Paroles du commencement de la Satire de Juvenal
Plus d'une Penelope honora son pays -,
Et que mesnte aujourd’huy sur ces fameux modèles On peut trouver encor quelques Femmes fideles.
Sans doute; et dans Paris, si je sçay bien compter. Il en est jusqu’à Trois que je pourrais citer.
Ton Epouse dans peu sera la quatrième,
Je le veux croire ainsi ; mais la Chasteté mesme Sous ce beau nom d’ Epouse entrast-elle chés toy.
De retour d’un voyage, en arrivant, croy-moy.
Fais toujours du logis avertir la Maistresse.
Tel partit tout baigné des pleurs de sa Lucrèce,
Qui, faute d’avoir pris ce soin judicieux.
Trouva. Tu sçais... Je sçay que d’un conte odieux Vous aveq comme moysali vostre mémoire.
Mais laissons là, dis-tu, Joconde et son Histoire :
Du projet <Jun Hymen déjà fort avancé Devant vous aujourd’huy criminel dénoncé.
Et mis sur la sellette aux piés de la Critique,
Je voy bien tout de bon qu’il faut que je m’explique.
Jeune autrefois par vous dans le monde conduit, J’ay trop bien profité pour n’estre pas instruit A quels discours malins le mariage expose.
Je sçay que c’est un texte où chacun fait sa glose. Que de Maris trompeq tout rit dans l’Univers, Epigrammes, Chansons, Rondeaux, Fables en vers, Satire, Comedie ; et sur cette matière Tay veu tout ce qu’ont fait La Fontaine et Moliere-, J’ay leu tout ce qu’ont dit Villon et Saint Gelais,
Arioste, Marot, Bocace, Rabelais,
Et tous ces vieux Recueils de Satires naïves,
Des malices du Sexe immortelles archives.
Mais, tout bien balancé, j’ay pourtant reconnu Que de ces contes vains le Monde entretenu N en a pas de F Hymen moins veu fleurir l’usage,
Que sous ce joug mocqué tout à la fin s’engage.
Qu’à ce commun filet les Railleurs mêmes pris Ont esté tres-souvent de commodes Maris ,
Et que, pour estre heureux sous ce joug salutaire,
Tout dépend en un mot du bon choix qu’on sçait faire.
Enfin, il faut ici parler de bonne foy,
Je vieillis, et ne puis regarder sans effroy Ces Neveux affameq dont l’importun visage De mon bien à mes yeux fait déjà le partage.
Je crois déjà les voir, au moment annoncé Qu'à la fin sans retour leur cher oncle est passé.
Sur quelques pleurs forceq qu’ils auront soin qu’on voye, Se faire consoler du sujet de leur joye.
Je me fais un plaisir, à ne vous rien celer,
De pouvoir, moy vivant, dans peu les desoler.
Et, trompant un espoir pour eux si plein de charmes. Arracher de leurs yeux de véritables larmes.
Vous diray-je encor plus? Soit faiblesse ou raison,
Je suis las de me voir les soirs en ma maison Seul avec des Valets, souvent voleurs et traistres.
Et toûjours, à coup seur, ennemis de leurs Maistres.
Je ne me couche point qu'aussi-tost dans mon lit
Un souvenir fascheux n'apporte à mon esprit Ces Histoires de morts lamentables, tragiques,
Dont Paris tous les ans peut grossir ses Chroniques. Dépoiii lions-nous ici d’une vaine fierté.
Nous naissons, nous vivons pour la société.
A nous-mesmes livreq dans une solitude,
Nostre bonheur bien-tost fait nostre inquiétude ;
Et si durant un jour nostre premier Ayeul,
Plus riche d'une côte, avait vescu tout seul.
Je doute, en sa demeure alors si fortunée.
S’il n’eust point prié Dieu d’ abréger la journée.
N'allons donc point icy reformer ï Univers,
Ni, par de vains discours et de frivoles vers Etalant au Public nostre misanthropie,
Censurer le lien le plus doux de la vie.
Laissons-là, crojreq-moy, le monde tel qu’il est. L’Hymenée est un joug, et c’est ce qui m’en plaist. L'Homme en ses passions toûjours errant sans guide,
A besoin qu’on luy mette et le mors et la bride ;
Son pouvoir malheureux ne sert qu’à le gesner.
Et pour le rendre libre il le faut enchaîner.
C est ainsi que souvent la main de Dieu l’assiste.
Ha boni voila parler en docte Janséniste,
Alcippe, et, sur ce point si sçavamment touché,
Desmâres ' dans saint Roch n’auroit pas mieux prêché. Mais c’est trop t’insulter. Quittons la raillerie.