II
Ecolier ou plûtost singe de Bourdalouë,
Je me plais à remplir mes sermons de portraits.
En voila déjà trois peints d'asse:f heureux traits :
La Femme sans honneur, la Coquette, et l’Avare.
Il faut y joindre encor la revêche Bigarre,
Qui sans cesse, d'un ton par la colere aigri.
Gronde, choque, dément, contredit un Mari.
Il n'est point de repos ni de paix avec elle.
Son mariage n’est qu'une longue querelle.
Laisse-t-elle un moment respirer son Epoux ,
Ses valets sont d'abord l'objet de son couroux,
Et sur le ton grondeur lors qu’elle les harangue.
Il faut voir de quels mots elle enrichit la Langue.
Ma plume ici, traçant ces mots par alphabet,
Pourroit d’un nouveau tome augmenter Richelet.
Tu crains peu d'essuyer cette étrange furie :
En trop bon lieu, dis-tu, ton Epouse nourie Jamais de tels discours ne rendra martyr.
Mais eust-elle sucé la raison dans saint Cyr,
Crois-tu que d'une Fille humble, honneste, charmante, L'Hymen n'ait jamais fait de Femme extravagante ? Combien n'a-t-on point veu de Belles aux doux yeux. Avant le mariage Anges si gracieux.
Tout à coup se changeant en Bourgeoises sauvages. Vrais Démons, apporter l’Enfer dans leurs ménages. Et découvrant l’orgueil de leurs rudes esprits.
Sous leur fontange altiere asservir leurs Maris?
Et puis, quelque douceur dont brille ton Epouse,
Penses-tu, si jamais elle devient jalouse,
Que son ame, livrée à ses tristes soupçons,
De la raison encore écoute les leçons?
Alors, Alcippe, alors, tu verras de ses œuvres.
Resou-toy, pauvre Epoux, à vivre de couleuvres :
A la voir tous les jours, dans ses fougueux acceç,
A ton geste, à ton rire intenter un procej ;
Souvent, de ta maison gardant les avenuës,
Les cheveux herisseç, t'attendre au coin des ruè's;
Te trouver en des lieux de vingt portes fermés.
Et, par tout où tu vas, dans ses yeux enflammés T'offrir non pas d'Isis la tranquille Eumenide Mais la vraye Alecto peinte dans l'Enéide,
Un tison à la main, cheç le Roy Latinus,
Soujlant sa rage au sein d'Amate et de Turnus.
Mais quoy ! je chausse icy le cothurne Tragique I Reprenons au plûtost le brodequin Comique,
Et d'objets moins affreux songeons à te parler.
Dy-moy donc, laissant là cette Folle heurler-. T’accommodes-tu mieux de ces douces Ménades Qui dans leurs vains chagrins sans mal toûjours malades. Se font des mois entiers sur un lit effronté Traiter d’une visible et parfaite santé.
Et douje fois par jour, dans leur molle indolence.
Aux yeux de leurs Maris tombent en défaillance?
I. Furie, dans l’Opera d’Isis, qui demeure presque toûjours à ne rien faire.
Quel sujet, dira l’un, peut donc si fréquemment Mettre ainsi cette Belle aux bords du monument?
La Parque, ravissant ou son fils ou sa fille,
A-t-elle moissonné tespoir de sa famille?
Non : il est question de réduire un Mari A chasser un Valet dans la maison chéri Et qui, parce qu’il plaist, a trop sçeu luy déplaire ;
Ou de rompre un voyage utile et necessaire.
Mais qui la priveroit huit jours de ses plaisirs,
Et qui, loin d'un Galant, objet de ses désirs...
O! que pour la punir de cette Comedie,
Ne luy voys-je une vraye et triste maladie!
Mais ne nous fâchons point. Peut-estre avant deux jours. Courtois et Denyau, mandeq à son secours,
Digne ouvrage de l’Art dont Hippocrate traite,
Luy sçauront bien ôter cette santé d’Athlete,
Pour consumer Vhumeur qui fait son embonpoint,
Luy donner sagement le mal qu’elle n’a point.
Et, fuyant de Fagon les maximes énormes,
Au tombeau mérité la mettre dans les formes.
Dieu veuille avoir son ame, et nous délivre d’eux.
Pour moy, grand ennemi de leur art hasardeux,
Je ne puis cette fois que je ne les excuse.
Mais à quels vains discours est-ce que je m’amuse?
Il faut sur des sujets plus grands, plus curieux. Attacher de ce pas ton esprit et tes yeux.
Qui s'offrira d’abord ? Bon! c’est cette Sçavante Qu’estime Roberval, et que Sauveur frequente.