‹ Les Saulx-TavanesChapitre 10 sur 34 · LA COUR DE LOIIS XV · texte numérisé non relu

LA COUR DE LOIIS XV

risprudence puérile se crée; et quand Benri-Charles n'a pas l'occasion de l'appliquer, il trouve aisément de nouveaux cas à soulever ou à résoudre. Les matières à débat sont inépuisables! Telle personne ne s'est pas senie de telle formule en lui parlant, tel corps ne lui a j»;is envoyé une députation assez nombreuse, ou bien n'a pas placé de carreau sous ses genoux à telle cérémonie. Il est presque aussi important pour lui d'obtenir de semblables prérogatives (pie d'arracher aux États, par acclamation, les sommes demandées par le roi.

Dès 17:29, il était en querelle avec le vicomte-mayeur de Dijon qui ne voulait pas lui donner du Monseigneur, et qui d'autre part n'osant l'appeler Monsieur, trouvait toujours moyen d'être absent dans les circonstances embarrassantes (I). Cela prête à rire; et pourtant, en y réfléchissant, on s'aperçoit que sous ces querelles frivoles des intérêts plus graves étaient eu jeu, ceux des libertés publiques et provinciales qu'on poursuivait jusque dans leurs derniers retranchements et leurs manifestations les plus innocentes. Le'pouvoir royal, après les avoir réduites, par ses gomerneurset ses intendants, à n'être plus qu'un vain mot, s'attaquait aux mots eux-mêmes; et quand le Parlement ou toute autre corporation luttait pour telle ou telle formalité d'étiquette, il défendait en elle quelque image de ses privilèges détruits pièce a pièce et de sa grandeur passée. T'est là seulement ce qui donne une valeur historique aux exploits d'Henri-Charles de Saulx contre le vicomte-mayeur ou le Parlement de Dijon.

(1) Registres <l«' la ( bambre de ville. '!."» juin 1729.

248 HENRI-CHARLES ET NICOLAS DE SAl IA.

Le grand événement de sa vie fut sa querelle avec le Parlement, à propos de son titre inusité de commandant en chef, et des honneurs que ce titre devait lui conférer. Elle dura au moins quatre ans, sans cesse ravivée par des incidents inattendus.

M. le duc de Bourbon, gouverneur de la province, étant mort en 1740, son lieutenant général Tavanes crut nécessaire de demander, sous la forme d'un nouveau brevet, une confirmation de ses fonctions. Celui qu'on lui accorda portait qu'à l'avenir, sous le gouvernement de M. de Saint- Aignan, il commanderait en chef. Aussitôt l'enregistrement opéré, le Parlement devait lui envoyer une députation. A ce sujet, une grave question fut soulevée parmi les magistrats. La députation seraitelle de cinq personnes comme en 1611 pour M. de Bellegarde, ou de dix comme en 1651 pour M. d'Épernon? Henri-Charles, armé de sa qualification nouvelle, tenait pour le second parti, et la cour, à son grand regret, dut intervenir. Rien ne déplaisait plus au pacifique cardinal de Fleury que ces tempêtes dans un verre d'eau, dont le bruit arrivait jusqu'à lui. Comment donner tort au représentant de Sa Majesté, si la justice l'exigeait? Ici ce ut fonde même du plaignant, le chancelier, qui fit entendre le quos ego royal. Sa lettre, que nous citons presque en entier, est commeune mercuriale privée et inédite, un chapitre vivant de l'histoire des mœurs administratives à cette époque :

« A Paris, le 9 may 1740.

« M. de Saint-Florcnlinm'a remis, mon cher neveu, tout

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