plaintes, on entendra des cris de joie. Le |)atriotiîfme national est par dessus tout l'expression d'un sentiment de sécurité. C'est pour cela qu'il est la sauvegarde des villes et des provinces. Permettez au patriotisme européen de .s'exprimer en assurant enfin la sécurité européenne. Ce patriotisme deviendra la sauvegarde du lien fédéral, et les arbitrages inter-euro{>éens trouveront en lui leur point d'appui et leur sanction.
Nous ne sommes pas dans le domaine des rêves. Nous [)rophétisons simplement des réalités prochaines. S'il y a des facteurs défavorables à l'établissement de la sanction politique souhaitée, il y a des facteurs favorables dont le nombre l'emporte sur celui des circonstances contraires. Jamais cela n'a été mieux démontré (pie dans Tétude si suggestive de M. Novicovv, sur la Fédcralioa de r Europe, Les symptômes cncourageantvS apj>araissenl en grand nombre. L'extension de l'horizon mental, les notions éthiques de la civilisation moderne^ l'action combinée des organisations économiques, qui rendent la gueiTe trop nuisible, et des organisations militaires, qui la rendent trop dangereuse, enfin et surtout le dévelo{)pement du patriotisme européen avant-coureur — à plusieurs siècles de distance — de l'intégrale humanité.
Tout d'abord, au point de vue des mœui's, il n'est pas douteux que, tout lien politique mis à part, il y a unifor-
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mité, sinon unilé, d'un bout à Taulre de l'Europe. Les inslincls, les préjugés, les conx iciions et les aspirationcs l>euvent différer à l'infini, mais loule (lifféren<:e a disparu en ce qui concerne la manièie de s'habiller, de se meubler, de donner un dinor ou un bal, ou de régler certaines cérémonies. 11 y a ainsi toute une série de choses qui ne se font pluis « à la française », « à l'italienne » ou « à la russe », mais qui se font « à reuro{>éenne ». C'est d'ailleurs la locution consacrée. El ce résultat n'est point négligeable, puisque, dans tous ces défails dont se compose la vie, il subsisie ime disUim-tion notable entre l'Européen et le non- Européen, l'n abîme sépare les usages de la femme arabe et de la française, établies ccMe à côte dans une ville d'Algérie ; mais l'habitant de Gibraltar et celui d'Helsingfoi^s, qui ne se verront jamais, se sentent liés par les mêmes modes pour tout ce qui touche à la vie mondaine. El l'amour lui-même, ("e dieu si (Capricieux, n'est point assez puissant pour faire agréer i>ar l'opinion les mariages entre Euro[)éens et Musulmans ou entj^e Européens et ('hinois, tandis qu'entre Européens des plus lointaines régions, un mariage môme sans amour, hélas ! paraît toujours acceptable.
Si, de l'examen dc^ mauirs on passe à celui des faits politiques, on trouve encore beaucoup de circonstances favorables à l'unité européenne. Le caractère constUutioiinel des divers gouvernemenls tend à les rendre de plus en plus semblables les uns aux autres. C'est une des surjwises de la liberté, que les hommes (jui en jouissent, loin de se différencier par l'exercice individuel de leurs aptitu<les et de leurs droits, manifestent au contraire des dispositions communes, qu'aucun régime autocratique n'aurait pu leur imprimer. En tôle de ces dispositions
communes des peuples libi^^es se place le principe de l'égalilé des nations, qui favorise leur fédération en faisant obstacle au droit de conquête. Encore faut-il que le peuple, qui se croit le plus libre ou le plus civilisé, n'aille point se prévaloir de celte supériorité pour chercher à dominer ses voisins moins fortunés.
Un facteur politique à rapprocher de la démocratisation Aç^ Etats est leur concentration progressive. Celte concentration résulte non seulement des agglomérations qui se sont produites entre de petits Elats, mais aussi d'u réseau diplomatique toujours plus serré qui relie entre elles les puissance indépemlantes. Malgré les affirmialions contraires de la géographie, il n'y a j)lus en Europe que trois unités politiques : l'Angleterre, la Triple- :Mlian<:e et la Double- Alliance, et comme on s'entend plus facilement à trois qu'à trente, cette réchiction du nombixî des groupes d'Etats constitue, elle aussi, un pas vers la fédération. Non seulement il est devenu plus facile de s'entendre, mais il est pdus difficile, sinon de se brouiller, du moins de se déclamr la guerre, car lorscpie les hostilités sont subordonnées à la nécessité d'une action commune de la part de deux ou trois alliés, toute entreprise belliqueuse exige des préliminaires diplomatiques jxîndant la durée desquels les haines ont le temps de se calmer.
L'état des mœui^ et l'état politique de l'Europe deviennent donc de plus en plus favorables à l'application de cette loi, aussi vraie en sociologie qu'en physiologie, aux termes de laquelle il n'y a pas de limite à la puissance d'association. De même que la combinaison des matières organiques peut êti'e hâtée par l'influence d'un réactif, de même le rapprochement définitif des Etats, devenus sem-
APPLICATION A L EUROPE
l égaux, peiil êlre l'elïel presque immédiat d'un ommiin survenu tout à con|i. A cet égard l'avenir art qui poiiiTa incomber, dans la Fédération de , à la lerreur du péril chinois et de la concurlériraine.
>mplilude du mirarle, ou son ajoiirncmenl indé- ,enl filro, suivant les cas, l'effel lieiireux ou mald'iinc seule et même cause, à sa-voir que toutes eni'cs qui séparent encore les r;iux>péens sont lurement subjectif. ix)ir->(|ii'il s'agit d'obstacles >, on peut bien taire des vœux |>ou.r la dérouvorle n de les écarter, mais on n'esl jamais sûr que ce [>uissc ('Ire atteint : on n'en (connaît pas le mol'on devine qu'une fois le problème résolu, l'apde la .solution jKiun'a cMre longue et coflleuse, champ des prévisions est tout à fait différenl. ne s'agit que de diflicmllés d'ordi'e s-ubjeclif ; il Hir les loumei'. d'un jmîu de boime volonli'% el pose l'aJf eiTia Live ou île voir naîti^ cette Iwnnc devant laquelle les rlifticullés disparaissent iKir eiH'liantemenI, ou de voir pcisisler les inausposilions qui rendent inefficaces tous les elTorts encc et <iu tem]is. l^est le cas de la mule. II suffit nme pour la conduire à la fonlaine, mais mille réunis ne peuvent la conlraindi^ à boire, ii'on sort de l'Europe, le problème se complique ils objcclifs don! le principal csl la diversilé phyiie des races hiimaimos, et c'est pour cela que i pacifique ne se traduit encore que M'es timide- LLS la forme d'aspirations uni\e'rsali,sles. On nous reproché. Pourquoi, dil-on. un plan de fédération igraphiqiiemonl. comprcndiail les Turcs et lais-
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serait en dehors les j>euples européanisais de rAmérique ou de rOcéanie? Il est facile de n^us défendre contre ce reproche. La nature ne fait pas de sauts, conune dit le vieil adage lalin. Si l'unification du monde doit se faire, tout indique qu'elle se réalisei-a par degrés, en continuant l'évolution suivie jusqu'ici, et puisque les formes <le l'association politique ont passé du clan à la tribu, de la tribu à la peuplade, de la peuplade à la nation, au fur et à mesure que ties intérêts j)lus éten<lus ont rendu plus pressant le désir de s'unir, on j>eut bien j)enser que la réciprocité de besoins et de sentiments, doù naîtra le désir de fédération, s'affirmera dans les limites d'um même continent avant de passer le?^ mei^. Ceci dit sans préjudice des droits de l'Humanité que nous serions le dernier à méconnaître.
I/Euroj)e, mais l'Europe seule étant donc en voie de se fédérer, il est loyal de reconnaître que l'événement proche ou lointain, n'est pas encore entré aux yeux de la grande majorité das hommes d'Etat dans la phase de la. représentation. Ceci n'est point du verbiage. Toute idée est une force, mais la réalisation de l'idée est précédée de la conception de cette réalisatiion paii' ceux qui doivent y pjx)céder. ("est le moment de cette conception (|u'on appelle la phase de la i*eprésentation. On y sera loi'sque ri<lée de fédéi*ation, au lieu de n'appai'aîlre (pie dans les éi'rits des philosophes, ressortira brillanmieflit dans les <liscours des politiciens. Cette phase elle-même devra êU^e suivie de celle du désir, et puis de celle de la volonté. La phase du désir sera caractérisée par l'incorpon-ation des idées fédéralistes dans les progranmies électoraux ; celle de la volonté commencera ave(' les négociations diplomatiques ayant la fédération pour objet. Mais, conune il a été dit
APPLICATION A L EUROPE
, les conditions du passage de chacune de ces la suivante sont purcmont subjeilives, de sorte )mont n'on peut être précisé que par la formule: rW im inudra ", suivant la bonne ou mauvaise es majorités populaires.
La plupart des Ihéoriciens du droit inlernalional n'ont osé conclure, dans leurs timides allusions aux sanctions de l'arbitrage, que par des [mmles de doute et de découragement '. Ceux qui ont cm à l'exécution forcée des sentences se sont denianidé si la ix)S2sibilité d'une sanction quelconque ne serait pas en contradiction avec l'autonomie des I']tats. Il leur a semblé que la liberté devait diminuer dans la mesure où augmeaiterait le pouvoir de coercition ^. La justice internationale ne se réaliserait qu'aux dépens de l'indépendance i>articulière de chaque nation. De là une double objection qui mêle la question d'opportunité à la question d'efficacité, et (pii tend, api'ès avoir déclaré les solutions introuvables, à discréditer toutes celles que Ton présentera.
Ce point de vue est décidément trop pessimiste. Nous nous en séparons pour conclure, comme nous nous en sommes séparées pour discuter, e[ c'est par une parole do confiance, sinon par un cri de joie prématuré, que nous terminerons cette étude. Il noms esil impossiible de ne pas croire au triomphe final du dix)it dans to^is les domaines. L'idée de justice n'aurait-elle été donnée aux hommes
1. Conf. Funck-Brentano et Sorel, loc. cit. y p. 462 ; BonGls et FaiicbiUe, loc. cii.^ p. 887 ; F. de Martens, loccil.^ t. I, n' 51.