DE MONTAUSIER
Monseigneur,
^ ^HONNEUR que vous me faites de 'trouver bon que je vous dédie mes [Satyres leur est sans doute un grand avantage^ puisque c'est la seule chose qui les puisse faire valloir, Aussiy Monseigneur^ je n'aur ois jamais eu la hardiesse de leur faire voir le jour ^ sans que vous m'ave^ assuré avec vôtre sincérité ordinaire que je pouvois les y faire paroitre. Je Vay donc crû sur vôtre parole, et j'ose vous les présenter, purgées le mieux qu'il nia esté possible des défauts que vous y avie\ re-
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marque:^. Je vous supplie tres-humblement, Monseigneur^ de les i^ecevoir comme une marque de reconnoissance de toutes les bonte^ que vous ave^ toujours eues pour moy sans les avoir jamais méritées. Si ma Muse est asse^ heureuse pour plaire au public ^ à la bonne heure. S'il lui refuse son approbation^ dont il est rarement libéral, la vôtre, Monseigneur, m'empeschera d'en avoir du chagrin, et il me suffit qu'elle vous plaise :
Principibus placuisse viris non ultima laus est.
Si vous n estes pas du nombre par vôtre naissance, quoy qu illustre, vôtre mérite vous en rend tout-à-fait digne. Le plus grand de tous les roys Va rendu incontestable par les titres avantageux dont Sa Majesté a bien voulu vous honorer, et particulièrement, confiant à vos soins et à vôtre sagesse ce quil avoit de plus précieux et de plus cher. Oest la juste récompense de cette fidélité inviolable que vous ave^ toujours eue pour Sa Majesté, Toute la France scait, Monseigneur, et V Histoire ne s'en taira pas, avec quelle générosité vous rempHtes vos devoirs durant les dernières guerres civiles, et
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en quels périls vous exposastes vôtre vie pour le service de nôtre auguste Monarque, Ce seroit là un beau champ pour m' étendre, si les louanges ne vous déplaisoient pas autant que vous vous plaise:{ dans les actions gènereuses. Cette raison niempesche de pousser plus loin celles dont vous estes si digne, et par vôtre fermeté d*ame y et par vôtre esprit pénétrant y que le bon sens accompagne toujours, et par vôtre probité inviolable, soiU ternie d'une pieté exemplaire. Enfin, Monseigneur, vous estes au premier rang de s homme s illustres, et jamais personne nen mérita mieux le titre,
Verbum non amplius addam, si ce nest ce souhait :
Serus in cœlum redeas, diuque Lastus intersis populo Quirini !
Je le fais avec le mesme '{ele dont je suis, Monseigneur, Vôtre tres-humblCj tres-obéïssant et tres-obligé serviteur, L. Petit.
'ous direz sans doute, Lecteur, que je suis bien hardy de donner des Satyres au public, après celles qui y ont paru depuis quelques années, avec un applaudissement gênerai qu'on ne pouvoit leur refuser sans injustice. Je vous assure que je me le suis dit moy-même plus d'une fois, et je ne sçay pas trop d'où me vient cette hardiesse, ny si je m'en dois prendre à mon estoille, ou bien à une certaine vanité presque toujours inséparable de ceux qui composent. Les petits poètes, non plus que les grands poètes, n'en sont point exemps. Je suis de ces premiers, et je puis dire avec plus de sincérité que ne l'a dit Horace, et mesme sans allusion à mon nom :
Parvus Carmina fingo.
Vous verrez bien que je dis vray, si vous pre-
nez la peine de lire ces discours qui n'en veulent à personne en particulier. Cependant, sans que vôtre nom y soit employé, vous vous y trouverez en plus de six endroits. Ne vous en fâchez point, je m'y trouve en plus de douze. Pourquoy vous aurois-je épargné, puisque je ne me suis pas épargné moy-mesme? Si vous me dites que vous n'y rencontrez rien que vous puissiez vous appliquer, je vous répondray que vous vous connoissez mal, ou que vous n'estes pas sincère; je ne le dis point pour vous chagriner, mais pour vous tirer d'erreur.
Que cette liberté de parler ne vous oblige point à déclamer contre mes Satyres : cela ne seroit pas d'un honneste homme. Peut-estre ne vous plairont-elles point, parce que tout le monde y est en masque ; mais chacun a sa sorte de génie, et le mien n'eût jamais rien d'amer. J'avoue qu'il n'est pas d'une grande élévation : ainsi ma Muse chante assez uniment, elle n'est point soutenue de ces expressions fortes et recherchées qui font la grande beauté d'un ouvrage, et qui obligent souvent à se récrier. Enfin vous ne la trouverez pas trop riche, n'estant point de ces hardies voUeuses qui se parent à tous propos du bien d'autruy. Elle a un peu de facilité, je pense que c'est tout ce
qu'elle a de bon. Qu'il n'y ait bien des choses à reprendre dans mes vers, je ne m'en deffens point; bien loin de cela : qui me les corrigeroitbien exactement me feroit un insigne plaisir. Enfin , Lecteur, condamnez-les, approuvez-les , ils n'en seront ny pires ny meilleurs. Je recevray vôtre censure sans chagrin, et vôtre approbation sans m'en applaudir; ce sera assez pour moy si je puis dire sûrement :
Vitavi denique culpam, Non laudem merui.