SATIRE X
Cette satire avoit esté commencée il y a près de trente ans et Cautheur se trouvant harcelé par les volumes que Perrault enfanloit contre luy, las d'ailleurs de répondre à son Aristarque par des traits de satire, s avisa d'achever cette satire pour le peindre plus à son aise sous le voile et sous la coëfle d'une femme qu'il introduit dans cette pièce. II l'acheva en mil six cens quatre-vingt-douze à l'âge de cinquante-cinq ans. D'ahord elle fit un esclat surprenant dans le monde. Tous les gens d'esprit s'empressoient pour l'entendre réciter à Tautheur qui esloit alors à Auteuil. Mr Daguesseau, le Procureur général, en retint deux cens cinquante vers dez la première fois qu'il l'entendit réciter, et Tahhé de Caumartin qui estoit de la partie, en retint presque* autant de son costé, marque certaine que cette pièce est frappée au hon coin. Sur tout ce qui charma tous les honnestes gens qui l'entendirent, et c'est ce qui leur plaist encore aujourd'huy, ce fut de voir (pie dans une matière si délicate à traiter, Tautheur avoit évité non seulement les idées, mais encore les manières de parler dont Juvénal a sali la satire qu'il nous a laissée sur le même sujet {U.
Enfin bornant le cours de tes galanteries. A/cippc, il est donc vrai, dans peu tu te maries. v. \\. Sur l'argent, c'est tout dire, on est déjà d'accord. Ton Beaupère futur vuide son coffre- fort :
C'est ainsv que se font aujourd'huy les mariages. On ne regarde point si les personnes se conviennent. Dez qu'on est d'accord sur la dot, le mariage est conclu.
Quelle joye en rffrt, quelle douceur e.rtrthnc! De se voir carressé a^une Epouse qu'on aime : v. il. De s'entendre appel 1er petit (\rur, ou mon lion;
(i) Les détails renfermes dans cotte note ne sont |»as dans le commentaire «le Hrossette, particulièrement ceux relatifs a M* dWpiesseau et a labbv de (lamnartin. Hrossette lixe la date do Couijmsitiou de la Satire X a if»y.'l. Le Verrier donne iliij-i connue Berrial-Suiut-l'rix.
lof) COMMENTAIRE DE LE VERRIER AVEC
Satire .Y. Mad. Colbert appeloit son mary « Mon Bon ». C'est elle que notre autheur attaque icy. A propos de ces noms ridicules dont quelques maris et quelques femmes se; sont fait présent dez les premiers jours de leurs mariages, je luy ay entendu faire ce conte. Un officier du Parlement fut taxé. Il refusa de paier sa taxe. On le mit en prison. Le Premier Président de Lamoignon le fit sortir et le gronda d'estre si rétif. L'officier luy dit que pour luy il auroit volontiers paie, mais que Baboi nette ne le vouloil pas. Un expliqua au Premier Président que Baboinette estoit la femme de cet officier. A quelques jours de là Baboinette vint parler de la mfano affaire au Premier Président qui l'ayant grondée à son tour de sa félonnie, elle luy avoua qu'elle avoit regimbé contre la taxe, mais qu'elle ne l'avoit fait que parce que Fan fan estoit au désespoir de se voir si cruellement taxé. Le Premier Président remist du mieux qu'il put l'esprit de cette femme sur l'affliction de son mary. Kt un jour l'authcur faisant ce conte devant un de ses voisins appelle La Guerre, amy de musique de Puv-morin, le musicien applaudit fort au ridicule que l'aulheur donnoit à Fanfan et à Baboinette et il s'écria : ah si Dada sçavoit ce conte-là. C'estoit sa femme ,n.
Mais f/uoy, je voy déjà que ce discours t'aigrit. Charmé de Juvénal, et plein de son esprit Venez-vous, diras-tu, dans une pièce outrée, v. à(\ Comme luy nous chanter : Que dès le temps de Rhée et suivants. Iji Chasteté déjà, la rougeur sur le front,
Avoit chés les Humains receu plus (fun affront : Quon vit avec le fer naistre les Injustices, L Impiété, rOrgueil, et tous les autres Vices, Mais que la Bonne foy dans I amour conjugal S* alla point jusqu au temps du troisième Métal?
Il n'v a personne qui ne sache que Ju vénal a fait une satire contre les Femmes et que c'est son plus bel ouvrage. Il n'y a personne non plus qui ignore que ces huit vers que Fautheur met icy ne soient imitez de celte sciure,
JuvénuL vers -iX
Oittne alitul erimen mo\ ferrea pr»tnlît œlas Videront primos argentea sœcula Mivehos.
Mttis jr v*>Hs dirtti. #m<u. sans all'yurr la /*îA/*\ ls IVee «fwt/wcimr des Hommes ttvoné
COHIIKCTIONS AUTOGRAPHES DE DESPHEAUX 10^
ifllire A'. -t la triste Innocence en fous Heur fit la guerre,
II demeura pourtant de V honneur sur la Terre : v. 3c). Qu'aux temps les plus féconds en Phrynés, en Isa/s, Plus d'une Pénélope honora son pat/s ;
Phryné estoit une fameuse courtisane d'Athènes, laquelle ayant esté accusée, fut deffendùe par Hypéride et cet orateur s'apercevant que son discours ne louchoit point ses juges, s'avisa de déchirer la veste de cette Fille. C'est une histoire connue de tout le monde, et que Ouintilien rapporte liv. », ch. i5de son Instit orat :
Et Phrynen non Hyperidisactioue,quamquam admirahiIi,scdconspectu corporis, quod illa, speciosissima alioqui, diducta nudaveral lunica, putant periculo liberatam.
Lais, courtisane de Corinthe, mais si belle quelle estoit recherchée de toute la (irèce. Personne n'avoil ses bonnes grâces qu'en luy donnant tout ce qu'elle demandoit. De là est venu le proverbe « qu'il n'est pas permis à tout le monde d'aller à Corinthe >. Démosthènes attiré par le bruit de la beauté de cette Fille alla la trouver. File luy demande un talent. Celte demande le lit rentrer en luy-même. Il se retira et il dit : Je n'ai garde d'achepter si cher un icpentir. Nous n'avons plus de Lais pour la beauté, mais Paris en est plein du costé de l'argent et je ne trouve guères de Démosthènes "'.
Et que mes me aujourifhui, sur ces fameux modèles. On peut trouver encor quelques Femmes fidèles. Sans doute : et dans Paris, si je sçay bien compter. v. \f\m II en est jusqu'à Trois que je pou rois citer. Ton Epouse dans peu sera la quatrième.
Je le veux croire ainsi :
II en est jusqu'à trois que je pourois citer. Presque toutes les Dames ont pris ce vers à la lettre, et s'en sont offensées. Mais elles n'ont pas pris garde que c'est une ligure.
Mais la Chasteté mrsme,
Sous ce beau nom d'Epouse, cnfrast-t-cfle chés toy; De retour d'un voyage en arrivant, croy moy, v . '|<J . Fais toujours du logis avertir la Maisfresse. ."m. Tel partit fout baigné de pleurs de sa Lucrèce:
{i) Cette note est plus étendue <jue celle «lu commentaire de Brussette.
loS COMMENTAIRE DE LE VERRIER AVEC
Qui faute (f avoir pris ce soin judicieux. Trouva. Tu sçais. . . Je sçai que d'un conte odieux Vous avez comme moi sali vostre mémoire.
Tout le momie connoist l'histoire de Jocondem, surtout depuis que La Fontaine la contée avec tant d'art et tant d'agrément. 11 disoit de Iuvmeme qu'il n'entroit jamais dans une maison qu'il ne toussast dès la
première porte'-'.
I quels discours malins le Mariage expose. Je sçai, que c'est un texte où chacun fait sa glose : Que de Maris trompez tout rit dans T Univers, Epigrammes, Chansons, Rondeaux, Fables en vers, Satire, Comédie : et sur cette matière, J'ag veu tout ce qu'ont fait la Fontaine et Molière :
On ne peut assez blâmer ces deux autheurs sur la liberté qu'ils se sont donnée d'exposer aux veux du public des choses dont la pudeur ne permet pas même que Ion s'entretienne en particulier. Je ne sçav pas ce que Molière pensoit des contes de La Fontaine, mais pour celui-ci que j'ay fort connu, il estoit indigné contre certains caractères que Molière a mis sur le théâtre. Que ne disoit-il point des équivoques de ce poëte comique et avec quelle indignation^1 parloit-il du ruban d'Agnès. Pourquoi l'un et l'autre n'ont-ils pas gardé dans leurs escrits la modestie qu'ils avoient dans leurs conversations. Après cette réflexion, on ne peut assez louer nostre autheur d'avoir parlé des femmes et de leurs caractères sans avoir donné' la moindre ataque à la modestie'1'.
.Ta g /eu tout ce qu'ont dit Villon et Saint-Gclais, Arioste, M a rot, Rocace, Rabelais, v. oij. Et tous ces vieux Recueils de Satires narres -o . Des malices du Sexe immortelles archives.
. i> On ne < •Mimait en vers français que la traduction du conte de .loeondc par Bouillon et l'imit.itioii .1»' < •■• m. inr «Mute par La Fontaine. La première traduction française, également en vers, iimii iiicniiMiiiMf jusqu'ici, est celle du poète Lslieiine Durand qui suliit le supplice de la roue le m, juill. i i(i|S F.lle a paru vers ifui dans son li\ re d'amour pour sa eousine, la belle Marguerite de Imiik \ . m.ir.t haie d'Kffiat : ce livre d'amour auquel il a donne le litre de « Méditations de K. I) ... plu-, <|e deuv eeuts ans avant Lamartine, a été imprimé sous le manteau s. n. de lib. ni d'nupr. el >. <l 11 n'en existe plus qu'un exemplaire (ex ineist.
, • <:.!!.■ priile particularité relative à La Fontaine est nouvelle. .i I..- Verrier a\ait d'abord écrit <• mépris ».
, ', !.. i.. il »le Le Verrier relatant l'opinion de La Fontaine sur certaines comédies de Molière rst .i ni. nir ;iii-m bien que la reserve apportée par le fabuliste dans sa conversation. Ce sont là
CORRECTIONS AUTOGRAPHES DE DESPHKAUX IOQ
filtre X. Il entend parler des contes de la Heine de Navarre, dont la naïveté cache un poison qui gagne aisément le cœur des jeunes gens.
Je suis las de me voir les soirs en ma maison Seal avec des Valets, souvent voleurs et traistres, v. <j4 . Ht toujours y à coup seur, ennemis de leurs Maistres.
Ce vers révolta les valetz de nostre authcur. Ils s'assemblèrent et luv remontrèrent qu'ils le servoient tous avec une affection et une fidélité dont il devoit estre satisfait. Cependant qu'il venoit de les diffamer d'un coup de son art. Il ne leur donna pas le temps d'achever. II connut bien leur révolte, et il leur dit, vous estes des fous. Ce n'est point de vous en particulier que j'ay parlé. Je n'ay fait qu'exprimer en général par un vers un bon mot de Platon qui dit que les valetz sont toujours ennemis de leurs maistres. II appaisa par là cette petite révolte domestique. Mais nostre authcur n'expliqua pas toute la pensée de ce sage Philosophe. Car s'il assure que les valetz sont toujours ennemis de leurs maistres, il assure. aussy que les maistres n'aiment pas fort leurs valetz. La raison qu'il en rend, c'est qu'l n'y a que l'égalité qui puisse entretenir l'amitié'1'. De Leg. Iib. 6 page 858. Edit. Francf.
Aô'JÂOt vip *iv XX! OeTTTOTXl Ô'JX XV 7T0TC Y^VOlvTO ?iAOï
Je ne me couche point, uuaussi-tost dans mon lit Un souvenir fascheuj- n apporte à mon esprit v. <)- . Ces histoires de morts lamentables, tragiques.
Dont Paris tous les ans peut grossir ses Chroniques.
Blandîn et du Housset li) ont composé chacun une histoire tragique de ce qui estait arrivé de leur temps ou avant eux dans Paris.
Xous naissons, nous vivons pour la société. A nous-mesmes livrez dans une solitude.
Xostre bonheur bien-tost fait nostre inquiétude: Et si, durant un jour, nostre premier Ayeul v. io/| . Plus riche a* une cote avait vescu tout seul,
Plus riche d'une coste. Pt rsonne n'ignore qu'Eve fut tirée d'une coste d'Adam.
C'est ainsi que souvent la main de Dieu r assiste % v. n 8. Ha bon! voilà parler en docte Janséniste,
(\) O petit récit n'est pas dans le commentaire de H rosette, il montre avec quelle minutie Le Verrier accueillait les moindres explications du satirique et la complaisance avec laquelle ce dernier lui narrait les incidents provoqués par ses vers.
(a) Du Roussel n'est autre que de Hosset.
MO COMMENTAIRE; DE LE VEHMEIl AVEC
Satire X. L'autheur prépare dès ce vers la transition qui lui est nécessaire
pour passer au caractère qui suit.
v. 120. Desmdres, dans saint Roch, n'aurait pas mieux prêché.
Desmares avoit esté Père de l'Oratoire, mais il ne l'estoit plus dans le temps qu'il preschoit un carême à S1 Hoch. Ce fut le dernier carême qu'il prêcha. Tout Paris y alloit en foule. Son nom et son mérite ne sont ignorés de personne. Cepandant j'ai oùv dire a La Fontaine que pendant qu'il portoit le petit collet à l'Oratoire, car il y a esté 18 mois, il passoit sa vie avec Desmares qui estoit dune si affreuse retraite que ses confrères mesmes ne connoissoient pas ce qu'il valoit. La Fontaine disait : Desmares vouloit m'enseigner la Théologie, ils ne le voulurent pas. Ils crurent qu'il ne pourroit me l'enseigner ny moy que je pourrois l'apprendre. Mais «à quoy passiez-vous donc la journée. Desmares s'amusoità lire son Saint-Augustin et moy mon Astrée ,h.
De quel air penses-tu, que ta Sainte verra D'un spectacle enchanteur la pompe harmonieuse, Ces danses, ces Héros à voix luxurieuse ; Entendra ces discours sur l'amour seul rou/ans, v. 1 3G . Ces doucereux Renauds, ces insensez Rofands;
Sçaura d'eux qu'à l'amour comme au seul Dieu suprême, On doit immoler tout, jusqu'à la vertu même. Qu'on ne sçauroit trop tost se laisser enflammer : Qu'on na receu du Ciel un cœur que pour aimer : Et tous ces lieux communs de Morale lubrique Que Lully réchauffa des sons de sa musique?
Ce sont deux opéra de Ouinaut à qui nostre autheur reproche sa pernicieuse morale. Car ce misérable Poète a jette dans ses opéra des maximes détestables. En voicy une, et combien en a-t-il débité de semblables : Il faut souvent pour devenir heureux Ou'il en couste un peu d'innocence Ce qu'il y a encore de ridicule, c'est qu'il met cette belle maxime dans la bouche d'un chœur dont l'unique fonction est de célébrer la vertu et de blasmer le vice <-'.
(i) Toute la partie de cette note relative à Dcsmares et qui met on cause La Fontaine ncsW pas dan» le commentaire de Brosse lie. C'est cependant la plus intéressante.
(2) Brossette a cité les mêmes vers do l'opéra d'Atis, mais il s'est abstenu avec raison d « montrer la belle indignation de Le Verrier, ce dernier a été ici encore l'interprète de la rari cune de Boileau contre (v>uiiiault.
Satire A". Mais de quels motive mens dans son vœur excités
Sent ira-t -elle alors tousses sens agités? Je ne te répons pas, qu'au retour moins timide, v. 1 /|fi . Diane E volière enfin d'Angélique et d'Armide, Elle n'aille à l'instant pleine de ces doux sons, Avec quelque Médor pratiquer tes levons.
Nostre autheur veut parler do deux opéra, sçavoir coluv de Roland et eeluy d'Armide. Ouinault y peint la volupté comme une vertu, par le caractère qu'il donne à Angélique et à Médor. LWrioste, au contraire, tout Arioste qu'il est, peint la volupté sous les mêmes personnages, mais il se donne bien garde de donner un air de vertu à la volupté.
D'abord tu la verras, ainsi que dans Clé/ie, Recevant ses Amans sous le dou.r nom d'Amis, v. ifio. S'en tenir avec eux aux petits soins permis :
Puis, bien-tost en grande eau sur le fleuve de Tendre, Xaviguer à souhait, tout dire, et tout entendre.
Trait de satire contre les termes ordinaires que Ton trouve dans les romans de Mlle de Scudéry.
v . 171. Xous la verrons hanter les plus honteux brelans Donner chez la Cornu rendez-vous aux Galans;
Il est certain qu'il y a des Femmes qui passent leur vie en des lieux où on tient brelan public. Il y a même des Femmes de condition qui tiennent brelan à qui on paye une certaine somme avant de se mettre au jeu, chez qui on soupe, où Ton parle aussy librement qu'au cabaret, et à qui chacun paye en quelque manière son escot avant que de se mettre au jeu. {U
Dd Phèdre dédaignant la pudeur enfantine, v . 1 y/f . Suivre à front découvert Z. . . et J fessa Une.
Tout le monde sçait les excez abominables de la Femme de qualité dont Tautheur raconte icy l'histoire en abrégé '-'.
Dans sa chambre, croy-moi, n entre point tout le jour. Si tu veux posséder ta Lucrèce à ton tour ;
(1) Brossotto no donne pas ici ces détails sur le rôle de certaines femmes de la société dn xvii* siècle.
(a) Le Verrier a écrit en marge au crayon en face du vers i~4 : D'Olonne, Coun-ellcs, La Baume. Bros set te ne cite pas ces noms a ce vers, il reste dan» les généralité».
Satire X. v. 197. Atten, discret Mari, que la Belle en cornette Ij> soir ait étalé son teint sur la toilette, Et dans quatre mouchoirs, de sa beauté salis, Envoyé au Blanchisseur ses roses et ses lys.
Ouand on considère en quoy consiste aujourd'huv la beauté de la pluspart des femmes, on ne peut s'empêcher d'en sentir tout le ridicule. Soiez assez favorise pour estre admis à leur toilette. Vous verrez que leur coëlFurc est composée comme un ouvrage de marqueterie. Ce sont toutes pièces de raport. Leur teint et leur peau n'ont d'autres lis nv d'autres roses que ce qui leur en vient par artifice. Combien d'eaux, combien de pommades, combien de rouge. Vous voyez, en effet autour d'elles plusieurs mouchoirs qui sont teints de toutes ces beautez empruntées. Ostez tout cela, vous estes tout surpris que vous ne reconnoissez plus la même personne que vous aviez veuë auparavant <n.
Alors, tu peux entrer : mais sar/e en sa présence Xe va pas murmurer de sa folle dépense. v . ao3 . D'abord Taryent en main paye et viste et comptant. Mais non, fay mine un peu d'en estre mécontent, Pour la voir aussi-tost sur ses deux pies haussée Déplorer sa vertu si mal récompensée.
Je connois une Dame de condition, dont les défauts ne peuvent jamais trouver place dans la satire, et dont les vertus sont dignes de l'admiration des hommes. Cette Dame accoutumée dès sa jeunesse à jouer gros jeu continua son jeu dans les commencements de son mariage. Dès qu'elle avoit perdu, son Mary, l'Homme du monde le plus vertueux et le plus sage, avoit soin de paier exactement ses dettes, sans se plaindre de rien. Enfin cette Dame dont la sagesse a toujours réglé la conduite fit cette réflexion : J'aime mon mary et j'en suis tendrement aimée; cependant je ne le voye point, parce que je rentre chez moy quand il est endormy et de mon costé je suis dans les bras du sommeil, lorsqu'il se lève. Il ne se plaint point. Hien loin de là il paie mes dettes sans murmurer de mon jeu. Il faut qu'il y ait quelque chose à redire à ma conduite. Elle reconnut sa faute. Elle l'avoua à son mary. Elle quitta le jeu pour toute sa vie. Heureux les maris qui ont une femme si sage et si vertueuse. Mais qu'il est rare d'en trouver de ce caractère '*).
(1) Cette tirade d'un financier vertueux montre que l'exemple de Boilenu était contagieux, (a) Le Verrier n'a pas mis en marge au crayon comme il l'a fait quelquefois le nom de s« héroïne, et cette lacune ôte tout intérêt à son récit.
COHHKCTIO.NS AUTOCHAPIIKS I)K DKSPHKAUX 11,'î
xitire A. ]{t; qHe serait-ce donc, si le Démon du jeu
Versant dans son esprit sa ruineuse rage. Tous les jours tais par elle à deu.r doigts du naufrage Tu voyais tous tes biens au sort abandonnés v. 220. Devenir le butin d'un pique au dun sonnés!
Pique est un terme «le jeu appelle piquet. Sonnés est un terme de Iriftrac.
Ou y querellant tout bas le Ciel qu'elle regarde, A la tteste gémir d'un Uoy venu sans garde. v. 23."i. Chés elle en ces emplois, l'Aube du lendemain Souvent la trouve enror les cartes et la main.
Il entend parler de la Présidente Paris chez qui on passoit toutes les nuits au jeu (l>.
Que si la famélique et honteuse Lézine Venant, mal et propos, la saisir au collet, Elle te réduisait à vivre sans valet, Cotante ce Magistrat de hideuse mémoire v. 2.V|. Dont je veu.r bien ici te crayonner f histoire.
(l'est Tardieu, lieutenant criminel de Paris.
Ches lui deux bons chevaux de pareille encolure Trouvaient dans l'écurie une pleine pasture, Et du foin, que leur bouche au râtelier laissait, v. 265 . De surcroist une mule encor se nourrissait.
Il parle d'une mule, parce que les Lieutenans criminels de Paris estant obligez par leur charge destres présens aux exécutions, avoient accoutumé d y aller sur une mule.
Mais cette soif de l'or qui le brusloit dans l'âme v. 2(i(). Ia* fit enfin songer à choisir une Femme:
Et F honneur dans ce choir ne fut point regardé. Vers son triste penchant son naturel guidé Le fit dans une avare et sordide famille Chercher un monstre affreux sous V habit dune fille,
(1) B rosse t te ne donne pas le nom de la Présidente Paris dans son commentaire.
I 1 4 C0MMENTA1KE DE LE VEHRIER AVEC
Satire A'. Et sans trop s enquérir d'où la Laide venoit,
llsçût, ce fut assés, r argent qu'on lui donnoit. liien ne le rebuta; ni sa veuë éraillée Xi sa masse de chair bizarrement taillée ; Et trois cens mille francs avec elle obtenus La firent à ses yeux plus belle que Vénus.
Cette femme, ou plustost ce monstre s'appelloit Ferrier. Elle estoît fille d'un fameux ministre de la Religion protestante en Languedoc. Le Cardinal de Kiohelieu le gagna à force d'argent, et il mourut catholique. Le portrait que fait icy nostre autheur de cette femme hideuse est horrible, mais cependant il Ta plustost diminué qu'il ne Ta chargé.
v. 2(j3. Un vieux Valet restoit, seul chéri de son Maistre, Que toujours il servit, et qu'il avoit veu naistre.
Ce misérable valet s'appelloit des Bordes qui en partie par le moien de son industrie, et en partie par le moien des présens qu'on luy faisoit pour aborder son maistre, avoit amassé quelque argent.
v. 345. Nouveau Prédicateur aujourd'hui y je V avoue y Ecolier y ou plûtost singe de Bourdalouë, Je me plais à remplir mes sermons de portraits.
Le fameux Bourdalouë, Jésuite, remplit ses sermons de portraits, et cette satire en est pleine. Nostre autheur en la faisant a quitté le modelle d'Horace et de Juvénal pour prendre celuy de Molière. Tous ses amis luy en dirent leur sentiment avant que cette pièce parust, mais Racine fut celuy qui s'esleva le plus contre cette manière moderne <1).
Laisse-t-elle un moment respirer son Epoux? Ses valets sont d'abord F objet de son courroux. Et sur le ton grondeur y lorsqu'elle les harangue, v. 358. // faut voir de quels mots elle enrichit la Langue.
Il est vray que quand une femme est en colère, elle trouve pour l'exprimer des termes et des manières de parler qui ne se trouvent que dans leurs bouches {iK
(1) Dans sa note, Brossette ne parle pas de l'opinion de Racine, il se borne à donner quelques détails sur Bourdalouë.
(a) Le Verrier avait écrit au crayon, dans la marge, les mots suivants : Frelampier, riande, rabâcher, myjorée, pecque, bacoule, épétier.
Brossette a vu dans les vers 353 et suivants le portrait de la belle-soeur du satirique, femme de Jérôme Boileau, son frère aîné, interprétation contre laquelle Berriat-Saint-Prix a protesté, mais nous devons reconnaître qu'au sujet des membres de la famille du poète, Le Verrier et Boileau lui-même ont souvent confirmé les allégations de Brossette, comme le montre plus loin le vers 390.
Satire -*• Tu crains peu d'essuyer cette étrange furie.
En trop bon lieu, dis-tu, ton Epouse nourie Jamais de tels discours ne te rendra martyr. v. 364. Mais eut-elle sucé la raison dans Saint Cyr,
Tout le monde sçait que St Cyr est une maison près Versailles dont Mad. de Maintenon est la Fondatrice, et où on élève un grand nombre de jeunes Demoiselles jusqu'à ce qu'elles aient pris ou le parti de s'y faire Religieuses, ou de se marier.
Combien na-t-on point veu de Belles aux doux yeux, Avant le mariage, Anges si gracieux, Tout à coup se changeant en Bourgeoises sauvages, Vrais Démons, apporter F Enfer dans leurs ménages, Et découvrant l'orgueil de leurs rudes esprits, v. 3ja. Sous leur fontange a Itière asservir leurs Maris?
Fontange. C'estoit un nœud de ruban dont les femmes se servoient pour attacher leurs coëflures. Ce nœud se mettoit justement au-dessus de la teste vers la pointe des cheveux qui font le milieu du front, et il avoit pris son nom de MH,e de Fontange dont la beauté et les amours ne sont ignorez de personne.
Et puis, quelque douceur dont brille ton Epouzef v. 3j4. Penses-tu, si jamais elle devient jalouze, Que son dme livrée a ses tristes soupçons, De la raison encor écoute les leçons?
L'autheur entend parler de la femme d'un officier du Roy appelle Marchand. Cette femme estoit de Bordeaux, et dans ses fureurs de jalousie, elle se portoit à tous les excez dont il parle icy. L'objet de la jalousie estoit MHleLeuffroy, la plus fameuse écolière de Lambert (I'.
Alors, Alcippe, alors, tu verras de ses œuvres. Bésou-toi, pauvre Epoux, à vivre de couleuvres : A la voir tous les jours, dans ses fougueux accez, A ton geste, à ton rire intenter un procez : v . 38 1 . Souvent de ta maison gardant les avenues,
Les cheveux hérissez, f attendre au coin des rues :
(i) Le Verrier a vu ici une allusion précise et il a écrit le nom de la personne visée; Brossette, au contraire, dit qu'il s'agit d'un caractère général. Sur Marchand : voir Brossette, Ns. lâi^j et Berriat-Saint-IVix, T. IV, p. jo;, note \.
Satire A'. Le Verrier a écrit, en marge, au crayon : contre la Leuffrov.
Et par tout où tu vas, dans ses yeux enflammés v. 385. T offrir, non pas dlsis la tranquille Euménide,
H va dans Topera d'Isis une Furie qui ne fait presque pas la moindre démarche.
v. 386. Mais la vraye Alecto peinte dans V Enéide,
C'est dans le je livre de l'Enéide, v. 34i.
Kxin Gorgoneis Alecto infecta venenis Principio Latium, et Laurentis tecta Tvranni Celsa petit, tacitumquc obsedit limen Amatœ, Quam super adventu Tencrum, Turnique hymenœis Fœminœ ardentem curceque ineque coquebant.
T accommodes-tu mieux de ces douces Ménades, Qui dans leurs vains chagrins sans mal toujours malades. v. 3yf>. Se font des mois entiers sur un un lit effronté Traiter d'une visible et parfaite santé, Et douze fois par jour dans leur molle indolence, Aux yeux de leurs Maris tombent en défaillance?
Nostre autheur entend parler de sa belle-sœur qui sur le soupçon qu'elle avoit qu'on vouloit luy donner quelque chagrin à quoy Ton ne songeoit pas, se mcttoit au lit, faisoit la malade, et par la force de l'imagination, se donnoit des convulsions si outrées, que ceux qui ignoroient son jeu, croyoient qu'elle alloit mourir. Reinsant, ce fameux médecin originaire de Rheims fut un jour appelle pour la voir en cet estât. Il luy tasta le poux fort longtemps avant que de rien dire. Mais enfin il dit qu'il y avoit là quelque chose de bizarre, et que seurement il n'y avoit aucune maladie. Perrault le médecin qui estoit du complot de la fausse malade, arriva dans ce moment là. Il parla à Reinsant, et tous deux s'en allèrent. Cette vile complaisance de Perrault est en partie cause de tout ce que l'autheur a escrit contre luy. Tourbier, le chirurgien, fut mandé pour la saigner sans luy parler des médecins, mais après avoir examiné cette feinte maladie, il ne voulut point faire la saignée qu'on luy demandoit (*K
(i) Le Verrier confirme pleinement In note de Brossette sur le portrait que Boileau a fait ici de sn bello-sœur, la femme de Jérôme Boileau, il y ajoute un petit détail relatif à l'animositc du satirique contre Perrault et met en scène le chirurgien Tourbier dont Brosscttc ne parle pas. Ber— riat-Saint-Prix s'est donc trompé du tout au tout en se refusant à croire que Boileau ait exerça sa verve contre sa propre famille.
CORHEOTIONS AUTOGKAPHKS DK DKSPRKAUX I 1 J
Au reste Fépithète d'effronté est prise de Régnier, c'est un de ses bons mots favoris, et il n'a guères fait de satires où il ne lait employé.
Mais ne nous fâchons point. Peut-est re avant deux jours, v. /|i2. Courtois et Denyau mandés à son secours,
Digne ouvrage de l'Art dont Hippocrate traite, Lui scauront bien oster cette santé d'Athlète :
Courtois et Deniau, deux fameux médecins que Molière a célébrez f".
Pour consumer l'humeur qui fait son embonpoint, Lui donner sagement le mal qu'elle n'a point, v. /| 1 7 . Et fuyant de Fagon les maximes énormes,
Au tombeau mérité la mettre dans les formes.
Fagon, premier médecin du Roy et homme de beaucoup d'esprit <-).
Mais à quels vains discours est-ce que je m'amuse? Il faut sur des sujets plus grands, plus curieux, Attacher de ce pas ton esprit et tes yeux. v. /|2."). Qui s'o/f rira d'abord ? Mon, c'est cette Sauvante Qu'estime Roberval, et que Sauveur fréquente. D'où vient qu'elle a l'œil trouble, et le teint si terni? C'est que sur le calcul, dit-on, de Cassini,
C'est constamment de Mad. de La Sablière que l'autheur parle icv. Elle passoit une partie de sa vie avec les gens les plus polis de la Cour et de la Ville, l'autre partie avec des Physiciens, des Mathématiciens, et des Astronomes. Roberval estoit de ses amis, Sauveur dont le solide génie est si connu, et que le Roy a choisi par distinction pour enseigner les mathématiques aux Princes estoit un des maistres de cette illustre Femme P>.
Cassini, italien de nation a esté appelle à Paris du temps du Ministre Colbert qui luy lit donner la direction de l'Observatoire. Ausout en conceut une si grande jalousie qu'il quitta la France pour se retirer à Rome où il est mort.
Voir Ju vénal. Sat. 6, v. i83.
(i) Le Verrier ajoute à la noie de Brossetle que ce» deux médecins ont été célébrés par Molière.
(a) Le Verrier nous apprend que Fagon avait beaucoup d'esprit.
(3) Brossetle nous avait appris seulement les initiales du nom de la « savante » : Mad. de L. S. Le Verrier écrit Mad. de La Sablière, le doute émis a ce propos par Berriat -Saint- Prix nu plus de raison d'être.
Satire X. Un astrolabe en mainy elle a dans sa goûtière
v . 43o . A suivre Jupiter passé la nuit entière.
Bernier ayant sçeu que les satellites de Jupiter paroissoient alla éveiller Mad. de La Sablière pour la conduire à l'Observatoire. Et comme elle tardoit un peu : Eh! prenez promptement vos coëffes, luy dit-il, si nous ne partons viste, les satellites s'en iront M.
Gardons de la troubler. Sa science, je croy, Aura pour s'occuper ce jour plus d'un employ. D'un nouveau microscope on doit en sa présence v . 4'M • Tantost chez Balancé faire l'expérience;
Dalancé estoit un physicien dans les principes de Des Cartes. Mme de La Sablière alloit souvent chez luy pour luy voir faire ses expériences <->.
Puis d'une femme morte avec son embryon , v. 436. Il faut chez Du Vernay voir la dissection.
Du Vernay n'a pas besoin qu'on dise qui il est. Il n'y a point de Physicien qui ne connoisse le nom et le mérite de ce fameux médecin. Le Hoy l'entretient au Jardin royal à Paris où il enseigne publiquement l'Anatomie. Il l'enseigne aussy en particulier aux Personnes qui luy conviennent. Peut-estre que jamais aucun Anatomiste n'a plus approfondi cette matière. Du moins jamais personne n'en a mieux parlé ny mieux escrit. Mme de La Sablière alloit souvent entendre ses leçons, et j'ay esté assez heureux pour faire avec luy deux cours d'anatomie. Il connoist non seulement les parties du corps humain, mais encore il en connoist tous les usages en vray Philosophe ®K
Rien n'échappe aux regards de nostre Curieuse. v. 438. Mais qui vient sur ses pas? C'est une Précieuse, Reste de ces Esprits jadis si renommez Que d'un coup de son art Molière a diffamez.
Nostre autheur peint icy Mlle Du Pré et sous ce masque coëffé, il
(1) Le Verrier nous paraît expliquer beaucoup plus vraisemblablement que Brossette l'allusion de Boilcau, mais il est difficile de se prononcer entre les deux commentateurs du poète. L'éd. Saint-Marc de 1772 contient à propos de Mad. do La Sablière une note intéressante de Du Monteil.
(a) Le Verrier explique pourquoi Dalancé a été mis en cause, la note de Brossette ne le dit pas.
(3) Cette note sur Du Vernay ou Du Verney est plus personnelle que cello de Brossette.
COIUIECTIONS AUTOtilUPHES DE DKSPKKAUX liy
Satire A. ataque Perrault l'académicien qui est fort ami et fort admiré de cette fille '■».
C'est chez elle toujours que les fades Auteurs S'en t'ont se consoler du mépris des Lecteurs. Elle y reçoit leur plainte, et sa docte demeure, v. !\!\i\. Aux Perrins, aux Coras est ouverte à toute heure.
II y avoit originairement aux Perrins, aux Perraults ->.
Là du faux bel esprit se tiennent les bureaux. v. /|/»8. Ui tous les vers sont bons, pourvu qu'ils soient nouveaux.
Que je connois de gens qui sont de ce caractère.
v. 4*>5. Sçavez-vous que l'Epouse avec qui je me lie Compte entre ses parens des Princes d'Italie ?. Sort dWyeux dont les noms. . . Je t'entens, et je voy lïoit vient que tu t'es fait Secrétaire fin Roy.
On parle icv de Primi qui est entré à la Cour sur le pied d'un Diseur de bonne avanture, et qui a épousé la Fille de Léonard le libraire. La Fille crovoit que Primi estoit un Prince d'Italie. Le beau-père n'en croyoit rien, et avoit des preuves du contraire ,:i .
v. /|ji . Si quelque objet pareil chez moy, deçà les Monts, Pour m épouser entrait avec tous ces grands noms, Le sourcil rehaussé d orgueilleuses chimères, Je lui dirais bien-tost. Je cannois tous vos Pères :
Juvénal. Sat. f>, v. i(»8.
Malo Venusinam quam te Cornelia, mater Clracchorum, si eu m inagnis virtutibus allers Grande supercilium, et mimeras in dote triumphos. Toile tuuin, precor, Annibalem victumque Sypliacem In castris, et cum tota Cartbagine migra.
(i) Celle allusion à Mlle Du Pré n'est pns dans le commentaire de Hrosscttc. La {dus grande partie des poésies de Mlle Du Pré se lit dans la correspondance de llussv-l\al>utin. On l'avait surnommée la Cartésienne, elle parlait couramment le latin et l'italien. Verlron a célébré ses mérites dans la Nouvelle Pandore. Saint-Marc croit, au contraire, d'après Mlle Lhériticr qu'il s'agit de Mme Deshouliéres qui avait pris le parti de Pradon contre Hacine et était amie de Perrault.
(a) (Ici le note n'est pas dans le commentaire de Hrossette.
(3) Brossette ne parle pas de Primi, mais au vers ^€»N. il nomme un M.ti.D. (licornes d'Kntra- Kiic») qui s'étant enrichi dans la Héception générale des Aides de Paris, é|>ousa une demoiselle de condition (Mlle de Yuleuçay, d'après le Ms. i.Vj~.~>>.