‹ Les satires. Réimprimées conformément à l'édition de 1701, dite éd. favorite. Introd. et notesChapitre 18 sur 28 · Paroles du commencement de la Satire de Juvenal · texte numérisé non relu

Paroles du commencement de la Satire de Juvenal

Plus d'une Pénélope honora son pays ,

Et que mesme aujourd'hui sur ces fameux modèles

On peut trouver encor quelques Femmes fidèles.

Sans doute; et dans Paris, si je sçay bien compter. Il en est jusqu'à Trois que je pourrois citer. Ton Epouse dans peu sera la quatrième, Je le veux croire ainsi ; mais la Chasteté mesme Sous ce beau nom d'Epouse entrast-elle chés toy, De retour d'un voyage, en arrivant, croy-moy,^ Fais toujours du logis avertir la Maistresse. Tel partit tout baigné des pleurs de sa Lucrèce, Qui, faute d'avoir pris ce soin judicieux, Trouva. Tu sçais,.. Je sçay que d'un conte odieux Vous ave:{ comme moy sali vostre mémoire. Mais laissons là, dis-tu, Joconde et son Histoire : Du projet d'un Hymen déjà fort avancé Devant vous aujourd!huy criminel dénoncé, Et mis sur la sellette aux pies de la Critique, Je voy bien tout de bon qu'il faut que je m'explique.

Jeune autrefois par vous dans le monde conduit, Jay trop bien profité pour n'estre pas instruit A quels discours malins le mariage expose. Je sçay que c'est un texte oîi chacun fait sa glose, Que de Maris trompe:^ tout rit dans l'Univers, Epigrammes, Chansons, Rondeaux, Fables en vers, Satire, Comédie ; et sur cette matière J'ay veu tout ce qu'ont fait La Fontaine et Molière-, J'ay leu tout ce qu'ont dit Villon et Saint Gelais,

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Arioste, Marot, Bocace, Rabelais,

Et tous ces vieux Recueils de Satires naïves.

Des malices du Sexe immortelles archives.

Mais, tout bien balancé, fay pourtant reconnu

Que de ces contes vains le Monde entretenu

Nen a pas de l'Hymen moins veu fleurir l'usage^

Que sous ce joug mocqué tout à la fin s'engage,

Qu^à ce commun filet les Railleurs mêmes pris

Ont esté très-souvent de commodes Maris ,

Et que, pour estre heureux sous ce joug salutaire,

Tout dépend en un mot du bon choix qu'on sçail faire.

Enfin, il faut ici parler de bonne foy. Je vieillis, et ne puis regarder sans eflroy Ces Neveux affame^ dont l'importun visage Démon bien à mes yeux fait déjà le partage. Je crois déjà les voir, au moment annoncé Qu'à la fin sans retour leur cher oncle est passé. Sur quelques pleurs force^ qu'ils auront soin qu'on voye, Se faire consoler du sujet de leur joye. Je me fais un plaisir, à ne vous rien celer, De pouvoir, moy vivant, dans peu les désoler. Et, trompant un espoir pour eux si plein de charmes. Arracher de leurs yeux de véritables larmes.

Vous diray-je encor plus? Soit faiblesse ou raison ,, Je suis las de me voir les soirs en ma maison Seul avec des Valets, souvent voleurs et traistres. Et toujours, à coup seur^ ennemis de leurs Maistres. Je ne me couche point qu'aussi-tost dans mon lit

Un souvenir fascheux n apporte à mon esprit

Ces Histoires de morts lamentables, tragiques ,

Dont Paris tous les ans peut grossir ses Chroniques.

DépoUillons-nous ici dune vaine fierté.

Nous naissons, nous vivons pour la société.

A nous-mesmes livre^ dans une solitude,

Nostre bonheur bien-tost fait nostre inquiétude ;

Et si durant un jour nostre premier Ayeul,

Plus riche d'une côte, avoit vescu tout seul,

Je doute, en sa demeure alors si fortunée^

S'il n'eust point prié Dieu d'abréger la journée.

N'allons donc point icy reformer l'Univers,

Ni, par de vains discours et de frivoles vers

Etalant au Public nostre misanthropie,

Censurer le lien le plus doux de la vie.

Laissons-lày croye^-moy, le monde tel qu'il est.

L'Hymenée est un joug, et c'est ce qui m'en plaist.

L'Homme en ses passions toujours errant sans guide,

A besoin qu'on luy mette et le mors et la bride ;

Son pouvoir malheureux ne sert qu'à le gesner,

Et pour le rendre libre il le faut enchaîner.

C'est ainsi que souvent la main de Dieu l'assiste.

Ha bon ! voila parler en docte Janséniste,

Alcippe, et, sur ce point si sçavamment touché,

Desmâres * dans saint Roch n'auroit pas mieux prêché.

Mais c'est trop t'insulter. Quittons la raillerie.

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