VI NOTICE SUR LOUIS PETIT
selon Texpression de Régnier lui-même, elle sucre sa moutarde ' ; peu soucieuse de morale, trop fidèle imitatrice des erotiques latins et des Capitoli bernesques, elle s'interdit absolument les traits qui cinglent l'adversaire en plein visage, les apostrophes directes, les personnalités, en un mot. Autour du maître^ fidèles im.itateurs de sa manière, se rangent d'abord les disciples immédiats^ Sigogne, Berthelot, Courval-Sonnet, l'auteur anonyme de VEspadon satirique, plus tard Du Lorens (1624), plus tard encore Robert Angot (1637), Pendant la seconde moitié du XVIle siècle, la satire se transforme; plus réservée, plus pudique dans les mots, elle est bien autrement acerbe et virulente dans ses attaques : Boileau en est le premier, presque le seul représentant. Toutes les satires de Boileau (sans en excepter même la neuvième, où il interpelle si noblement son esprit) sont conçues dans ce système d'invectives et de représailles, avec une probité et un bon sens féroces; elles semblent donner, par leur tour aisé, un démenti au précepte de La Bruyère : Un homme né chrétien et français se trouve contraint dans la satire^; elles rendent aussi, par le talent qui les
1. Régnier, satire II, A Monsieur li comte de Caramain, vers 19.