SAINT-GILLES
De Rossi, Bullettino di archeologia cristiana, 1866, p. 63; 1867, p. 5. — Garrucci, Storia dell arte cristiana, &. V, p. 128, et tav. COCLXXXV, 1; cf. €. T, p. 36. — Héron de Villefosse, Gazette archéologique, 1877; p. 163. — (Ma planche XXXVL, fig. 2.)
En 1865, des fouilles opérées dans la crypte de l'église de Saint-Gilles ont fait découvrir un fragment de couvercle de sarcophage chrétien. Aux deux côtés d’un cartouche sans épitaphe que soutiennent des génies ailés, sont placés en regard les trois jeunes Hébreux refusant d’adorer le buste de Nabuchodonosor, et les trois mages apportant leurs présents au Seigneur. Ces deux scènes se retrouvent ailleurs ainsi mises en pendant, et les deux savants italiens qui ont publié notre monument se sont accordés à reconnaitre dans ce rapprochement une sorte de confusion, d'identification symbolique et voulue entre deux groupes de personnages abandonnant l'idolâtrie pour la foi. Un point particulier, qui se remarque sur des marbres de Milan et de Luxembourg !, est de nature à confirmer cette opinion; je veux parler de l'étoile, qui, toujours représentée au-dessus des mages, est ici transportée au côté des trois jeunes Hébreux. Elle mérite d'autant plus l'attention que par sa forme elle paraît représenter le monogramme du Christ; c’est là un point que j'ai fait ressortir ailleurs, en rapprochant nos marbres d’une fresque des catacombes romaines?. Faite en forme de roue comme à Saint-Gilles, c’est-à-dire inscrite dans un cercle que rejoignent ses rayons, l'étoile n’est autre chose que le sipnum Chrish; aux preuves que j'en ai données s'ajoute le bas-relief d’un autel mérovingien trouvé près d'Aix, et où une étoile de ce type est cantonnée de l'AW, comme nous le voyons pour le monogramme même.
On me permettra de noter ici, quoique très incidemment, un détail relatif au costume antique.
Dans son commentaire sur Daniel, saint Jérôme dit que, d’après les Juifs, les trois jeunes hommes qui résistérent aux ordres de Nabuchodonosor et furent condamnés au supplice du feu étaient des eunuques : + Arbitrantur Hebræi Ananiam, Misael et Azariam fuisse eunuchos"“. » Sans imaginer aucunement que les sculpteurs
chrétiens se soient arrêtés à ce détail, je me bornerai à faire remarquer que,
© Allegranza, Sacri monumenti antichi di Milano, 1. IV, * Manuscrit Vaticanus latinus n° 3864, f® 24, 25, et ci-dessus, p. 11. 33 au verso. Voir, pour les reproductions de ces minia- * Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. W, p. 24-27. tures, les planches XXXVIIT , XL et LVII de Berger, * Bulletin de la Société des antiquaires de France, Commentatio de personis, larvis seu mascheris, Franco-
1882, p. 187. furti, 1723, in-4°.
dans les miniatures jointes au manuscrit de Térence du Vatican, le costume de Chéréas déguisé en eunuque est exactement celui sous lequel, iei comme ailleurs, nous voyons représenter les trois jeunes Hébreux. Tel est également, sur les contorniates, l'habillement de l’eunuque Atys'. Ges sortes de gens portaient done le bonnet, la tunique et les pantalons des Orientaux.