‹ Les satires de Sonnet de CourvalChapitre 3 sur 5 · S LES SATIRES · texte numérisé non relu

S LES SATIRES

compose' par Angot L'Éperonnièro, qui renferme des pièces toutes ditle rentes, mais dont le titre présente avec celui du premier une trompeuse analogie. Aussi, dans la dernière édition de son Manuel, M. Brunet n'a-t-il pas hésité à ranger les Exercices de ce temps au nombre des productions authentiques du poète virois. Les indications puisées dans l'édition de 1627, bien qu'elles ne soient pas aussi explicites qu'on pourrait le désirer, favorisent cette manière de voir. Le titre général de ce volume est ainsi conçu : « Les Satyres du sieur de Coun'al contre les abus et a desordres de la France , dédiées à la Reine mère « du Roy. Plus est adjousté les Exercices de ce temps n d'une très-belle et gentille invention. »

Indépendamment de ces deux ouvrages , la publication l'enfei-me la Satyre Menippée , et il est remarquable que ce dernier recueil y est présenté comme étant la suite des Exercices de ce temps : <i Suite des « Exercices de ce temps contenant plusieurs satyres (( contre le joug nuptial et fascheuses incommoditez « du mariage, par le s'' de Courval, virois. » — Cette juxta-position significative semble révéler que les trois opuscules appartiennent au même écrivain , qui peut réclamer , à un titre identicpie . les satires sur les abus et désordres de la France , la Suite des Exercices de ce temps et les Exercices eux-mêmes. Les analogies frappantes de style et de pensées qui se font sentir dans ces trois ouvrages ajoutent encoj'e une nouvelle force à cette impression. Quoi qu'il en soit de cette question bibliographique , que ces satires en contestation appartiennent à Sonnet ou à L'Éperonnière, il est au moins constant (pi'elles se

rattachent d'une manière intime, par leur caractère et par leurs tendances , aux productions antérieures du premier de ces poètes , et que , même à ce titre, elles ne sauraient être mises à l'écart dans une étude qui lui est spécialement consacrée.

Les Exercices de ce temps comprennent douze satires d'étendue inégale, intitulées : Le Bal, Lu Mortification, La Foii'e de village , Le Pèlerinage, La Ponrmenade. Le Cousinage, Lucine, L'Affligé, Le Débauché, L'Ignorant, Le Gentilhomme, ei Le Poète. Cette réunion de poésies libres rappelle à s'y méprendre le ton général du Parnasse, du Cabinet et de l'Espadon satirique. On pourrait , en outre , y signaler des passages nombreux et importants, qui paraissent calqués sur certaines satires deRegniei;, ou même du poète roucnnais Auvray , et d'autres auteurs moins connus (1). Toutefois, malgré ces emprunts assez peu déguisés, faits aux productions licencieuses de son temps , l'auteur des Exercices, dans l'ensemble de son œuvre, a suivi évidemment la route déjà tracée par la Satyre 31enippée sur les traverses du mariage. Sous une nouvelle forme et avec une autre mise en scène , nous reconnaissons là encore les images et les expressions familières à Sonnet. — Il y a plus, les Exercices de ce temps contiennent , çà et là , l'exposé de principes et de doctrines avec lesquels nous avons déjà eu l'occasion de faire connaissance, et qui sont, du reste , reproduits plus largement dans les satires sur les désordres de la France, qu'il composa plus

(1) OEuvres complètes de Mailnirin Rcynicr. Paris, Jannet, 1853. — Satires viii et x , p. 85 et 112.

tard. Lu critique de la noblesse n'y est pas moins vive; la haine de la finance et des financiers s'y révèle avec la même ûpretc, et les désordres des femmes y sont retracés avec nne recrudescence de franchise et d'audace. — La fâcheuse déviation de sens moral, qu'accusaient déjà la Menippée et \ix Thimethelie , se prononce davanlage et tend de plus en plus à transformer le recueil en une sorte de livret pornographique. Dès les premières satires , il est aisé de voir que le poète, en dépit de toutes ses protestations rehgieuses , a déserté complètement les sentiers (1) fréquentés par les muses honnêtes , et que c'est aux

(1) Grand Dieu qui vois nos faits, qui découures nos mœurs,

Qui juges nos conseils, qui cognois nos humeurs, Qui guerdonnes les bons de juste recompense , Qui punis les meschans quand ils font une offense , Soleil de l'unluers à qui rien n'est caché , Grand iuge des humains, vengeur de leur péché , Ce n'est pas pour tousiours que ta haute justice Diffère de punir cesle humaine malice ; Car quoyqu'auec les bons les meschans soient souuent Sans soucy de bien vivre exempts de châtiment, On les void poursuiuis par la boiteuse Peine , Qui les attrape enfin avec ses pieds de laine.

( Les Exercices de ce temps, Rouen, 1CG7, p. 24. 7' édit.)

Celte succession bizarre de descriptions erotiques et de prédications édifiantes qui forme un des travers de Sonnet, ne lui était pas spéciale : elle caractérise toute une époque, et l'on pourrait la relever également dans les Contes de la Reine de Navare et jusque dans les Nuits joyeuses de Straparole. — Comme Ta remarqué trèsjustement un des commentateurs du lioman de la Rose , « nos an-

« tiens auteurs vouloicnt toujours assaisonner leurs ouvrages les

B plus licencieux d'un ragoût de morale, o

instincts les moins nobles qu'il est allé demander ses moyens de succès. Le Bal n'est, en effet, qu'an prétexte aux tableaux les plus licencieux et au récit des plus immondes turpitudes. La goinfrerie , avec toutes ses suites; la lubricité, avec tous ses écarts, forment le sujet de peintures complaisantes , où le goût n'est pas moins offensé que la pudeur. L'auteur ne vise ni à la profondeur ni à l'originalité ; il répudie les reclicrclies de l'art et les délicatesses du langage pour s'appliquer à la reproduction servile des plus basses réalités. Le Pèlerinage, la Pourmenade , la Foire de village continuent l'exploitation de la même veine grossière et facile , avec des variations insignifiantes résultant uniquement de la différence des situations. Les fausses dévotes, les élégantes en villégiature, les acteurs bariolés de la foire, comme aussi les financiers et les gentilshommes, ressemblent aux danseurs et aux danseuses de la première satire. — Les rendez-vous se succèdent avec une uniformité banale , tantôt à la ville , tantôt à la campagne ; à l'église , dans les salles de bal et dans les chambres d'auberge. — Sonnet n'a pas même eu l'idée de dessiner un type , et sur tous ces personnages , nobles et parvenus , maîtres et valets , grandes dames et courtisanes, la débauche a passé son niveau égalitaire.

Jamais on ne s'était attaché à dépoétiser l'amour avec un tel parti pris et une pareille exubérance de langage ; jamais on n'avait tenu si peu de compte de l'idéal et du culte de la beauté. Le satirique , s'égarant sur les traces de Tabarin et de ses émules , n'a pas même entrevu les grâces décentes , chantées

par les vrais poètes ; il ne soupçonne ni les émotions de l'âme ni les fantaisies de l'imagination , ni les troubles du cœur ; ce qu'il comprend uniquement , c'est la ditierence des sexes, et les entraînements sans noblesse et sans prestige qu'il décrit n'ont rien à démêler avec la poésie (1).

L'amour de la vulgarité le domine, d'ailleurs, avec un empire si absolu que, lorsqu'il cesse d'être obscène , il reste toujours grossier. Le spectacle des excès ordinaires ne lui suffit même pas : toutes les infirmités, toutes. les maladies, toutes les souillures l'attirent invinciblement ; il les étale avec un sangfroid désespérant, et, comme si ce n'était pas assez , il complète ses peintures au moyen de détails patho-

(1) Depuis que ces lignes sont écrites, nous avons pu consulter, à la Bibliothèque de l'Arsenal, les Exercices d'Angot-L'Éperonnière. Le texte de cet opuscule rarissime, souvent confondu avec les satires que nous essayons de faire connaître, est ainsi conçu :

« Les nouxeaux Satyres et Exercices gaillards de ce temps, diiisés en neuf Satyres, ausquels est adjousté l'Uranie ou Muse céleste, par R. Angot . sieur de L'Esperoiiuière. n Rouen , Michel Lallemant, 1637 ; petit in-12 de 258 pages.

Le souvenir et le nom de Courval reviennent sans cesse dans ce volume. Parmi les pièces qui portent au plus haut degré l'empreinte de sa manière , nous citerons : Jacqueline ou l'image de la mort ; Les Pistolles ou l'injure du siècle ; Les Picoreurs ou le désastre du pauvre peuple pendant les derniers troubles de l'année 1020 ; L'Avocat infortuné ou le désordre de la pratique de ce tans ; Plainte ou dialogue d'un vieillard mal marié. Toutefois , malgré certaines similitudes, la lecture attentive de toutes ces satires nous paraît démontrer, d'une manière péremptoire, que les Exercices de ce temps et les Exercices nouveaux et gaillards ne sont pas sortis de la même main.

logiques , qui y ajoutent un caractère encore plus répugnant. Cependant , Lien qu'ils n'aient de la poésie que la forme extérieure , les Exercices, de ce temps ne doivent pas être complètement négligés : comme la Satyre Menippée et la Tldmethelie, ils peuvent être consultés avec fruit à titre de renseignement , et, dans un rang inférieur, toute considération de mérite à part , ils conservent pour nous le même genre d'intérêt que certains écrits d'Apulée, de Pétrone et d'autres satiriques de la décadence romaine.

Les défauts graves que nous venons d'indiquer , s'ils ne disparaissent pas , s'atténuent au moins trèsnotablement , dans une œuvre d'une inspiration meilleure et plus saine , qui n'a pas été appréciée , ce nous semble , comme elle le méritait , et qui , à elle seule, peut donner la mesure de l'intelligence de Sonnet et fixer le rang qui lui appartient. Nous voulons parler des Satyres contre les abus et desordres de la France, desdiées à la Reine, mère du Roi. Bien que nous ne connaissions aucun exemplaire de la première édition , la date de la publication primitive est assez facile à déterminer. — Sonnet nous apprend , dans sa préface , que son œuvre a été composée sous la régence de Catherine de Médicis, après la déclaration de majorité de Louis XIII et cinq années après la tenue des États de Paris. La convocation des États auxquels il fait allusion ayant eu lieu en 1613, on peut regarder comme certain que le recueil a paru au cours de l'année 1620.

Ces satires , empreintes d'un esprit nouveau et accusant des tendances politiques assez avancées ,

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