SATYRE
Vous qui perdez vostre jeunesse.
Pour adorer une Maistresse Qui n'a d'Amour que le désir.
Domptez cete bruslante rage :
De vivre en éternel servage, C'est estre esclave du plaisir.
C'est bien un plaisant exercice, Mais quand Amour naist d'avarice La faveur marche lentement.
Car tousjours avecques la peine Il faut avoir la bource pleine Pour avoir du contentement.
En ce temps l'Amour ne sçait poindre, Ni ses traicts esgalement joindre Deux cœurs d'une estroitte amitié; Maintenant, les pleurs et les plaintes Et tant de passions contraintes Rendent les femmes sans pitié.
Qui n'a la main d'argent couverte Void tousjours l'espérance verte.
Perdant et la fleur et le fruict; Tout son bien consiste à leur vente, Mesme le lict leur sert de rente Soubs les ténèbres de la nuict.
Chacun en sa persévérance Ne void point de la différence, Leurs regards à tous sont humains Mais avant que franchir la porte, Leur coustume est de telle sorte Qu'il faut venir premier aux mains.