SATIRE
L'autheur n'avoit que iy ans lorsqu'il commenta cette satire. Ce fut
dans ses en iGf>~ {l\ Elle est toute entière dans l'air de Juvénal. Car |tantost il] ouvrages il a tenté plusieurs styles et tantost il s'habille à la manière de ce Poète, tantost à celle d'Horace.
v. i . Damon ce (j rand Auteur , dont lu Muse fertile Amusa si lony-temps, et lu Cour et In Ville :
Dans cette Satire l'Auteur a celui qui a traduit la
|Sous le nom de Damon, il a] eu en veue Cassandrc, |non pas qu'il le
Rhétorique d'Aristote, non pas quille crust aussi yrand aut heur qu'il peint Damon
crust aussy grand au t heur qu'il le dit), mais il a esté bien aise de relever y introduit pour donner plus de poids aux préceptes de Morale qu'il
celuv qu'il (attaque, pour donner un air plus noble à sa satire. |
lui met dans la bouche <-».
Sans attendre qu'ici la Justice ennemie L'enferme en un cachot le reste de sa vie : v. ifi. Ou que d'un bonnet vert le salutaire affront
Flétrisse les lauriers uni lui couvrent le front.
Par les anciennes ordonnances un Banqueroutier pouvoit sortir de prison [En ce temps-là quand un homme (ai soit banqueroute, on lui mettoit en déclarant publiquement qu'il cédoit tous ses biens à ses créanciers et en en pleine audianee un bonnet verd sur la teste et ses créanciers avoient souffrant qu'on lui mit en pleine rut' un bonnet verd sur la teste. C'est ce qui droit de le luv faire porter en tous lieux. Mais depuis cette coutume a s'appelait faire cession et cela se pratiquait encore dans le temps que l'Auteur
(i) Le Verrier, sans être rontralit par Itailcau qui a corrigé lui-même la note, fixe à l'année 1607 la composition do la satin» I : Hrossetlc lui assigne la date do 1GG0, mais l'édition de 17 13 donnait ifiôS.
(j) Boileati a soin do spécifier la portéo du qualificatif do m ^rand auteur » dont il gratifie Cassandrc, ce qualificatif « donne plus do poids aux précopies do morale qu'il lui met dans la bouche h. Otto nuance n'est pas signalée par Hrossette.
Salin- I. esté abolie. Si tous ceux qui fraudent aujourd'huy leurs créanciers ne fil celte Salire[iK
pouvoient couvrir leur teste que de ce bonnet, il y a bien des Ducs et des Marquis dont les couronnes deviendraient inutiles.]
v. ai. Puisquen ce Lieu jadis au.r Muses si commode, Le mérite et /'esprit ne sont plus à la mode, Quun Poète, dit-il, s'y voit maudit de Dieu, Et qu'ici la Vertu n'a plus ni feu ni lieu ;
Il y a ici beaucoup de choses qui sont imitées de la 3e Satire de Juvénal,v. 21 :
... Quando artibus, inquit, honestis,
Nullus in Orbe locus, nulla emolumenta laborum;
Ues hodie minor est, hère quam fuit atque eadem cras
Deteret exigtiis aliquid : proponimus illuc
Ire, fatigatas ubi Dedalus exuit alas
Tandis que libre encor, malyré les destinées, Mon corps n'est point courbé sous le faix des années : v. \\ 1 . Qu'on ne voit point )nes pas sous Vi\qe chanceler, 'la. Et qu'il reste à la Parque encor dequoy filer.
Imitation d'Horace, liv. 2, od. 3, v. i5<-'.
Diim res, et œtas, et sororum
Fila trium patiuntur atra on de Juvénal, Sat. 3, v. 26:
Diim nova canities, dum prima et recta senectus,
Duru superest Lachesi quod torqueat, et pedibus me
Porto meis, nullo dextram subeunte bacillo
v. 3/|, Que George vive ici, puisque George y sçait vivre, |(!« (ieorge est La Baziniere] ,:l).
(i) l'uNléricurciucut Le Verrier 11 comploté on marge la note de Boileau : « Aucun Etlit ny hmciiiio ordonnance n'ont cstahli cette loy de porter un bonnet vert. Mais les nrrests du Parlement t'ont ordonne. Le i" est du a(» juin i58a ».
(m) L'imitation d'Horace n'est pns signalée par Brossette, il parle seulement de celle de
JlIVl'IMll ||IM Hllîl.
(il) (!e* cinq inotN ont été raturés avec soin par Ia* Verrier. D'après Brossette ce George désignerait le* parli*au* eu général. Saint-Surin a voulu y voir Gorge, fameux traitant, mais Boileau dau* une noie mauu*crilc trouvée dans 1rs papiers de Brossette avait fait justice par avance de relie iiileipi'éiatiiui •• George est la un mot inventé, qui n'a point de rapport à M. Gorge qui « n'avait pu* dix ait* quand je lis cette satire et qui depuis a été un de mes meilleurs amis. » La lériUl e*tdil e plu* loin par Le Verrier quand il cite Daliberl.La Baziuièrc, Trésorier de l'Epargne. *e uoiiiuiail Mace Bertrand, «Mail lils d'un paysan d'Anjou : il fut laquais chez le Président Gayaii, pnl* clerc die* tin procureur ••! iiioiirut vers i(\\'S. Tallemant lui a consacré une historiette des plu* iiili>rc**aulc*, lloilcuu ua pu le connaître.
COlUlECTIONS AUTOUHAPHES DE DKSPRKAIX 1 1>
Satire /. Qu'un million comptant par ses fourbes acquis
v. 'M\. De Clerc jadis Laquais a fait Comte et Marquis.
D'Alibert estait un homme d'affaire nui dans l'origine avait esté laquais <*'. (iC marquis est Dalibert. J
v. !Jj. Que Jaunit» vive ici, dont I adresse funeste
A plus causé de ma tu- que la guerre et la peste, Qui de ses revenus écrits par alphabet, Peut fournir aisément un Calepin complet .
Jaquin. Il a voulu désigner l illustre Jaquier qu'il ne vonnoissoit que sur un
|('e Jaquin est Jaquier, mal à propos Taiitheur ni parle-t-il iev
bruit de Palais où les yens d'affaire surtout alors estaient bats par e.rcez. Jaquier
comme il fait. Dans ce temps-là l'autlieur estoit logé au haut crime tour
pourtant estait un très bonneste /tomme et qui acoit rendu de très grands
riiez son père dans la cour du Palais. Il dit que le premier pas qu'il lil
services à l Estât '-».
"uui reiran- vers la Fortune re fut de descendre dans le galetas qu'on lui donna après
n e ce e re- |a morl (je |'un (je ses jre,vs> || }1 passé douze années dans ces deux
v où tout est ... , . ii,.
t ttemmment aPiir'emens si voisins de la moienne région de I air. | '-"[(< est la qu il
plein tVawt- s'est formé au bon goust, c'est-à-dire qu'il s'est rempli de ce que les *tne*. (ireeset les Latins ont de meilleur. (Test ià qu'il s'est rendu propre la
morale des Anciens dont il s'est servi dans ses ouvrages avec Unit de succès et d'agrément. Mr le Duc de Vivonne ne laissoit pas d'v aller souper toutes les semaines. Mr Des Préaux ne sortoit de son cabinet que les Pestes et les Dimanches. Encore n'estoit-ce pas pour longtemps, à moins qu'il n'allast à Clignancour, où son Père a voit une maison. Dalibert en avoit aussy une dans le mesme village. Le (ireflier du Parlement vivoit en homme sage et frugal. L'autre alloit d'un autre air. Kt je laisse à penser l'impression que cela fait sur des gens de Palais.)
1 1 » lloileau a corrigé la note de Le Verrier disant que le Marquis auquel il a Tait allusion était Dalihert en expliquant que re Dalibert était un domine d'alTaires qui dans l'origine avait ele laquais. D'après les Historiettes de Tallemaiit iT. V, p. «%, éd. Paulin Paris! Dalibert avait été Surintendant de la maison de Mr d'Orléans, il en est question dans le Catalogue des l'artisan», mazariiiade de if>4<j : « D'Alibert, confident de Coruuel. qui demeure rue des Vteu. \ -Augustin*, a i esté de tous les traitez qui se sont Faits par le moyen desquels il possède de grands biens, tant «• en maisons dans Paris qu'en rentes capitalisées ». Le Ms. Ilrossette iôj}."» eu parle également
Ci» lloileau lui-même vient ici détruire ee qu'il a affirmé dans la note trouvée dans les papiers de Hrossette et dont nous avons reproduit ci-dessus la première partie relative a George : • Jacquiu est un nom mis au hasard. Ou l'a voulu imputer a M. Jacquier. Iiomiue célèbre dans m les finances et qui a rendu de grands services a l'Ktal : mais je n'ai jamais pensé a lui ».
On ne peut être plus catégorique, mais la correction par lloileau de la note de Le Verrier ne laisse prise, elle non plus, a aucune cquixoque! Il s'agissait bien dans sa pensée de Jaquier.
\'*li Tout ce paragraphe relatif a la jeunesse île lloileau a ete rature a\ec soin par Le Verrier sur le manuscrit, nous avons eu assez de difficulté a en rétablir le texte.
l6 COMMENTAIRE DE LE VERRIER AVEC
Satire 1. v. /|2. Mais moi, vivre à Paris : Eh, qu'y voudrois-je faire ?
Je ne sçai ni tromper, ni feindre, ni mentir, Et quand je le pourois, je n y puis consentir.
C'est Cassandre qui parle. Imitation de Juvénal, Sat. 3, v. /} i : Ouid Rom«e fa ci a m ? mentiri nescio : Librum, si malus est, nequeo laudare et poscere: motus Astrorum ignoro...
v. 55. Et je suis à Paris, triste, pauvre et reclus,
Ainsi qu'un corps sans âme, ou devenu perclus.
Juvénal, Sat. 3, v. /}8 :
...tanquam
Mancus, et cxtinctae eorpus non utile dextne
Et que le Sort burlesque, en ce siècle de fer, v. 64- D'un Pédant, quand il vent, sçait faire un Duc et Pair. Ainsi de la Vertu la Fortune se joue.
depuis
C'est de l'abbé de La Rivière, Evèque de Langres, Due et Pair de France, que l'autheur parle icy. On a eu tort d'appliquer ce trait à un et Pair d'une très grande maison guon accusait un peu de Pédantisme à Duc [dont Mr des Préaux n'approuvoit pas fort les manières, mais dont cause de ses manières rudes et hautaines, mais gui, au fond, estait un homme de il respectoit extrêmement les vertus.] beaucoup de mente et de probité d>.
L'abbé de La Rivière avoit régenté la Rhétorique dans l'Université. et cest ce que VAutheur a voulu désigner ici, car il entend en cet endroit par le [Ce n'est pas ce qui fait le Pédant. Car il y a tel des Régents de ce paismot de Pédant un Homme de basse naissance qui a régenté dans un Collège et là qui est mille fois moins pédant que plusieurs Marquis de Molière qui cela est imité de « Si forluna volet fies de llhetare Consul. » font les entendus. Ainsy le Pédantisme que l'autheur reproche icy à l'abbé de La Rivière est moins fondé sur son premier mestier que sur son caractère. El cependant! Mr le Duc d'Orléans se laissoit, pour ainsy
Pédant dire gourmaiulcr par ce [malheureux |.
(1) Boilcau confirme le dire de Le Verrier que le vers 6$ n'était pas appliqué à l'origine i l'abbé de La Rivière, mais a un autre Duc et Pair auquel le poète n'avait pas pensé.
COHHKCTIONS AUTOtiltAI'IIKS Dfc DKSIMtKAUX \"j
Satire /. ]| y a encore icy une citation de Juvénal, Sat. 3, v. Mj : Oualeis ex humili magna ad fastigia rerum Kxtollit, quoties voluit Fortuna jocari... (1'
Tel aujourd'hui triomphe au plus haut de sa rouè\ Qu'on verroit de couleurs bizarrement orné. Conduire le carrosse oh Von le voit traîné, Si dans tes droits du Roi sa funeste science, Par deux ou trois avis neust ravagé la France. v. 71 Je sçai qu'un juste effroi V éloignant de ces lieux, et suivants. L'a fait pour quelques mois disparoistre à nos yeux : Mais en vain pour un temps une taxe l'exile : On le verra bien-tost pompeux en cette ville,
(l'est du fameux Monnerot dont on parle icy. Il s'absenta d'abord à cause des taxes de la Chambre de Justice. Il se mit ensuite en prison. Il y demeura trois ans et sortit d'affaire à fort bon compte ,-t.
Mais en vain pour un temps une taxe l'exile : On le verra bien-tost pompeux en celte ville, Marcher encor chargé des dépouilles d' autrui, v. 76. Et jouir du Ciel mes me irrité contre lui :
Juvénal, Sat. 1", v. 4/ •
...At hic damnatu8 inani
Judicio (quid enim salvis infamia nummis:')
Exul ah octava Marius libit, et fruitur dis
Iratis...
C/estoit Marius IViscus, proconsul d'AH'rique, condamné pour ses concussions et banni de l'Italie.
v. --. Tandis que Co/letet crotté jusqu'à l'échiné,
S'en va chercher son pain de cuisine en cuisine :
(i) llrossette et Saint-Marc signalent aussi l'imitation tic Juvénal, mais dit* s'appliquerait au vers nj- tle la Satire III :
Si Fortuna volet, fies tle rhetore consul
lierriat-Saint-Prix cite les deux imitations.
(•t\ Brossette et Saint-Mare se sont contentés de reproduire les *\ vers précédant le \ers f>."i qui figuraient dans les éditions antérieures a 107Î, vers dans lesquels se trouvait cite !«• nom de Monléron, mais ils n'ont pas dit que ce Monléron n'était autre que Monnerot, ou. du moins, il* ont appelé Monnerot : Monléron. Le ('atalojçue des Partisans, iO^ij, p. n, mentionne Mounerol «fui avait sa maison dans la nie IViclielieu, ce Monnerot passait alors pour le plus riche partisan du Royaume, il Tut un des plus exactement recherchés et taxés (voir les Mémoires de Oisuac. T. II. p. acj et Historiettes de Tallemant, T. IV, p. \\^y. Berriat-Saiiit-I'rix a rappelé que les éditions subreptices de : if>(Wi (s. I.). iWi- (Cologne). if»(>S (Amsterdam) |»ortaicnt Mouucrol.
L'épi tre X de la Muse de la Cour du -iH octohre if»."if» est adressée A Monsieur Monnerot, (louseiller du IVoi, cette epilre célèbre la fortune et les mérites de Monnerot.
COMMENTAI!»: DK LE VKRIUKR AVEC
Satire I. un Poète fort gueux et d'un mérite assez médiocre. Il a pourtant
Colletet estoit [un misérable Poète dont on ne sçauroit point le nom
faict quelques pièces passables et il n'estait pas sans yénie. Voies J}élûsan.
si nostre Autheur et La Fontaine ne luy avoient jamais porté de coups.] iil
Relation de l'Académie.
v. 80. Doit! Monmaur autrefois fit leçon dans Paris.
Monmaur estait un fameux parasite fout hérissé de Grec et yu'on appelloit |Monmaur avoit enseigné dans l'Université. Il étoit tout hérissé de à cause de cela Monmaur le firec. f/ui fréquentait toutes les bonnes tables de Paris grec et de latin. 11 quitta sa robe de classe et se jetta dans le monde à sans estre prié. Il parlait mti1 de tout le monde et surtout des yens de lettres. toute force. On ne voioit que luv à toutes les tables. Les Parasites de Cela lui attira un déluge de Satires oui furent faictes contre lu y et dont une Xasidienus n'en aprochoient pas.) partie a été imprimée dans les Miscellnnen de Ménaye.
Dalibray fit contre luv un Poème intitulé « La Métamorphose de Monmaur en marmite », et dans ce poème il y avoit entr'autres choses : Ces deux vers ^on collet de pourpoint s'élargit en grand cercle;
admirables par In Son chapeau de Docteur s'applatit en couvercle.
C' estait un homme de beaucoup de mémoire mais de très peu de jugement et c'est ce oui donna occasion à J/r de Monmor. MiTL des reyuestes, et gui ne le haïssait pas moins ipie les autres guoi que semblable à lui de nom de faire cette Epituphe de Monmaur vivant :
Sous cette casaque noire Repose paisiblement, Monmaur d'heureuse mémoire Attendant le jugement '-'.
v. 81 . // est vrai que du liai la bonté sevourahle
Jette enfin sur la Muse un regard favorable. Et réparant du sort V aveuglement fatal, Va tirer désormais Phébus de Vhospital.
(Pensions données par le Hov en 1 €>G4 - " en a déjà fait beaucoup de bruit. I
rime.
n) U n'y a pas malbcurcusciiicnt d'équivoque possible. Boilcau a soin île spécifier lui-même qu'il s'agit bien du bon (iuillaiiuic Collet «t cl non de son fils François, malgré l'affirmation contraire de IJrossette, Saint-Marc et Hcrriat-Saiiii-Prix (T. I. p. xi.ix). Huile nu a complète et amélioré ici sa note de l'éd. de i - 1 '< en disant de (iuillauiue Colletet <« qu'il n'était pas sans génie m, mais ici génie signifie tout simplement « instinct du talent ».
(a) Le Verrier a ajoute Iui-iiieiue au texte de lloilcau l'epigramme de llabert de Monmor. Cette épigraminc n'est pas citée par IJrossette.
CORRECTIONS AUTOGRAPHES DE DESPREAUX lf)
Salit c I. y. <jj. Sain (-Arnaud n'eut du ciel que sa veine en partage :
L'habit qu'il eut sur lui fut son seul héritage : Un Ut et deux p/acets composaient tout son bien, v. 100. Ou, pour en mieux parler, Saint-Arnaud n'avait rien. Mais quoi, las de traîner une vie importune, Il engagea ce rien pour chercher la Fortune, Et, tout chargé de vers quil devait mettre au jour, Conduit d'un vain espoir, il parut à la Cour. Qu'arriva-t-il enfin de sa Muse abusée ? // en revint couvert de honte et de risée ; Et la Fièvre au retour terminant son destin, Fit par avance en lui ce qu'aurait fait la Faim.
de fréquenter les cabarets de Pans et de
t-Amand Saint-Amant s'estoit contenté (pendant longtemps de débiter ses
ort avant vendre se* ouvruqes au Libraire. L espérance pension du
4664 et . , .. . i ., • . • , . • , .
ttnoit vers "ans quelques lieux obscurs de Paris. L envie] d avoir [part aux
:oredepen- "°tf ou plutost du Cardinal Mazarin fjui gouvernail alors lui donna l'envie de se
pensions que le Roy donna en i(>6/| fit prendre l'essor a re poète.]
produire à la Cour.
II composa à la louange du Roy un poème intitulé, Poème de la Lune.
une bonne partie de ses vers à
Dans cet ouvrage, Tautheur avoit emploie | les trois quarts de ses vers à
peindre le lioxj quil avoit veu baigner nageait
montrer) avec quelle grâce |et quelle adresse le Rov scavoit nager]
dans la Seine, [où apparemment il l'avoit veu baigner.] [Saint-Amant]
ce où il fut si fié de tout le monde ce qui lui causa
porta [son] poème à la Cour. [Son poème n'y fut pas bien receu <". La
tant de dépit que la fièvre Vaijantpris au retour, il mourut. '-)
fièvre luy prit de dépit, il en mourut.]
V. 100. Imitation de Juvénal {M. Sat. 3, v. ao8, qui dit en parlant d'un misérable poète de Rome :
1 1 ) Le Verrier avait d'abord écrit : * Ils y furent tous deux huez à outrance h.
(-il l«e |H)rtrait que 1 loi I eau a fait de la vit* de Saint-Amant est inexact dans son ensemble et dans sos détails, voir a ce sujet la notice sur ce |x>ële de notre Bibliographie des recueils collectifs de poésies publiés de lây? a 1700, T. II, p. \\'S, et aussi les T. III, p. ôil\ et T. IV, p. 1N1.
\a* poème de « La Lune parlante » que Boileau appelle ici et dans la note marginale de l'édition de 17 13, le poème de « La Lune » avait été déclaré inexistant par tous les historiens de Saint- A niant : Ch. Livet (notice en tête des Œuvres complètes, Bibl. Klzévirienne, j vol. i8T».*î>; Victor Kouruel (La littérature indépendante et les écrivains oubliés, iSti-j) et Durand-Lapie (Saint-Amant, sou temps, sa vie, ses |>oésies, 1N07). Nous en avons découvert l'unique exemplaire qui a été analysé dans le Bulletin du Bibliophile, njoo, i.*î déc , le texte complet du poème se lit dans notre Bibliographie des recueils collectifs de poésies, T. Il, p. - >'».
\'S\ Le Verrier a mis eu inar^e : IVeprendre Juvénal depuis le \er> joli et le mettre ie\ .
1IOMMKNTA1RK DE LE VERKIEll AVEC
Satire /. Nil habuit Codrus. Quis enim negat ? Et tamen illud
Perdidit infelix totum nihil...
v. 109. Un Poète à la Cour fut jadis à la mode:
Mais des Fous aujourd'hui c'est le plus incommode : Et l'Esprit le plus beau, V Auteur le plus poli. X'y parviendra jamais au sort de l'Angeli.
Langely estoit un [misérable] fou assez agréable que M. le Prince avoit amené de Flandres, et dont il avoit lait présent au Boy. [Cestoit un fou, mais un fort mauvais plaisant.) Il avoit [pourtant] amassé quelque bien.
On faict un assez
Il faut retoucher [Je ne sçay qu'un] bon conte de luy. [Il portoit sur son habit une
toute cette re- espèce de robe en broderie. Les Provinciaux s'y méprenoient, et le
conte tout autr - cro'°'ent Cordon-bleu. Un Député du Parlement de Pau estant venu au
ment. coucher du Roy, Langely fit signe à Mr le Comte de Gramont qu'il alloit
ataquer le Député. En elfet il luy parle. Le Béarnois le prit pour ce
qu'il n'estoit pas. Insensiblement Langely l'engagea à se promener
comme s'ils avoient esté dans la Galerie. Le Fou et le Béarnois furent
bientost dans la dernière familiarité. Langely luy fit civilité pour se
couvrir. Ils mirent tous deux leur chapeau. Langely marcha à grands
pas, et haussa son ton de voix. Le Député fut la risée et du Boy et de
sa Cour.] {l)
v. 1 1 3. Faut-il donc désormais jouer un nouveau rôle ? Dois-je, las d'Apollon, recourir à Bariole,
fUt M' Des Préaux estoit [alors] avocat au Parlement. [Jamais) il [n'a
mesme à Vâge de dix huit ans aujour-
esté] chargé [que] d'une cause qui ne se plaida point. M. Dongois [estoit
dliui Greffier de la Grand Chambre , son neceu, estoit l'avocat de la partie adverse.
son adversaire.)
M* Despréaux faisoit sur cela un conte assez plaisant, etc.
Il faut raccom- [Les deux Procureurs oposez eurent quelque contestation pour la
moder la narration procédure, et s'en raportèrent à M. des Préaux. On l'avertit qu'ils le
»r L tJ?art6* demandoient. Il ne lisoit alors ny Cuias ny Bartole. Il estoit dans le
M. Des Préaux lut- # . .
mesme. sein des Muses, et pendant qu'il achevoit quelques vers qu'il avoit en
teste les deux Procureurs luy dirent que la contestation estoit desçavoir
(i) Cette anecdote n'est pas dans le commentaire de Rrossette, même retouchée comme le demandait Boileau.
CORRECTIONS AUT0(iRAI'llKS DE DESPREAUX 2 1
Satire /. si la partie pour laquelle M. Des Préaux clevoît plaider pouvoit faire interroger l'autre sur faits et articles. On s'en raporta à sa décision. Sans avoir entendu un mot de ce qu'on luy avoit dit, comme on luy demandoit son avis, il s'écria, eh cela devroit déjà estre fait. Les deux Procureurs receurent cet arrest, tout de même que si l'Aréopage Tavoit prononcé, et il entendit que l'un d'eux disoit en s'en allant: Ce jeune homme-là ira loin.)'1*
Moi ? que faille crier dans ce pais barbare, Oii Von voit tous les jours V Innocence aux abois Errer dans les détours d'un Dédale de lois, Et dans l'amas confus des chicanes énormes, Ce qui fut blanc au fond rendu noir par les formes ; v. 123. Oh Patru gagne moins qu'Uot et le Mazier,
ut retoucher [Uot et Le Mazier estoient deux avocats du Parlement qui se chargeoient de toutes sortes de causes ; deux braillards s'il y en eut jamais. Un jour Uot en plaidant dit qu'il plaidoit pour 4° mineurs. L'avocat de la partie oposée répondit qu'il n'y avoit pas un mineur en cause, et Uot répliqua que ses parties avoient !\o fils, petits-fils ou arrière-petits-fils. On sçait quelle différence il y a de plaider contre des mineurs ou contre des majeurs. | (i)
v. 124. Et dont les Citerons se font chez Pé- Four nier?
Pierre Four nier estoit un fameux Procureur du Parlement qui plaidoit très bien [Pé-Fournier estoit un fameux Procureur du Parlement qui plaidoit des causes de chicane, comme ils estoient plusieurs Procureurs de ce nom, on mieux que beaucoup d'avocats.]
met loi l en parlant de lui selon V usage du Palais la première lettre de son nom propre, cest à sçavoir la lettre P, et on rappelait Pé/ournier.
Avant qu'un tel dessein m'entre dans la pensée, On pourra voir la Seine à la Saint Jean glacée, Arnauldà Charenton devenir Huguenot, v. 128. Saint-Sorlin Janséniste, et Saint-Pavin bigot.
(1) Cette anecdote intéressante pour l'histoire «le la vie de Boileau ne (tarait pas avoir été racontée par Brossettc.
(2) Ce que dit ici Le Verrier sur l'ot ou lluot et Le Mazier est en partie inédit.
Le Mazier avait une nièce Mlle Boinuncl qui aéi»ousé Racine. Voici un extrait des conversations de Brossette avec Boileau ^Bibl. Nat. Ms ioi~î>) : « Mr Bacine avant que d'être marié avoit été c fort amoureux de La Champmeslé, fameuse comédienne, mais quand il épousa Mlle Bomanet il c rompit entièrement avec sa mai tresse.
c Mlle Romanet n'avoit ni son père ni sa mère, elle étoit nièce de M. Le Mazier, avocat dont c parle Mr Despréaux. Et cet avocat ne passoit pas pour un fort honnête homme. Mlle Bomanet c étoit sous la tutelle d'un autre oncle, frère de ce même Le Mazier. p
Satire I. Et Saint-Pavin l>i$jot. [Il y avoit originairement Dévot. Mr Des
Préaux a osté ce dernier mot de peur qu'on ne le prit dans un sens Cela n'est pas , , ... . . ., . * __ . . , . ... ,
vrai et ce fut dam °P0Se ** celuy qu il veut iuv donner. Saint- ravin estoit de la famille des
ta suitte pour me Sanguin et se piquoit, selon l'usage détestable de ce temps-là, d'estre
venger du Sonnet mécréant. | Irrité du trait piquant de Mr Des Préaux, il fit contre lui une que je mis dé eut. , . • «• •
epigramme qui linissoit par ces vers :
En vérité je Iuv pardonne,
S'il n'eust mal parlé de personne,
On n'eust jamais parlé de Iuv.
M' Des Préaux Iuv répondit ; [l'autre répliqua]. Il en sera parlé par la
suitte. | ,n
Quittons donc pour jamais une Ville importune. Oit V Honneur est en guerre avevque la Fortune : Où le Vive orgueilleux s'érige en Souverain. v. i3a. Et va la mitre en teste et la crosse à la main :
M. de Pérélix, Archevêque de Paris, venoit de faire à Port- roial cette procédure si extraordinaire et si connue de tout le monde. -
Hegnier a dit, Sat. ;j :
Le vice qui, pompeux, tout mérite repousse
Et va, comme un Banquier en carrosse et en housse.
v. i33. Oit la Siience triste, affreuse et délaissée.
Est par tout des bons lieux comme in filme chassée :
Imitation de Régnier qui a dit, Sat. 3 :
Si la science pauvre» affreuse et méprisée.
Sert au Peuple de fable, aux plus grands de riséo.
Et sans aller rérerdans le double Val/on. \\ i$$. Lit colère suffit, et vaut un Apollon.
Vi > LaeorrevtHm de tVùleau remet le* choses au point eu ce qui concerne le qualificatif de dévot applique par lui 4 Saiut~lvav Lu» dans le* édition** publiées de i*>7i. a itiS3. Le> \rrs de ce poète bbêrtiu dont le taleut est remarquable u out cte réunis qu'au xvur* siècle par Saint-Marc tAiosterdatt^ 1709* m-i*>.iuais M. lvaulm Paris eu a publie une edilk»ct beaucoup plus complète. ftSrà* Tevbe«**r% i$t>i» iu-^ a laquelle oa peut ajouter plusieurs pièces médites reproduites dan> notre lKMîtf|rrapfcî)e de* recueik a>llectifs de poésie* publies de 1^7 a 1700 T. 11. p. i«>i. T. III. p. 3*$ H T. I\\ f.i«.
I^»i f Sw^iih de Saiul-Puvtu était le sixieiue tils de Jacques Saii^uti:. sieur de Livry. Conseil- If* «NI WrW«*WH de* 10&» et Pre*ôt de* tuarebauds de la Ville de Paris» et de Marie du 94r*Mftl« QNMfcM&lie Souftcuin que Saint-Marc lui doune pour père ctaii sou frère auie.
^») l**»t»de Le Verrier qui vbe l'arche* cque de Paris e>t nouvelle. Voir Ms. Bnvœtte l>j->.
i&Cmi» ciUÉW* de Heviùer uVsiuidaii* Ife-osseUe,. rit dans Saint-Marc, ni <lan> ft-mut-Saml-Prix.
COlUtECTIONS AUTOGHAPIIKS 1)K DKSl'HKAUX tt.'J
Satin I. Juvénal a dit, Sat. i, v. 79 :
— Si Natura negat Facit indignatio versum.
Hcgnier a imité ce trait ; (II n'y a qu'à le raporler pour faire voir combien en imitant il estoit éloigné d'enchérir sur ccluy qu'il imitoit.j Puis souvent la colère engendre de bons vers Mais il n'a pas sonyé comme Mr D. à enchérir sur son or'ujinal.