‹ Les satires de Boileau, commentées par luimême et publiées avec des notesChapitre 64 sur 96 · SATIRE X · texte numérisé non relu

SATIRE X

Cette satire avoit esté commencée il y a près de trente ans et l'autheur so trouvant harcelé par les volumes que Perrault enTantoit contre luy, las d'ailleurs de répondre à son Aristarque par des traits de satire, s'avisa d'achever cette satire pour le peindre plus à son aise sous le voile et sous la coëfTe d'une femme qu'il introduit dans cette pièce. Il l'acheva m mil six cens quatie-vingl-douze à l'Age de cinquante-cinq ans. D'abord elle lit un esclat surprenant dans le monde. Tous h's gens d'esprit s'empressoient pour l'entendre réciter à l'autheur qui estoit alors à Auteiiil. M*" Daguesseau, le Procureur général, en retint deux cens cinquante vers dez la première fois qu'il l'entendit réciter, et l'ahbé de Cauniartin qui estoit de la partie, en retint presque autant de son costé, manjue certaine que cette pièce est frappée au bon coin. Sur tout ce qui charma tous les honnestes gens qui l'entendirent, et c'est ce qui leur plaist encore aujourd'huy, ce fut de voir que dans une matière si délicate à traiter, l'autheur avoit évité non seulement les idées, mais encore les manières de parler dont .luvénal a sali la satire qu'il nous a laissée sur le même sujet '^*.

Enfiu bonianl le cours de tes yalanleries. Alcippe, il est donc vrai, dans peu tu te maries. V. 3. Sur r argent, c'est tout dire, on est déjà d'accord. Ton lieaupère futur vuide son coffre-fort :

C'est ainsy que se font aujourd'huy les mariages. On ne regarde point si les personnes se conviennent. Dez qu'on est d'accord sur la dot, le mariage est conclu.

Quelle joye en effet, quelle doticeur e.rtrthne! Dr se voir cfïrressr (fune Kpousc qu'on aime : V. II. De s'entendre appeller petit Cœur, ou mon lion :

(i) Les détails renfermés dans cette noie no sont pas dans le commentaire do BrosscUc, particulièreincnt ceux relatifs à M' d'Aguesseau et à l'abbé de (laumartin. Brossctte fixe la date de cuinpositlun de l.i Satire X à i6;)3, Le Verrier duniie iG«ja comme Bcrrial-Saint-Prix.

Satire X. Mad. Colbert appeloit son mary « Mon Bon ». C'est elle que notre

autheur attaque icy. A propos de ces noms ridicules dont quelques maris et quelques femmes se sont fait présent dez les premiers jours de leurs mariag-es, je luy ay entendu faire ce conte. Un officier du Parlement fut taxe. 11 refusa de paier sa taxe. On le mit en prison. Le Premier IVésidcnt de Lamoignon le fit sortir et le gronda d'estre si rétif. L'officier luy dit que pour luy il auroit volontiers paie, mais que Baboinette ne le vouloit pas. On expliqua au Premier Président que Baboinette estoit la femme de cet officier. A quelques jours de là Baboinette vint parler de la même affaire au Premier IVésident qui l'ayant grondée à son tour de sa félonnie, elle luy avoiia qu'elle avoit regimbé contre la taxe, mais qu'elle ne l'avoit fait que parce que Fanfan estoit au désespoir de se voir si cruellement taxé. Le Premier Président remist du mieux qu'il put l'esprit de cette femme sur l'affliction de son mary. Et un jour fautheur faisant ce conte devant un de ses voisins appelle La Guerre, amy de musique de Puy-morin, le musicien applaudit fort au ridicule que fautheur donnoit à Fanfan et à Baboinette et il s'écria : ah si Dada sçavoit ce contc-là. G'estoit sa femme <•'.

Mais quoi/, je voy déjà que ce discours t'aigrit. Charmé de Juvénal, et plein de son esprit Venez-vous, diras-tu, dans une pièce outrée, V. 26 Comme luy nous chanter : Que dès le temps de Rhée et suivants. La Chasteté déjà, la rougeur sur le front,

Avait chés les Humains receuplus d'un affront : Qu'on vit avec le fer naistre les Injustices, L'Impiété, l'Orgueil, et tous les autres Vices, Mais que la Bonne foy dans l'amour conjugal N'alla point jusqu au temps du troisième Métal?

Il n'y a personne qui ne sache que Juvénal a fait une satire contre les Femmes et que c'est son plus bel ouvrage. 11 n'y a personne non plus qui ignore que ces huit vers que fautheur met icy ne soient imitez de cette satire.

Juvénal, vers 23.

Omne aliud crimen mox ferrea protulit œtas Viderunt primos argentea sœcula Mœchos.

Mais je vo?is dirai, moi, sans alléguer la fable, Que si sous Adam mesme, et loin avant A^oé, Le Vice audacieux des Hommes avoué

(i) La noie de Le Verrier confirme celle de Brossetlc mais elle est complétée par une anecdote amusante et inédite.

COIIMICTIONS AirrO(inAlMIKS |)K DKSPMKAIÎX Kij

Siilirr V. .1 /fl (l'istc iiilHUCitcv ni tous lit'U.r jU /// ijHi'l'rC,

Il (Ivnivnrn pourlaiit tic l'/innm'ur sur lit Terre : V. 3(). (Jn'(iK.r /r//i/is les iiIks fV-ronds m l*hri/nés, pu Un/s, Pli/s il' une. I*i'/H'l(tp(' In ni uni son juiifs ;

rinviK" ('sloil une fameuse courtisane crAthènos, laquelle ayant esté ;i((iis«''(', lui (leUcMuiiic par llypéride et cet orateur s'apereevant que son discours ne louclioil point ses juj^rs, s'avisa de (l«'cliirer la veste «le cett*; j'iilc. (l'est une histoire connue de tout le monde, et que <,>ninlilieri rapporte liv. :>., (h. iode son Instit orat :

EtPhrynen non Hyperidisactione,quamquam admiral)ili,sedconspeclu corporis, (juod iila, speciosissima alioqui, diductii nudaverat tunica, pulant periculo liberatam.

Lais, courtisane de (^orinthe, mais si belle qu'elle estoit recherchée de foule la (Irèce. Personne n'avoit ses bonnes grâces qu'en luy donnant tout ce qu'elle demandoit. De là est venu le proverbe « qu'il n'est pas permis à tout le monde dallera Corintbc ». Dt'musthènes attiré parle bruit de la beauté de celle l'illealla la tiouver. IJle luv demande un talent, dette demande le lit rentrer v.n luy-même. Il se retira et il dit : .le n ai g^aide d'acliepler si cher un Kpentir. Nous n'avons plus de Lais pour la beauté, mais Paris en est plein du costé de l'argent et je ne trouve guères de Uémoslhènes'".

Et que mesme aujourtThui, sur ces fameux modèles. On peîd trouver eiiror quelques Femmes fidèles. Sans doute; et dons l'uris, si Je sçat/ hie/i compter. Il en est jusqu'à Trois que je pourois citer. Ton Epouse dans peu sera la quatrième.

Je le veux croire ainsi :

Il en est jusqu'à trois que je pourois citer. Presque toutes les Dames ont pris ce vers à la lettre, et s'en sont ollensées. Mais elles n'ont pas pris garde que c'est une figure.

Mais ht C/>asteté mesme,

Sotfs ce beau nom tC Epouse, enfrast-t-elle chês toy; De retour d'un vof/age en arrivant, croi/ mot/, V. /|(). Fais tort jours du logis avertir la Maistresse. 5o . Tel /jartit tout hait/ né de jjleurs de .sa Lucrèce;

(i) Cette note est plus ctoiulue (|iie colle du ooiunieiitaire de BrosscUe.

I08 COMMENTAlUi: 1)K LE VERRIER AVEC

Satire A'. Qui f mite cV avoir pris ce soin judicieux.

Trouva. Tii sçais... Je sçai que d'un conte odieux Vous avez comme moi sali vostre mémoire.

Tout le monde connoist l'histoire de Joconde"*, surtout depuis que La Fontaine l'a contée avec tant d'art et tant d'agrément, H disoit de luymême qu'il n'entroit jamais dans une maison qu'il ne toussast dès la première porte'-'.

A quels discours malins le Mariage expose. Je sçai, que c'est un texte oii chacun fait sa glose : Que de Maris trompez tout rit dans V Univers, Epigrammes, Chansons, Rondeaux, Fables en ve?'S, Satire, Comédie : et sur cette matière, V. GG. J'ay veu tout ce quant fait la Fontaine et Molière :

On ne peut assez blâmer ces deux autheurs sur la liberté qu'ils se sont donnée d'exposer aux yeux du public des choses dont la pudeur ne permet pas même que l'on s'entretienne en particulier. Je ne sçay pas ce que Molière pensoit des contes de La Fontaine, mais pour celui-ci que j'ay fort connu, il estoit indigné contre certains caractères que Molière a mis sur le théâtre. Que ne disoit-il point des équivoques de ce poëte comique et avec quelle indignation (•" parloit-il du ruban d'Agnès. Pourquoi l'un et l'autre n'ont-ils pas gardé dans leurs escrits la modestie qu'ils avoient dans leurs conversations. Après cette réflexion, on ne peut assez louer nostre autheur d'avoir parlé des femmes et de leurs caractères sans avoir donné la moindre ataque à la modestie'*'.

J'ay leu tout ce qu'ont dit Villon et Sain t-Gelais, Arioste, Marot, Bocace, Rabelais, v. G(). Et tous ces vieux Recueils de Satires naïves ^o , Des malices du Sexe immortelles archives.

(i) On ne connaît en vers français que la traduction du conte de .loconde par Bouillon et l'imitation de ce même conle par La Fontaine. I>a première traduction française, également en vers, non menlioiuice jus(|u'ici, est celle du poète Eslicnne Durand qui subit le su])plice de la roue le If) juillet 1G18. Elle a |iaru vers 161 1 dans son livre d'amour pour sa cousine, la belle Marguerite de Éourcy, marécbale d'Effiat ; ce livre d'amour autpiel il a donné le titre de « Méditations de M. D. », plus do deux cents ans avant Lamartine, a été im[>rimé sous le manteau s. n. de lib. ni d'impr. et s. d. Il n'en existe plus qu'un exemplaire (ex mcis).

(2) Cette petite particularité relative à La Fontaine est nouvelle.

(3) Le Verrier avait d'abord écrit « mépris ».

(4) Le récit de Le Verrier relatant l'opinion de La Fontaine sur certaines comédies de Molière est à retenir aussi bien (pie la réserve apportée par le fabuliste dans sa conversation. Ce sont là des miettes à recueillir pour l'histoire littéraire.

COimECTIONS .VUT<)(;H.VI'IIKS l)K DKSI'IIKADX

inc)

>'ilirc .V,

fl entend pailn- des contes de la Keine de Navarre, dont lu nuivetc cache un poison (|ui ^ni^na aisément le cœur des jeunes gens.

Jt; .suis las de me voir les soirs en ma maison Seul avec (les Valels, souvent voleurs el Ira istres, V. <)/| . /i7 toujours, à coup seur, ennemis de leurs Maistres.

(iC vers révolta les val«tz de nostre autlieur. Ils s'assemblèrent et luy remontrèrent qu'ils le servoient tous avec une affection et une fidélité dont il devoit cstre satisfait. Cependant qu'il venoit de les diffamer d'un coup de son art. Il ne leur donna pas \{\ temps d'achever. Il connut hien leur révolte, et il leur dit, vous estes des fous. (]e n'est point de vous en particulier que j'ay parlé. Je n'ay fait qu'exprimer en général par un vers un l)on mot de Platon qui dit que les valetz sont toujours ennemis de leurs maistres. U appaisa par là cette petite révolte domestique. Mais nostre autheur n'expli)(ua pas toute la pensée de ce sage Philosophe. Car s'il assure (jue les valetz sont toujours ennemis de leurs maistres, il assure aussy que les maistres n'aiment pas fort leura valetz. La raison qu'il en rend, c'est qu'I n'y a que l'égalité qui puisse entretenir l'amitié '". De Leg. lib. G page 858. Edit. Francf.

AôuXot yài av xài oesitoTat ôux av ttôte ysvoivTO !j>tXo'.

Je ne me couche point, qu'aussi-tost dans mon lit Un souvenir fascheiw n'apporte à mon esprit v. c)^. Ces histoires de morts lamentables, trafjiques.

Dont Paris tous les ans peut f/rossir ses Chroniques.

Blandin et du Kousset '-' ont composé chacun une histoire tragique de ce qui esloit arrivé de leur temps ou avant eux dans Paris.

Xous /taissons, //ous vivons pour la socictr. A nous-tncsmes lierez dans une solitude, Nostre bonheur bien-lost fait nostre inquiétude: Et si, durant un Jour, nostre premier Ayeul v. ro/| . Plus riche d'une côte avait vescu tout seul.

Plus riche d'une coste. Personne n'ignore qu'Eve fut tirée d'une cosle d'Adam.

C'est ainsi que souvent la inain de Dieu Passiste, V. iiS. Ha bon! voilà parler en docte Janséniste,

{l) Ce petit récit n'est pas dans le commentaire de Urossette, il montre avec quelle minutie Lo Verrier aecueillait les moindres explications du satirique et la complaisance avec laquelle ce

dernier lui narrait les incidents provo<|ués par ses vers. (a) Du Housset n'est autre que de Uosset.

COMMKNTAir.K DE LE VEUUIEr, AVEC.

Salire X. L'authcur prépare dès ce vers la transition qui lui est nécessaire

pour passer au caractère qui suit.

V. 120. Desmàres, dans saint Rorh, n' aurait pas mieux prêché.

Desmares avoit esté i^èrcde l'Oratoire, mais il ne l'estoit plus dans le temps qu'il preschoit un carême à S' Rcch. Ce fut le dernier carême qu'il prêcha. Tout Paris y alloit en foule. Son nom et son mérite ne sont ignorés de personne. Gepandant j'ai oiiy dire à La l'^ontaine que pendant qu'il portoit le petit collet à l'Oratoire, car il y a esté i8 mois, il passoit sa vie avec Desmares qui estoit dune si affreuse retraite que ses confrères mesmes ne connoissoient pas ce qu'il valoit. La Fontaine disait : Desmares vouloit m'enseigner la Théologie, ils ne le voulurent pas. Ils crurent qu'il ne pourroit me l'enseigner ny moy que je pourrois l'apitrendre. Mais à quoy passiez-vous donc la journée. Desmares s'amusoit à lire son Saint-Augustin et moy mon Astrée *".

De quel air penses-tu, que ta Sainte verra D'un spectacle enchanteur la pompe harmonieuse, Ces danses, ces Héros à voix luxurieuse; Entendra ces discours sur V amour seul roulans, V. i3G. Ces doucereux Renauds, ces insensez Rolands;

Sçaura d'eux qu'à l'amour comme au seul Dieu suprême, On doit immoler tout, jusqu'à la vertu même. Qu^on ne sçauroit trop tost se laisser enflaminer : Qu''on n'a receu du Ciel un cœur que pour aimer ; Et tous ces lieux communs de Morale lubrique Que Lully réchauffa des sons de sa musique'?

Ce sont deux opéra de (Juinaut à qui nostre autheur reproche sa pernicieuse morale. Car ce misérahle l^oëte a jette dans ses opéra des maximes détestables. En voicy une, et combien en a-t-il débité de semblables : 11 faut souvent pour devenir heureux (Ju'il en couste un peu d'innocence Ce qu'il y a encore de ridicule, c'est qu'il met celte belle maxime dans la boucla; d'un chœur dont l'unique fonction est de célébrer la vertu et de blasmer le vice <-'.

(i) Toute la partie de cette note relative à Dcsmaros et (fui met on cause La Fontaine n'est pas dans le commentaire de Brossette. Cest cependant la plus intéressante.

(a) Brossclle a cité les mêmes vers de l'opéra d'Atis, mais il s'est abstenu avec raison de montrer la belle indignation de Le Verrier, te dernier a été ici encore l'interprète de la rancune de Boileau contre (Jninault.

i:onnKCTiONS autoghapiies de dkkphi^iaux i 1 1

>(//m- A. Mdis (le (fiiels iiKtitCfuiviis iltuis .son ((ê-iir ii,lh'-s

Sentira-t-ellt' alors tons ses si-iis (Hjiff'sf Ji' /ta le répons jHis, «iii'on n'iotir moins liniidf, V. \\(\. hn/nr Etiflirn' vn/in tr.\infi''liiini; t'I (l\\rini<li', l'jllv n'a il h; à i instant jtlvini' tla ces Uou.r sons, Avf'r f/nt'lt/ttr MtUlor praliqin'r rcs Icrons.

Nostrr autliciir seul |)arl('r de deux ()|t«''ia, sravuii- <«'|iiv rl«' IWland et <<'luv d'Ainiidc. (Juinault y jx'iut la voluptô coiuinc une vertu, |)ar !«• caractère (|u'il donne à Arig('li«|ne et à Médor. L'Arioste, au contraire, lout Arioste (|u'il est, peint la volupté sous les m«1mes personnages, mais il se donne l)ien garde d«; donner un air de vertu à la volupté.

D'abord tu la verras, ahisi que dans Clélie, Recevant SCS Amans sous le doux nom d'Amis, V. i(k). S'en tenir avec eux aux petits soins permis :

Puis, hien-tost en t/rande eau sur le fleuve de Tendre, Naviguer à souhait, tout dire, et tout entendre.

Trait de satire contre les termes ordinaires que l'on trouve dans les romans de Mlle de Scudéry.

v . \'j\ . Nous la verrons hanter les plus honteux brelans Donner chez la Cornu rendez-vous aux Galans;

II est certain qu'il y a des Femmes qui passent leur vie en des lieux où on lient l)relan [)ul)lic. Il y a même des Femmes de condition qui tiennent brelan à qui on paye une certaine somme avant de se mettre au jeu, chez qui on soupe, où l'on parle aussy librement qu'au cabaret, et à qui chacun paye en quelque manière son escot avant que de se mettre au jeu. •"

Di) Phèdre dédaignant la pudeur enfantine, v. \'jf\ . Suivre à front découvert Z... et Messaline.

Tout le monde sçait les excez abominabies de la Femme de qualité dont l'autheur raconte icy l'histoire en abrégé '-'.

Dans sa chambre, croy-moi, n'entre point tout le jour. Si tu veux posséder ta Lucrèce à ton tour:

(i) Brossplte no douiio pas ici ces détails sur le rôle de certaines femmes de la «jcicté dn xvn* siècle.

(a) Lo Verrier a écrit en marge au crayon en face du vers ij4 '• D'Olonne. Coiirccllps, La Baume. Brosselto ne cito pas ces noms à ce vers, il reste dans les goncralilcs.

Satire X. y. 197. Atten, discret Mari, que la Belle en cornette

Le soir ait étalé son teint sur la toilette, Et dans quatre mouchoirs, de sa beauté salis, Envoyé au Blanchisseur ses roses et ses lys.

Quand on considère en quoy consiste aujourd'huy la beauté de la pluspart des femmes, on ne peut s'empêcher d'en sentir tout le ridicule. Soiez assez favorise pour eslre admis à leur toilette. Vous verrez que leur coëlfure est composée comme un ouvrage de marqueterie. Ce sont toutes pièces de raport. Leur teint et leur peau n'ont d'autres lis nv d'autres roses que ce qui leur en vient par artifice. Combien d'eaux, combien de pommades, combien de rouge. Vous voyez, en effet autour d'elles plusieurs mouchoirs qui sont teints de toutes ces beautez empruntées. Ostez tout cela, vous estes tout surpris que vous ne reconnoissez plus la même personne que vous aviez veuë auparavant •*'.

Alors, tu peux entrer : mais sage en sa présence iVe va pas murmurer de sa folle dépense. v . 2o3 . D abord l argent en main paye et viste et comptant. Mais non, fay mine un peu d'en estre mécontent, Pour la voir aussi-tost sur ses deux pies haussée Déplorer sa vertu si mal récompensée.

Je connois une Dame de condition, dont les défauts ne peuvent jamais trouver place dans la satire, et dont les vertus sont dig-nes de l'admiration des hommes. Cette Dame accoutumée dès sa jeunesse à joiier gros jeu continua son jeu dans les commencements de son mariage. Dès qu'elle avoit perdu, son Mary, l'Homme du monde le plus vertueux et le plus sage, avoit soin de paier exactement ses dettes, sans se plaindre de rien. Enfin cette Dame dont la sagesse a toujours réglé la conduite fit cette réflexion : J'aime mon mary et j'en suis tendrement aimée; cependant je ne le voye point, parce que je rentre chez moy quand il est endormv et de mon costé je suis dans les bras du sommeil, lorsqu'il se lève. 11 ne se plaint point. Dien loin de là il paie mes dettes sans murmurer de mon jeu. 11 faut qu'il v ait quelque chose à redire à ma conduite. Elle reconnut sa faute. Elle l'avoua à son mary. Elle quitta le jeu pour toute sa vie. Heureux les maris qui ont une femme si sage et si vertueuse. Mais qu'il est rare d'en trouver de ce caractère '-).

(i) Cette tirades (liiii (iiiancior vertueux montre que l'exemple de Boiloau était contagieux. (2) Le Verrier n"a pas mis en marge au crayon comme il l'a fait quelquefois le nom de son héroïne, et cette lacune otc tout intérêt à son récit.

nORHKCTIO.NS AUTOfilUIMIKS l)i: IiKSPRKAIX M.'.

y/r <iiu' S(u-()it-r(' ilotir, .si le hiimm tin jni Versant dims son csprii sa ruincusi' rdt/r^ Tons li's janrs uns jinr rllc à <lru.r ilniijls ihi mm f mue Tu vot/ois tous les biens nu sorl nhamlunnés V. 9.'XO . I)ere)iir Je Initin il' un jiii/nr an il'nn sttnnt's!

Picjue est un terme <lc jeu appelle piquet. Sonnés est un terme de

Irirh ac.

Oîi, quereUnn/ loni has le Ciel quelle regarde, A la licste gémir d'un lioy venu sans garde. V. 7.')."). Chés elle en ces emplois, l'Auhe du lendentain Souvent la trouve envor les cartes à la main.

Il entend parler de la Présidente Paris chez (jui on passoil toutes les nuits au jeu ^'^

Que si la famélique et honteuse Lézine Venant, mal à propos, la saisir au collet. Elle te rédnisoit à vivre sans valet.

Comme ce Magistrat de hideuse mémoire V. 25/f. Dont je veux bien ici te crayonner r histoire.

Cl'csl Tardieu, lieutenant criminel de Paris.

Ches lui ctcu.T bons chevau.r de jnireillc encolure Trouvoient dans récurie une pleine posture. Et du foin, que leur bouche au râtelier laissait, V. 2G/1 . De surcroist une mule encor se nourrissait.

II parle d'une mule, parce (juo les Lieutenans criminels de Paris estant obligez par leur charge d «'stres prt'sens aux exécutions, avoienl accoutumé d'y aller sur une mule.

Mais cette soif de l'or qui le brusloit dans l'ilme V. aGG. JjC fit enfin songer à choisir une Femme:

Et V honneur dans ce choix ne fut point regardé. Vers son triste penchant son naturel guidé Le fit dans une avare et sordide famille Chercher un monstre affrewc sous V habit dune fille,

(1) Brossctlo ne iloniio pas lo nom de la PiésiiliMilo Paris d.ins son comnirulairr.

Il4 COMMENÏAIBE DE LK VEHHIEH AVEC

Satire X. Et sans trop sencpiérir don la Laide venait,

Il sçût, ce fut assés, V argent qu'on lui donnait. Rien ne le rebuta; ni sa veuë éraillée Ni sa niasse de chair bizarrement taillée ; Et trois cens mille francs avec elle obtenus La firent à ses yeux plus belle que Vénus.

Cette femme, ou plustost ce monstre s'appelloit Ferrier. Elle estoit fille d un fameux ministre de la Religion protestante en Languedoc. Le Cardinal de Richelieu le gagna à force d'argent, et il mourut catholique. Le portrait que fait icy nostre autheur de cette femme hideuse est horrible, mais cependant il l'a plustost diminué qu'il ne l'a chargé.

V. 29.3. Un vieux Valet ?'estoit, seul chéri de son Maistre, Que toiijours il servit, et quil avait veu naistre,

Ce misérable valet s'appelloit des Bordes qui en partie par le moien de son industrie, et en partie par le moien des présens qu'on luy faisoit |)our aborder son maistre, avoit amassé quelque argent.

V. 345. Nouveau Prédicateur aujourd'hui, je l'avoue, Ecolier, ou plûtost singe de Bourdalouë, Je me plais à remplir mes sermons de portraits.

Le fameux Bourdalouë, Jésuite, remplit ses sermons de portraits, et cette satire en est pleine. Nostre autheur en la faisant a quitté le modelle d'Horace et de Juvénal pour prendre celuv de Molière. Tous ses amis luy en dirent leur sentiment avant que cette pièce parust, mais Racine fut celuy qui s'esleva le plus contre cette manière moderne i^'.

Laisse-t-elle un moment respirer son Epoux? Ses valets sont d'abord l'objet de son courroux, Et sur le ton grondeur, lorsqu'elle les harangue, V, 358. // faut voir de quels mots elle enrichit la Langue.

Il est vray que quand une femme est en colère, elle trouve pour l'exprimer des termes et des manières de parler qui ne se trouvent ([ue dans leurs bouches ('-).

(1) Dans sa note, Brossette ne parle pas de l'opinion de Racine, il se borne à donner quelques détails sur Bourdalouë.

(2) Le Verrier avait écrit au crayon, dans la marge, les mots suivants : Frelaminer, riande, rabâcher, myjoréc, pccquc, bacoule, épétier.

Brossette a vu dans les vers 355 et suivants le portrait de la belle-sœur du satirique, fcnnne de .Jérôme Boileau, son frère aine, interprétation contre la([uelle Bcrriat-Saint-l'rix a protesté, mais nous devons reconnaître qu'an sujet des membres de la famille du poète. Le Verrier et Boileau lui-même ont souvent confirmé les allégations de Brossette, comme le montre plus lom le vers 395.

Tu criims peu d' essuyer celte êlruuye furie. En trop hon lieu, dis-tu, ton Epouse nourie Jamais de tels discours ne te rendra martyr . V. 3G/| . Mais eut-elle sucé la raison dans Saint Cyr,

Tout le inonde sçait que St Gyr est une maison près Versailles dont Mad. de Maintenon est la Fondatrice, et où on élève un grand noml)re de jeunes Demoiselles jusqu'à ce (|u'elles aient pris ou le parti de s'y l'aire Religieuses, ou de se marier.

Combien na-t-on point veu de Belles aux doux yeux, Avant le mariage, Anges si yracieuj-, Tout à coup se changeant en Bourgeoises sauvages. Vrais Démons, apporter V Enfer dans leurs ménages, Et découvrant l'orgueil de leurs rudes esprits, V. .'i^a. Sous leur fontange ait ière asservir leurs Marisa

Fontange. C'esloit un nœud de ruban dont les femmes se servoient pour attacher leurs coëffures. Ce nœud se mettoit justement au-dessus de la leste vers la pointe des cheveux qui font le milieu du front, et il avoit pris son nom de M''"® de Fontange dont la beauté et les amours ne sont ignorez de personne.

Et puis, quelque douceur dont brille ton Ejxtuze, V. .'^7/1 . I*enses-tu, si jamais elle devient jalouze, Que son âme livrée à ses tristes soupçons, De la raison encor écoute les leçons?

L'aulheur entend parler de la femme d'un officier du Roy appelle Marchand. Cette femme estoit de Bordeaux, et dans ses fureurs de jalousie, elle se portoit à tous les excez dont il parle icy. L'objet de la jalousie estoit M*'"*' Leufirov, la plus fameuse écolière de Lambert '''.

Alors, Alcippe, alors, tu verras de ses œuvres. Résou-toi, pauvre Epoux, à vivre de couleuvres : A la voir tous les jours, dans ses fougueux accez, A ton geste, à ton rire intenter un procez : V. 38 1. Souvent de ta maison gardant les avenues,

Les cheveux hérissez, l'attendre au coin des rués :

(i) Le Vorricr a vu ici une allusion précise et il a écrit le nom de la personne visée; Brosselte, au contraire, dit qu'il s'agit d'un caractère général. Sur Marchand : voir BrosscUc, Ns. iSa^â et

BeiTiat-Siiiiil-Prix, T. IV, p. ao^, note f\.

Satire X. Le Verrier a écrit, en marge, au cravon : contre la Leufï'rov.

Et par tout on tu vas, dans ses yeux enflammés V. 385, T'offrit', jion pas d'Tsis la tranquille Euménide,

11 y a dans l'opéra d'Isis une l'\irie qui ne fait presque pas la moindre démarche.

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