‹ Les sarcodinés des Grands LacsChapitre 8 sur 13 · C. marginata. Peaard, Faune rhizopodique, 1902, p · texte numérisé non relu

C. marginata. Peaard, Faune rhizopodique, 1902, p

Coque ovale ou elliptique-allongée, à contour régulier, parfois légèrement déchiquetée en arrière, fortement comprimée (à section transversale lenticulaire), renflée sur ses deux faces pour s'atténuer sur tout son pourtour soit en une arête, soit en une carène plus ou moins large et qui peut même s'étaler en ailes latérales ; cette carène laminaire, quand elle existe, est aplatie, ou parfois au contraire légèrement involutée. La coque peut ainsi être décomposée en deux valves appliquées l'une contre l'autre et se regardant par leur concavité, et qui par accident sont sujettes à se détacher chacune tout d'une pièce. Ouverture buccale terminale, très peu apparente, elliptique-linéaire ou en fente étroite. Cette enveloppe est formée d'écaillés siliceuses

* Faune rhizopodique, p. 452.

^ La Pseudodifflugia horrida présente ce fait caractéristique d'être, toujours et sans exception, remplie de bactéries, voisines de celles que l'on trouve dans le genre Pelomyxa, plus longues, plus délicates et cependant plus nettes à la vue; ces bactéries se sont retrouvées dans tous les individus du Loch Ness, parfaitement identiques à celles de Genève.

SARGODINES

OU parcelles de limon, plates, irrégulières, plus grandes au milieu des valves que sur les bords, souvent séparées les unes

des autres par des écailles plus petites qui comblent les intervalles, et qui reposent sur un substratum chitinoïde hyalin ou jaunâtre. Noyau rond, grand, comprimé, renfermant un gros nucléole qui peut se fragmenter en plusieurs pièces. Vésicule contractile paresseuse, susceptible d'acquérir un volume très fort. Pseudopodes changeants, très mobiles, fins, courts et variqueux, rarement visibles.

Longueur très variable, de 80 à 140 /ui, parfois beaucoup moins, rarement ou jamais plus.

Habitat. Lac Léman, Genève, profondeur et rivage (Pointe à la Bise).

Clypeolina marginata. — a. Forme étroite. — h. Forme large. — c. d. e. Coupes transversales des trois variétés. — f. et /"'., un pseudopode variqueux et son fonctionnement possible.

Cet intéressant petit organisme est jusqu'ici particulier au Léman; il s'est rencontré, il est vrai, dans le jet d'eau du Jardin Botanique, mais le fait n'a rien d'étonnant en lui-même, ce dernier étant alimenté par l'eau du lac. On peut y distinguer trois formes, reliées d'ailleurs par des transitions, mais dont l'une ou l'autre se rencontre parfois seule dans telle ou telle station. La première est caractérisée par une coquille simplement allongée, elliptique, relativement étroite, et dont les deux valves, semblables à des boucliers, sont appliquées l'une contre l'autre sans qu'il y ait sur leur bord un élargissement en

carène; la section transversale de la coque serait alors celle que représente la fig. c; cette première forme est la plus commune, et caractéristique surtout de la profondeur. La deuxième forme a ses bords élargis en carène, et la section transversale serait celle de la fig. cl. Enfin dans le troisième type, caractéristique surtout du rivage, la carène est involutée, relevée vers l'une des faces, donnant en section transversale la fig. e.

Les pseudopodes, fins et courts, très pâles, souvent un peu renflés et variqueux par places, sont extrêmement agiles, se déplaçant tout d'une pièce dans le liquide ^, de manière par exemple à décrire, comme une aiguille de montre, un quart de cercle en une seconde, ou se montrant secoués à leur sommet d'un petit battement qui rappelle celui d'un flagellum. Dans cette espèce également, on rencontre assez souvent des enveloppes doubles (Doppelschalen Rhumbler, monstres doubles Penard).

Nadinella tenella Penard.

N. tenella. Penard, Revue suisse de Zool., t. 7, 1899, p. 82. Faune rhizopodique, 1902, p. 462.

Enveloppe en forme de poire ou d'ampoule droite, renflée en dôme à sa partie postérieure, se rétrécissant de là en avant tout en se comprimant sur ses côtés, de manière à présenter, tout près de la bouche, une section transversale elliptique-allongée. Cette enveloppe est composée d'une membrane incolore ou légèrement jaunâtre, couverte par-ci par-là, et surtout en arrière, de particules siliceuses agglutinées, lesquelles manquent presque complètement aux abords de la bouche. Cette

* Il arrive parfois, dans les pseudopodes sur le cours desquels il s'est produit une varicosité, que le déplacement rapide en aiguille de montre ne concerne que la partie du pseudopode comprise entre la varicosité et la pointe (fig. /"et f), comme si, dès qu'il se forme une accumulation de plasma, c'était elle qui jouait le rôle de centre moteur. C'est là du reste une observation que j'ai faite incidemment sur d'autres rhizopodes encore.

SARCODINES

dernière, à ouverture elliptique, est bordée d'une large collerette parfaitement hyaline, qui comme une aile de chapeau se détache brusquement de Torifice buccal pour s'étaler à l'extérieur en se renversant en arrière. Plasma clair, ne remplissant pas l'enveloppe, renfermant dans la règle une vésicule contractile, et un noyau globuleux. Pseudopodes filiformes, très fins; dans la marche rapide généralement un seul, plus fort et extrêmement long, très agile.

Longueur 50 à 55 ^ en moyenne.

Habitat. Lac Léman, Genève, profondeur et rivage (Pointe à

la Bise).

Cette espèce présente des analogies très remarquables avec un rhizopode décrit en 1884 par Gruber^ sous le nom de Oculina uniLila, et trouvé, représenté par un seul individu, dans le port de Gênes. Cependant l'organisme décrit par Gruber est certainement différent du nôtre; il est beaucoup plus grand (150 ju), etla coque en est tout entière composée de grains de sable.

J'ai retrouvé la Nadiiiella tenella, soit au Piéservoir du Bois de la Bâtie (eau du lac), soit dans un bassin d'eau claire à Florissant, bassin alimenté par l'eau de l'Arve, en communication elle-même avec le Rhône.

Nadinella tenella.

Paulinella chromatophora Lauterborn.

p. chromatophora. Lauterborn, Zeitsch. f. wiss. Zool., B*! 59, 1895, p. 537.

Coque petite, transparente, incolore ou rarement d'un jaune chamois pur et clair, ovoïde-allongée, légèrement étirée à sa

' Nova acta Leq. carol. acad. cur. vol. 46. 1884, p. 497.

partie antérieure, non ou à peine comprimée (à section transversale ronde ou très faiblement elliptique), formée de plaques siliceuses rectangulaires, 3 ou 4 fois aussi longues que larges, courbées chacune en un arc de 72 degrés, très régulièrement

Paulinella chromatophora. — A gauche, l'animal vu de face. — A droite, l'animal vu d'en haut. — En bas, une des écailles.

disposées sur 5 rangées méridiennes et 10 à 12 rangées longitudinales, à la manière des plaques des oursins. L'orifice buccal, très petit, elliptique, est entouré d'une bordure ou collerette droite, nettement indiquée, mais assez courte pour ne représenter qu'un simple cadre ou relief. Plasma d'un bleu tendre et pur, toujours exempt de nourriture figurée, mais renfermant, toujours aussi, un chromatophore normalement d'un beau vert bleuâtre démeraude, en forme de boudin ou de fera cheval ; parfois deux cliromatophores, provenant de la division d'un chromatophore unique. Ce chromatophore, plus clair dans sa partie axiale, renferme quelques petits globules brillants, incolores. Noyau sphérique, logé dans l'anse formée [)ar le chromatophore, lait d'un plasma granidé très pâle, où parfois se voit un petit nucléole excentricjue. Vésicule contractile bien nette, à la partie anlérietire du plasma; souvent une autre près du noyau. Pseudopodes droits, extrêmement fins et délicats; pendant la marche rapide généralement un seul, plus fort, très long et extrêmement mobile.

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Longueur très variable suivant l'âge ; généralement 20 à 30 ^ chez les adultes, et pouvant atteindre 40 ^x.

Habitat, Lac Léman, Genève, profondeur et rivage. Dans le Rhin à Neuhoien (LudwigshaCen) ; tourbières de Kaiserslautern (Palatinat), (Lauterborn).. Loch Ness, Ecosse, 90 mètres de profondeur (récolte Scourfield).

La Paulinella chromatophora^, unique par certains caractères dans la série tout entière des rhizopodes (forme des plaques, chromatophore), intéressante à un haut degré par d'autres particularités, mériterait d'être examinée ici avec des développements spéciaux. Comme cette espèce s'est rencontrée en assez grande abondance, soit à la Pointe à la Bise, soit au fond du lac S et que l'étude que j'en ai faite apporte quelques détails supplémentaires à ceux que nous a fournis Lauterborn, je me réserve de revenir plus tard et ailleurs sur le sujet, l'ouvrage actuel ne comportant guère de longs développements. Je me bornerai pour le moment à constater que la Paulinella, trouvée en premier lieu dans le Rhin, est à Genève caractéristique du lac seulement. Elle s'est retrouvée dans le Loch Ness (une seule coquille vide, bien typique), à 272 pieds anglais de profondeur. Lauterborn l'a récoltée plusieurs fois dans les tourbières du Palatinat*, et peut-être bien cette espèce habite-t-elle volontiers les sphagnum, mais elle me semble représenter surtout un organisme de lac et d'eau pure, et sa place se trouve alors toute marquée dans le catalogue actuel.

Pamphagus arcuatus Penard.

p. arcuatus. Penard, Faune rhizopodique, 1902, p. 440.

Enveloppe hyaline, lisse, mince, souple dans une certaine mesure, mais conservant toujours son contour à peu près régu-

* C'est ici la première mention qui soit faite de cette espèce pour la Suisse ; je ne l'ai trouvée que cette année.

^ Meittheil. der Pollichia, naturw. Verein Rheinpfalz, Jahrg. 1904, p. 67.

lier; elle est ovale, fortement comprimée, et ses côtés forment en se rejoignant une arête qui court sur le bord tout entier, et se termine en arrière en une pointe acérée. On peut ainsi distinguer deux faces, dont Tune, qui peut être appelée ventrale, est légèrement concave, et parcourue d'une arête médiane longitudinale bien nette, l'autre convexe, avec simple renflement médian ou arête arrondie.

Ainsi constituée, l'enveloppe en section transversale donne une figure arquée caractéristique, avec nervure ventrale. A la partie antérieure, la membrane est plus déformable, et s'ouvre en une bouche extrêmement petite, entourée d'un léger bourrelet ; mais cette bouche peut d'un moment à l'autre changer considérablement de forme, s'arrondir, se fermer ou se plisser. Plasma très clair, et rempli de petits grains brillants, incolores. Noyau volumineux, rond, comprimé, pâle, finement granulé. Pseudopodes très fins, longs et droits, souvent bifurques.

Longueur 90 (jl.

Habitat. Lac Léman, Genève, dans la profondeur.

Pamphagus arcuatus. — A droite, coupe transversale de l'enveloppe.

Après les recherches de contrôle auxquelles je me suis livré cette année, il ne m'est guère possible d'indiquer cet organisme comme représentant une espèce bien nette; je n'ai malheureusement trouvé, tout compris, que trois individus pouvant se rapporter à la description actuelle, dont un seul, examiné plusieurs heures de suite et qui pendant ce temps n'a pas éprouvé dans son ensemble la plus légère variation de forme, était en bonne santé; les deux autres n'étaient représentés que par leurs enveloppes vides, l'une très ridée et plissée, l'autre revê-

SARCODINES

tant d'une manière reronnaissable la forme décrite comme caractéristique. Mais un autre Pamphagus, correspondant assez bien au mutabilis, plus petit, s'est trouvé dans les mêmes régions à diverses reprises, et son corps, sujet le plus souvent à ties déformations incessantes, était dans d'autres occasions plus rigide et moins changeant. Il existe donc aujourd'hui dans mon esprit un doute sur la valeur de cet organisme en tant qu'espèce ; en tout cas je ne puis m'empècher d'y voir une forme qui tend à se fixer, en acquérant une taille plus forte, une rigidité plus considérable et des contours plus précis.

Pamphagus bathybioticus Penard.

p. bathybioticus. Penard, Arch. f. Protistenkuude, B<l 3, 1904, p. 413.

Corps sphérique ou à peine étiré à la bouche, ou très rarement assez allongé à sa partie antérieure pour devenir distinctement pyriforme; revêtu d'une enveloppe mince, très claire, hyaline ou faiblement jaunâtre, striée dans son épaisseur, et composée de plaquettes siliceuses très petites (2 u à peine), invisibles à un faible grossissement, dont chacune a la forme d'un triangle parfait, et disposées avec la plus grande régularité. Ces

Pamphagus bathybioticus. — \ A droite, une des spîcules de recouvrement.

éléments siliceux sont noyés, se touchant les uns les autres mais sans soudure réciproque, dans une matière protoplasmi-

que incolore, molle, permettant à l'enveloppe une certaine plasticité, laquelle est surtout remarquable auprès de la bouche, oii la membrane est susceptible d'étirement, avec dislocation des plaquettes. Bouche ronde et petite (Ys à 7^ du diamètre de riudividu), mais extensible, susceptible de déformations et même d'une invagination d'ailleurs très légère. L'enveloppe est en outre hérissée sur toute sa surface d'aiguilles siliceuses courtes, très fines, retenues entre les plaquettes par une base en tête de clou; rarement ces aiguilles sont peu nombreuses ou même manquent. Plasma renfermant des granulations brillantes, globuleuses, puis, à la partie antérieure, presque toujours quelques grosses vésicules contractiles. Noyau sphérique ou légèrement ovoïde, très volumineux, à membrane nucléaire forte, rempli d'un plasma tout pénétré de granulations petites et nettes, et renfermant en outre un nucléole rond, relativement très petit, bleuâtre, homogène ou creusé dans son intérieur d'une lacune centrale. Pseudopodes filiformes, pales, plutôt courts, rarement déployés.

Diamètre, 35 à 45 |u en général.

Habitat. Lac Léman, Genève, 20 et 30 mètres de profondeur.

Le Pamphagus bathybioticus est un organisme très caractélistique; il est fort rare, et je ne l'ai trouvé que dans deux récoltes; les individus, peu nombreux, se sont montrés fort délicats, et ont tous péri après quelques jours.

?Plagiophrys parvipunctata Penard.

p. pannpunctata. Penard, Faune rhizopodique, 1902, p. 442,

Corps ovoïde-pyriforme, quelque peu déformable, revêtu d'une enveloppe souple et qui se moule sur le plasma. Cette enveloppe est hyaline, membraneuse, mince et couverte sur

SARCODINES

toute sa surface de ponctuations très fines, disposées les unes à

côté des autres dans un ordre régulier; par-ci par-là on y trouve, collées à la surface, quelques petites particules siliceuses. A la partie antérieure, la membrane est tout particulièrement déformable, et le péristome, très clair, bleuâtre, est extensible et susceptible d'invagination. Plasma clair, remplissant l'enveloppe entière ; en arrière un noyau sphérique. Pseudopodes filiformes, longs, souvent bifurques.

Longueur 50 u.

Habitat. Lac Léman, Genève, rivage (Pointe à la Bise).

Plagiophrys parvipunctata.

Je n'ai malheureusement rencontré que deux individus se rapportant à la description actuelle, l'un, plus petit, en 1890, l'autre, plus grand, en 1901. Comme à cette époque je ne connaissais pas le Pamphagus bathybioticus, lequel est quelquefois dépourvu d'aiguilles, et que les plaquettes caractéristiques de cette dernière espèce sont si difficiles à distinguer que pendant longtemps je les ai prises pour des ponctuations de la membrane, je me demande aujourd'hui si les deux individus entrevus dans le temps n'étaient pas des représentants du P. bathybioticus. Dans ce cas la Plagiophrys parvipunctata ne serait plus qu'un nom inutile, mais en attendant des renseignements plus complets, je crois bien faire de la laisser, avec un point de doute, figurer encore aujourd'hui sur ma liste.

Gromia Brunneri Blanc.

G. Brunneri. Blanc, Arch. Sci. Phys. Nat., Sepério., t. 16, 1886, p. 362. — Recueil Zool. suisse, vol. 4, 1888, p. 497. — Penard, Revue suisse de Zool., t. 7, 1899, p. 85. Faune rhizopodique, 1902, p. 556.

Enveloppe ovoïde ou pyriforme, non ou à peine comprimée (à section transversale ronde ou parfois légèrement elliptique),

Gromia Brunneri. — 1. Aspect habituel. — 2. Particules de Tenveloppe. — 3. Xoyau dans l'adulte. — 4 et 5. Noyaux dans les individus polymucléés .

formée d'un feutrage serré et épais de très petites particules siliceuses, arrondies ou sans forme précise. Plasma somatique pâteux, poussiéreux, d'un jaune sale, \ / creusé à sa partie antérieure, puis se continuant en un pédoncule interne fait d'un plasma plus clair, qui s'étale à la bouche et y donne naissance aux pseudopodes; le plasma somatique est revêtu d'une couverture mucilagineuse plus ou moins épaisse, qui le sépare de l'enveloppe externe. Bouche terminale, ronde, extensible. Vacuoles souvent nombreuses, petites, rondes, disséminées par ci par-là dans le plasma, et qui peuvent fonctionner comme vésicules contractiles, mais très paresseuses. Noyau très gros, sphérique, à membrane nette, renfermant un plasma nucléaire clair, finement poussiéreux, dans les couches superficielles duquel se montrent des nucléoles généralement aplatis, souvent amiboïdes et parfois soudés les uns aux autres par leurs bords. D'autres fois plusieurs noyaux, en nombre d'autant plus considérable qu'ils sont plus petits (jusqu'à 20 environ), à membrane très fine, à plasma nucléaire pâle et cendré, et renfermant quelques nucléoles très francs et étalés sous la membrane nucléaire. Pseudopodes nombreux, mous, fins, longs, produisant entre eux un grand nombre d'anastomoses, partant dans la règle d'un magma accumulé au-devant de la bouche; quelquefois ils semblent partir d'un point quelconque de l'enveloppe, cette dernière étant alors recouverte d'un vernis pseudopodique sur lequel le filament prend naissance.

Longueur extrêmement variable, de 60 à 250 ^ en général.

70 SARCODINÉS

Habitat. Lac Léman, Ouchy (Blanc) ; Genève ; lacs de Morat, Lucerne, Thoiine, Brienz et Constance, partout dans la profondeur.

11 m'a fallu modifier aujourd'hui sur quelques points les diagnoses précédemment données pour cette espèce. Blanc indique en effet l'existence d'une enveloppe interne, une pellicule chitineuse sur laquelle reposerait l'enveloppe feutrée externe ; moi-même, en étudiant cette espèce, tantôt je n'apercevais pas trace de cette pellicule, tantôt il me semblait la voir. Mais mes observations de cette année m'ont conduit à des résultats plus précis : si d'un coup sec on frappe légèrement sur le couvreobjet, on réussit parfois à détacher, en partie au moins, l'enveloppe externe, laquelle se désagrège en fragments ou plaques qui sont emportés au loin; il reste alors devant les yeux ce que l'on pourrait comparer à un œuf de poule, une masse ovoïde, jaunâtre, très franche sur ses bords, entourée d'une enveloppe souvent épaisse d'une matière gélatineuse, mais assez ferme, tremblotante, parfaitement incolore et transparente, et dont la surface très franche fait avec l'eau un angle de réfraction si fort, qu'on croit la voir bordée d'une pellicule chitineuse très fine (ou peut-être faudrait-il y voir un reflet, provenant de la masse interne jaunâtre ?). Or cette pellicule n'existe pas, et dans les préparations au baume, on n'en voit jamais trace.

J'ai pu dernièrement étudier également d'assez près les petits noyaux des individus polynucléés, qu'il m'a été possible d'isoler ^

Gromia gemma Penard.

G. gemma. Penard, Revue suisse de Zool., t. 7., 1899, p. 86. Faune rhizopodique, 1902, p. 559.

Enveloppe ovoïde-pyriforme, d'un blanc très pur parfois à reflets rosés, ronde en section transversale, quelque peu étirée

^ Pour les développements ultérieurs snr cette espèce, voir plus loin, aux remarques générales sur les Gromia.

à sa partie antérieure, et légèrement troiujiiée en biais à la bouche. Cette enveloppe consiste en un feutrage très épais de corpuscules siliceux extrêmement petits, généralement aplatis en paillettes, noyés dans un magma cimentitiel, couchés à plat et visibles de tranche comme une infinité de stries très courles, longitudinales; à la bouche, cette enveloppe est légèrement invaginée.

Plasma somatique d'un jaune sale, creusé à sa partie antérieure d'une échancrure d'où s'échappe un pédoncule fait de protoplasma clair

et incolore, qui s'étale à la bouche Cromia gemma. — L'organisme^ et y donne naissance aux pseudo- en préparation au baume. — A

I r-Ti' I I droite, novau.

podes, tililormes, longs, nombreux -^

et anastomosables. Noyau volumineux (jusqu'à 50 |u), sphérique, de position variable, renfermant un plasma grisâtre rempli lui-même de petites granulations qui souvent par leur réunion forment sous la membrane nucléaire une sorte de sphère creuse. Parfois plusieurs noyaux, en nombre généralement restreint.

Longueur 200 à 600 fjt, parfois même plus.

Habitat. Lac Léman, Genève, 20 à 30 mètres de profondeur.

D'après la description actuelle, qui d'ailleurs ne diffère pas de celles que j'en ai données précédemment, la Gromia gemma ne se distinguerait guère que par des caractères peu importants (taille plus forte, feutrage plus épais, péristome légèrement tronqué en biais) de la Gromia Brunneri, dont la diagnose n'est plus aujourd'hui tout à fait celle que l'on connaissait jusqu'ici. Peut-être n'y aurait-il alors là qu'une seule et même espèce, la G. gemma représentant les individus âgés? Cette question sera examinée plus loin, avec les considérations qui seront données sur les Gromies en général.

SARCODINES

Gromia linearis Penard.

G. linearis. Penard, Faune rhizopodique, 1902, p. 567.

Enveloppe très claire, translucide, faiblement jaunâtre, très allongée, tubulaire ou rarement fusiforme, droite ou à peine

recourbée, mince et délicate, composée de paillettes extrêmement petites noyées dans une peau claire, où on les voit sous la forme de milliers de petites stries longitudinales. Plasma faiblement jaunâtre, renfermant des petites vacuoles rondes qui peuvent fonctionner comme vésicules contractiles, puis un noyau sphérique, à gros nucléoles logés sous la membrane nucléaire; parfois plusieurs noyaux ^ A la partie antérieure du plasma se trouve un pédoncule plus clair, qui s'étale à la bouche pour donner naissance à des pseudopodes filamenteux et anastomosables.

Longueur très variable, le plus souvent de 220 à 230 |tx; largeur 30 à 50 IX.

Habitat. Lac Léman, Genève, dans la profondeur*.

La Gromia linearis est rare; elle se distingue des espèces qui viennent d'être décrites par son faible volume, par la délicatesse de son enveloppe, ainsi que par sa forme tubulaire, ou rarement un peu renflée et fusiforme^.

Gromia linearis.

* En 1902 j'indiquais le nombre des noyaux comme pouvant aller jusqu'à 50 ; mais ce chiffre concernait un individu spécial, que je possède encore en préparation microscopique, et qui en réalité représente une Gro/n/a sa.xjco/a, espèce qu'à cette époque je n'avais pas encore étudiée. Toutes les G. linearis que j'ai examinées cette année (une douzaine), ne possédaient qu'un noyau ; mais mes notes et dessins de 1902 et 1903 indiquent cependant parfois l'existence de plusieurs noyaux, mais ne dépassant pas le chiffre de 20.

^ Pour plus de détails sur cette espèce, voir plus loin, développements généraux sur les Gromies.

DES GHANDS LACS

Gromia squamosa Penard.

G, squamosa. Pexard, Revue suisse de Zool., t. 7, 1899, p. 89. Faune rhizopodique, 1902, p. 561.

Enveloppe grande, d'un blanc sale, ou grisâtre, allongée-fusifornie, droite, non déformable, rugueuse à Textérieur, formée d'écaillés siliceuses ou particides plates de limon, relativement fortes et épaisses, couchées à plat et en désordre les unes sur

Gromia squamosa. ^- 1. Aspect habituel. — 2. Noyau normal. — 3 et 4. Noyaux anormaux. — 5 et 6. Noyaux dans les individus plurinucléés. — 7. Noyau d'un individu urinucléé très petit.

les autres, noyées dans un magma hyalin, mais non soudées entre elles, et constituant par leur ensemble un revêtement épais. La partie antérieure de cette enveloppe se rétrécit légèrement, et s'ouvre par une troncature droite en une bouche terminale, extensible dans les jeunes individus. Plasma d'un gris jaunâtre sale, renfermant de petites vacuoles, puis un noyau sphérique, très volumineux, pourvu d'une membrane forte; à l'intérieur de cette membrane nucléaire, se voit d'abord (en

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coupe optique) une large zone annulaire, claire, (Tun bleu verdàtre, striée dans son épaisseur, entourant elle-même un anneau formé de perles allongées (nucléoles), serrées les unes contre les autres; cet anneau à son tour limite un espace central plein d'un suc nucléaire semi-liquide, dans lequel flottent quelques petits lambeaux protoplasmiques. Parfois plusieurs noyaux (rarement plus de 14), dont la structure, différente d'abord de celle qui vient d'être décrite, s'en rappro(^he de plus en plus, à mesure que leur volume augmente. Pseudopodes filamenteux, longs, nombreux, anastomosables.

Longueur extrêmement variable, de 100 à 1000 ^, mais très rarement inférieure à 250 ^ ou supérieure à 800 u.

Habitat. Lac Léman, Genève, 20 à 45 mètres de profondeur; lacs de Neuchâtel et de Lucerne (profondeur).

Cette Gromie est la 'plus abondante de toutes celles que l'on rencontre aux environs de Genève; elle se trouve à toutes les profondeurs au-delà de 20 mètres; je ne l'ai jamais récoltée sur les rivages. Sa forme et son enveloppe sont très caractéristiques, mais moins encore que le noyau, dont la structure, bien que se laissant ramener au type « vésiculaire » si fréquent chez les Rhizopodes, est dans ses détails absolument distinct de tout ce que nous connaissons ^

Ce noyau (fig. 2), parfaitement sphérique, ti-ès volumineux (jusqu'à 70 ^ et plus), possède tout d'abord une membrane externe, hyaline, lisse, très nette. A lintérieur de cette membrane vient une zone qui en coupe optique se présente comme annulaire, de nature en apparence mucilagineuse, d'un bleu

' Eu égard à l'épaisseur de l'enveloppe, le noyau dans la G. squamosa reste toujours invisible sur le vivant; mais il est assez facile de 1 isoler. Il suffit pour cela, sous la loupe montée, de presser avec une pointe mousse sur la partie postérieure de l'enveloppe : tout le contenu du corps sort alors d'un jet, sous la forme d'un boyau jaune qui se voit souvent interrompu dans son milieu par une perle transparente, placée comme un joyau dans un bracelet. Fréquemment alors cette perle, c'est-à-dire le noyau, se détache d'elle-même et se voit flottante dans le liquide, où l'on n'a plus qu'à la prendre pour la transporter sous le microscope.

verdâtre à reflets jaunes, ou légèrement violacée, et parcourue par-ci par-là, dans son épaisseur, de petites stries, ou taches l'usiformes, langeantes dans leur direction. Plus en dedans se montre alors, nettement tranché, un anneau formé tout entier de fuseaux bleuâtres, ou plutôt d'un vert jaune, serrés les uns sur les autres, généralement en phisieurs couches, et qui sont formés de matières chromatiques, rougissant immédiatement par le carmin. Cet anneau nucléolaire limite alors une vaste cavité sphérique, claire, d'un gris rosé, occupée par un plasma semi-liquide, dans lequel on voit flotter, comme entre deux eaux, quelques petits fragments pâles. Ces fragments sont amiboïdes, et vont, mais avec une lenteur extrême, en traversant la cavité, rejoindre les nucléoles en fuseau et renforcer ainsi l'anneau caractéristique ; ils sont de formes très diverses, rappelant ces cellules amiboïdes que l'on voit par exemple nager dans l'intérieur d'une gastrula d'Echinoderme ; ils sont munis de prolongements pointus, qui donnent l'impression de se continuer en fils d'une ténuité extraordinaire, lesquels iraient rejoindre la paroi. Ces fragments se colorent également bien vite par le carmin.

Telle est la structure du noyau dans l'adulte, comme on la trouve p. e. dans 19 individus sur 20; mais j'ai rencontré deux ou trois fois des noyaux différents : dans l'un d'eux (fig. 3), la structure était normale, mais en outre on trouvait, dans la lacune interne et plaquant contre sa paroi, une vingtaine de nucléoles lisses, bleuâtres, franchement délimités et brillants sur leurs bords, quelque peu déprimés-étalés, et remplis de petites granulations. Dans deux autres noyaux rencontrés, cette structure était à peu près la même, avec gros nucléoles, mais tout l'anneau perlé s'était disloqué en grains verdâtres qui alors se voyaient éparpillés partout dans l'anneau externe mucilagineux. Un détail également curieux à noter, c'est que, dans l'un de ces noyaux (fig. 4) la membrane nucléaire était en partie détachée, ou résorbée; il existait alors une solution de continuité, on voyait à nu la surface de l'anneau mucilagineux, mais cette surface, comme pourvue d'une enveloppe propre, ne faisait

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nullement hernie, et conservait sa courbure régulièrement arrondie.

Il s'en faut de beaucoup que la Gromia squamosa soit toujours uninucléaire. C'est ainsi que sur 63 individus examinés sous ce rapport, en préparation au baume et colorés au carmin, 51 n'avaient qu'un noyau et 12 étaient plurinucléés, avec de 2 à 15 noyaux suivant les individus; ces noyaux sont alors d'autant plus petits que leur nombre est plus grand, et l'on peut dire, d'une manière générale, que la masse additionnée de tous les noyaux est à peu près égale à la masse que suivant toutes les apparences le noyau constituerait dans un individu uninucléé de même taille.

Quant à la structure des noyaux dans les individus plurinucléés, elle tend toujours à se rapprocher de celle qui vient d'être décrite, mais en diffère d'autant plus que les noyaux sont de taille plus faible. C'est ainsi que la fig. 5 représente un noyau de 18 a de diamètre, provenant d'une Gromie de 485 a, laquelle renfermait 14 noyaux; on y voyait une membrane fine, un anneau de nucléoles fusiformes d'un vert jaunâtre, et une lacune centrale pâle; la fig. 6 montre un des 4 noyaux, de 23 ^ chacun, que renfermait un petit individu jeune ; le type est à peu près le même, et il semble se dessiner un commencement de l'anneau mucilagineux externe; la fig. 7 représente le noyau unicjue d'une Gromie de très faible taille (260 //de longueur) ; ce noyau, de 25 a de diamètre, revêtait la structure caractéristique, mais pas très décidée encore. Par contre, dans les exemplaires uninucléés de forte taille, il ne m'est jamais arrivé (sauf les variantes dont il a été question plus haut), de rencontrer autre chose que le type caractéristique, qu'ailleurs j'ai appelé, à cause de son apparence annulaire, type en « bouée de sauvetage ».

Ajoutons que les petits individus ont soit un seul noyau soit plusieurs; les grands sont probablement presque toujours uninucléés; c'est ainsi que, des 12 exemplaires plurinucléés mentionnés plus haut, 6 étaient de très faible taille, 3 plutôt petits, et 3 de taille moyenne; mais aucun ne pouvait être considéré comme représentant un individu réellement volumineux.

Gromia saxicola, spec. nova.

Enveloppe allongée, noirâtre à un faible grossissement, tubiilaire, droite en principe mais détbrmable et susceptible de se reployer quelque peu, faite d'une sorte de peau transparente, laquelle porte un revêtement de pierres anguleuses, serrées les unes contre les autres; cette peau est extensible, particulièrement à la bouche, qui dans la règle est largement ouverte. En arrière, l'enveloppe s'étire parfois ou se tord, ou bien forme, couverte de ses pierres, des traînées en apparence visqueuses. Plasma jaunâtre, incolore à la bouche, où il se déploie en un réseau de filaments particulièrement fins, souvent très serrés, très changeants et mobiles. Noyaux extrêmement nombreux (jusqu'à 200), répartis partout dans le plasma; ils sont très petits (6 à 8 ^\ ronds, et remplis d'un suc nucléaire pâle, lequel renferme de petits nucléoles qui tendent à aller s'appliquer contre la paroi nucléaire. Longueur, en général 350 à 440 ^; largeur 60 à 80 ix- Habitat. Lac Léman, Genève, 20 à 40 mètres de profondeur.

Cette espèce, assez rare, est caractérisée surtout par sa forme tubulaire, par ses noyaux toujours extrêmement nombreux et

Gromia saxicola.

78 SARCODINÉS

très pelils, normalement sphériques, mais que j'ai parfois trouvés ovoïdes, et qui semblaient alors être en cours de division; puis par son enveloppe recouverte de pierres, et qui la l'ait prendre au premier abord pour une difllugie*. Elle me paraît se rapprocher de la Gromia nigricans de la plaine, dont peutêtre on serait fondé à la considérer comme dérivée.

Les Gromies occupent une place à part au milieu des organismes lacustres ; ce sont là des foraminifères, des Réticulés dont, malgré l'existence de quelques formes voisines dans la plaine (Gromia fluvialis, G. nigricans, Lieberkiihnia Wagneri), on serait tenté, pour les espèces lacustres, de faire remonter l'origine à quelque ancêtre marin. La Gromia Brunneri, première en date des espèces lacustres, a été trouvée en 1886 par Blanc dans le Léman aux environs d'Ouchy. Il est probable que Blanc, cjui distingue deux formes différentes, ovoïde et allongée, a vu, en même temps que la Gromia Brunneri typique, celle qui fut plus tard la G. squamosa. En 1899, après une étude prolongée sur les Sarcodinés du lac, j'y constatais l'existence de trois formes spécifiquement distinctes, Gromia Brunneri, G. gemma, G. squamosa, en en laissant entrevoir une quatrième, incertaine encore, et qu'après de nouvelles observations je décrivais en 1902 sous le nom de G. linearis. Mais à cette époque encore, je prévoyais 1 éventualité de devoir détacher de cette dernière une cinquième espèce, aujourd'hui la G. saxicola. Peutêtre enfin faudra-t-il plus tard encore un nom pour la petite Gromie pyriforme dont il vient tout à l'heure d'être question (v.

' J'ai trouvé de temps en temps une autre Gromie, beaucoup plus petite, de 45 à 90 M de longueur, toujours pyriforme, à peine deux fois aussi longue que large, non comprimée, arrondie en dôme en arrière et pointue en avant, et revêtue comme la G. saxicola de pierres anguleuses; le plasma renfermait quelques grosses vésicules contractiles, actives, puis un gros noyau, toujours unique ; tout, sauf les pseudopodes en réseau, semblait montrer une difflugie. J'ai quelquefois été tenté de considérer celte petite forme comme un état jeune de la G. saxicola : mais il ne m'est jamais arrivé de trouver de termes de passage, et je croirais plutôt à l'existence de deux formes spécifiques autonomes. Cependant, comme ce petit organisme reste encore très peu étudié, je ne fais ici que mentionner son existence.

note précédente). Mais en même tempsje me tlemandeaiijoiird"hiii s'il ne conviendra pas un jour ou l'autre de rayer du genre la G. gemjna, comme ne représentant pas autre chose que la G. Briinne/'i sous sa forme la plus âgée et la plus volumineuse. En 1899, on était parfaitement fondé à considérer la G. gemma comme une espèce autonome ; très grande, elle possédait une enveloppe d'une texture particulière, doublée en outre d'un épais revêtement interne mucilagineux alors inconnu dans la G. Brunneri ; cette dernière par contre passait pour posséder, à l'intérieur de son enveloppe caractéristique, une pellicule chitineuse absente dans la G. gemma. Aujourd'hui les choses ont changé : en réalité, la pellicule chitineuse de la G. Brunnerin est qu une apparence; elle n'existe pas; par contre, cette dernière espèce possède l'enveloppe mucilagineuse qu'on n'y avait pas vue. Il ne reslerait plus alors, pour différencier la G. gemma delà G. Brunneri, qu'une taille plus volumineuse, une enveloppe feutrée beaucoup plus épaisse et en apparence formée de paillettes plus fines, une ouverture buccale mieux dessinée et légèrement tronquée en biais, un noyau de structure quelque peu différent, une teinte (à la lumière incidente, sur fond noir un peu particulière, d'un blanc pur à reflets rosés. Mais il n'est pas impossible que tout cela puisse s'expli(|uer par une différence d'âge; avec la croissance, l'enveloppe deviendrait plus épaisse, les paillettes y seraient noyées dans une pâte hyaline plus abondante, et par là l'effet produit sur l'œil ne serait plus le même; le péristome s'allongerait un peu plus d'un côté que de l'autre; le noyau enfin diviserait ses nucléoles en fragments toujours plus petits. Je ne sais quelle est la valeur de ces appréciations, et peut-être ne faut-il pas trop se hâter de réunir deux organismes fjui dans leurs formes extrêmes sont certainement fort différents; mais il est certain aussi que cette année il mest nombre de fois arrivé tle ne pas savoir où mettre tel ou tel individu que je rencontrais.

Quant aux autres espèces décrites, G. linearis et G. saxicola, je les crois bien autonomes ; on pourrait cependant, à la rigueur, considérer la première comme une variélé de G. Brunneri très

80 SARCODINÉS

petite, très allongée, à enveloppe toute mince, transparente et souple: la seconde, G. saxicola, comme dérivée de la G. nigricans, dont elle se distingue cependant sans difficulté par son enveloppe faite de pierres, par sa forme tubulaire, par ses petits noyaux toujours extrêmement nombreux.

En tout cas, les Gromies sont parmi les plus intéressants des Protozoaires de nos lacs, et se prêteraient à une étude monographique particulièrement instructive; leurs pseudopodes en réseau avec circulation des grains, leur protoplasma jaunâtre avec sa rotation particulière et les grandes boulettes plasmatiques qu'on y trouve toujours, et qui se mettent à tourner toutes seules une fois isolées au dehors, leurs noyaux parfois si curieux, leur enveloppe simple ou double, leur pédoncule interne, leur plasma pseudopodique qui peut donner lieu à d'intéressantes observations de mérotomie\ leur reproduction peutêtre sui generis (malgré bien des centaines d'individus rencon-

' Dans 1 été de 1902, par exemple, je me suis livré sur la G. Brunneri k différentes expériences de mérotomie, qui, contrôlées à plusieurs reprises, ont donné des résultats assez intéressants pour être ici rapportés : lorsque par écrasement de l'enveloppe on expulse au dehors la masse interne, on a devant soi des fragments que 1 on peut rapporter à deux sortes de plasma différents, l'un, d'un jaune sale, plasma somatique, l'autre, incolore, ectoplasme ou plasma pseudopodique. Cliaque fragment du plasma somatique se met en boule, puis reste là inerte, sans déployer de prolongements (peut-être aussi tourne parfois un instant sur lui-même, et s'arrête). Quant au plasma pseudopodique, il s'arrondit également, puis bientôt se met en étoile, forme dans son intérieur quelques vacuoles qui lentement disparaissent et reparaissent comme des vésicules contractiles, et pousse de tous les côtés des pseudopodes filiformes très longs, qui commencent à former des réseaux; si bien que parfois, 10 minutes après l'écrasement, on a devant lesyeux, suivant le nombre des fragments disséminés, un ou plusieurs petits rhizopodes nus, dépourvus de noyau, mais parfaits en apparence. Peu après l'étoile se ramasse sur elle-même, s'arrondit en boule et devient même pyriforme, lisse à sa surface, et d'une seule région alors, qui par exemple dans une Difflugie figurerait la bouche, partent des pseudopodes qui se ramifient, se forment et se déforment, s'anastomosent, et sont parcourus à leur surface de courants rapides entraînant avec eux les granulations caractéristiques. L'organisme reste alors là sur place, comme une araignée au milieu de sa toile, et sa masse entière est comme une pâte qui se pétrirait d'ellemême; il peut se maintenir dans cet état une heure entière, puis la circulation des grains se ralentit et cesse, les mouvements de brassage interne s'arrêtent, et tout finit par périr.

Mais en même temps que le plasma jaune, on voit également sortir de la masse

très, je n'ai jamais pu constater de cas de division ou de conjugaison), tout, jusqu'à leur systématique encore indécise^ est particulièrement curieux dans ces organismes, et le naturaliste qui en entreprendra une étude sérieuse arrivera certainement à produire un travail de valeur.

écrasée des sphérules assez, grosses, bleuâtres, qui n'ont rien à faire avec le plasma pseudopodique, et qui, si j'ai bien observé, existaient déjà toutes formées dans l'animal avant lécrasement ; ces sphérules, très souvent alors, commencent à tourner sur elles-mêmes, comme sur un axe invisible. Une sphérule particulièrement examinée, se mit à tourner de droite à gauche, et continua sans arrêt son mouvement de rotation sur place pendant trois quarts d'heure; elle avait été d'abord en pleine lumière, puis ensuite dans une obscurité relative en ce sens que le miroir du microscope avait été détourné de l'axe; après ces 45 minutes, le mouvement était encore sensible, mais considérablement affaibli (un tour en 15 secondes environ, au lieu d'un tour en 2 secondes). En dirigeant alors sur l'organisme la lumière du miroir, je le vis accélérer de nouveau sa vitesse, mais pour un instant seulement; puis la sphérule se mit à pivoter sur elle-même pendant quelques minutes, faisant une fraction de révolution à gauche puis une autre droite, comme l'échappement d'une montre, et enlin, une heure environ après son isolement, elle s'arrêta inerte pour se désagréger bientôt par une sorte de liquéfaction.

On peut également, en laissant à la Gromie toute son intégrité, ne détacher qu'une partie du réseau pseudopodique, et les choses se passent absolument comme dans le cas précédent. C'est ainsi que le 12 août 1902, ayant sous les yeux une Groinia Brunneri, isolée dans de l'eau claire, et dont le réseau pseudopodique était largement déployé sur le porte-objet mais avait envoyé un réseau secondaire s étaler sur la paroi inférieure du couvre-objet, d un coup brusque je détachai du parent ce réseau secondaire. I^a Gromie, parfaitement intacte, fut emportée au loin. Le réseau secondaire isolé s'étala en étoile, puis déploya un magnifique réseau de filaments très fins, au milieu desquels le plasma se mit bientôt en boule, forma des vacuoles que 1 on vit quelque temps disparaître et réapparaître sans régularité, et se conduisit enfin comme les fragments cités plus haut. Après 45 minutes cette sorte de Gromie embryonnaire était décidément malade ; les changements internes y devenaient lents, la circulation des grains sur les filaments très faible ; la désagrégation n'était pas loin. Je rapprochai alors la Gromie mère, qui dans le tr.ijet retira ses pseudopodes, mais par maladresse je le rapprochai trop, et le fragment malade (qui à ce moment ne tenait plus au cover mais s'était laissé choir sur le porte-objet) disparut sous l'enveloppe maternelle ; mais en retournant cette dernière, je vis alors, non plus le fragment cherché, mais une petite masse plasmatique, appliquée sur l'enveloppe, et qui rapidement rampait vers la bouche pour s'y engouffrer bientôt. Comme il me fut impossible de retrouver nulle part trace du fragment malade, je ne serais pas éloigné de croire qu'il faudrait le voir dans cette petite niasse, qui, comme le font les pseudopodes des Difflugies détachés de la mère puis rapprochés du péristome (Penard, Arch. Sci. Phys. nat., 4« p., t. 7,' 1899), s'était ranimée au contact maternel, puis réunie au plasma dont elle avait été primitivement séparée.

82 SARCODI^KS

HELIOZOAIRES

Acanthocystis longiseta Penard.

A. longiseta. Penard, Revue suisse de Zool., t. 9, 1901, p. 301. — Héliozoaires d'eau douce, 1904, p. 251.

Squelette formé d'une armature serrée de longues baguettes siliceuses, droites ou à peine recourbées, creuses, cylindriques, légèrement atténuées au sommet, atteignant pour la plupart en longueur la moitié ou les deux tiers du diamètre du corps nu, mais inégales entre elles, pourvues d'une base large en tête de clou; les bases de ces différentes aiguilles simulent alors, dans leur ensemble, une forte enveloppe d'écaillés disposées sur plusieurs rangs; mais à l'intérieur de cette première enveloppe il s'en trouve une autre, invisible le [)lus souvent sur le vivant, composée d'écaillés véritables, ovales, très minces, imbriquées les unes sur les autres.

Ectoplasme incolore, dépourvu de zoochlorelles, rempli de boulottes grisâtres, montrant parfois une vésicule contractile, grande et paresseuse. Endoplasme excentrique, nettement distinct, renfermant, excentrique aussi, un noyau grisâtre, bien net, à gros nucléole homogène. Grain central en général nettement visible. Pseudopodes longs, droits, forts, perlés sur toute leur longueur.

Diamètre moyen 40 ^, sans les aiguilles; parfois moins ou plus (jusqu'à 57 y. .

Habitat. Lac Léman, Genève, profondeur et rivage (Pointe à la Bise) '.

Acanttiocystis longiseta. — A droite, aiguille et écaille tangente.

Cette espèce s'est rencontrée, toujours peu abondante, soit à 15, 20 et 30 mètres de profondeur, soit sur le rivage à la Pointe à la Bise. A première vue, elle rappelle la forme grise de VAc. spinifera (telle que cette dernière est comprise dans les « Héliozoaires d'eau douce »), dont on a de la peine à la distinguer; en 1904, je donnais son autonomie comme incertaine, mais mes recherches de cette année n'ont fait que confirmer sa réalité spécifique. Elle diffère de \ Ac. spinifera surtout

^ Pour presque tous les héliozoaires, il manque d'indications relatives à d'autres lacs que le Léman ; lors de mon excursion de contrôle aux lacs suisses, en 1899, j'avais complètement laissé de côté ces organismes.

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SARCODINES

par son armature plus serrée, et composée d'aiguilles d'une seule sorte, bien que de longueurs variables sur un même individu.

Acanthocystis ludibunda Penard.

A. ludibunda. Penard, Revue suisse de Zool., t. 9, 1901, p. 302. Héliozoaires d'eau douce, 1904, p. 260.

Squelette composé d'une enveloppe tangente, en apparence continue et striée en travers, en réalité faite de perles arron-

Acanthocystis ludibunda. A droite, aiguille et écaille tangente.

dies, hyalines, de 2 |m environ de diamètre, se touchant les unes les autres et disposées sur un seul rang; puis d'aiguilles radiaires droites, de 8 à 10 jut de longueur, atténuées d'arrière en avant, et munies à leur base d'un bouton épais et peu élargi. Ectoplasme clair, mais renfermant un nombre considérable de

grains d'un beau rose carmin, quelquefois mêlés de grains jaune d'or, bruns ou noirs. Vésicule contractile absente ou en tout cas très rare, sauf dans les individus jeunes. Endoplasme excentrique, renfermant, excentrique aussi, un noyau très pâle, à nucléole homogène. Pas de grain central visible. Pseudopodes droits, longs et fins, perlés; marche extrêmement rapide.

Diamètre, dans l'adulte, en général de 28 à 35 ^, y compris l'enveloppe tangente, mais sans les aiguilles.

Habitat, Lac Léman, 30 mètres de profondeur et rivage (Pointe à la Bise).

Ce joli petit organisme, qui peut-être représente le plus agile et le plus remuant des héliozoaires, est assez rare au fond du lac, plus abondant sur le rivage. Je lai retrouvé au marais de Gaillard, lequel, comme nous l'avons vu, et peut-être à cause de sa correspondance avec le lac par la voie de l'Arve et du Rhône, renferme quelques-uns des Sarcodinés du Léman.

Malgré des expériences bien conduites, même après isolement, forte compression et belle coloration du noyau par le carmin, il ne m'a jamais été possible d'y voir le grain central que l'on devrait s'attendre à y trouver.

Acanthocystis rubella Penard.

A. rubella. Penard, Héliozoaires d'eau douce, 1904, p. 232.

?? Pinacocystis ruhicunda. Hertwig et Lesser. Arch. f. mikr. Anat., B<1 10, Suppl., 1874.

Squelette composé d'écaillés siliceuses rondes, très petites (2-3 ^, disposées sur une seule couche, noyées dans une pâte hyaline et formant avec elle une membrane en apparence continue; puis d'aiguilles radiaires, cylindriques, de 9 à 10 (tx de longueur, très fines, à base en tête de clou, invisibles sur le

SARCODINES

vivant, cachées le plus souvent dans Taxe même des pseudopodes qui les entourent comme d'une gaîne. Pseudopodes très variables de longueur sur un même individu, mais toujours courts, très pâles, à peine granulés, relativement larges et décroissant de la base au sommet, ou bien au contraire cylindriques et brusquement tronqués à leur extrémité. Ectoplasme rougeâtre, avec grains bruns, jaunes, verts ou rouges; pas de vésicule contractile; endoplasme excentrique, plus clair, mais sans délimitation nette; noyau volumineux, vésiculaire, sphérique ou légèrement ovoïde, à nucléole pâle et très petit. Pas de grain central.

Acanthocystis riihella. — A droite, une aiguille incluse dans le pseudopode.

Diamètre, 23 à 27 ^ en général, y compris l'enveloppe mais sans les aiguilles.

Habitat. Lac Léman, Genève, 10 mètres de profondeur et rivage (Pointe à la Bise).

Les études de contrôle entreprises cette année m'ont conduit

à modifier sur un point la description que je donnais en 1904 de cet organisme : les écailles tangentes, qui d'abord m'avaient paru ovales, sont rondes, plus claires en leur milieu que sur leur bord, et très petites, de 3 ^tx à peine de diamètre.

(]et héliozoaire est remarquable surtout par le fait que, pourvu en réalité d'aiguilles radiaires, ces aiguilles ne se voient pas sur le vivant, cachées qu'elles sont (autant que j'ai pu m'en assurer) par les pseudopodes mêmes, qui les entourent d'une gaine et s'en servent comme d'une tige de soutien. Ces pseudopodes sont relativement courts et larges, extrêmement variables de longueur sur un même individu, cendrés plutôt que granulés, et semblent servir de pattes sur lesquelles l'animal se meut.

(^omme en 1904, je me demande encore aujourd'hui si VAcaiitlïocystis rubella, que la présence d'aiguilles radiaires oblige à joindre aux Acanthocystis mais qui montre un plasma identique à celui du genre Piiiaciophora, ne correspondrait pas àla-P?/z«cocystis rubicunda de Hertwig et Lesser, que l'on a elle-même parfois assimilée, mais alors à tort, à la Pinaciophora fluviatilis de Greeff.

Astrodisculus laciniatus Penard.

A. laciniatus. Penard, Héliozoaires d'eau douce, 1904, p. 146.

Corps sphérique, mais susceptible d'assez fortes déformations, entouré d'une large enveloppe mucilagineuse pénétrée elle-même, dans ses couches superficielles, de myriades de poussières très fines, et dilacérée à sa surface en une infinité de petites languettes ou lambeaux protoplasmiques, courts et pointus, qui hérissent l'animal d'une armature serrée. Ectoplasme grisâtre, rempli de petits grains brillants hyalins, et montrant en outre une ou plusieurs vésicules contractiles de fort volume. Endoplasme clair, excentrique, renfermant, excentrique

SARCODINES

aussi, un noyau volumineux à gros nucléole d'un bleu pâle. Grain central nettement visible. Pseudopodes extrêmement nombreux (deux ou trois fois autant que chez les autres héliozoairesen général), droits, fins, couverts de distance en distance de petites perles brillantes:

Astrodisculus laciniatus.

Diamètre, 30 [x pour le corps proprement dit, 42 ^ avec l'enveloppe mucilagineuse.

Habitat. Lac Léman, Genève, devant Cologny, à 20 mètres de profondeur.

Cet héliozoaire ne s'est montré que dans une seule récolte, et représenté par deux individus seulement, mais parfaitement identiques jusque dans leurs moindres détails. Il est probable que nous avons là tout autre chose qu'un Astrodisculus, et qu'il faudrait rapprocher cet organisme des Heterophrys ; mais en

l'absence criin squelette solide, et grâce à la présence d'une enveloppe mucilagineiise, la classification actuelle, et un peu artificielle, des Héliozoaires, nous oblige à le faire entrer dans le groupe des « Chlamydophora ».

Lithocolla globosa F.-E. Schulze.

L. glohosa. F.-E. Schulze, Arch. f. mikr. Aiiiit., B** 10, 1874. — Pknard, Héliozoaires d'eau douce, 1904, p. 216.

Enveloppe sphérique, épaisse, formée de grains de quartz, diatomées ou autres particules étrangères, noyés dans une

Lithocolla globosa. — A droite, noyau.

sorte de colle transparente, sans apparence de membrane véritable. Cette enveloppe recouvre un corps globuleux, teinté de rose, de rouge ou de jaune, rarement presque incolore, et formé

90 SABCODINÉS

dun plasma presque liquide, durci seulement dans ses couches superficielles, visqueux alors et susceptible de s'étirer en fils. Pas de délimitation distincte en ectoplasme et endoplasme ; pas de vésicule contractile, remplacée quelquefois par une vacuole très volumineuse pleine d'un liquide d'un gris violacé. Pas de grain central. Noyau très grand, sphérique, vésiculaire, à membrane fine, rempli d'un suc nucléaire cendré, où nagent des granulations extrêmement petites qui tendent à s'accumuler vers la périphérie, et renfermant également un nucléole sphérique, très petit, bleuâtre, pâle, mais net et franc. Pseudopodes très fins, presque toujours invisibles, relativement courts, droits, presque lisses.

Diamètre 35 à 50 ju, y compris l'enveloppe.

Habitat. Lac Léman, Genève, 9, 15, 20 mètres de profondeur.

La Lithocolla globosa est un organisme assez curieux. Je regrette de n'en avoir pu étudier qu'un nombre assez restreint d'individus, bien que dans les récoltes d'où provenait cette espèce (seulement en mai et juin 1903), ils fussent assez abondants; mais c'est là un être extrêmement délicat, qui survit rarement à la première journée d'emprisonnement. F. -E. Schll- ZE, qui le premier a décrit la Lithocolla globosa, comme provenant de l'eau de mer à Warnemùnde, n'a pas pu s'assurer de la présence d'un noyau ; en 1890, je retrouvais moi-même cet organisme à Wiesbaden; Zykoff* l'indique dans la Volga ; West ^ en Angleterre ; mais personne ne donne de renseignements suffisants sur sa structure. Bûtschli, Archer, West, hésitent à en faire un héliozoâire, et ce dernier le regarde comme identique à V Elaeorhanis cincta de Greeff. Sur ce point-là, W est est certainement dans l'erreur; mais il est indubitable que ces deux organismes appartiennent au même type, et que ce type pourrait bien n'avoir d'héliozoaire que l'apparence.

» Zool. Anz., BJ 25, 1902, no 665.

' Journ. Linnœan, Soc. Zool., vol. 28, 1901.

Lithocolla flavescens Penard.

L. flavescens. Pexard, Héliozoaires d'eau douce, 190i, p. 220.

Corps sphérique, déformable, revêtu d'une enveloppe ou peau jaunâtre ou rosée, mince et souple, sur laquelle sont collées des parcelles siliceuses très petites, généralement arrondies à leurs angles. Plasma rempli de petits grains rouges, jaunes, verts, qui donnent à toute la masse une nuance d'un jaune fauve. On y distingue, dans une région plus claire, un noyau excentrique, rond, à gros nucléole homogène. Pseudopodes extrêmement fins, faiblement granulés, parfois presque lisses ; marche très rapide.

Lithocolla flavescens.

Diamètre, 18 ju en général; rarement 20 //. Habitat. Lac Léman, Genève, Pointe à la Bise.

La Lithocolla flavescens diffère de l'espèce précédente par sa

92 SARCODINÉS

taille beaucoup plus faible, par sa membrane souple et mince, par son plasma et son noyau, qui semblent bien être ceux d'un héliozoaire. Cette espèce me paraît voisine de VElaeorhanis arenosn de Fk^^7.is.\.^ (Lithosphœrella arenosa Scha.udinnj, et encore plus de la Raphidiophrys arenosa dé Gruher^, que d'ailleurs Sghaudinn assimile à la première. Mais les organismes décrits par Gruber et Frenzel, et sur le plasma desquels nous n'avons" pour ainsi dire aucun renseignement, possèdent une enveloppe plus épaisse, formée de particules de sable, et la petite L. flavescens, avec sa peau fine, souple et déformable, sa teinte jaunâtre, et courant de tous les côtés avec une agilité toute particulière, semble bien être quelque chose de spécial.

Pinaciophora fluviatilis Greeff.

p. fluviatilis. Greeff, Arch. f. mikr. Anat., vol. 11, 1875. — Penard, Héliozoaires d'eau douce, 1904, p. 203.

Corps sphérique, quelque peu déformable, revêtu d'une enveloppe composée de plaquettes' biconvexes de 4 Y2 à 6 ^ de diamètre, minces, rondes, percées chacune de 19 petits trous régulièrement disposés, et imbriquées sans ordre les unes sur les autres. Ectoplasme teinté de rouge ou de brun jaunâtre par une grande quantité de granulations très petites, entremêlées de plus grosses. Rarement une vésicule contractile, paresseuse. Endoplasme indistinct, renfermant, dans une position excentrique, un noyau sphérique très volumineux, d'un bleu cendré, pâle, plein d'un suc nucléaire poussiéreux, dans lequel se voit un nucléole arrondi, grisâtre, très petit. Pas de grain central. Pseudopodes fins, relativement courts, à peine granulés; en outre, il se forme souvent des pseudopodes adventifs, ou

» Bibliot. Zoologica, vol. 4, 1897.

* Nova acta Leq. Carol. acad. cur., vol. 46, 1884, n» 4.

prolongements protoplasmiques filamenteux qui se frayent un passage à travers l'enveloppe en écartant les plaques.

Pinaciopkora fluviatilis. — 1. Aspect habituel, avec un pseudopode adventif. — 2. Noyau. — 3. Quelques-unes des écailUes vues de coupe. — 4. Une écaille vue de face.

Diamètre habituel, 45-50 |u, pouvant arriver à 80 w. Habitat. Lac Léman, Genève, profondeur et rivages.

En décrivant pour la première fois cette espèce, Greeff a indiqué les écailles comme ovales, et en môme temps pointues à leurs deux extrémités; cependant, comme je l'ai expli(jué ailleurs plus au long (Héliozoaires d'eau douce, p. 207), Greeff a dû être trompé par une apparence, et il n'y a pas lieu de douter de Tidenlité de sa Pinaciophora avec l'organisme du Léman. Il est plus difficile de se faire une opinion sur la Pinacocystis rubicunda de Hertwig et Lesser', laquelle serait revêtue de plaquettes rondes et non perforées; plusieurs auteurs ont été portés à identifier ces deux espèces en ime seule, et

' Arch. f. mikr. Anat., B^ 10, suppi.

94 SAHGODINÉS

c'est également à cette opinion que je m'étais rangé moi-même jusqu'au moment où, trouvant VAcanthocystis riibella, je me suis demandé si ce n'était pas celle-ci qu'il fallait assimiler à la Pynacocystis de Hertwig et Lesser (voir p. 87).

La Plnaclophora fluviatiiis n'est pas un organisme exclusivement lacustre; mais il n'a guère été trouvé jusqu'ici que dans les grandes rivières ou les bassins d'eau claire et renouvelée. Greeff l'a récolté dans le Rhin, Zykoff dans la Volga ; moimême, après l'avoir vu, en 1889, dans un bassin d'eau courante à Wiesbaden, je ne l'ai plus rencontré que dans le Léman, où il est un peu partout répandu.

Raphidiophrys pallida F.-E. Schul/.e,

R. pallida. F.-E. Schulze, Arch. f. mikr. Anat., B'i 10, 1874, p. 377. — I.mhof. Zool. Anz., Bd 7, 1884, p. 321. — Garbim, Atti delI'Acad. dagr. sci. Verona, Ser. 4, vol. 1, 1900, p. 7. Penard, Revue suisse de Zool., t. 9, 1901, p. 296. Héliozoaires d'eau douce, 1904, p. 176.

Corps sphérique, grand, pâle, revêtu d'une enveloppe épaisse de spicules siliceux, très longs (15 à 22 a), d'une seule sorte, pointus aux deux bouts, légèrement recourbés en faucille, faiblement jaunâtres, couchés dans l'enveloppe mucilagineuse ou grimpant sur les pseudopodes et formant alors dans leur ensemble une étoile assez régulière. Plasma incolore, nettement différencié en ectoplasme et endoplasme; le premier renferme des grains brillants, puis des vésicules contractiles en nombre multiple (jusqu'à 20 /:x) ; l'endoplasme possède un noyau volumineux, nettement distinct comme une masse réfringente, cireuse. Grain central nettement visible. Pseudopodes longs et vigoureux, perlés sur toute leur longueur.

Diamètre habituel, environ 56 u pour le corps nu, 77 u. avec l'enveloppe sans les rayons, '^^'^{(x avec l'étoilement des spicules; parfois la taille est plus forte encore.

Habitat. Lac Léman, Genève, 10 à 40 mètres de profondeur; Ouchy (Imhof) ; lac Majeur (Gahbini); lacs de Comabbio et de Varese (Imhof); lac Balalon (Frangé); Loch Ness (récolle (Scolkfield).

Raphidiophiys pallida.

A droite, deux spicules, de face et de coupe.

Outre les stations lacustres qui viennent d'être citées, la R. pallida a été trouvée par Schulzk dans le grand bassin du Jardin Botanique de Graz. par moi-même dans la grande fontaine du Curliaus à Wiesbaden, et probablement par Leidy dans la rivière Schuykill près de Philadelphie. C'est peut-être à tort que Schewiakoff' a attribué à celte espèce une Raphidiophiys, de 30 à 34 a seulement de diamètre, (|u"il a récoltée à Sydney, cl que je seriiis porté à attribuer à la R. ambigua. West^ cite

' Méin. Acad. imp. Sci. St-Péterb., 7« sér., 1. 41, n» 3, p. 10. * Journ. Linnaean Soc. Zool., vol. 28, 1901.

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encore, comme provenant du Pays de Galles, un héliozoaire, pourvu de chlorophylle, mais qu'il rapporterait cependant à la R. pallida. En résumé ce bel héliozoaire, presque toujours rare et sporadique, est bien avant tout un organisme d'eau claire, lacustre ou fluviatile, et sa place est tout indiquée dans le catalogue actuel.

Raphidocystis lemani Pe>.\rd.

Acanthocystis lemani. Pe.nard, Arch. Sci. Phys. Nat., 3» pér., t. 26, 1891, p. 152. — Blanc, Acta, Soc. helvel. Se. Nat., 78« session, Zermatt, 1895, p. 48. — Garbim, Atti deir Acad. d'agr. Sci. Arti, Verona, Ser. 4, vol. 1, 1900, p. 7.

A. lemani var. Plônensis. Zacharias, Forschungsber. Plein, vol. 2, 1894, p. 70.

Heterophrys Pavesii. Garbim, Zool. Anz., B^ 21, n<'575, 1898, p. 668.

Raphidocystis lemani. Penard, Héliozoaires d'eau douce, 1904, p. 196.

Corps de faible taille, sphérique, à squelette composé d'éléments siliceux de deux sortes : des spicules extrêmement petits, presque invisibles, en forme de cornet ou d'entonnoir, nojés dans une enveloppe mucilagineuse cendrée, épaisse; puis des tubes radiaires très longs (2 à 3 fois le diamètre du corps nu), étroits, souvent un peu élargis de la base au sommet; quelquesuns, plus courts, sont brusquement évasés en cupules de formes diverses. Plasma très pâle, avec une ou plusieurs vésicules contractiles; endoplasme excentrique, à noyau excentrique également et pourvu d'un gros nucléole homogène. Pseudopodes très fins et très longs, perlés sur toute leur longueur.

Diamètre 25 à 35 |tx, y compris l'enveloppe mais sans les aiguilles radiaires.

Habitat. Lac Léman, Genève, profondeur, rivage et surtout pélagique; Ouchy, pélagique (Bl.\ng) ; — lac Majeur, pélagique (Pavesi) ; — lac de Pion, pélagique (Zacharias).

Au mois d'avril 1891, cette espèce se rencontrait en quantités considérables dans le plancton du lac aux environs de Genève, oii plus tard on l'a retrouvé, en moins grande abondance, et à

différentes époques ; il n'y a pas longtemps, j'en ai récolté qiiel- (|iies exemplaires à 35 mètres de profondeur. Zacharias, en 1894, a revu cette espèce au lac de Pion, sous une forme qu'il

liaphidocystis lemani. 1. Aspect habituel. — 2. Une des grandes aiguilles. — 3 à 6. Formes exceptionnelles des spicules. — 7. Spicules de l'enveloppe tangente. — 8. Un de ces spicules, plus grossi.

considère comme représentant une variété spéciale (var. Plônensis). 11 est probable, comme je l'ai montré ailleurs (Hélioz. d'eau douce, p. 324), que VHeterophrys Pavesii de G.arbini, trouvée pélagique dans les lacs italiens en 1898, n'est pas autre chose que Y Acanthocystis lemani de 1891, autrement dit la Raphidocystis lemani actuelle.

Cette espèce, gracieuse et délicate, n'a jamais été vue dans les marécages, et semble bien spéciale à l'eau claire et renouvelée.

SARCODINKS

PSEUDO-HELTOZOAIRES^ Actinocoma ramosa Pétard.

A. ramosa. Penard, Archiv. f. Protistenk., B'' 2, 1903, p. 283. — Héliozoaires d'eau douce, 1904, p. 303.

Corps nu, grisâtre, sphériqiie ou étoile, sans distinction nette en ectoplasme et endoplasme, montrant à sa surface une

Actinocoma ramosa.

ou plusieurs grandes vésicules contractiles, et renfermant des vacuoles plus petites et des grains brillants incolores ; au cen-

^ Dénomination sans caractère de systématique, et qu'en 1904 j'ai appliquée à quelques organismes qui par certains traits se rapprochent des héliozoaires, sans appartenir en réalité à ce groupe.

tre du plasma se trouve un noyau de taille exceptionnellement forte, très nettement dessiné, à membrane très épaisse, et rempli d'un suc nucléaire dans lequel nage un nucléole arrondi, grisâtre, homogène. Pseudopodes rayonnant dans toutes les directions de l'espace, rarement peu nombreux, plus souvent en nombre considérable, droits, simples, ou au contraire ramifiés chacun en un certain nombre de filaments qui s'écartent peu les uns des autres, prenant ainsi dans leur ensemble l'apparence d'un balai; ces filaments sont revêtus de granulations mobiles, très petites et peu nombreuses.

Diamètre du corps, 14 à 26 a, sans les pseudopodes; y compris ces derniers, l'espace occupé peut être de 100 a et au delà.

Habitat. Lac Léman, Genève, rivage (Pointe à la Bise).

Ce curieux organisme revêt l'aspect d'un héliozoaire, et rappellerait quelque peu V Actinophrys sol; par ses pseudopodes ramifiés, et dépourvus de fil axial, c'est un rhizopode amœbien. Il est toujours rare, et je n'en aï rencontré que peu d'individus, à la Pointe à la Bise sur le rivage du lac.

Artodiscus saltans Penard.

A. saltans. Penard, Jahrb. Nassau. Ver. f. Naturk. , Jahrg. 43, 1890. — Arch. f. Protistenk., Bd 2, 1903, p. 286. — Héliozoaires d'eau douce. 1904, p. 305.

Corps sphérique en principe, mais déformable, tendant à revêtir des contours inégaux et anguleux ; pourvu d'une enveloppe membraneuse, souple, nettement distincte du plasma, qui se moule sur le corps et en suit toutes les déformations; dans l'intérieur comme à la surface de cette peau sont disséminées des granulations et des paillettes très petites. Plasma généralement rouge ou jaunâtre, grâce à la présence de grains colorés nombreux. Une vésicule contractile, mais souvent absente.

SARCODINES

Enclo{)lasme indistinct, plus clair, renfermant un noyau très excentrique, rond, volumineux, homogène en apparence, mais où se trouve au moins un petit nucléole différencié. Pseudopodes longs, dépourvus de fil axial, diminuant d'épaisseur de la base au sommet, se faisant jour à travers la membrane par un orifice arrondi, et rayonnant dans toutes les directions. Ils sont peu nombreux, une douzaine en tout (4 ou 5 visibles à la fois), très agiles, et susceptibles de battements qui rappellent de loin ceux d'un flaofellum.

Artodiscus sultans. A droite, base d'un pseudopode, plus grossi.

Diamètre, 18 à 23 ^ en moyenne, sans les pseudopodes. Habitat. Lac Léman, Genève, profondeur et rivage (Pointe à la Bise) ; Wiesbaden 1890.

Ce curieux organisme, remarquable tant dans sa structure que par la vivacité exceptionnelle de ses mouvements, avait été récolté une première fois à Wiesbaden, en 1890, dans une

prairie inondée ; je l'ai retrouvé en 1902 dans le Léman, soit sur le rivage à la Pointe à la Bise, soit dans les profondeurs modérées, 10, 20 et 30 mètres. Tout récemment j'ai pu en examiner mieux que par le passé l'enveloppe, dont la nature n'était pas encore bien évidente; c'est une véritable peau, tenace, très dilïicile à dissoudre dans l'acide sulfurique à froid, mais immédiatement détruite par l'acide bouillant; le noyau, peu connu également jusqu'ici, homogène en apparence, m'a montré, après l'action du carmin, un petit nucléole beaucoup plus fortement coloré que le reste du plasma nucléaire. Rarement les individus sont presque incolores, et le fait est alors en rapport avec l'alimentation, les grains jaunes et rouges provenant en définitive de particules avalées et qui primitivement étaient vertes.

Amphitrema lemanense Penard.^

J. lemanense. Pexard. Arch. f. Protistenk., B^ 2, 1903, p. 289.

Corps ovoïde-fusiforme, quelque peu comprimé latéralement (à coupe transversale elliptique), revêtu d'une enveloppe membraneuse et souple, déformable surtout à ses deux pôles, transparente, légèrement jaunâtre, couverte sur toute sa surface de granulations et de paillettes minces. Plasma renfermant nortnalement une grande quantité de grains et de poussières tl'un rouge de feu, ou écarlates, ou jaunâtres, puis une vésicule contractile, qui parfois manque. Pseudopodes se faisant jour aux deux pôles, par un orifice ouvert dans la membrane, et pouvant se montrer sous deux formes : soit, et surtout dans la marche, longs, effilés, renflés à leur base en un coussinet, au nombre

' Ce n'est qu'en faveur de certains traits de rapprochement avec VArtodiscus sultans que j'intercale ici cet organisme parmi les « Pseudo-héliozoaires », auxquels il n'est en réalité apparenté que de fort loin. Ce n'est d'ailleurs pas non plus, j'en suis persuadé, un Amphitrema vrai, bien que son enveloppe à deux ouvertures le fasse assez naturellement rentrer dans ce genre.

SARCODINES

de deux dont un à chaque pôle, l'un droit et servant d'appareil locomoteur, l'autre recourl)é et l'onclionnant comme gouvernail; soit, plus rarement et seulement à l'état de repos, très fins, pâles et difîicilement visibles, bil'urqués ou ramifiés, multiples à chaque pôle et identiques à ceux des rhizopodes « Filosa ». Au centre du plasma se voit une région plus claire, qui renferme le noyau, sphérique et pourvu d'un gros nucléole central.

Longueur, en général 20 à 35 ^, sans les pseudopodes.

Habitat. Lac Léman, Genève, 10 et 25 mètres de profondeur, puis rivage (Poinle à la Bise),

Ce curieux protiste, qu'en 1902 j'ai trouvé assez abondani à la Pointe à la Bise, et qui depuis s'est monlré par-ci par-là loin

du rivage, à 10 et 25 mètres de profondeur, est particulièrement intéressant par le fait qu'on y peut distinguer deux types de pseudopodes, représentant l'un la livrée de course, et l'autre la livrée de repos, et pouvant d'ailleurs passer en un instant d'un type à l'autre; les pseudopodes de course ressemblent alors si fort à des flagelles cjue l'on serait tenté de les considérer comme tels si on ne les voyait pas, lorsque l'animal entre dans un état de repos, se transformer peu à peu en

Amphitrema lemanense. -\. U^vé^ à, pseudopodes filamenteux et course ; l'organisme est vu par sa face ramifiés. L'organisme eSt éga-

large. - 2. Livrée de repos; l'orga- Jementtrès actif, se dirigeant

nisme est vu par sa face étroite. i • i i •

droit devant lui comme par un

mouvement de nage, l'un des pseudopodes pointant tout droit

en avant, l'autre en arrière se recourbant, réglant la marche et

DKS GHANDS LACS

donnant de temps à antre un coup de fouet lorsqu'il s'agit de changer de direction. Parfois aussi il y a « renversement de mouvement », le gouvernail se redresse et devient pseudopode antérieur et locomoteur, le pseudopode jusque-là antérieur se recourbe et devient gouvernail.

Glathrella Foreli Penard.

C. Foreli. Pknard, Archiv. f. Pi-olistenk., 6^2, 1903, p. 293. Héliozoaires d'eau douce, 1904, p. 300.

Corps sphérique, recouvert d'une enveloppe hyaline-opalescente, en apparence continue et en même temps creusée de facettes concaves et polygonales, qui à la circonférence se montrent relevées de denticulations acérées, à égale distance les

Clathrella Foreli. — 1. Un individu avec ses pseudopodes déployés. 2. L'enveloppe, à demi schématique. — 3. Un individu très jeune, cubique, à 6 cupules.

unes des autres. En réalité les facettes représentent autant de cupules, minces, quelque peu souples bien qu'imprégnées de silice, unies les unes aux autres par compression réciproque, et

104 SARCODINÉS

donnant à l'œil l'impression d'un treillage à jour. Plasma arrondi en sphère, bleuâtre, clair et très pur, rempli de grains brillants, et renfermant dans ses couches superficielles une vésicule contractile d'un volume souvent considérable, parfois plusieurs. Noyau sphérique, excentrique, de très forte taille, à membrane hyaline forte et nette, et montrant, dans un suc nucléaire limpide, un nucléole central très volumineux, d'une teinte bleuâtre et pure, rarement homogène, plus souvent creusé d'une vacuole ou lumière centrale. Pseudopodes longs et délicats, non granulés, droits et parfois bifurques, se faisant jour dans toutes les directions entre les angles de jonction des cupules.

Diamètre moyen dans l'adulte, 40 à 55^.

Habitat. Lac Léman, Genève, profondeur et rivage.

La Clathrella Foreli, qui tient en même temps des héliozoaires et des rhizopodes testacés, est intéressante tant parla structure toute particulière de son enveloppe que par ses pseudopodes filamenteux, qui de toutes parts se font jour entre les cupules caractéristiques, c'est-à-dire, sur une vue de coupe, semblent partir des pointes de la dentelle de recouvrement. L'enveloppe comprend dans l'adulte de 40 à 50 alvéoles ou facettes représentant autant de cupules ; mais dans les jeunes individus, on n'en trouve d'abord que 4, 6, 8, plus molles et plus déformables, qui forment alors des cages, tétrahédriques, cubiques, etc. ; puis le nombre en augmente toujours plus à mesure que l'organisme se rapproche de la taille de l'adulte.

Elaeorhanis cincta Greeff.

E. cincta. Greeff, Arcti. f. milcr. Anat., vol. 11, 1875, p. 23. — Penard, Revue suisse de Zool., t. 9, 1901, p. 294. Héliozoaires d'eau douce, 1904, p. 222.

Enveloppe sphérique ou plus souvent légèrement ovoïde, faite d'un mucilage durci, gris cendré ou jaunâtre, transparent, dans lequel sont empâtés des éléments siliceux d'origine étran-

gère, particules quartzeuses ou diatomées, faisant saillie au dehors. A Tintérieur de cette première enveloppe, et dans la chambre, occupée par de Teau pure, que cette dernière circonscrit, se trouve le corps proprement dit, parfaitement sphérique, revêtu lui-même d'une membrane, fine et lisse, hyaline, moulée

Elœorhanis cincta.

sur le plasma. Ce dernier, d'un bleu clair, toujours dépourvu de nourriture figurée, renferme normalement une grosse masse huileuse, hémisphérique ou ellipsoïdale, d'un beau jaune d'or ou rouge de feu, très réfringente sur ses bords. Noyau très pale, excentrique, finement granulé, et à nucléole central petit. Parfois une vésicule contractile, petite et paresseuse, près du noyau. Pseudopodes très fins, droits, parfois bifurques ou ramifiés, perçant l'enveloppe et se déployant dans toutes les directions de l'espace.

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Diamètre, jusqu'à 50 et 60 a avec Tenveloppe, 26 à 30 fx pour le corps proprement dit, mais extrêmement variable suivant l'âge, et pouvant descendre à 7 ^, taille où l'organisme est encore reconnaissable dans ses caractères généraux.

Habitat. Lac Léman, Genève, profondeur et rivage.

Cet organisme si particulier, et qui bien certainement ne re()résente j)as un héliozoaire vrai, se rapproche de très près de la Diplophrys Archeri, sur la nature de laquelle on n'est pas non plus d'accord, et que l'existence seule de deux faisceaux polaires de pseudopodes a fait très artificiellement ranger dans les Rhizopodes « Amphislomina ».

UElœorhaiiis cincta se rencontre par-ci par-là dans le lac aux environs de Genève, généralement rare, d'autres fois assez abondante; elle semble acquérir dans le Léman une taille bien plus volumineuse que ne l'indiquent Greeff et Schulze (d'après ces auteurs 20 à 30 ^ y compris l'enveloppe). Bien qu'elle ne soit pas absolument particulière aux lacs, c'est là sans doute un organisme d'eau claire et renouvelée, que pour mon compte je n'ai jamais rencontré dans la plaine.

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