‹ Les satires de Boileau, commentées par luimême et publiées avec des notesChapitre 62 sur 96 · V. 218 Qu'il soit le mieux renié de tous les beaux Esprits · texte numérisé non relu

V. 218 Qu'il soit le mieux renié de tous les beaux Esprits

Chapelain avoit 8.000 I. de pension du Hoy. C'est ce qui irrîtoit l'autheur '-'. Il n'a jamais parlé de Chapelain qu'il n'ait cité quel({ue chose de son poème de la i^ucelle. Voicy ce que j'apris de luv en me faisant cette remarque. C'est la description d'un combat entre un oiseau

de proye et

Et bien que d'un long bec il ait le flanc percé,

11 luy tient le long col de la serre pressé,

Les Dents, tout luy manquant, dans les pierres il plante

Mais ton illustre aspect me redouble le cœur,

Et me le redoublant me redouble la peur *3*.

V. 225. Quel tort lui fais-je enfin ? ai-je par un écrit, Pétrifié sa veine, et glacé son esprit ? Quand un Livre au Palais se vend et se débite, Que chacun par ses yeux jtiye de son mérite :

Ce trait est pris dans la i" satyre de Perse, v. 119.

Men' mutire nefas, nec clam, nec cum scrobe? Nusquam Hic tamen infodiam, vidi, vidi ipsej libelle : Auriculas asini quis non habet.

Le sens de Perse est de dire : Il est vray que je fais mal une satyre, mais je fais la guerre aux vices qui régnent dans Home, et je ne donnerois pas mon petit livre pour toute l'Iliade de Labeon [ny pour la Troade de Néron]. Je feray comme Midas j'auray des oreilles d'asne, et je les cacheray, c'est-à-dire mon livre à la vérité ne vaut pas beaucoup mais je

(1) Brossette ne donne pas à ce vers ce petit détail.

(2) Brossette ne dit pus que la pension accordée par le Roi à Giapelain ait suscité la jalousie de Boileau.

(3) Ces vers tendant à ridiculiser le poënio de La Pucelle sont pris dans plusieurs chants de cet ouvrage.

Satire IX. me salisf'eray en l'escrivant, et personne ne le verra. Je le cacheray comme Midas cachoit ses oreilles d'asne. La fable est que Midas avoit préféré la fluste de Pan à la lyre d'Apollon. De là est venu le proverbe qu'un homme a des oreilles d'asne quand il manque de g-oust. On prétend que Perse avoit mis :

Auriculas asini Mida Rex habet Et que l'on a changé cet hémistiche de peur que Néron qui avoit composé un poëme intitulé La Troade ne prist cet endroit pour luy **'.

Page 1