‹ Les satires francaises du XVIe [i.e. Seizième]Chapitre 7 sur 35 · DISCOURS SATIRIQUE A F.-B. DE VERVILLE · texte numérisé non relu

DISCOURS SATIRIQUE A F.-B. DE VERVILLE

VerviUe, je me ris de voir sous aparance, Pelle-melle en un tas, l'honneur et l'ignorance. Les biens, et la sotise, et, souz un masque feint, Le faux dessus le vray si naïvement peint.

L'un treuve bon cecy, l'autre fâcheux ne treuve Selon son jugement ce que quelque autre apreuve;

Tout est icy remply d'esprit autant divers

Que de diversité est remply l'univers,

Tellement que l'effort d'une muse subtile

Pour contenter chacun est du tout inutile;

Mais ne pouvant gaigner quelque grâce envers tous,

Je seroi bien d'avis de recercher en nous

Nous mesmes du plaisir, sans vainement l'attendre

Du vouloir d'un commun, dont il ne doit despendre.

Quand à moy, je me ris de ces tristes humeurs

Qui donnent tant de peine à gaingner leurs faveurs.

Et qui, tous reformez, difiSciles, et blesmes,

Ne treuvent rien bien fait que ce qu'ils font eux mesmes.

Ne treuvent rien de goust que leur degoutement.

Et qui jugent de tout d'un mesme jugement;

Sans pouvoir discerner le plus d'avec le moindre,

Sans congnoistre à propos où le but se doit joindre.

Sans avoir rien solide, ils veullent recercher

Et congnoistre de tout, et de tout s'empescher.

S'ils sont sus un vers doux, duquel la douce veiné

Semble le clair ruisseau d'une belle fonteine.

Qui, sans faire grand bruit, pour gaingner un grand nom,

Ne laisse de monstrer qu'il est de grand surjon,

Cette mesme douceur naturellement claire

Ne leur vient pas à gré et ne leur sçauroit plaire.

S'Us sont sus un vers grave et qui, enflé de vent, N'ayt rien que de seuls mots sans sujet, bien souvent Ils le trouveront bien, et fait à leur manière. Sans entendre le sens, les mots, ni la matière.

Pour tous ces jugemens un homme, à mon ad vis, Ne doit pas de beaucoup travailler ses esprits. Car ce seroit cercher du froit dedans la flamme. Du brasier dedans l'eau, de l'ombre après une ame.

Du solide en du vent, et bref, perdre le temps Que penser contenter ces espris mal-contens.

De moy, je croy que ceux qui font bien quelque chose Se soucient fort peu de cette humeur morose. Et moins encor de ceux qui ne treuvent rien bien S'il n'y a mille mots où l'on n'entende rien; Qui, pour perpétuer le nom de leur maistresse, Luy donnent les fureurs d'une vieille tigresse. Les horreurs de la mort, et font qu'une beauté N'a point d'autres eflfects que rage et cruauté. Que feu, que fer, que mort, qu'orage, que tonnerre. Et je ne sçay quels mots plus propres à la guerre. Au creux d'une trompette, ou au fond d'un tambour. Que non pas aux discours qui se font de l'amour.

Ceux qui bruient ainsi d'une vois forcenée.

Plaine d'efiroit, de pleurs, de fiere destinée,

N'ayans rien qu'un amour à la rage animé.

Ont fort peu, (ce me semble) ou n'ont jamais aime,

Mais se fantasians une dame en Idée,

Sur un sujet en l'air leur amour est guidée

Qui, n'estant rien de soy qu'imagination.

Ne peut monstrer le vray de leur afiection.

Car, discourans d'amour, souvent, comme clers d'armes,

Pensent qu'amour ne soit que soupirs et que larmes.

Que sanglos et tormens, qu'importune douleur.

Et tout cela provient de n'avoir eu cet heur

De choisir un sujet pour, d'une ardeur certaine,

Sentir au vif le doux d'une agréable peine.

Or, entre les caiets que croissent tous les jours. Chacun se veut mesler de faire des amours Où tant de braves noms hardis se font paroistre, Mais il est bien aisé, Verville, de congnoistre

Ceux qui d'un vers forcé ont imité quelqu'un.

Ou retracé les traits des amours du commun,

Car, sans avoir jamais accosté une dame,

Discouru avec elle, ou descouvert sa flame.

Sans hanter les bons lieux, sans estre sur un huis

Quelque fois tout un soir en honneste devis.

Passer la nuit au bal, obUer ses afiaires.

Et tant d'autres sujets en amour nécessaires.

Je ne croy pas qu'un homme, au creux de son cerveau.

Puisse treuver les trais de quelque œuvre assez beau.

Il n'est rien si naif, ny si belle science

Que les traiz espreuvez de quelque expérience.

Car U est mal aisé que ce qu'on ne congnoist

On le puisse aisément descrire tel qu'il est.

Mais ceux qui, bien heureux, d'une gentiUe adresse. Ont servy par efîait quelque belle maistresse. Qui, d'un heureux meslange, ont doucement apris Et le bien et le mal de tous les favoris. Dessus un vray sujet ils font anatomie De la moindre faveur que peut faire une amie. Et, discourans sans fard, sçavent si bien priser Cette vraye douceur qu'on treuve en un baiser. Que dans leurs vers si dous, qu'une beauté avive, L'on voit l'afiection d'une amitié naïfve. L'on cognoit les désirs, l'on voit je ne sçay quoy Qui sent la mignardise et la douceur de soy.

Que sert, en cas d'amour, pour se bien faire entendre. D'aller cercher des mots dessous la froide cendre Des ruines d'IUion, et pour monstrer son feu. Lancer de Jupiter le foudre trop cogneu ?

Lors que le ciel troublé, esclatant tout de foudre, Semble avoir conjuré de mettre tout en pouldre.

Qu'il tonne, qu'il esclaire, et d'un esclair tout roux. Semble que tout le monde est ce dessus dessouz; Le bruit n'est point si grand, ni l'efiroit tant horrible, Que l'amour de plusieurs maintenant est terrible. Cruel, ensanglanté, qui met tout en monceau, Et tire d'un beau sang un inhumain ruisseau.

Un orage de pluie, une soudaine grelle. Ne tombe si menu, et n'est point si cruelle. Que les traits décochés de ce jeune enfançon Qui fait d'un pauvi-e cœur la peau d'un hérisson. Tant il tire de traits, et tant sa main colère Décoche vivement la sagette légère.

La mer n'a jamais eu tant de flots escumeux. Le creux du mont-Gibel ne fut onc si fumeux. Et jamais nautonnier ne vit telle tempeste Qu'un misérable amant sent de trouble en sa teste. D'orage et de dangers, de tristesse et de dueil : Il n'est si tost en mer qu'il ne treuve un escueil. Que son mas ne se rompe, ou bien que son navire Dans un gouffre douteux cent fois ne tomevire, Et si, le plus souvent, ceux qui cerchent ces mots N'ont jamais veu la mer ni l'horreur de ses flos.

Un hon afiamé qui trace par la voie

Ne s'acharne, cruel, si fort sur quelque proie,

Et si plain de fureur ne prend ses apetis

Au sang d'un fan de biche ou d'un chevreuil surpris.

Comme ce petit Dieu, d'une cruelle rage.

Se repaist goulûment du sang et du carnage

Des misérables cœurs, et qui, tout inhumain.

Mille fois pour un jour y vient passer sa fain.

Or je sçay bien qu'amour, et la peine amoureuse Sont, pour dire le vray, d'une humeur fort fâcheuse;

Il est bien peu de maux semblables à ce mal,'

Il est peu de travaux pareils à ce travail.

Il n'est feu si brûlant que brûlante est sa flame.

Il n'est rien qui tormente et géhenne plus une ame.

Mais, pour monstrer au doigt quelle est sa passion.

Un amant, ce me semble, en son afiection.

Sans tant faire de bruit, d'horreur, et de furies.

Sans tant importuner le ciel de ses criries.

Et sans tant rechercher la douleur des vieux Grecs,

Peut, d'un vers douz-coulant, déclarer ses regres.

Et faire entendre à tous, par un chant pitoiable.

Languissant, tristement, son estât misérable.

Celuy esmeut le mieux qui sçait mieux exprimer.

Et celuy qui s'exprime entent que c'ét d'aimer.

Car, sans tant déguiser le mal qui le tourmente.

Il monstre clairement le but de son attente;

Puis, s'il est bien venu, et que, plain de bon heur.

Il sente quelque fois quelque douce faveur.

En la mesme façon qu'il mignarde et qu'il baise.

Avec les mesmes traiz dont il se comble d'aise.

Avec la mesme grâce et les mesmes plaisirs.

Avec les mesmes feus et les mesmes désirs.

Avec mesme discours et la mesme parolle.

Il chante la douceur qui encor le raffoUe,

Et quelque fois si bien que quelqu'un, par après.

Voyant la mignardise imité' de si près.

Lit ses vers, estonné, et confesse en soy mesme

Que de l'affection que l'autre aimoit, il aime.

Bien souvent, un bon mot entendu proprement.

Le mal, ou le plaisir descrit naïvement.

Sont bien de plus grand pois qu'un tas de mots sans nombre

Qui ne s'exphquent point et ne servent que d'ombre.

Et, lesquels bien relus, on ne sçait qu'on a leu,

Tenans du naturel de l'esclair tout en feu

Qui fait monstre de luire au sortir de la nue.

8i NICOLAS LE DIGNE

Mais au lieu d'esclairer obscurcit nostre veue.

Quand il est question de dresser en camp clos • Les furieux combas de quelques grands Héros, Lors il est bien décent de faire que tout tonne. De voir l'horreur d'un Mars, l'efEort d'une Belone, Les coups, les cris, le sang, que tous les elemens Semblent pelle-mellez en leurs commancemens ; Voir ruer si grand coup le pesant Cimeterre Qu'il entre, de roideur, demy pied dedans terre. L'on ne sçauroit trop dire en si grave discours; Mais l'eflroy n'est point propre avec les jeux d'amours; Un amant est craintif et doute la surprise. Il n'aime pas le bruit; une belle entreprise Se retarde souvent au simple bruit d'un huis; Il veut estre à requoy pour conter ses ennuis, Et faut que doucement il prenne patience De donner de son mal la vraye inteUigence.

Le fameux advocat, qui ne veut s'amuser

A faire un long discours pour mieux s'autoriser.

Tache à venir au point, et sage, ne propose

Que clairement, en bref, ce qui fait pour sa cause.

Il est par trop facile à un qui sçait parler De faire sur un rien de beaux discours en l'air, Treuver de beaux sujets, feindre des fantaisies. Mais qui sont quelque fois ainsi que les vessies Des petits garçonnets, qui ne peuvent durer Que le temps que la peau peut le vent endurer. Et qui fâche, à la fin, des enfans le courage. Pour n'estre à leur jouet d'aucun certain usage.

Le peintre, pour plaisir qui veut faire un tableau. Selon l'invention de son Hbre cerveau.

Sans sujet, sans histoire, et sans vaine figure, Peut, ainsi qu'il luy plaist, déguiser sa peinture.

Au coing d'un bois taillis il mettra bien souvent Un Satire amoureux, qui va comme le vent Apres les pas craintifs d'une simple bergère; Il peindra un Centaure, un Orc, une Chimère, Un Neptune, un Bacchus, des blez, des prez, des fleurs. Et pourveu que le tout raporte à ses couleurs, Pourveu que la raison de son art soit gardée. Qu'il voie d'un doux trait sa besongne fardée. Tout est bien, ce luy semble, et ne se souci' point S'il poursuit comme il faut une histoire en tout point

Tout ainsi, ces messieurs, qui ont l'ame eschaufîee Du vertueux désir de l'honneur d'un trophée. Qui, vivement poussés des fureurs d'Apollon, Sur l'immortalité vont buriner leur nom, Frayans mille sentiers sur un mont de Parnasse, Cherchant l'antique nom de tous les coings de Trace, Mesprisans leurs païs pour treuver par les mers Les embellissemens de leurs hault-tonnans vers, Comme le peintre oisif, selon leur fantaisie, Tantost çà, tantost là, poussans leur poésie. Pensent avoir bien faict de cracher sans propos Le sens mal entendu de mille estranges mots. Et, pour faire lever du soleil la lumière, Abondans en discours, prendront tant de matière Qu'escrivains le matin, pour monstrer leur sçavoir, Seront le plus souvent du matin jusqu'au soir.

S'ils devisent d'amour, ou sont près de leur dame. Ils feront nulle pars des parties de l'ame Pour tomber sur l'amour, et dire seulement Que tout homme affligé cerche soulagement.

Or, tous ces beaux discours ne craignent le mesdire Car ils ont pour raison qu'il leur plaist d'ainsi dire.

Comme pour son tableau le p>eintre peut aussi

Domier pour sa raison qu'il luy plaist faire ainsi;

Mais quand il faut qu'un peintre asseurement rencontre

Les traits au naturel, c'est à lors que se monstre

L'artifice et l'esprit, car ce n'est pas assez

De bien faire des yeux, une bouche, et un nez,

Et, meUans les couleurs, d'une main délicate,

Peindre une ombre si bien que, d'une chose plate,

L'on pense voir la bosse en hauteur s'eslever;

Outre tous ces beaux traits, encor il faut treuver

Un je ne sçay quel air, qui vient ou d'aventure,

Ou du profond secret des faveurs de nature,

Pour bien donner le vif et faire ressembler.

Et d'autant que fort peu sçavent trouver cet air,

Celuy qui le sçait mieux cacher en son ouvrage

Est trop plus estimé que celuy qui, volage.

Fait quelques traits bien doux sus un plain, à plaisir.

Et ne sçauroit pourtant le naturel choisir.

Entre les bons esprits celuy là, ce me semble, Qui s'esgare le moins au bon peintre ressemble, Quand, poussé de l'instinc de son affection, Il monstre le vray point de sa conception.

Je ne dy pas pourtant que la muse hardie

De ceux qui font tonner la grave tragédie

Pour effrayer l'esprit du craintif spectateur,

Ne doive bien souvent se horribler d'horreur,

S'ensenglanter de meurtre, et, d'un cruel courage,

Avoir pour tout sujet la fraieur et la rage,

La peur, la mort, l'eflfroy, les fureurs, les serpens.

Et tous les mots d'enfer qui font peur aux enfans;

Conjurer de Pluton la puissance infernale.

Faire sortir, afreux, un désespéré pale

Qui, ennuie de vivre ou surpris de fureur.

Se donne, mal heureux, d'un poignard dans le cœur.

Lors, cela sied fort bien, cax une chose grande Veut un grand apareil, mais amour ne demande Tant et tant de façons : U ne fait point le grand; Il ne veut point d'efïroy; il n'aime point le sang; Il est paisible et doux, et ses lèvres mignardes Ayment mieux trois baisers que trois harquebouzades ; Les dous embrassemens d'une chère beauté Que le meurtre assassin de quelque cruauté; Un discours gracieux, fait tout bas en l'oreille, Que mille cris soudains, tous remplis de merveille; Un petit coup de main dessus un sein mignard Que sentir en fureur la pointe d'un poignard.

Mais tous ne font pas bien, et ceux qui mettent peine

De faire des discours d'une fœconde veine

Sont assez empeschez d'estre bien recognus,

Et bien souvent leurs vers sont assez mal receus;

Car, comme la peinture au peintre est naturelle.

Ceux qui cherchent aussi la mémoire étemelle

Ont beau se tourmenter et faire, curieux.

Des discours si bien faits qu'on ne peut faire mieux,

Ils n'auront point de cours, et ne pourront pas plaire,

Si d'un certain destin la faveur débonnaire

Ne leur donne crédit, et soustenant leur nom,

Au jugement de tous ne fait tout trouver bon.

Le destin tout puissant gouverne toute chose. Des richesses, icy, à son gré il dispose. Et sans avoir esgard à qui l'a mérité. Il départ à clos yeux selon sa volonté. Enrichissant le sot d'une telle abondance, Laissant pauvre celuy qui ayme la science Et qui, suyvant les pas d'honneur et de vertu. Est souvent mal nourry, mal couché, mal vestu.

Ainsi, sans regarder celuy qui le mérite.

Il oste quelquefois sa grâce favorite Aux enfans d'Apollon, et fait, par l'univers, Avec un los prisé, rebruire certains vers Mal polis et mal fais, desquels la renommée Est de tout le commun toutesfois estimée. Laissant, sous l'espoisseur de l'obly sombre et noir. Des discours accomplis et d'art et de sçavoir Qui, doctement parfais, meriteroient la place. Et le siège plus haut du plus beau de Parnasse. Mais quoy? c'est le malheur : ils sont infortunez. Et aussi peu cognus que s'ils n'estoient jjas nez.

Celuy s'efforce en vain de faire quelque chose

A qui le fier destin, au contraire, s'oppose;

Si d'un secret bon heur il n'a les cieux amis.

Il s'attend sans propos à ses dessins compris.

Car si les cieux vouloient départir, favorables.

Les biens et les honneurs à ceux qui sont capables.

Il faudroit maintenant le monde renverser

Pour d'un siècle age-d'or les traits recommencer;

Il faudroit de nouveau refaire les partages.

Et prendre sur les sots ce qui est deu aux sages.

Mais le sort inégal est sans proportion

Et ne fait rien icy qu'à sa dévotion.

Si que, sans mandier le bruit de la commune,

Il faut en toute chose attendre la fortune;

Ne treuver rien mauvais, et. d'un ferme maintien,

S'apprester pour sujet et du mal et du bien;

Se donner du plaisir de toute chose honneste;

Des jugemens d'autruy ne se rompre la teste :

Car qu'importe l'erreur d'un cornu jugement

A celuy qui se plaist escrivant doctement.

Qui, tout ainsi que toy, par un bon heur, Verville,

Sçait sagement mesler le doux avec l'utile.

Et mignard. contenter ton amoureux désir.

Si les discours d'amour te viennent à plaisir;

LES SATIRES FRANÇAISES DU XV lo SIÈCLE 80

Puis, grave, rechercher la douceur de la vie, Si tu veux voir l'effait de la philosophie, Où ton esprit gentil s'esgaye, bien heureux. Laissant couler le fil de fortune et des cieux. Cependant que ta muse, heureusement, te pousse A te donner plaisir de sa douceur plus douce. Sans avoir grand soucy si quelques malcontens. Quelques uns qui jamais n'eurent jour de bon temps, Aboiront tes escris, veu que toute ignorance Ne hait que ce qui est hors de sa cognoissance.

(Les Souspirs Amoureux de F.-B. de Verville. 1583.)

Jacques de Komieu naquit à Vivicis en 1540, d'une famille nol>lc attachée à la maison de Joyeuse, et qui portait : d'or à une gibecière houppée, frangée de gueules, et chargée en cœur d'une coquille d'argent. Ce sont là des armoiries comme moratives d'un pèlerinage, et, comme l'indique le nom de famille, ou plutôt le surnom, d'un pèlerinage à Rome.

Jacques de Romieu était docteur en droit et secrétaire de la Chambre du Roi. Vas la suite, il devint chanoine et secreslaire de Viviers, à l'exemple de son oncle et mécène, le docte et vertueux Perrinet des Auberts, qui, de plus, remplissait les fonctions de vicaire de l'église cathédrale. Mais ce qui le signale avant tout à l'attention des lettrés, c'est qu'il est le frère de la charmante poétesse Marie de Romieu, que l'on nommait la Gloire du Vivarais, la Quatrième des Grâces. Instruit dans les langues anciennes, il les enseigna à sa sœur, ainsi que l'art des vers, comme il le dit luimême dans vm discours au Duc de Joyeuse :

Ma sœur vous a fait voir que sa ville portoit Des filles où l'honneur et le sçavoir etoit. Penseriez-vous, mon Duc, que je fus moindre qu'elle? C'est moy qui l'ai conduite à une œuvre nouvelle; C'est moy qui l'etiseigné, la guidant au beau train Qui du nombre divin sait le troupeau neuvain.

Jacques de Romieu fut encore l'éditeur de la belle Vivaroisc : c'est lui qui la sauva de l'oubli en publiant à son insu ses Premières Œuvres poétiques, sous la date de 1581. Le poète crut bon d'annoncer sur le titre que ce petit ouvrage contenait im « Brief Discours que l'excellence de la femme surpasse celle de l'homme... «. Ce Discours était une réponse à des Satires que Jacques de Romieu avait écrites contre les femmes, mais qui ne nous sont point parvenues. Sans doute, mû par une touchante délicatesse, jugea-t-il courtois de les

écarter de ses Meslanges de 1584, après la gracieuse défense que Marie venait de faire de son sexe?

« Monsieur et bien aimé Frère, écrit-elle dans ime épître qui devait être jointe au Brief Discours, je receus un merveilleux contentement de voz lettres ces jours passez, non moins agréables que pleines d'un style doux-coulant, accompagné de belles sentences dignes de vous. Mais d'ailleurs je fus grandement estonnée et comme ravie d'admiration, ayant leu une certaine invective avec quelques satyres qu'aviez faict à rencontre de nostre sexe fœminin, envoyée à Monseigneur nostre oncle Desaubers, homme recommandé pour un des premiers, comme sçavez, de nostre ville, tant en grade de dignité que de singulière doctrine. Et ce qui me tourmentoit le plus, c'estoit que j'ignorois la cause qui vous a voit peu esmouvoir à tonner ainsi contre les femmes. Quant à moy, estant du nombre de ce noble et divin sexe, j'ay bien voulu vous monstrer en cela que je n'estois du tout despourveufi de l'art de poésie, comme celle qui se plaist quelque fois avec ime incredible délectation après lecture d'icelle. Prenez donc en bonne part, mon Frère, ce mien brief discours que je vous envoyé, composé assez à la haste, n'ayant pas le loisir, à cause de mon mesnage, de vacquer (comme vous dédié pour servir aux Muses) à chose si belle et divine que les vers. Ce pendant je vous prieray de me tenir tousjours en voz bonnes grâces, comme vous estes au plus profond des miennes. De Vi\'iers, ce jour de la my Aoust, 1581... »

Voilà donc im satirique dont rien n'est demeuré qu'une Palinodie, où il confesse avoir déjà suivi son penchant à la Satire contre le même personnage. C'est à ce titre que nous le faisons figurer dans notre recueil, bien que l'exemple qui reste de lui en ce genre soit assez confus et médiocre, sauf en quelques vers du début :

Et c'est pourquoy aussi Socrate, en maint passage. Admoneste celui qui veut défier l'âge, De n'avoir ennemi le Poète, qui peut Haulser et abaisser, comme sa verve veut.

Jacques de Romieu dut mourir en 1600. D'après ses vers et ceux de sa sœur, il était lié avec le Cardinal de Birague, oncle de notre Flaminio, la famille Du Chastelier, le Cardinal de Retz, et le poète Edouard Du Monin.

Bibliographie. — Mélanges, où sont comprises Us louanges héroïques du pays de Vivarois, Lyon, 1584.

A CONSULTER, — Du Verdier, Bihl. franc. — Goujet, Bibl. Fr. t. XIII, 275. — Viollet-le-Duc, Essai sur la Satire, éd. Math.

Régnier, iS22. — Vaschalde, Histoire dis Poètes du Vivarais, 1877. — CoLLETET, Vie (reprod. dans l'ouvr. précéd.). — Prosp. Blan- CHEMAiN, Œuvres Poét. de Marie de Romieu, 1878. — Emile F*icoT, Les Français ilaliartisants, t. II. — Ad. Van Bever, Les Poètes du Terroir, Paris, Delagrave, t. III. — Maurice Alleu, Anth. Poèt. Français, xvi» siècle, t. II, librairie Gamier.

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