SATIRES XI ET XII ET DES EPITRES DE BOILEAU
LETTKi: OE MATIIIia MAHAIS A LU VEI{|{II:H
A Paris co a do May i^ao.
« Pour VOUS prouv»M', Monsl«'ur, que je ne vous ay point oublié, vous trouverez cy joint douze grandes pages de Notes depuis la Satire XI où finissoient les premières jusqu'à la fin de toutes les Kpistres, il y a bien des choses curieuses, et des critiques un peu sévères que vous ne révélerez pas. Je voudrois qu'un si grand Poëte fust grand par tout, mais re n'est pas à nous à publier ses petitesses et j'en suis toujours pour oter (les notes tout ce qui regarde sa famille ou de certains faits personnels (jui fondent sa critique non sur la justice, mais sur la colère où il étoit dans ce moment là. Vous verrez un 4° sonnet sur Phèdre qui suposeroit les coups de bâton, mais je croy qu'ils n'ont jamais esté qu'en vers, et si quelqu'un les a eus c'est Hacine, selon une certaine tradition qui m'est veniie par un de mes amis contemporain du fait. Les laits de Bensserade et de la Cnammeslé vous plairont, ils sont agréables et recherchés : Voilà comme il faisoit pour M. Hayle qui enchassoit tout cela dans son or. Je vous renvoyé aux Lettres de Bussy et au Menagiana (ijiô) dont je vous ay cotté toutes les pages à la fin de mes notes : La lettre de M. de La Monnoye sur les portraits de notre poète ne doit pas être oubliée. Je m'intéresse à la mémoire de M. le C. de F. que je croy le Comte de Fiesque <'* : je le connoissois fort, et il n'y a que ceux qui ne le connoissoient pas qui puissent mal parler de son goust qui étoit excellent. C etoit luv qui conservoit dans la Cour de feu Monsieur le Duc une galanterie sçavante et un luxe poli. Dans le temps des Noels de M"«» de La Force '*', il fit celuy-cy, fasché contre les Bouillon :
(i) Jean Louis Mario Comte de Fiesque, commuiicineut appelé « le pelil Bon », fils do Charles Léon Comte do Fiesque mort en i658 et de Gillonnc d'IIarcourt, veuve du Marquis de Piennc» tué en iG4o au siège d'Arras.
(a) Ciiarlotte Rose do Caumont de La Force, petite fille de Jacques de I^ Force, maréchal de France, et iillc de M. de Castelmoron. Elle avait épousé le 7 Juin 1687 le lils du IVcsident Brion, mariage qui fut déclaré nul, sur l'opposition du Président Brion. en Juillet 1689, voir la lettre de La Fontaine à Mgr le Prince de Conti de Juillet 1689 (T. IX des Œuvres de La Fontaine de la Coll. des Grands Ecrivains de la France).
l36 NOTES DE MATHIEU MaRAIS SUR LE COMMENTAIRE DE LE VERRIER
Seigneur, votre origine, Dit Bouillon au Bambin, Est-elle bien divine "?
Le monde est si malin.
Qu' eussiez-vous comme nioy fouillé tous les chapitres Et trompé Mabillon dondon On vous disputera là là Votre nom et vos titres.
Voilà un échantillon de son esprit et de sa critique.
<( Il faut un peu donner sur les doigts à M' de La Monnoye (i' qui trouve et cherche des obscénitez par tout. Plumez-le moy, je vous le recom.mande ainsy que ce Précepteur devenu Evesque <-* qui ne veut pas trouver de sublime dans l'Escriture et dans un endroit où un Payen en a trouvé; il a traité notre Poëte comme un infâme à brusler (■'), et dans toute sa vie
(i) La Monnoye (Bernard), poète, savant philologue et critique, membre de rAcadémic française, né à Dijon, le i5 Juin i64i, mort à Paris le i5 octobre 1728.
(2) Daniel Huet, cvéque d'Avranches, membre de l'Académie française, né à Cacn le 8 février i63o, mort à Paris le 26 Janvier 1721. Marais fait allusion aux Mémoires de Huet publiés par Sallengre sous le titre : Commentarius de rcbus ad eum pertinentibus. Amstelodami, 1718, in-i2. Il fut nommé sous-précepteur du Dauphin, lils de Louis XIV. La discussion avec Boileau est de i685, clic portait sur un passage du traité du Sublime où Longin rappelle le « Fiat lux » de la Genèse, dans laquelle Huet ne trouvait de sublime que la merveille racontée.
(3) Voici le passage des Mémoires de Daniel Huet (trad. Nisard) auquel Mathieu Marais fait allusion : « Il y avait déjà quatre ans que j'avais publié ma Démonstration évangélique lorsque « Boileau en fit une seconde de sa traduction du traité du Sublime par Longin. Il avait écrit des « satires qui étaient à la vérité très-spirituelles et dont la versification enciiantait l'oreille, mais « elles étaient pleines de médisance, infectées du venin do la plus noire malignité, et difl'amaient « et déchiraient horriblement la plupart des gens de mérite et de bien. Il s'était fait par là une (( réputation immense dans le public très-médisant lui-même, et aimant avec passion la médisance. « Dans un chapitre de l'ouvrage où je m'étais proposé de prouver ranli(|uité des livres de Moïse, « j'avais donné une liste des auteurs qui depuis Moïse jusqu'à Jésus-Christ avaient fait dans leurs « écrits l'éloge du législateur des Juifs et, parmi eux j'avais cité Longin: j'ajoutais cependant celle « remarque (jue le passage do Moïse rapporté par lui n'ofl'rait pas (race de sublime, que la chose « exprimée dans ces livres était à la vérité sublime, mais que les termes en eux-mêmes él.iieut (( simples et tout à fait dépourvus d'ornements, que, pour cela il me paraissait vraisemblable que « Longin avait pris sa citation, non dans Moïse lui-même, mais dans quelques versions d'écrivains « plus récents. Despréaux ayant cru que mes remarques étaient une grave atteinte à la réputa- « tion et à la dignité de Longin, vengea, dans une nouvelle édition de- ses satires, l'injure faite à « Longin, en m'outrageant moi- même, selon sa coutume. Informé de ce fait par le duc de Mon- « tausier, qui haïssait la médisance de Despréaux, j'écrivis au satirique une lettre, où je mainte- « nais mon opinion sur le passage en question et où je réprimais son insolence. Je n'avais pas « dessein de la publier, au contraire, mais vingt-trois ans après, j'appris qu'elle était sortie de (( l'endroit où je l'avais cachée dans ma bibliothèque pour tomber entre les mains de Jean Leelerc, « à Amsterdam, sans que je sache par qui ni comment, mais assurément contre mon gré. Le judi- « cieux critique était complètement de mon avis. Il inséra ma lettre dans sa Bibliolhè(jue choisie, « et il en fortifia les raisons par d'autres pleines d'esprit et de solidité. Le prince des poètes médi- « sanls, indigné qu'on osât différer de sentiment avec lui, l'arbitre de la glaire et de la honte des « gens de lettres, laissa, en mourant, à ses amis le soin de répandre sur Leelerc tout le venin (f (ju'il avait préparé à cet effet; en quoi il fut si bien obéi, que cette faction insolente renchérit (( encore sur les outrages du maître, comme si elle eut regretté qu'il eut été trop modéré. Toute « la bile, toute la méchanceté, toutes les noirceurs dont le poète, selon eux, avait c'-té trop avare, « ils les tirèrent de leur propre fonds, cl, dans la dernière édition de ses ouvrages, ils m'accablè- « rent de toutes ces ordures, dans le moment même où atteint d'une maladie mortelle, j'étais « presque expirant. »
DES SATIHKS XI KT XII KT DES EPITHKS DK IIUILKAU
(|n il il ('(rilc liiv mcsmc on ne volt ([ii tino conduilc IiinoIi-, léj^ère, iiiiii;^nc (I un Kvesque, il fait onleiulrc «juil ('loit Ixau dans sa jruiifsse, bien l'ait, (|u'il dansoit Itien et qu'il faisoit des portraits pour les daines qui raisoicnt aiissy le sien suivant l'usag** de <<• temps là, il parle du Moyen de parvenir ((u'il a vu ontrr l«'s mains d«' la hevnr dr Siicdr cotnmr «l'un I/ivnsimplement plaisant : il loiie Lai'ontainc par ses (lotîtes. Knfiii au langage prez qui est très Latin c'est un fort mauvais Livre : aussy il est puni de sa vanité et de sa légèreté par un radotage perpétuel (jui ne le quitte point, il parle mal des médecins, et veut faire croire «pie dans une grande maladie il a guéri sans aucuns remèd<'S, et cependant je scay «le son méd(>cin (|ui est le mien qu'il l'a saigné et purgé «omme un autre homme. Vous serez certainement indigné de ses sarcasmes contre notre ami et je ne sache «jue M"^ Le Clerc qui puisse prendre son parti comme il a fait dans la querelle de Longin ('J.
« Je n'ay rien à vous dire sur M. Brillon <-', je me sers de son dictionnaire (^> et puis c'est tout. Il y a beaucoup à ajouter à ces sortes d'ouvrages : ils sont utiles et commodes pour les matières, et c'est comme une table générale de tous les jurisconsultes, .le ne sçavois pas que votre Livre v fut entré, je l'en estime d'avantage.
« On achève la W* édition de M' Hayle en 4 volumes '*>, nous allons voir bien des choses nouvelles car il y a un volume presque entier d'additions de sa main.
« Le Recueil des (Kuvres «le la Fontaine est toujours au nicMuc étal : M. Iloulier avoil un de ses amis qui s'y intéressoil, mais il y a longtemps (jue je ne l'ay vu, j'en ay écrit à Prosper Marchaml depuis peu, je n'av point de réponse, les Hollandois ne sont pas si curieux qu'on le pense : quand M*" l'ambassadeur de Hollande sera un peu «le loisir, je luv escriray, il a tout le goût et la sagacité «[u il faut pour faire réussir cet ouvracre.
(i) Dans rAppondk'o de l'éditioii de la traduction des Mémoires Ac Daniel lluol, vvtH|uc d'Avranclies, par tlliarlos Nisard, Paris, 1853 (B. N. L ii a-, <j<j-'|o) se trouve une lettre de .M. Muet, ancien évéque d'Avranclies, à M. le Duc de Montausier, dans lH(|uelle il examine le sentiment de Longin sur le passage de la genèse : Et Dieu dit (|uc la lumière soit faite et la lumière fui laite et la réfutation d'une dissertation de M. Le Clerc contre lA>ngin par IU>ileau.
(a) P. .lacq. Brillon, jurisconsulte, né à Paris le lii Janvier 1O71, mort le ai) Juillet 1736.
(3) Nouveau dictionnaire civil et canoni<iuo de droit et de pratique. Paris, 1717, in-4*- La première éd. est de iTxj^.
Cl) Dictionnaire lnstori(|ue et critique, III' éd., revue, corrigée el augmcntcc par l'auteur (publ. avec des remanpies, par Prosper .Marchand), Rotterdam, Michel Dohiii, i^ao, J vol. in-folio.
(.")) Il s'agit probablement de l'édit. des Œuvres diverses de I41 Fontaine que Mathieu Marais voulait publier et pour laquelle il avait écrit une Histoire de la vie et des ouvrages de J. I^ Fontaine »pii a été imprimée pour la première fois en 181 1 (Paris, Henouard, in-ia de VI et i3a p.) el réiuq>riméc par Paul Lacroix en tête de l'édition des (kintes el Nouvelles de I..a Fontaine (Paris, 18,'jS, Bibl. Ciauloise) et à la suite des Qùivres inédites de I^ Fontaine (Paris, Hachette, i863).
l38 NOTES DE MATHIEU MARAIS SUR LE COMMENTAIRE DE LE VERRIER
« M'' Le Duchat <■> infatigable en recherches vient de nous donner le journal d'Henry 111 et la Confession de Sancy en 4 volumes <-'. Cette Confession qui est une mauvaise Satyre ne méritoit pas un si ample commentaire, où on ne trouve le plus souvent que des choses obscures sur des "■ens obscurs. D'ailleurs M"" Le Duchat est embrouillé dans son stile, il n'a rien de vif, il est partial, jamais un catholique ne fait rien de bien, et le huguenot ne fait point de mal. Ce n'est pas là comme écrivoit M"" Bayle vivement, impartialement et chez qui le discours Bien ou Mal dit toujours quelque chose.
(( L'accommodement delà constitution produit déjà beaucoup d'escrits. Je voudrois avoir vu le dernier et voir l'Eglise en paix.
« Je vous prie de ne pas manquer de me renvoyer mes notes quand vous en aurez tiré ce qui vous conviendra. Je suis toujours très parfaitement. Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.
Marais. »
(i) Jacob Le Duchat, philologue, conseiller au rarleineiil de Metz, né à Melz le n'a i-Y-vrier iG58, niorl à Berlin le aô .luillet i^3ô.
(a) « Journal des choses mémorables advenues durant le règne de Henri III, roi de France et de Pologne, ou Mémoires pour servir à l'Histoire de France (depuis le 3o Mai u)-^!i jusqu'au 3o Août 1589). Nouv. éd. aug. de plusieurs pièces, notes et remarques (par Jac(|. Le Duchat et Den Godefroy). Cologne, 1*. Marteau, 1720 », f\ vol. in-8.
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SATIhK XI
. Un injuste Gnerrif'r, terreur de l'Univers, Qui sans .sujet rour/int riiez cent Peupivs t/irrrs. S'en vu tout ruvn(jer jusqu'aux rives du Gfinf/e, X'est qu'un plus grand Voleur que Duterte et Saint-Ange. Du premier des Césars on vante les exploits; Mais d/ms quel Tribunal, jugé .suivant les Loix, l'Jut-il pu disculper son injuste manie? V. 8'.>, . Qu^on livre son Pareil en France à la Heynie.
Un lieutenant tl»' l*olice ne juge pas «les voleurs, <ela ni.injin- t|u il ne faut pas parler <le ce (|u'()n ne sait pas. Si c'est un lou, on ne perni pas un lou — qu'auroit fait là un La Heynie?