‹ Les satires francaises du XVIe [i.e. Seizième]Chapitre 16 sur 35 · MARC DE PAPILLON DE LA S PH RI SE · texte numérisé non relu

MARC DE PAPILLON DE LA S PH RI SE

prononça ses vœux, et le laissa au désespoir de l'Élégie. Lasphrise ne put se contenir de taire le nom de sa Laure : il le révéla par deux sonnets acrostiches. De Théophile, le volage Papillon passa à Noémie, qui lui inspira des plaisanteries épicées; de Noëtnje à la Nouvelle Inconnue, dont il a cueilli les faveurs dans une grotte du parc de Saint-Maxu-... Couvert de blessures, perclus de goutte et de rhumatismes, affigé de coliques — il ne nous fait grâce d'aucune infirmité — , il se retira dans son fief et acheva sa vie entre la Poésie sacrée et les réclamations qu'il adressait à Henri IV pour obtenir son arriéré de solde. Mais le roi faisait la sovu-de oreille aux plaintes de l'ancien ligueur. Papillon ne demandait rien pour lui-même : il avait recueilli une jeune fille, nommée Marguerite, pour qui il écrivit le Désaveu du Fléau féminin, antidote d'une satire outrée que l'on va lire et qu'il dut commettre avant de se ranger de Vénus en ressassant de cuisants souvenirs. Bien qu'on ne lui doive que cette satire, le Capitaine Lasphrise appartient à l'école dite Salyrique, que nous avons déjà définie. Ce qui le signale le plus dans ce genre, avec maintes médisances et débauches, sont les Stances de Bacchus et de Caresme-prenant, et la Nouvelle tragicomique. L'on connaîtra mieux sa muse soldate par ce Sonnet en authentique Langage soudardant, qui plaisait tamt à Marcel Schwob, et que citent souvent d'autres philologues, dans leurs études sur l'argot ancien.

Accipant du Marpaut la Galiere pourrie, Grivolant porte-flambe enfile le trimart, Mais, en despit de Gille, 6 gueux, ton Girouari, A la mette on lura ta biotte conie.

Tu peux gourd piailler me credant et morfie, De Lornion du Morme et de Voygnan criart, De r Artois blanchemin ; que ton ri fiant chouart Ne rive du courrier l'andrimelle gaudie.

Ne ronce point du sabre au mion du taudis, Qui n'aille au Gaulfarault, Gergonant de tesis Que son journal oflus n'empoupe ta fouillouse.

N'embiant ou rouillarde, et de noir roupillant. Sur la gourde frétille, et sur le gourd volant, Ainsi tu ne luras V accolante tortouse.

Bibliographie. — Les Premières Œuvres poétiques du Capitaine Lasphrise, Paris, 1597. Les mêmes, Reveues et augmentées, 1599; réimprimées partieUement par Gay, avec notice de P, Blanchemain, sous ce titre : Les gaillardises du Capitaine Lasphrise...

LES SATIRES FRANÇAISES DU A'F/e SIÈCLE i8o

par un membre de la Société des Bibliophiles Gaulois. Stances sur V Amour Conjugal (et sur le mariage d'Henri IV avec Marie de Médicis), Lyon, J. B. Q., 1600, in-8.

A CONSULTER. — GoujET, Bibl. fratiç. XV, 14. — Viollet- LE-Duc, Bibl. Poét. — Lachèvre, les Recueils libres et Satiriques. (Colletet avait consacré une notice à Lasphrise, sous la date de i6oo; elle fut briilée dans l'incendie du Louvre de 1871.)

FLEAU FEMININ

Femme, Fiebvre, Fureur, Flamme, Faim, et Froidure,

Sont six maux féminins par qui le monde endure.

Du premier nous avons double damnation;

Du second les douleurs d'estrange passion;

Du tiers sommes destruicts pour trop vouloir prétendre.

Du quatriesme on nous voit souvent reduicts en cendre ;

Du cinquiesme mourons en misérables maux;

Du sixiesme noyez par le glacis des eaux.

En tous ces fiers tourmens il se trouve remède,

Fors au premier, cruel, qui tous mal-heurs excède.

La fiebvre ne peut pas tousjours nous allumer,

Fust-elle pestilente, on la peut consommer

Par drogue, par saignée, ou bonne médecine.

La cruelle fureur n'est sans cesse mutine.

Car la guerre s'appaise; hé quoy? n'est-elle pas

Communément changée en gracieux esbas ?

Son orgueil par orgueil se peut aussi refraindre;

Toute bruslante flamme on peut de mesme esteindre;

La gloutonne famine en tout temps ne paroist.

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Encor l'assouvit-on, et peu à peu decroist.

La froidure, eau glacée, et l'onde toute froide

S'arreste, s'alentist, tant coure-t-elle roide.

Voylà : toute douleur se peut diminuer,

Fors le fléau par femme. On ne sçauroit muer

Son traistre naturel, bourreau de nostre vie.

Par force, par douceur, ni par autre industrie.

Qui le veut eschanger abuse son cerveau.

Et fait comme celuy laissant choir son anneau

Dans la profonde mer, lequel tant plus s'essaye

A le vouloir reprendre, et plus il perd sa voye;

Tout de mesme, vrayment, tout le mesme fera

Qui au cœur féminin le sien addressera.

Mais qui se peut garder d'une femme sçavante.

Qui a l'oeil doux, riant, qui a l'ame attrayante ?

Non pas quand ce seroit, ce croy-je, un mesme Dieu.

Regardez, je vous pr}'', ce grand Prophète Hébreu,

David, ce grand guerrier, luy qui, pour Betsabee

Sentit de l'Eternel la colère enflambee;

Adam, le plus parfaict, a par une ofiensé;

Le sage Salomon en devint insensé.

Qui s'en peut empescher? ses appasts et ses charmes

Domptent la saincteté et la force des armes.

Samson, le plus puissant, qui si fort a vescu.

Par DaHle, soudain, vergongneux fust vaincu.

Une autre fust de Loth ainsi victorieuse.

Par elle seule. Job, d'ame religieuse,

Que mesme l'Antéchrist n'avoit sceu esbranler.

Et de sa simple humeur faire en rien vaciller,

A murmuré beaucoup; et par la femme encore,

Sainct Pierre a renié Jesus-Christ que j'adore.

L'incomparable Hercule, invincible vainqueur,

D'Iole fust taché, puis sa mortelle ardeur;

César, qui par l'espee acquist telle victoire

Que l'on combat son nom d'Impériale gloire.

Par la femme attiré dedans les rhets d'Amour.

Faillit à se briser en tombant d'une tour;

Mais Achille, plus grand, si superbe en prouesse.

Qu'on tenoit comme un Dieu, que sa mère. Déesse,

Pour le rendre immortel porta au preux Chiron,

A faict, par Briseïs, le fat et le poltron,

Et, voyez, me's Amis, la belle Cleopatre,

Qui Anthoine rendit tellement idolâtre

Que, sous ombre d'un rien, se feignant au tombeau.

Le fist, ô fier destin ! de soy-mesme bourreau;

Pandore (ce dict-on) ouvrit d'envie immonde

La bouette epandant la maladie au monde.

Et, pour voir mieux la femme, il faudroit voir Cypris

Que chaque Dame adore; elle eust les sens espris

D'un jeune Bergerot, couchant dessus la dure;

De Mars, le Dieu d'honneur, elle n'a plus de cure;

Cest autre est son désir, son cœur, son tout, ses yeux,

Sa cabane luy plaist cent fois plus que les cieux;

Elle brusle, elle meurt d'Amoureuse furie.

Et puis, quand, par desastre, Adon perdit la vie,

On eust dict, avisant ses larmes, ses sanglots.

Ses souspirs, ses regrets, ses gestes, ses propos,

Qu'Amour jamais. Amour n'allumeroit sa flamme :

C'eust esté mortel crime en soupçonner son ame !

Et, toutesfois, le mort n'estoit pas mort quasi.

Qu'une nouvelle ardeur son courage a saisi,

OubUant le chasseur qui l'avoit si bien prise.

Pour aimer un bouvier, le Phrygien Anchise.

Ligde usoit sagement de vouloir le berceau

Estre aux fiUes, soudain, le funeste tombeau ;

Mais il ne se devoit fier en Teletuse,

Car la femme infidèle est trop pleine de ruse;

EUe sceut esmouvoir, par ses gemissemens,

La Déesse qui peut sur les accouchemens.

Qui trop, par trop piteuse à céste geniture.

De l'enfant déguisé eschangea la nature.

Hélène fit périr les siens et son Paris;

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Les filles d'Egyptus tuèrent leurs maris;

Il y en a de mesme une innombrable exemple :

Tesmoin sainct Jean Baptiste. Enfin, que l'on contemple.

Pour prouver ce fléau d'un fard pippeur caché.

Que la femme au cœur sainct fist le premier péché :

(Eve, tel est son nom) qui fust née innocente

Par les mains du grand Dieu, si désobéissante

Qu'elle ne peust sans faute un instant demeurer.

Et non contente encor, son mary fist errer

(Erreur qu'incessamment nous portons, mal-heureuse,

Pour avoir voulu croire à la femme envieuse).

Qu'on ne blasme en ce Ueu l'homme plein d'amitié;

Où est qui penseroit que sa mesme moitié

Le trahist meschamment? Croiroy-je ma main dextre

Estre faicte, ô bons Dieux ! pour couper ma senestre ?

Au commencement donc de la création,

La femme fust inique, aimant la fiction.

Apres, de jour en jour elle se monstra pire

Et plus, subsequemment, que l'on ne sçauroit dire.

Or, si Eve innocente, œuvre du Créateur,

N'a peu vivre un moment sans détestable erreur.

Comment s'en garderoyent celles dont la naissance

Vient par la puanteur de fragUle semence?

Chose tout impossible ! et aussi void-on bien

Son vice qui puUule en ce val terrien,

Le desastre et le mal où elle nous enserre.

D'elle l'enfer sourdit, d'elle l'avons sur terre.

Donc d'elle nous souffrons double damnation.

Qui pourroit supporter son imperfection?

Comme cil qui voudroit combattre la tempeste.

Faisant la révérence avec paroUe honneste;

Encores par saisons void-on l'onde calmer :

Elle, de plus en plus ne se fait qu'animer.

Cestuy-là est vrayment de sens paralytique

Qui endure l'orgueil d'animal tant inique.

Qui de son poil occist les justes innocens.

De ses cheveux pourris s'engendrent des serpens;

C'est (ce croy-je) pourquoy le destin en ordonne

(Ainsi qu'à ses deux sœurs) à l'orde Thisiphonne,

Et m'esbahis comment le sage Socrataïs,

En riant, supportoit ses œuvres imparfaicts :

Sa femme, un jour, bruyant avec menace rude.

Il ne respondit rien, attentif à l'estude.

Dont elle, despitee, empoigna un grand seau

Et furieusement luy jetta toute l'eau :

« T'esbahis-tu, dit-il à la troupe esbahie.

Si après le tonnerre il survient de la pluye? »

Platon, Hyppocrates, si grand et si divin.

Ayant examiné la femme au cœur malin,

Dict ne sçavoir le rang où elle est colloquablc,

S'il est du dur métal ou du bon raisonnable.

Il accusoit Nature, et puis, d'un subtil art,

Disoit qu'en la faisant elle avoit eu esgard

A délectation, pour croistre le lignage.

Plus que pour la bonté d'un Amour si volage.

Ayant je ne sçay quoy dans l'intestin honteux,

A toute heure mouvant, insatiable aux jeux

Que Cyprine désire et en qui elle est née.

Bien que la femme fust d'honorable lignée,

Il la recommandoit à un de ses amis,

L'envoyant à sa mère, absentant le pais :

« Non que j'en aye object d'un infidèle blasme.

Mais, dit-n, mon Amy, à cause qu'elle est femme. »

Et les Romains, voyant sa fresle opinion,

La forclurent d'avoir nulle succession.

Pharamond, par la loy qu'on appelle Sahque,

L'a déboutée ainsi du throsne magnifique;

En France, en quelques lieux, près Dure mesmement,

La femme au double cœur n'hérite nullement.

Les Saincts n'ont pas voulu qu'elle regist l'Eglise,

Une infâme parvint, qui au Tybre fut mise.

Le Philosophe encor luy défend son sçavoir.

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Et le Jurisconsulte où elle n'a que voir,

Le barbare l'esclave, et de rien ne dispose,

Et de son paradis Mahommet l'a forclose.

Bref, presque tout le monde, au vent de sa fierté.

N'a voulu luy permettre aucune authorité,

La connoissant plus propre à l'Amoureux ofi&ce

Qu'à régir, qu'à prescher, qu'à sçavoir, qu'à Justice.

On dira, par merveille : une a prophétisé,

Telle a jugé, vaincu, en habit déguisé;

On en dira quelqu'une en sçavoir singuhere,

Quelque autre ennoblissant, l'autre digne guerrière,

L'autre saincte, pudique, et, bien qu'il soit connu.

Tout cecy est miracle et par hasard venu.

Puis il ne s'ensuit pas qu'une gaye Hirondelle

Avant-coure, seulette, une saison nouvelle.

Qu'on prouve, si l'on veut, son péché souverain;

Nostre damnation vient pourtant de sa main.

Féminin, chante-nous l'Amazonne Asienne,

Et la pudicité de la brave Lorraine.

Si doit-on s'esbaïr que ce petit trouppeau

N'a crû depuis ce temps, redevenant plus beau;

Car clairement on semé Essence si louée.

Elle a donc beau venir s'elle n'est enclouee.

Féminin, chante-nous que d'elle nous naissons.

Que doncques par la femme au monde paroissons.

Si l'homme pouvoit naistre entre plus fiere beste.

Il n'en seroit que plus habilement honneste.

Et n'est moins, pour entrer en son gouffre punais.

Le beau Soleil va bien dans les sales retrais.

En perd-il pour cela sa grandeur accomplie.

Qui, sur tout, toute chose, en tous heux vivifie ?

De l'eau salée, en mer, ne vois-tu pas pécher

Du poisson le plus doux qu'on estime plus cher?

Ne vois-tu pas sortir, de terre tres-meschante.

Le bon arbre fruictier et la meilleure plante?

Car la vigne, qui est hors de comparaison.

LES SATIRES FRANÇAISES DU XVI^ SIÈCLE i86

En maigre sable apporte un vin sur tout vin bon.

L'excellent diamant vient d'une roche dure,

La perle en l'eau marine, et l'or, sans nulle injure.

Sort d'un puant terroir; le clair argent aussi;

La chose belle sort de la plus laide ainsi.

Dont l'homme plus parfaict sort de femme imparfaicte,

Pour plus faire admirer l'ouvrage et le Poëte.

Priseroit-on tant l'or si sa minière estoit

Aussi pure que luy? on le negUgeroit.

La beauté se fait voir tousjours par son contraire;

La nuict faict estimer le jour qui nous esclaire;

Desestimant la femme, ainsi l'homme est prisé;

Par le vent de la femme on void l'homme posé;

C'est l'unique bon-heur que nous recevons d'elle;

Il n'auroit jamais faict qui diroit sa cautelle;

Qui entreprend nommer ses faicts malicieux

Aura plustost nombre les estoilles des Cieux,

Les poissons de la mer, les bestes terriennes.

Le feuOlage des bois, le sablon, les areines.

L'herbe, les fleurs de May, aux prez et aux forés.

Et les dons jaunissans de la riche Cerés.

Je veux en peu de mots son naturel apprendre,

Qui donneront icy facilement entendre

Et sa vie, et le cours de toute son humeur.

Elle est le mesme vice et le mesme mal-heur.

Deux beaux tiltres, vrayment, et qui valent la peine

D'en faire plus de cas ! O grand Dieu qui me meine !

Seigneur sur tous Seigneur, Père, pardonnes-moy

Si j'outrepasse en rien les bornes de ta loy.

Si j'ose prononcer, et si j'ose te dire

Que tu ne devois point, pour accoiser ton ire,

A cause des péchez que nous avions commis.

Nous faire accompagner de nos vrais ennemis !

Car, estant seuls autheurs de nostre laide faute.

Sans ofiencer beaucoup ta divinité haute.

Nous ne sçaurions pas vivre avec tels Animaux,

l87 MARC DE PAPILLON DE LASPHRISE

Car, qui seroient ceux-là qui aimeroyent leurs maux ? Dieu ! que n'as-tu permis à l'homme, ton image. Que de soy-mesme il peust peupler l'humain hgnage? Comme un bon vigneron, qui d'exerçans labeurs. En proignant, d'un beau cep en engendre plusieurs, N'emprvmtant que de luy, ce bois divin surplante. Ou, comme un masle Lièvre, en soy d'autres enfante? Père, si tu voulois, tu as bien le pouvoir Que l'homme, honnestement, peust ainsi concevoir; Mais par ce que, par Eve, il mangea de la pomme, Pour cruel chastiment tu l'as laissée à l'homme; Ou, Dieu, qu'il ne s'engendre ainsi que cest oiseau Qui, mourant, de sa cendre en renaist un nouveau. Tu peux bien davantage, ô Dieu ! tu peux plus faire ! Laisseras-tu tousjours l'homme en telle misère? Vois -tu pas que la femme est des vices autheur. Vices qui font noircir en terre ta splendeur ? D'eUe, nostre fieau, tes fléaux nous adviennent, BrouiUans tes volontez que les hommes soustiennent. Comme la froide neige a pouvoir d'enflammer. De mesmes elle peut un monde consumer; Comme la froide neige eschaufie en sa froidure. Elle, en la glace aussi incite la bruslure; Mais la femme difiere à la neige d'un poinct : Elle fond près du feu, la femme n'y fond point, Ains plus fort s'en approche et plus elle est ardente. Et sy (quoy que l'on fasse) oncques ne se contente. Car, si son favorit luy aggree aujourd'hui. Demain, luy seul sera son détestable ennuy. Que dy-je, un favorit? plustost une centaine (Vray est qu'elle est encor si doucement humaine, Maugré les mesdisans qui ont mué sa voix) Qu'elle ne peut sur elle avoir qu'un à la fois. Non, non ! je l'accompare au goufîre insatiable, Et au jouet du vent légèrement muable; C'est un mal nécessaire, à guérir mal-aisé.

LES SATIRES FRANÇAISES DU XV I^ SIÈCLE i88

Un diable domestique en Ange desguisé;

O bel œuvre imparfait que l'on ne peut parfaire !

On a beau besongner, il faut tous jours refaire.

Toute (et plus, la plus grande) en grandeurs et beauté

Retient de la laideur d'une difformité.

Car on voit (mesme au temps que l'ennemy l'espie)

Qu'elle a deffaut d'un Membre où est sa chère envie.

L'habile pare bien cette imperfection,

Et la docte estudiant en composition;

Toute autre fenmie aussi (tant soit-elle imparfaicte)

Estant dessous Hymen, père de Jean Cornette;

Mais où est celle (et fusse un œil de chasteté)

Qui près d'un beau subjet n'en aye volonté?

J'asseure donc chacune, ou de vueil, ou d'ouvrage,

Rendre son Mary serf du cornu cocuage.

Et si le prompt vouloir et l'effaict n'estoyent qu'un.

Chacun seroit cocu plus souvent de chacun,

Car toute a l'Ythiphale ou en corps ou en Ame.

Pour mieux faire couvrir sa honte qui l'enflamme.

Son desdain en Amour est fort pernicieux.

Car sans cesse on y perd le temps qui vaut le mieux.

On y dépend son bien, on y sert de risée.

Pour avoir faict la beste après telle rusée.

Si le mespris abuse, un baiser plus déçoit

(Et ne vaut rien ainsi à chose que ce soit) :

Car la femme en Amour semble à la fiere Louve,

Qui plus souvent le laid plus aggreable trouve,

Et puis le faict meurtrir avec ses hurlements

(Les propos féminins, querelles des Amants) ;

Si quelqu'un plus accort évite teUe trappe.

Lors, par agguets mortels, le chetif n'en eschappe;

Sa plus grande action ne tend qu'au vain déduit;

La honte est son honneur, effrontée au doux fruict !

Le serpent Tentateur est devenu Andouille;

Ores, la paillardise est tombée en quenouUle !

Usez de mon conseil, vous, jeunes Amoureux,

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Ne vous allumez point d'un sang si vigoureux.

Celuy qui aime tant n'est aimé de sa Dame,

Elle l'estime serf, en balance elle enflamme.

Non, non, soyez certains qu'il ne jouyra pas

Du gracieux plaisir des Amoureux combas;

EUe auroit peur de perdre, ofltrant ceste délice,

Ce cœur passionné prest à faire service.

Et bien qu'il en jouyst. il ne pourra pourtant

(Fist-il cent mille efforts) rendre son coeur content.

Car la femme ressemble à l'usurier qui preste.

Qui ne se lasse point de recevoir sa debte;

Tant plus on luy en baiUe, et plus y prend plaisir :

On ne peut contenter son avare désir;

Mais l'habile debteur n'a pas ceste puissance.

Ni n'a point, comme luy, double resjouyssance,

Encores qu'il soit bon de s'acquitter du tout,

Si est-il mal-aisé d'estre tousjours debout.

Il vaut trop mieux devoir qu'estre entièrement quitte,

Cela nous rend soigneux et plus fort nous incite;

Il sied mal de payer et d'estre pauvre après.

L'ordinaire est plus beau que n'est pas le surcrais;

Le libéral aussi, en faisant son aumosne.

Se lassera plustost que l'autre à qui l'on donne.

Il n'est pas malaisé de tousjours recevoir.

Mais il est difficile incessamment d'avoir.

Il est vray que ce bien mille maux luy engendre.

Car Dieu est au prester, mais le Diable est au rendre;

Le Créditeur ne peut le terme prolonger.

Quand Lucine l'adjourne il vuide en grand danger;

Voire mais, ce dira quelque bonne Huguenotte,

Ou quelque cathoUque, et mesme la bigotte :

« La femme ne veut rien seulement que le droict !

Quelle chose plus juste aspirer se pourroit?

Si la raison gist là, tu gaigneras ta cause.

Partout (mesme au Palais) on t'offre telle chose.

Ainsi, tu as grand tort en te plaignant de nous.

Nous tous qui te baillons le beau droict à tous coups !

Je veux continuer, d'une ardeur volontaire,

Garçon maistre de moy, à qui je veux complaire.

Et plustost je serois de moy-mesme bourreau,

Que je fusse subject au féminin fléau.

Je ne m'amuseray a descrire la rage

Qu'a l'homme plein d'honneur, au joug de Mariage.

Ne soyez donc si prompts; nous voyons le blessé

Mourir d'un petit coup pour n'estre bien pansé;

Mais médiocrement aimons ce qui nous aime.

Sans nous lier, bruslans d'une Amour si extresme.

La femme est babillarde et de peu d'amitié,

Son cœur n'est point constant qu'en grande mauvaistié;

L'amour semble au laict frais qui fraischement aggree.

Mais ceste beauté là est de peu de durée,

Car, si le laict se garde, il a plusieurs caillons.

Il est soudainement plein de corruptions :

Aussi, nouvellement, la femme est amiable.

Puis, estant mariée, ardemment hayssable.

Vieux maris, sçavez-vous pourquoy tant vous souffrez?

Escoutez ma parolle et vous le connoistrez :

Bien que ces vers soyent faicts en l'Avril de mon âge,

Que mille flots bouUlans animent mon courage.

Que mon Astre fatal me soit si ténébreux

(Qu'homme de bien je sois entre autres mal-heureux).

Toutefois il me plaist de monstrer que ma terre

Peut estre bien paisible en sa cruelle guerre.

C'est qu'estes au vouloir trop bravement actifs,

A l'exécution trop laschement poussifs.

Aux pensers trop rusez, soupçonneux à la ruse.

Au souspçon trop aisez à croire quelque excuse.

Importuns aux désirs, aux désirs trop jaloux.

Et puis la jalousie ameine le courroux.

Et le courroux la hayne, et la hayne un débat.

Dont chez vous vous logez un discordant combat.

C'est pourquoy qui est sage et qui craint le doutable,

iqi MARC DE PAPILLON DE LASPHRISE

Ce fleav féminin sur tout fléau fuyable.

Il ne se doit lier d'indissoluble nœu,

Ains aimer librement d'un volontaire feu.

Ou cil qui, par mesgarde, est de si triste feste.

Il doit prier les Dieux de finir la tempeste.

Car on ne peut baiser de bonne afiection

La personne objectant diverse passion.

Quelle aggreable Amour ! quelle douce délice !

D'embrasser le bourreau qui nous met au supplice I

Qui peut donc adviser sa femme de bon œil?

Vous, martyrs mariez, lorsqu'en prendrez le dueil.

Qu'il soit en violet, portez-le à la Royale,

Et ne chommez jamais Tinfeste nuptiale !

(Les Premières Œuvres Poétiques du Capitaine Lasphrise, 1597.)

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