DU PREMIER LIVRE D'HORACE
Qui fit, Mœcenas...
A Monsieur Castrin, Secrétaire de la Chambre du Roy, mon singulier amy.
Dont vient, amy Castrin, que nul ne se contente
De la condition que le sort luy présente,
Mais en désire une autre, et veut changer d'estat?
Qu'heureux sont les marchands ! dit le pauvre soldat
Estropié de coups; le marchand, au contraire.
Se voyant en danger des vents ou d'un corsaire,
Souhaicte estre à la guerre, où, tout en un moment.
On vient aux mains pour vaincre ou mourir bravement.
L'Advocat qui, pressé d'un procez qui importe,
Oyt heurter devant jour son client à sa porte.
Croit son fermier heureux et ceux bien-fortunez
Qui vivent seuls aux champs sans estre importunez;
Le laboureur, contrainct de quitter sa charrue
Pour un méchant procez, et venir par la rue
Apres son Advocat, qui va, sur un mulet
Chargé de force sacs, plaider au Chastelet,
Et former l'action criminelle ou civile,
Dict que nul n'est heureux qu'un habitant de ville.
De telles gens se trouve au monde tant et tant
Qu'un importun causeur se lasse en les comptant.
Mais, pour ne t'amuser en chose superflue.
Ecoute où je pretens que mon propos conclue.
Si quelque Dieu disoit : « Çà, je veux faire à tous Ce que vous desirez; premièrement, à vous Soldat, qui demandez en mer faire trafiSque. Vous deviendrez marchand et quitterez la pique;
Vous, Advocat, au lieu de sacs pendus au crocq,
Vous irez manier la charrue et le soc :
Or sus ! passez deçà ! » Quoy ? vous hochez la teste
Et reciilez, quand Dieu reçoit vostre requeste ?
Que ne fait-U enfler les joues de courroux,
Pour jecter un esclat de foudre contre vous,
Sans plus prester l'aureille à vos folles prières ?
Passons outre, et laissons, parlant de ces matières,
La risée et le jeu, car la sévérité
Ne deffend point de dire en riant vérité.
Comme un doux pédagogue au petit enfant tendre
Donne des poix sucrez pour luy faire comprendre
Ses premiers rudiments; traictons, plus curieux.
Le jeu laissé à part, ce suject sérieux.
Ceux qui sont tout le jour à labourer la terre.
Et ceux qui font taverne, et ceux qui, à la guerre,
Ou en la mer du Sud, les hazards vont courir,
Disent tous que leur but n'est que de s'aquerir
Dequoy vivre, estants vieux, pour faire leur retraicte.
Et puis se reposer leur provision faicte,
Comme fait le fourmi, qui, d'un merveilleux soing
Prévoyant l'advenir, amasse en un recoing
Le plus de grain qu'il peut, mais quand l'hyver retourne
Et que le froid glacé sur la terre séjourne,
Ne sort plus de son trou, pour crainte des frimats.
Et vit patiemment de son premier amas.
Mais vous, chetifs humains, n'avez ne but ne terme Qui borne vostre gaing, courant la terre ferme. Les rivières, les mers, en fin, pour en avoir. Le froid, le feu, le fer, ne vous peut demouvoir.
Que vous sert de cacher tant d'escuts en un coffre. Où vous n'osez toucher, quelque besoing qui s'offre. De peur que tout s'en aille? et si vous n'y touchez. Qu'ont de beau tant de sacs l'un sur l'autre cachez?
Ayez dix mille muids de bled en vostre gfrange.
Vous ne mangerez pas plus de pain que j'en mange.
Comme ceux qui, au camp, font la munition.
N'en consomment pour eux plus grande portion
Qu'un goujat fainéant. Dictes-moy, d'aventure,
Si quelqu'un proposoit régler sa nourriture
A ce qm suffiroit pour estre substanté :
Qu'importe, pour bien vivre heureux, et en santé.
Qu'il ait de revenu mile escuts ou cent mile ?
Il fait beau, direz-vous, prendre d'une grand 'pile :
Pourveu que ce que j'ay sufl&se à me nourrir,
Que vous servent vos grains que vous laissez pourrir ?
Vos grands greniers n'ont rien que je n'aye en ma huche;
Comme s'U ne vous faut d'eau qu'une pleine cruche
Ou qu'un verre, sans plus, l'aimez vous mieux puiser
Au miheu d'un torrent, que de vous amuser
A le prendre au bacin d'une claire fontaine?
De là vient que souvent, tel qui se donne peine
De pescher en grand eau, loing du bord escarté.
Se trouve, en un fort temps, des vagues emporté;
Mais celuy qui, du peu qui luy faut se contente.
Ne boit jamais d'eau trouble et du danger s'exemte.
La plus grand'part du monde est en ce fol erreur
Qu'on n'a jamais assez, et, en ceste fureur.
Croit qu'un homme ne vaut qu'autant qu'il se fait riche .
Que faudroit-U donc faire à cet usurier chiche.
Sinon le laisser vivre, en son ordure infect.
Misérable et trompé, comme on compte que faict
Encor, de nostre temps, le couratier son mire;
Le peuple, ce dit-il, me siffle et me deschire.
Mais j'en frotte mes mains, et ne m'en souvient plus.
Quand chez moy je suis seul à compter mes escus.
Les Poètes ont fainct que, pour peine fatale, Jupiter tient là-bas le malheureux Tantale
Au milieu d'une eau claire, où, quand il veut pancher
Son gosier altéré pour sa soif estancher.
L'eau s'enfuit devant-luy. Tu t'en ris, ô pauvre homme !
Et c'est de toy qu'on parle, encores qu'on te nomme
D'autre nom; c'est de toy que la fable s'entend :
Tu dors sur tes escuts, et t'en abstient pourtant
GDmme d'un reliquaire, et n'en as jouissance,
Non plus que d'un tableau qui n'est en ta puissance;
Tu ne sçais que vaut l'or, ny à quoy l'argent sert.
Achepte du pain blanc, du bon vin, du dessert.
Quelquefois un perdreau, quelquefois une caille.
Un morceau de turbot, une sole, une écaille,
Tu n'apauvriras pas, pour t'estendre un petit.
Quand tu sens d'un desgoust languir ton appétit.
Aymes-tu mieux veiller toute la nuict, en peine,
Pour garder ta maison que le feu ne s'y prenne ?
Ou qu'un larron de nuict, par la fenestre entré.
Ne vole ton trezor? ou qu'un valet, frustré
De ses services deubs, ton cabinet ne force?
Ces biens ne sont pas biens, ce ne sont que l'escorcc.
Quant à moy, volontiers je voudroy m'exempter
De tels biens,- qui ne font que nuire et tourmenter;
Mais si, par quelque excez de froid, ou de viande.
Te faut garder le lict, qui penses-tu qui mande
Au médecin qu'il vienne, et qui face devoir
De t'assister malade, et t'aider à ravoir?
Ton frère, tes neveux, et ta famille entière
Te voudroient des-jà mort, enclos en une bière :
T'en csmerveille-tu, veu que tu n'aimes rien
Et n'as afifection qu'à ton or et ton bien?
Quant aux autres parents de sang, ou d'alliance.
Si tu les veux tenir en quelque bien-veillance.
Tu y perdras ton temps, comme si tu voulois
Dresser un asne au mords pour courre en un tournois.
Bref, cesse d'aquerir, plus tu as de richesse
837 NICOLAS RAPIS
Crain moins de mourir pauvre; estant sur ta vieillesse, Rep)ose ton esprit, donne trefve au souci. Ayant tout à souhaict; et ne fay pas ainsi Qu'un Esleu de Poictou qui, riche de pillages, (Le compte n'est pas long,) ayant acquis villages, Paroisses et chasteaux, prairies et marests, Riche en argent comptant et riche en interests. Plein d'escus à boiceaux, mais si chiche et infâme Qu'il plaignoit un teston pour habiller sa femme : Ce p>auvre malotru, vestu comme un valet, Allant tousjours tout seul sur un maigre mulet. Eut peur, tant qu'il vesquit, de mandier sa vie. Mais CUtemnestre, ardente et d'amour et d'envie De jouir des escuts, à la force eut recours. Et d'un plomb ensoufré luy fit finir ses jours.
Comment donc ferons-nous? Faudroit-il, pour bien vivre.
L'exemple de Brinon ou du beau La Croix suivre?
Non; ce seroit contraire à contraire opposer,
Et d'une extrémité à l'autre s'exposer.
Quand on nous deffend d'estre un tasquin pinsemaille
Qui se plainct ses despens, on ne dit pas qu'il faille
Devenir un prodigue, et fondre, en moins de rien.
En festins et balets et au jeu, tout son bien.
Il y a grand à dire, en mœurs et en personne.
Du bon-homme Lomct au jeune Largelonnc;
On voit en toute chose un louable milieu
Outre lequel raison ny droict n'ont point de lieu.
Mais afin qu'au propos commencé je revienne. C'est grand cas qu'on ne voit personne qui se tienne Content en son estât, fort l'avaricieux Qui ne change jamais son désir vicieux. Et plustost blasme ceux qui vivent d'autre sorte; Qui pense que tousjours la vache d'autruy porte Plus de laict que la sienne, et amaigrist de voir Qu'un autre le surmonte en biens et en avoir.
Sans qu'à moindre que luy ses moyens il compassé. Mais tasche à devancer un plus grand qui le passe, GDmme un cocher qui donne à ses chevaux le vent, Pour gaigner le dessus de ceux qui vont devant. Et leur lasche la main, pour haster la carrière. Sans faire estât de ceux qui demeurent derrière. C'est pourquoy nous voyons fort-peu de gens sortir De ce monde contens, comme on voit bien partir, Quelquefois, d'un festin où le luxe regorge, Des hommes bien repeus et saouls jusqu'à la gorge. Aux autres quelque chose est tousjours à venir. Or, à moy, c'est assez, je veux icy finir. De peur d'estre accusé d'avoir pris les mémoires Du Chauve, du Luat, et rompu ses armoires.
Castrin, par passetemps je t'ay fait ce discours. Jouant avec Horace, auquel j'ay mon recours Quant je suis seul aux champs, et qu'en ma solitude Je me veux recréer d'une plus gaye estude, Pendant que tu poursuis tes procez à la Court, Ou bien que sur le Change, en la grand basse court, Tu cherches les banquiers, et des coings de la terre Tu apprens ceux qui font et la paix et la guerre; Ou quand, par un sentier des autres non batu, A ce grand Mareschal tu fais voir ta vertu, Ou des vers sérieux que ton Apollon joue. Aux heures de loisir, tu entretiens La Noue, Casaubon, Hotoman, Mercier, Chrestien, Bongars, Gens tirez du vulgaire, auxquels, par maints regards, Sainctement comme à toy, non tant par apparence Que de cœur et d'esprit, je porte révérence. Recoy.ce fruict léger de mon oysiveté, Qui ne vivra pas plus que font les fruicts d'Esté, Mais qui sera tesmoing qu'en mon séjour champestre Mon ame est avec toy si mon corps n'y peut estre.
(Les Œuvres latines et françaises, 1610.)
THÉODORE AGRIPPA D'AUBIGNË
Théodore Agrippa d'Aubigné naquit au château de Saint-Maury, près de Pons, en Saintonge, le 8 février 1551, de Jean d'Aubigné, seigneur de Brie, juge ordinaire, et de Catherine de l'Estang. Il fut nommé Agrippa (œgre part us), parce que sa mère mourut en accouchant, et que l'on fut quelque temps à se demander lequel on sauverait de lui ou de sa mère. Son père s'étant remarié, sa bellemère ne put le souffrir; elle le fit nourrir et élever hors de la maison. Dès qu'il eut quatre ans, son père lui donna pour précepteur un nonmié Jean Cottin, « homme astorge (dur) et impiteux », qui lui enseigna les langues latine, grecque et hébraïque. Continué par Peregim, second précepteur, il ût tant de progrès qu'à l'âge de six ans il lisait couramment ces trois langues. A Peregim succéda Jean Morel, et ce fut sous la tutelle de celui-ci que d'Aubigné, « veillant dedans son lict pour attendre son précepteur, ouït entrer dans la chambre... quelque personne de quy les vestemens frottoyent contre les rideaux, lesquels il veit tirer aussi tost, et une femme fort blanche qui, luy ayant donné im baiser froid comme glace, se disparut. Morel arrivé le trouva ayant perdu la parole, et ce qui fit despuis croire le rapport de telle vision fut une fiebre continue qui luy dura quatorze jours... ». On pourrait voir en cette apparition Némésis ou Rhanmusie douant pour la Satire ce front génial... A sept ans et demi, il traduisait le Criton de Platon, sur la promesse que son père lui fit qu'il imprimerait cette traduction avec « son effigie enfantine au devant du livre », Un an après, le menant à Paris en passant par Amboise, un jour de foire, son père, dit-il, « veit les testes de ses compagnons... encore recognoissables sur un bout de potence, et fut tellement esmu, qu'entre sept ou huit mille personnes il s'escria : Ils ont descapité la France, les bourreaux ! Puis, le fils ayant picqué près du père..., il (le père) luy mit la main sur la teste, en disant : « Mon enfant, il ne faut pas que ta teste soit espargnée après la mienne, pour venger ces chefs pleins d'honneur; si tu t'y espargnes, tu auras ma malédiction. » A Paris, l'écolier
fut mis entre les mains de Mathieu Béroalde. Mais les poursuites contre les Huguenots s'étant renouvelées, Béroalde fut forcé de s'enfuir avec sa famille et son élève. Arrêtés à Courances, près de Milly-en-Gâtinois, ils furent livrés au fameux docteur Democharés, qui remplissait les fonctions d'Inquisiteiu:. On fit croire à d'Aubigné que toute sa bande allait être brûlée : il répondit courageusement « que l'horreur de la Messe luy ostoit celle du feu ». Par un raffinement de cruauté, on le fit même danser au son du violon. Enfin, un gentilhomme de la troupe catholique qui avait été moine, se souvint de la charité chrétienne : pour l'amour de l'enfant, il fit évader les malheureux. A Montargis, la Duchesse de Ferrare les reçut avec humanité, et, durant trois jours, elle ne put se lasser d'ouïr les discours sur le mépris de la mort que lui tint d'Aubigné, assis près d'elle sur un carreau de tapisserie. A Orléans, la troupe fut décimée par la peste; d'Aubigné lui-même n'échappa pas à ses atteintes. Le Sieur d'Aubigné, revenant de Guyenne, trouva son fils guéri, mais un peu débauché par la Ucence des guerres civiles. Pour le punir, il lui envoya un habit de bureau, et le fit mener par les boutiques de la ville, afin de choisir un métier. Le jeune homme en fut si mortifié qu'il tomba en une « fièvre frénétique », dont il faiUit mourir. Il demanda pardon à son père d'une manière si touchante qu'il fit pleurer les assistants, et que la paix fut conclue. Le S' d'Aubigné mourut à quelque temps de là, ne laissant que des dettes. Le jeune Agrippa resta encore un an entre les mains de Béroalde, et fut ensuite envoyé à Genève. Il avait treize ans, « faisoit plus de vers latins qu'une plume dihgente n'en pouvoit escrire », lisait couramment les Rabbins, et achevait d'accomplir sa Philosophie. Néanmoins, le trouvant ignorant sur quelques dialectes de Pindare, on le remit au collège, ce qui le dégoûta de l'étude. A l'insu de ses parents, il vint à Lyon, se remit aux mathématiques et apprit les éléments de la Magie. Les secondes guerres de Religion ayant commencé, en août 1567, d'Aubigné retourna en Saintonge chez son curateur, qui, le voyant obstiné à ne plus étudier, le séquestra jusqu'à l'année suivante. Il trouva moyen de s'évader en descendant de nuit par la fenêtre de sa chambre, au moyen de ses draps de lit. En chemise et les pieds nus, il rejoignit quelques camarades qui l'avaient averti de leur départ pour l'armée. A une heue de là, ils défirent un parti de cathoUques qui les attaqua, et d'Aubigné, toujours en chemise, y gagna un coup d'arquebuse. Arrivé à Jonzac, quelques capitaines le firent habiller. Il tint à leur signer une sorte de reconnaissance de leurs dépenses, où il écrivit : t A la charge que je ne reprocherai point à la guerre qu'elle m'a dépouillé, n'en pouvant sortir en plus piteux état que j'y entre. » Il se trouva en diverses actions, devint enseigne de son régiment; puis, la paix de 1570 lui rendit la hberté. Ce ne fut que pour sou-
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tenir un procès contre un maître d'hôtel du Duc de Longuevillc, qui, prétextant de sa mort, s'était emparé de son bien. Il plaida si vivement sa cause devant les juges d'Orléans, que ceux-ci lui donnèrent satisfaction, disant qu'il n'y avait que le fils de d'Aubigné qui pût parler ainsi. En possession de son héritage, il s'amouracha de Diane Salviati, et composa en son honneur le recueil du Printemps.
D'Aubigné se donna au Roi de Navarre après la paix de La Rochelle. Mais, lassé de voir ses services mal récomf)ensés, il se retira à Castel-Jaloux, dans le dessein de vendre les domaines qu'il possédait, et d'offrir ses services au fils de l'Électeur Palatin. Ce projet n'eut point de suite, car, arrivant à Saint-Gelais, monté sur son cheval, il aperçut à une fenêtre Suzanne de Lezay, devint amoureux et en oublia son voyage... Cependant, Henri éprouvait la perte qu'il avait faite d'un tel ser\-iteur : il l'engagea de revenir par quatre lettres consécutives, que d'.A.ubigné jeta dans le feu. La fausse nouvelle que son ancien maître avait été capturé à Limoges, et qu'il avait dû payer rançon avec les bagues de sa femme, le détermina de se remettre à son service. Mais la reine ne pouvait souffrir le trop véridique d'Aubigné. Aussi pria-t-elle le roi de le bannir de la cour. Henri feignit de lui donner satisfaction; pourtant il avertit d'Aubigné de se tenir caché pendant le jour et qu'il viendrait s'entretenir avec lui pendant la nuit. Le courtisan préféra sa liberté ; il l'employa à courtiser Suzanne de Lezay. Il l'épousa le 6 juin 1583, pour la perdre quelques années après. Il eut le gouvernement de l'île d'Oléron; mais le roi l'ayant vendue aux catholiques, il demanda son congé et se retira chez lui, où il vécut dans la méditation des controverses de Bellamin, lesquelles n'ébranlèrent point ses convictions. Rappelé encore une fois par le roi, d'Aubigné le servit en qualité d'Écuyer jusqu'au 20 octobre 1587, date de la bataille de Coutras. L'année suivante, il fut gouverneur de Maillezais, et se tint dans cette résidence, boudant Henri de Navarre qui avait consenti d'entendre la Messe. C'est là qu'il écrivit son Histoire Universelle et les Tragiques. .\ la mort de Henri IV, sa province le députa auprès de la Reine pour l'assurer de sa soumission. La crainte de perdre les places de Maillezais et de Doignon les lui fit remettre au duc de Rohan contre la somme de cent mille livres. Il se retira à Saint-Jean d'Angeli, où il fit imprimer quelques-uns de ses ouvrages. La condamnation du 3* volume de l'Histoire Universelle, et le peu de sûreté qu'il trouvait en France, l'engagèrent à se rendre à Genève, où, après maints dangers, il arriva le i*' septembre 1620. Il y fut accueilli comme un des principaux soutiens du parti réformé. Il s'occupa de mettre état de la ville en défense, ainsi que Berne et Bâle. Cette activité guerrière le rendit suspect à l'ambassadeur de France, et Paris rendit contre lui un arrêt par
lequel il fut condamné à la peine capitale. Il se résigna au repos, qu'il employa à compléter et reviser ses œuvres. Il mourut le 29 avril 1630, ayant épousé, à plus de soixante-dix ans. Renée de Burlamachi, dont il avait eu un fils natiu-el. Constant, l'un des enfants de son premier mariage, fut le père de M™» de Maintenon.
Tel est le tableau fort raccourci de la vie tumultueuse de ce loyal et rigide compagnon d'ormes du Béarnais. Nous nous sommes surtout efforcés de retracer les événements de sa jeunesse, pour faire ressortir les influences qu'ils purent avoir sur la formation de son esprit. On y ajoutera les scandales de la Cour de Henri III, les intrigues de la Cour suivante, et la vie des camps qui fut longtemps la sienne. Une existence si féconde en aventures, la résolution tardive d'écrire les Tragiques au déclin de sa maturité, font excuser le relâchement et la hâte de quelques parties de son œuvre capitale. Nous ne reprendrons pas l'étude que l'on a déjà lue dans notre préface, nous nous bornerons à signaler ses autres pièces satiriques, les Tragiques mis à part, ainsi que les épigrammes, les pièces épigranmiatiques et les pamphlets en prose, dont l'un, le Baron de Fceneste, est \in inoubliable chef-d'œuvre de malice, de fantaisie, de comique et de style burlesque. Voici donc ces pièces, parmi lesquelles quelques-unes ont été dites épigrammatiques, bien qu'elles dépassent la longueur ordinaire de l'épigramme. Odes XX- XXII du Printemps (contre la vieille Maroquin); — l'Auteur à son livre; — III, Cessez, noires fureurs; — XXXIII (contre les Envieux). Poésies diverses, éd. Lemerre, Eleg. VI (contre la cour);
— VT, Poème de V Inconstance ; — VII, Constance-Inconstance;
— VIII, La Sorcière, éd. Lemerre, t. IV, Discours par Stances avec l'Esprit du feu Roy Henry Quatriesme. Pièces Epigrammatiques, t. IV, IX. Response en vers à un des Faux frères de Saumur, IX (cette pièce a 28 strophes); X, Stir les Estais tenus A Paris, etc. (15 strophes); — XXIV, Sur V Apothéose du cardinal Borome (13 strophes). Appendice, t. IV, IX, Requête à Messieurs des grands jours (élég. satirique).
Bibliographie. — Vers funèbres sur la mort d'Et. Jodelle, Paris, X574; — Balet comique de la Royne, faict aux noces de M. le Duc de Joyeuse et de 3f"« de Vaudemont, sa sœur, par Baltasar de Beaujoyeulx, Paris, 1582; — Les Tragiques, donnés au public par le larcin de Promethée, Au Dezert, i6i6, s. 1. n. d., Paris, 1857, (éd. Lalanne), 1872 (éd. Ch. Read), s. d. (Flammarion), Livre 1^', Paris, 1896 (H. BouRGiiV, L. Foulet, etc.); — Les Avantures du Baron de Fœneste, i"> et 2* partie. Maillé, 1617; 3» partie, Maillé, 1619, 1620, 1622; 4« partie. Au Dezert, 1630, 1640; Cologne, 1729, Amsterdam, 1731; Paris, 1655 (Prosper Mérimée); — L'Histoire universelle, i"> partie. Maillé, 1618; t. II, Maillé, 1618; t. III,
Maillé, 1C20; — 2« éd., Amsterdam, 1626; — Lettre au Roy par trois gentilshommes vieillis att service du Roy Henry le Grand, s. 1. n. d. ; — Libre discours sur l' Estai présent des Eglises en France, s. 1. 1619; — Lettre du sieur d'Aubigné d/diee à la Postérité, Maillé, 1620 (préface de VHist. Un.) ; — Petites oeuvres meslées, Genève, 1629, 1630; second recueil, 1629; — La Confession catiiolique du sieur de Sancy, dans le Recueil de diverses pièces servant à VHistoire de Henry III, Cologne, 1660, 1662, 1663, et s. 1. 1666; avec les rem. de Le Duchat, Cologne, 1693, 1699; id. dans le Journal des choses mémorables..., Cologne, 1720, et Journal de Henri III, La Haye, 1745 et Cologne 1746; — Histoire secrète, à la suite de l'éd. de 1729 des Aventures du Baron de Fœneste, puis 1731; — Mémoires de la vie de Th. Agr. D'Aubigné, Amsterdam, 1731, Paris, 1836, 1854 (LuD. Lalanne) et 1889 (Lud. Lalanne); — De la douceur des afflictions, Paris, 1856; — Œuvres complètes, Paris, 1872- 1892 (Reaume et Cayrade); — Œuvres Poétiques choisies, Paris, 1905 (Van Bever); — L'Enfer (attribué à D'Aubigné) satire dans le goût de Sancy, Paris, 1873 (Ch. Read). Pour les Œuvres Latines, nous renvoyons à VEssai J'Ad. Van Bever, afin de ne pas allonger considérablement cette nomenclature.
A CONSULTER. — D'AuBiG.NÉ : Sa vie à ses enfants. Œuvres complètes, t. I et son Hist. Un. — Goujet, XV, 235. — Bayle, Dict. — N1CERON XXVin, 203. — Sainte-Beuve, Lundis, X. — L. Feugere, Caract. et portr. du .xvi» siècle. — Postansque, D'Aubigné, ses œuvres, 1855; — Mercure Galant, janv.-févr. 1705. — Haac, La France protestante. — Savous, Ecriv. fr. de la reformation. — Henri-Louis Vivien, D'Aubigné, sa vie et son rôle dans l'H^' du Protestantisme français, Strasbourg, 1870. — Ernest Prarond, Les Poètes histor. : Rorvsard et D'Aubigné sous Henri III, 1873. — J. Merle d'Aubigné, Œuvres inconnues de D'Aubigné à rechercher (Bull, de la Soc. de l'H'^ du Prot. fr., sept 1863). — Marc DuFRAissE, La vie et les écrits de D'Aubigné, 1S60. — Ch. Lenient, La Satire en France, ou la litier. militante au .xvi« siècle, 1866. — Pergameni, La Satire au xvi» siècle et les Tragiques, 1882. — Brantome, Mémoires, 1864-1883 (t. I, II, III, V, VI, VII, IX, X). — Maurice Cherrier, Eloge de D'Aubigné, 1885. — Reaume, Etude historique et litter. sur D'Aubigné, 1883. — E. S. A. Goût, D'Aubigné théologien, 1883. — Auguste Exbrayat, D'Aubigné patriote, 188S. — E. Faguet, Le xvi« siècle. — W. Wixckler, D'Aubigné der Dichter. — Trenel, L'Elément biblique dans l'œuvre poét. de D'Aubigné. — Ch. de Roche, Une source des Tragiques (J. Crespin, H" des Martyrs). — L. Debrousseau-X, Communicat. sur le texte des Tragiques [Bull, de la Soc. des Humanistes fr., 23 mai 1896). — Joseph Bedier, Etudes critiques, 1903. — Roger Drovault,
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