‹ Les satires de Boileau, commentées par luimême et publiées avec des notesChapitre 19 sur 96 · V. 62. La nuit à bien dormir, et le jour à rien faire · texte numérisé non relu

V. 62. La nuit à bien dormir, et le jour à rien faire

M. Des Préaux aiant sçeu que quelques Académiciens luy reprochoient de n'avoir pas mis la négative au dernier hémistiche, et de n'avoir pas dit le jour à ne rien faire leur fit connoistre que leur reproche étoit mal fondé. Et depuis peu les trouvant à l'Académie, il fit convenir tout le monde qu'en cet endroit il ne talloit point mettre la négative pour deux raisons :

[La première que Xet fait une disjonction qui sépare tellement les deux

Il faut retrancher Hémistiches, qu'il met un espace infini entre l'un et l'autre. La seconde

cet endroit qui ne qu'en ne mettant point la négative, il donne une réalité et une occupation

s'entend pas bien, déterminée â rien faire comme à bien dormir.] La Fontaine dans son

épitaphe qu'il a faite luy-même depuis cette satire, a mis

Quant à son temps bien sçeut le dispenser. Deux parts en fit dont il souloit passer, L'une à dormir, et l'autre à ne rien faire. <'>

V. j3. Tous les jours malgré moi, cloué sur iin ouv?'arjc, Retouchant un endroit, effaçant une page,

Molière [fut frappé de cette expression cloué sur un ouvrage. 11] a

mais moins heureusement.

employé le mot cloué dans une de ses pièces, [mais d'une manière bien différente]. C'est dans les Femmes sçavantes (acte i^"", se. 3) où Clitandre dit à Henriette qui luy recommandoit surtout de gagner sa mère et sa tante.

De son étude enfin je veux qu'elle se cache. Et qu'elle ait du sçavoir sans vouloir qu'on le sache, Sans citer les autheurs, sans dire de grands mots, Et clouer de l'esprit à ses moindres propos. <->

(i) Suivant Brossettc, Boileau aurait demandé à lAcadémie de se prononcer : « sur laquelle « de ces deux manières valoit le mieux, la sienne ou celle de La Fontaine. 11 passa tout d'une « voix que la sienne ctoit la meilleure ». MM.Daunou ctHaynouard avaient mis en doute ce récit.

(2) Ce rapprochement avec Molière n'est signalé ni par Hrosselle/ni par Saint-Marc, ni par Berriat-Sainl-l'rix.

CORRECTIONS AUTOGRAPHES DE DESPREAUX

Saiire II. y. 8;, Un Sot en écrivant fait tout avec plaisir :

Il n'a point en ses vers l'embarras de choisir, Et toujours amoureux de ce f/u'il vient d'thrire. Ravi d'étonnenient, en soi-mesme il s'admire.

Horace. Liv. II, Kp. 2, v. iu(>.

l'ijctulerim scriptor delirus, incrsquc videri, Dum mea délectent mala me, vel denique fallant Quam sapere, et rinn^i

Mais un Esprit sublime^ en vain veut s'élever V. ()2 A ce degré parfait qu'il tâche de trouver : et suivants. Et toujours mécontent de ce qu'il vient de faire. Il plaist à tout le monde, et ne sçauroit se plaire. Et Tel, dont en tous Heur <hncun vante l'esprit. Voudrait pour son repos n'avoir jamais écrit.

I L'autlieur a mis ces quatre vers parce qu il a acoutumc de parler ainsy

de luy, lorsqu'à cœur ouvert il exprime ses sentimens à ses véritables

fut extrêmement frappé de ces 4 vers la première fois

amis]. Molière [de son coslé estoit dans les mêmes sentimens. Il admira

71/'// les entendit.

ces quatre vers dès qu'il les entendit lire,] et serrant la main à l'autlieur,

Voilà [son action et ses paroles exprimèrent les sentimens de son cœur. Car dit-il une (jrande vérité et pour moi je vous avoue que je naij jamais rien faicl Molière luy dit, vous venez de dire une des plus grandes véritez que vous dont j'aye esté content <•).

aicz jamais dites. En effet, je ne suis jamais content de moy dans mes ouvrages.]

( 1 ) Boilcau coiilirinc ici la |)liiasc prctce à Molière dans les notes de Brossette.

SATIUi: 111

Cette satire fut commencée en i()G/| "•. Le but de riiulhciir n'rsl pas

sur de Taire voir comme plusieurs se le sont imaj^inez, qu'il est délicat [pour

les bons morceaux.

la table, (ju'il n'y ait quo I(>s repas sans faute (pii puissent luy convenir.)

d'allfu/uer ces délicats de profession t/ui s'afpi- Au contraire son dessein est [de blasmer les gens qui croient qu'on ne fjeni d'un maurais repas r/u'ils ont fait comme d'un f/raml malheur. peut mang-er agréablement, sans se jetter dans une délicatesse scnipiiicus»' [)our l'ordre, pour l'arrangement et pour le cboix des mets.J

C'est par la lecture que l'on fit de cette pièce au Roy qu'il commença d'avoir de l'estime pour l'autheur. Dans cette pièce il y a deux Interlocu-

unc espèce de teurs, le Poète sous la lettre A et |Le| Broussin sous la lettre P. Souvent

ijrand l'aulbour m'a dit. Le Broussin faisoit l'homme de goust, et il n'en avoil point, Le Rancher son frère ne disoit mot, et c'estoit luy qui en avoit.

.4. Quel sujet inconnu vous trouble et vous altère^

D'où vous vient nujourcVhuy cet air sombre et sévère

Et ce visage enfin plus pasle qu'un Rentier, \. [\. A l'aspect d'un arrest qui retranche un quartier? et 5. Qu'est devenu ce teint, dont la couleur fleurie

Sembloit d'ortolans seuls, et de bisques nourie.

Oit la jo}/e en son lustre attirait les regards.

Et le vin en rubis brillait de toutes parts ^

sur les de

En iGG4, le Roy retrancha un quartier [des] Rentes [sur] l'Hostei de Ville.

(i) D'après IJrossctU', oUo aurait élc écrito en iGO"), mais les ct»iTCcUons de Builoau ne pornielloni plus de diseulor la date de iGC». Le Verrier nous apprend encore que grâce à la

lecliire <|iii ou l'ut i;nle à Louis XIV, celni-ci en distingua ranteiir.

Satire III. Qui ^ous a pu plonger dans cette humeur chagrine ?

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