SATIRE II
[M. Des Préaux qui ne vouloit connoistro que ses livres, ne son#eoit
J/' de point à connoistre l'illustre Molière. Mais Mr de| Puy-morin, frère de
Molière (ut celui qui donna à son frère la nostre Autheur et fort ami de [cet excellent Poète comique, leur fit faire connaissance de cet illustre Poète comique.
ronnoissance.J Leur caractère qui tendoit également au vray, leur génie, enclin à la satire et leur dey oust pour les impertinences des Hommes [et peutestre plus que tout cela les estudes que Molière faisoit d'après nature, sur ce qu'il reinarquoit dans les discours et dans les actions de
bientost nostre Autheur,] les portèrent à se voir souvent. [Leur amitié se forma et r qu'ils avoient l'un pour l'autre alla toujours
hientost]. [Leur] estime mutuelle (ne fit qu'augmenter.] Kncore aujouren awj m entant .
d'huy I'Autheur ne feint pas de dire publiquement qu'il met Molière au
de dessus de Corneille et [même île son amy] Hacine. La raison qu'il en apporte que des trois cest celui qui a le plus attrapé la Xature '0.
[donne,] c'est [qu'il prétend qu'encore que la Comédie soit «l'un gener inférieur à la Tragédie, néanmoins il a mieux fourni sa carrière que les deux autres ne sont venus h bout de leur entreprise.)
Selon l'ordre de la composition cette Satire devroit estre la quatrième
[cinquième] satire de I'Autheur. La première que nous venons de voir est entièrement dans l'air de Juvénal. Celle-cv est tout à fait dans le jjoust d'Horace.
L'Autheur donne icv à son ami une facilité de tourner un vers et de rimer, que son ami n'avoit pas, mais il est question de le louer et de luv faire plaisir.
U) I-es corrections «le Iloilcau an sujet de Molière qu'il met au-dessus de Corneille et île Racine, viennent confirmer le passage îles conversation*» «le Hrossette avec Itoilcaii iMs. ic-i;5) |». 5i3 de l'éd. Lavcrdct.
Satin- //. y. 17. Si je veux d'un Galant dépeindre la figure,
Ma plume pour rimer trouve VAbbé de Pure :
Il y avoit dans l'origine :
Si je songe à dépeindre un galant de nostre âge, Ma plume pour rimer d'abord trouve Ménage.
satirique L'abbé de Pure s'estant avisé de faire une parodie de quelques scènes de Ginna contre l'autheur [et d'introduire Mr Colbert qui parloit a
MT Despréaux l'autheur, on] osta Ménage pour mettre à sa place l'abbé de Pure.
Cet abbé estoit fort connu dans le monde, et se piquoit de faire bien On dit qu'il des contes. [11 les composoil, et) les aprenoit par cœur dans son cabinet
// estoit grand avant que d'aller les débiter dans les Compagnies. [Tous ses contes admirateur de Vitré V Imprimeur et la pluspart de ses contes commençaient avoient le même exorde, et ne jouaient jamais leur rolle que sous un par :
même masque. Ils commençoient toujours par ces mots,]
Le Bonhomme Vitré, etc. (,) fC'estoit Vitré l'imprimeur.]
Je ferois comme un autre, et sans chercher si loin, J'aurois toujours des mots pour les coudre au besoin. v. iij. Si je loûois Philis, En miracles féconde;
Je trouverois bientost, A nulle autre seconde.
C'est Ménage surtout que cet endroit regarde. [C'est de Ménage dont l'autheur parle icy.J
Avec tous ces beaux mots souvent mis au hazard, Je pourois aisément, sans génie, et sans art, v. /j5. Et transposant cent fois et le nom et le verbe,
Dans mes vers recousus mettre en pièces Malherbe. Mais mon esprit tremblant sur le choix de ses mots, N'en dira jamais un, s'il ne tombe à propos,
se laisse jamais mailrizer par la rime. Il ne songe M. Des l'tvaux ne [s'embarrasse jamais de la rime. 11 arrange d'abord
(t) |,«« ili'Uiih dounos sur les Contes de l'abbé de Pure ne sont pas dans le commentaire de
COIUIKCTIONS AL'TOnilAl'HKS DE DESrHKAlTX 2J
Satire II. qu'à penser juste et après cela il faict si bien que la rime s'y trouve. dans son esprit ce qu'il veut dire, après cela il force la rime d'obéir.; Ayant fait ces deux vers
Je pourois aisément, sans génie, et sans art, Dans mes vers recousus mettre en pièces Malherbe il les dit à La Fontaine, qui d'abord s'escria, [Vertu diable] ne Jupiter quidem melius. (Testait son mot. Mais où est la rime à Malherbe, répondit il faudra bien quelle se trouve et le lendemain et Mr Des Préaux luy [ayant dit le lendemain ce vers] lui apporta ce vers :
Et transposant cent fois et le nom et le verbe, La Fontaine qui avoit un goust admirable, fut si surpris qu'il demeura comme la statue du Festin de pierre'1'.
v. 4<J. Et ne sçauroit souffrir, qu une phrase insipide Vienne à la fin d'un vers remplir la place vuido.
Mr Des Préaux récitant cette satire à Mr Arnauld d'Andillv, il surtout admira ces deux vers.
v. 53 Maudit soit le premier dont la verve insensée et suivants. Dans les bornes d'un vers renferma sa pensée, Et donnant à ses mots une étroite prison, Voulut avec la rime enchaîner la raison.
M. D'Andillv compara ces quatre vers aux quatre vers de Hrébeuf qui ont fait tant de bruit,
Cest vient
De luy que nous [tenons] cet art ingénieux De peindre la parole et de parler aux yeux
v. 5j. Sans ce métier fatal au repos de ma vie,