DELTA
De nombreux monuments de l'art chrétien signalés autrefois à Marseille sont aujourd'hui perdus pour nous. Ainsi en est-il d’une pièce intéressante par son travail et qui mérile une mention. Découverte au commencement du xvn° siècle et rappelée dans les catalogues jusqu’en 1849, elle servait de devant d’autel dans la chapelle de l'ancienne préfecture; c'était une dalle de marbre transparent, mesurant 17 pouces de largeur sur 14 de hauteur”, travaillée à jour, où l'on voyait le monogramme du Christ au-dessus d'un vase d’où s'échappaient les enroulements d'une vigne; à droite et à gauche , une colombe était posée sur les rinceaux. Ce marbre et un autre
2 Études sur les sarcophages d'Arles, p. 35.
? Pour l'or offert sous forme de couronnes, conf. Tite Live, XXXVIIL, xxxvir; XXXIX , vi. « Dans le trésor du couvent de Saint-Paul (mont Athos), écrit M. Didron, on nous montra douze pelits triangles d’or en filigrane et soixante-douze grains d’encens et de myrrhe; les moines disent que cette myrrhe, cet or et cet encens sont ceux que les mages avaient offerts à Jésus. Ils auraient été apporlés au mont Athos par une femme mystérieuse, qu'ils nomment la belle Marie, KAAA MAPIA.n (Manuel d’iconographie chrétienne, grecque et latine, p. 159.) Nombreux sont les souvenirs matériels de l'Évangile que l’on a cru posséder ainsi, On sait les
énumérations sans fin données à ce sujet par un pèlerin du vr' siècle dont la bonne foi ne paraît pas devoir être suspectée, le pieux Antonin de Plaisance (Ztinerarium ,
$ 2,10, 17, 19, 20,99, 93, etc.). Nos pères acceptaient naïvement tous les objets offerts ainsi à Jeur vénération trop crédule. Parmi les preuves que l'on en peutdones une grande pièce d'argent encastrée dans un cercle d'or avec belière,
ner, je citerai comme l’une des plus curie
sur la tranche duquel j'ai lu , en caractères gothiques niellés, ces mots de l'Évangile de saint Matthieu (xxvir, 6): QVIA :PRECIVM-SANGVINIS-EST. Cette pièce, que l'on a regardée comme lune de celles qu'avait reçues Judas, est un bel octogramme de Syracuse, portant, au droit , la tête de Proserpine et au revers une coquille. Elle est mentionnée par MM. Rollin et Feuardentaunombre des articles d’un Catalogue de médailles des rois et des villes de l’ancienie Grèce, 1° partie, p. 124 (1862).
* Note manuscrite de l'exemplaire de Ruffi appartenant à M. l'abbé Albanès.
assez semblable avaient été d’abord placés dans la crypte de l'abbaye de Saint- Victor!. Des dessins peu soignés qu'en ont donnés Ruffi et Millin sont les seules traces qui nous restent de ces types fort rares de Ja sculpture chrétienne au ve siècle ?.
D'autres marbres non funéraires, appartenant aussi aux premiers fidèles, existent encore à Marseille: l'autel à inscriplion grecque dont j'ai parlé plus haut* et l'angle d'une table de même forme et de même nature trouvé dans les fouilles de l'ancien baptistère. Ce débris, déposé dans les magasins de la cathédrale en construction , porte sur ses tranches des colombes posées dans des rinceaux de pampres et becquetant des raisins. On a découvert en même temps des bases et des chapiteaux de colonnettes qui soutenaient cette table, ainsi que nous le montre une mosaïque de Ravenne!. La tête d’un de ces chapiteaux entre exactement dans une cavité creusée sous le marbre.
! Marchetti, Coustumes des Marseillois, p. 451,et van Kothen, Notice sur les cryples de l'abbaye de Saint-Victor-lez- Marseille, p.53. —* Raoffi,t. Il, p. 131; Millin, Voyage, pl. LVL, n° 7, ett. I,p.165.—° P, Hg. — $ Ciampini, Vetera monimenta, 1. T, tav. LXX; conf. Synesius, Catastasis, éd. de Petau, p. 303, elc.