‹ Les sarcophages chrétiens de la GauleChapitre 67 sur 96 · RER · texte numérisé non relu

RER

AS - a

Lorsqu'en 1849, je vins étudier ces monuments, le premier avait été reconstruit, avec force restaurations, dans la chapelle des fonts baptismaux. C’est un

ouvrage de l'école du Sud-Ouest, de travail fort barbare, remontant au wi ou au vuf siècle. La face est divisée en sept compartiments, dans lesquels se détache la figure du Christ debout entre les douze apôtres; plusieurs portent comme lui le volumen; un scrinium carré se voit aux pieds de ceux qui occupent les deux extrémités. Le côté gauche nous montre Adam avec Ëve tenant la pomme; entre eux est le serpent enroulé autour de l'arbre; l’autre face, fort ruinée, représente les jeunes Hébreux dans la fournaise et deux bourreaux attisant les flammes (pl. XXXV, fig. 1). Le couvercle, dont la partie antérieure s'incline comme le versant d’un toit, est divisé, de même que le grand bas-relief; des rinceaux de vigne et une sorte de plante ornementale souvent reproduite par les sculpteurs de l’âge mérovingien remplissent les quatre compartiments extrêmes. Dans celui du milieu, on voit Daniel debout entre un lion et une lionne. Le corps du prophète est brisé, il n'en reste plus que la tête et les jambes; derrière lui, comme derrière plusieurs des personnages de la face principale, sont ces draperies relevées qui se voient fréquemment sur les sarcophages de nos provinces du Sud-Ouest, et dont autrefois les bonnes gens de Toulouse expliquaient si singulièrement la présence”. Je dois à l'obligeance de M. Révoil la photographie de la face et du côté droit de notre marbre.

Je n'ai aucune reproduction du sarcophage attribué à saint Guillem. H en restait, quand je l'ai vu, quelques débris, qui, paraît-il, ont souffert depuis de nouvelles atteintes. Après la destruction de toutes les parois verticales, son fond retourné avait servi de marche à l'autel de la Vierge, et à peine retrouvait-on, sur la tranche de cette dalle, les pieds de six ou sept personnages qui décoraient le devant de la tombe. Des restes d’urnes posées à terre m'ont montré que l'on y voyait le miracle de Cana; au coin de gauche, une main tendue vers le bas d’un pallium devait être celle de l'hémorroïsse. Les faces latérales sculptées, contre l'ordinaire en très haut relief et avec beaucoup de soin, avaient conservé d’un côté quatre pieds et la base d’un arbre où s'enroulait un serpent; 1à avaient été les figures d'Adam et d’ ‘Ëve: on voyait derrière eux les pieds d’un personnage les expulsant du paradis terresire?*. À droite, trois arcades basses d’où s'échappaient des flammes, et par-devant les pieds d’un homme; le bas-relief représentait donc les trois Hébreux dans la fournaise et un bourreau attisant le feu. Une chambre du clocher de l'église contenait la partie supérieure d’un des trois jeunes martyrs juifs, vêtu de court, les cheveux longs, avec bonnet phrygien etles bras en prière. Une main posée sur les objets

* Ci-dessous, p. 127. — ? Cf. Études sur les sarcophages d'Arles, p. 34, 35.

ronds, que j'ai retrouvée dans la même chambre, montre que sur la face principale de la tombe on avait figuré la multiplication des pains. Le travail de ce sarcophage est fort bon, et les personnages y sont de grandeur exceptionnelle; il n’est guère postérieur au 1v° siècle et doit sortir des ateliers de la Provence.

Un passage d'anciennes annales nous apprend qu’en l’année 812, Charlemagne fit venir de Nimes et transporter au monastère d’Aniane du marbre et des colonnes !. À cette date, qui correspond à celle de la mort de saint Guillem ?, remonte peut-être l'importation de la tombe dans laquelle, suivant la tradition, ce personnage aurait recu la sépulture.

ANIAN

J'indiquerai pour mémoire, et à raison de sa ressemblance avec nos sarcophages, un devant d’autel mérovingien de marbre blanc que j'ai vu, à Aniane, chez M. Verdière, juge de paix. Au milieu est le monogramme x inscrit dans un cercle et accosté de l'A et de l'Ü sculptés à rebours. Des rinceaux entourent ce signe du Christ.

Noguicr, Bulletin de la Société archéologique de Béziers, 1879, p. 160 et pl. C. (Ma planche XXXIE, fig. 4 et 2.)

Je dois à M. Noguier, l'habile antiquaire de Béziers, la connaissance d’un sarcophage de marbre, actuellement conservé dans le domaine de Piquo-Talen, commune de Castelnau-de-Guers, près de Pézenas. Il à appartenu à M. Guré, ancien député, et M. Noguier pense qu'il doit venir d’Aniane. C’est un monument fort barbare et probablement du vi siècle, orné de trois figures; que séparent des pampres. Le Christ enseignant et tenant de la main gauche un long volumen occupe le milieu du bas-relief; des deux côtés sont des apôtres. Ainsi que nous le voyons souvent sur les tombes de la contrée, des draperies soutenues par des anneaux sont relevées audessus des personnages. Des imbrications décorent le couvercle, fait en forme de toit; sur le versant de face est sculpté, entre des rinceaux, le monogramme du Christ accosté de l'A et de l'U.

? «Fecit idem (Karolus) a parte meridiana prope magna diligentia adduci precepil; et collectis thesauris litore maris, in comitatu Magdalenense, in honore Do- suis de regnis singulis, in Aniano monasterio adduci mini nostri Jesu Christi, seu perpetue Virginis geni- precepit. » (Extrait des Annales d’Aniane, dom Vaissete, tricis Dei Marie, cujus basilicas composuit, auroque et Histoire de Languedoc, t. V, Preuves, p. 19.) argento adornavit; ad cujus structuram cum columnas * Ibid. t. I, p. 468. et marmora habere non posset, Nemauso civitote cum * Pour ces importations, voir mon Introduction, $ 1v.

PS

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