II
D'oü vient quelle a l’œil trouble et le teint si terni?
C'est que sur le calcul, dit-on, de Cassini,
Un astrolabe en main, elle a dans sa goûtierc A suivre Jupiter passé la nuit entière.
Gardons de la troubler. Sa science, je croy.
Aura pour s’occuper ce jour plus d’un employ :
D'un nouveau microscope on doit, en sa presence,
Tantost chej Balancé faire l’ expérience;
Puis d’une femme morte avec son embryon,
Il faut cheq du Vernay voir la dissection.
Rien n’échappe aux regards de nostre Curieuse.
Mais qui vient sur ses pas ? C’est une Précieuse,
Reste de ces Esprits jadis si renomme^
Que d’un coup de son art Moliere a diffame:^.
De tous leurs sentimens cette noble heritiere Maintient encore ici leur secte façonniere.
C’est cheq elle toujours que les fades Auteurs S’en vont se consoler du mépris des Lecteurs.
Elle y reçoit leur plainte, et sa docte demeure Aux Perrins, aux Corras, est ouverte à toute heure.
Là du faux bel esprit se tiennent les bureaux;
Là tous les vers sont bons, pourveu qu’ils soient nouveaux. Au mauvais goust public la Belle y fait la guerre,
Plaint Pradon opprimé des sijlets du Parterre :
Rit des vains amateurs du Grec et du Latin,
Dans la balance met Aristote et Cotin ;
Puis, d’une main encor plus fine et plus habile,
Péje sans passion Chappelain et Virgile ,■
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Remarque en ce dernier beaucoup de pauvreté^ ,
Mais pourtant confessant qu'il a quelques beautej;
Ne trouve en Chappelain, quoy qu'ait dit la Satire,
Autre defaut, sinon, qu'on ne le sçauroit lire;
Et, pour faire goûter son Livre à l'Univers,
Croit qu'il faudroit en prose y mettre tous les Vers.
A quoy bon m'étaler cette bigarre Ecole Du mauvais sens, dis-tu, prêché par une Folle ?
De livres et d'écrits bourgeois admirateur,
V ai-je épouser icy quelque apprentie Auteur?
Sçaveif-votis que l’Epouse avec qui je me lie Compte entre ses parens des Princes d’Italie,
Sort d’Ayeu.v dont les noms... Je t’entens, et je voy D’où vient que tu t'es fait Secrétaire du Roy.
Il falloit de ce titre appuyer ta naissance.
Cependant, t'avoûrai-je icy mon insolence?
Si quelque objet pareil chej moy, deçà les Monts,
Pour m'épouser entroit avec tous ces grands noms,
Le sourcil rehaussé d’orgueilleuses chimères ;
Je lui dirois bien-tost : Je connois tous vos Peres :
Je sçay qu’ils ont brillé dans ce fameux combat'
Où sous l'un des Valois Enguien sauva l’Etat.
DHoçier n’en convient pas, mais, quoi qu’il en puisse estre, Je ne suis point si sot que d’épouser mon maistre.
Ainsi donc, au plûtost délogeant de ces lieux,
Alle:ç, Princesse, alleç, avec tous vos Ayeux,