‹ Les sarcophages chrétiens de la GauleChapitre 45 sur 96 · RODEZ · texte numérisé non relu

RODEZ

Dessin de Beauméni, cahier in-4° contenant des monuments d'Auch, Moissac, Rodez, p. 57 (collection de M. Albert Lenoir). Un calque de ce dessin existe dans le recueil de Tersan (Bibl. nat., mss., fonds français, n° 6954, pièce n° 325). — L'abbé Magne, Notice archéologique sur l'église cathédrale de Rodez , p. 80. — Alibert, Notice sur un sarcophage de Rodez; — Bulletin monumental, 1867, t. XXXIIT, p. 375. — De Barrau, Mémoires de la Société des lettres , sciences et arts de l'Aveyron, 1. IV, p. 531. — Bion de Marlavagne, Histoire de la cathédrale de Rodez, fig. 20-23 et p. 336. — L'abbé Davin, Revue de l'art chrétien, mars 1875, p. 221.— De Rossi, Roma sotterranea, t. HE, p. 472. — Garrucci, Storia dell arte

cristiana , tax. CGCXXXIX, n° 5-7 et t. V, p. 65. — (Ma planche XXIT, fig. 4, 2, 3.)

Tombe de forme évasée, en marbre blanc, déposée dans la chapelle des fonts baptismaux de la cathédrale; trouvée dans l’église de la Madeleine, elle avait été portée d’abord dans le jardin de l'évêché: le couvercle qui l'accompagnait a disparu: il était taillé en forme de toit à quatre pentes.

Neuf personnages figurent sur la face principale, debout et entre des colonnes que surmontent alternativement des frontons et des cintres. Au milieu est le Christ, tenant un volumen et enseignant; les autres personnages sont des apôtres. La face latérale de gauche nous montre le doux maître sur un siège d'honneur, entre deux apôtres assis sur des tertres et l'écoutant. L'autre bas-relief a plus d'intérêt; deux bienheureux, dont l’un fait le geste de l'acclamation, se tiennent debout aux côtés d’une édicule à deux portes, élevée sur une base de pierres. Sur le fronton de cette édicule se détache le monogramme cruciforme T: elle me parait représenter le saint Sépulcre. Le même sujetse retrouve sur un sarcophage de Toulouse?.

«Il n’est pas impossible, écrit M. de Barrau, que ce füt là le tombeau de saint Amans, premier évêque de Rodez, ou de saint Dalmas, que l'on conservait autre-

1 Voir l'Étude sur l'histoire des sarcophages chrétiens, par le regretté M. René Grousset. — ? Planche XXXVIT,

fig. 2.

fois dans l'église de Saint-Amans et dont on a perdu la trace depuis la reconstruetion de l'édifice. En 1673, d'après un procès-verbal qu'on voit aux archives de l'hôtel de ville, ces deux monuments étaient placés l’un sur l’autre, près du bénitier. On les avait relégués là, après en avoir ôté les reliques; tous deux étaient en marbre. Quand la démolition de la vieille église eut lieu, en 1759, on dut les transférer ailleurs, probablement dans l’église la plus voisine, d'où, par oubli ou négligence, on ne songea plus ensuite à les retirer. Or c'est de l'église de la Magdelaine que furent extraits deux tombeaux en marbre blane, dont l’un est certainement celui qui nous occupe. »

Le sarcophage de Rodez a été, comme lant d'autres, l’objet d'explications singulières. L'une des figures de la face avait été prise autrefois pour celle de la Vierge; Beauméni, qui nous le fait savoir, incline à penser qu'elle représentait plutôt «Vénus Libitine». I voit, sur notre bas-relief, trois femmes portant des urnes cinéraires et un homme tenant «un rouleau de citoyen romain »; pour lui, le monument est païen, etsi l'on y a gravé le monogramme du Christ, c’est, dit-il, afin de tromper les chrétiens, devenus maîtres de l'Empire. «Il y avait, ajoute-t-1l, à l'extrémité droite, une oraison funèbre à la louange du mort !.»

Dessin de Beauméni, collection Albert Lenoir, série d'Auch, Moissac, Rodez, p. 64 et note à la page 63.

À quelques inventions que Beauméni se soit livré dans son recueil des marbres de Rodez, et quoi qu'y aient pu introduire ses étranges fantaisies, je ne crois pas pourtant devoir rejeter l'indication d’un sarcophage trouvé, dit-il, au cimetière de Saint-Amant.

Son croquis, que Je dois reproduire, nous montre dans le centre du tombeau, une lessère vide accostée par deux génies ailés. A droite et à gauche se trouve l'histoire de Jonas englouli par le monstre, puis couché sur le rivage. Aux extré-

! Bibl. nat., dép. des man., fonds français, n° 6954, pièce 395.

INPRIMERIZ NATIONALE.

mités sont deux figures nues qu'il est difficile de reconnaitre; peut-être le marbre

portait-il en cet endroit, comme nous le voyons sur plusieurs de nos sarcophages chrétiens de l'Ouest, deux génies funèbres tenant des torches renversées!. Étranger à l'art de reproduire le caractère antique, Beauméni a donné à ces sujets, particulièrement au groupe central, le style du temps de Louis X JT. Avec l'imagination déréglée dont témoignent un grand nombre de ses dessins, il a fait du Jonas couché un hermaphrodite, et il insiste dans une note sur ce détail, qu'il dit exceptionnel. Pour édifier le lecteur sur la possibilité de l'existence d'un marbre si singulièrement reproduit, je rappellerai qu'une copie faite par la même main d’une tombe d'Arles en partie conservée ne présente pas moins d’inexactitudes voulues ?.

D'autres dessins de Beauméni appartenant à M. Albert Lenoir, et dont quelques calques se trouvent dans le recueil de Tersan, nous ont gardé le souvenir de plusieurs sarcophages copiés à Rodez en 1764. Autant que l’on peut se fier à ce singulier artiste, le cimetière de Saint-Amant aurait possédé alors :

1° Un sarcophage de marbre sans couverele (Tersan, Bibl. nat., mss., fonds français, n° 6954, p. 1, pièce 109), présentant au milieu le monogramme 6e) et

à chaque extrémité une figure debout, vêtue du pallium;

2° Un tombeau de marbre avec un couvercle à quatre pentes, orné d'imbrications; au milieu de la face principale se détache le monogramme Œ , entre deux

rangées de chevrons opposés; une colonne torse est à chaque bout de la cuve (Beauméni, p. 53; Tersan, pièce 310);

3° Deux sépulcres, presque sans ornements, avec couvercles en toit à quatre

pentes, portant le monogramme co (Tersan, pièces 311 et 312);

4° Une autre tombe, sans couvercle, avec le monogramme &) ; la cuve, évasée par le haut, est décorée d’arcades sous lesquelles figurent des plantes ornementales (Beauméni, p. 58; Tersan, pièce 328). Ce marbre, que je n'ai pas vu, existe dans le jardin de l'évêché. Beauméni indique à chaque extrémité une figure à pallium que je ne retrouve pas dans les dessins donnés par la Revue de l'art chrétien Ÿ et par le Bulletin monumental". Peut-être n'y a-t-il là qu'une des nombreuses inventions de Beauméni. La tombe est attribuée à saint Mauras, diacre de saint Amant.

! Introduction, $ 1. — * Études sur les sarcophages d'Arles, pe 47. — ? Avril 1875, p. 231. — T. XXXIII, P. 37.

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