‹ Les Saulx-TavanesChapitre 11 sur 34 · LA COI U DE LOUIS XV · texte numérisé non relu

LA COI U DE LOUIS XV

ce qu'il a receusoitde votre part ou de celle du Parlement de Dijon et je vous avoue que si vous m'aviés consulté avant de prendre votre partysurce sujet, je vous aurois conseille'' de vous contenter d'avoir receu < es lettres pour en faire usage dans les occasions et de vous épargner l'embarras d'un nouveau cérémonial et d'une espèce de nouvelle réception. .M. de Saint-Florentin m'a pain avoir pensé de la même manière, et en voici les raisons en peu de mots.

« Vos lettres de commandement illimité ne vous donnent rien de nouveau à proprement parler, au moins par rapport à l'exercice extérieur de votre pouvoir. Elles vous déchargent seulement de l'obligation où vous estiez d'agir dans une espèce de dépendance de feu M. le Due. Au Burplus nous n'acquérez pas plus d'autorité dans la province que nous n'en aviez auparavant. Vous ne croissez point à l'égard du Parlement, votre liberté est augmentée, votre dignité ne l'est point, et il n'j a rien de changé que ce qui se passoit secrètement entre vous et M. le Duc et dont vous n'estiez pas obligé de faire mention dans les ordres que vous donniez.

« On ne voit pas d'ailleurs que M. le duc de Bellegarde qui avoit passé par les mesmes degrés que vous ail cru devoir l'aire enregistrer au Parlement les lettres qui luj donnoient le gouvernement absolu et sans condition du duché de Bourgogne.

o Enfin combien durera l'effet de vos nouvelles lettres? M. (h* Saint-Aignan reviendra bientost, et qui sait si n'estant peut-estre pas trop content de la cour, il ne prendra pas le parti de résider dans un aussi beau gouverne-

2u0 HENRI-CHARLES ET NICOLAS DE SAULX.

ment que ccluy de Bourgogne, et en cas que cola arrivât, n'auriés-vous pas regret d'avoir tant solemnisé un commandement de si peu de durée?

« Mais quoique ces réflexions m'eussent beaucoup frappé, si j'avois esté consulté les choses estant encore entières, je sens bien qu'aujounfhuy l'affaire ayant une fois esté engagée de votre part, vous ne pouvez plus reculer avec bienséance , et dire que vous ne vous souciez pas de faire connoître vos nouvelles lettres au Parlement.

« C'est ce qui fait que j'ai très -attentivement lu vostre Mémoire et la lettre qui l'accompagnoit. J'ay remarqué dans le Mémoire que vous traitiés plusieurs points particuliers, comme le nombre des conseillers qui doivent vous recevoir et vous reconduire quand vous irez au Parlement, le lieu jusqu'où qu'ils iront, celuy où il fauldra que vos gardes s'arrestent, le fauteuil dont le dos a esté haussé, la place que vous devés avoir dans la cathédrale, aux cérémonies auxquelles les compagnies sont invitées.

« Mais comme le Mémoire du Parlement ne fait mention d'aucun de ces articles, je présume que vous estes d'accord sur tous avec cette compagnie, et vostre lettre à M. de Saint-Florentin confirme cette pensée, puisque vous y dites que toute la difficulté entre le Parlement et vous se réduit à savoir si l'on suivra en ceste occasion l'exemple de M. de Bellegarde ou celuy de M. d'Épernon sur l'article de la députation.

« Je réduis donc aussi mes réflexions à ce seul point, et il me paraît que , tout bien considéré, c'est l'exemple de M. de Bellegarde qui doit l'emporter.

LA COUR DE LOI IS XV. -' >f

« Ce qui se passa à l'égard du duc d'Aumale et de

Mayenne n'a rien de décisif. Ils estoient de la maison de Lorraine dont on sait quel estoit alors le crédit excessif dans le royaume, et d'ailleurs ces deux exemples ne sont pas uniformes. Le silence des registres du Parlement ne peut être suppléé par des recueils qui n'ont point d'autorité sur les faits qui regardent le mareschal de Biron, homme d'ailleurs d'un caractère ambitieux, entreprenant et abusant de la laveur de Henri IV, qui lui renversa la teste.

« Vous convenez tacitement, mon cher nepveu, de tout ce que je viens de dire, puisque vous vous réduisez aux seuls exemples de M. de Bellegardc et de M. d'Épernon entre lesquels il ne s'agit que de choisir.

« Le dernier, comme le Parlement l'observe, est unique. Pourquoy d'ailleurs a-t-on rendu plus d'honneur au duc d'Espernon qu'au duc de Bellegarde et même aux princes de la maison de Lorraine? Il y a bien de l'apparence que le fait s'estant passé presque immédiatement après les troubles de la minorité de Louis XIV, on voulut peut-estre mortifier le Parlement, ou qu'il \ eut d'autres raisons singulières qui ne doivenl pas estre tirées a conséquence.

a On est mesme icy en droit de vous opposer votre propre exemple. Pourquoi le Parlement vous rendroitil plus d'honneur à l'occasion de vos dernières lettres qu'il ne l'a fait par rapport aux premières?... ï'aj cru qu'il estoit bon que vous fussiez toujours instruit par avance de ce qu'on pense icy, en attendant que l'on vous fasse Bavoir les intentions du Roy, qui pourroil

bien ne pas s'éloigner de ee que je viens de vous marquer (1)... »

C'est ainsi que le chef de la magistrature française, le chancelier dont les éloquents discours formaient comme le code moral de l'homme public, descendait dans la pratique à des consultations de casuistique officielle, à des réprimandes assaisonnées de souvenirs historiques, dont personne ne lui savait gré. On finit, en cette circonstance, par décider Henri-Charles à se contenter des honneurs qu'il avait reçus lors de l'enregistrement de ses premières lettres, « provisoirement », il est vrai, ce et sans tirer à conséquence ».

A quelque temps de là, la querelle se réveilla de plus belle. Le commandant en chef, ayant perdu sa femme (janvier 1741), voulut que le Parlement lui envoyât en signe de condoléance, une députation, comme aux princes gouverneurs en pareil cas. Cette fois le Parlement trouva bon de déclarer que la députation ne devait pas avoir lieu, et quand il se décida à en envoyer une, ce fut à Versailles, pour présenter à cet effet ses trèsrespectueuses et très-opiniâtres remontrances. Dagues-

(1) Celle lettre appartient à M. Edouard de Barthélémy. Nous trouvons dans les papiers de Saulx l'avis conforme de Saint-Florentin : « Vous auriez mieux fait de ne point lever cette question, écrit le minisire d'État à Tavanes, le 11 mai 1740, et éviter un nouvel enregistrement de vos lettres , qui dans

le fond ne vous donne pas plus d'autorité que celle que vous aviez Vous

savez qu'on n'aime pas les doubles emplois et qu'on est bien aise d'épargner des appointements. D'ailleurs vous savez qu'à la cour on n'aime pas à juger et que je crains que M. le cardinal ne soi! surpris de voir élever par vous des difficultés dont on n'avait point entendu parler depuis longtemps.... Vous avez encore une difficulté avec le vicomte mayeur de Dijon, et les exemples sont contre vous ; ainsi à votre place je l'éviterais et aimerais mieux m'en départir présentement que d'avoir une décision qui ne me serait point favorable.... »

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