‹ Les Saulx-TavanesChapitre 12 sur 34 · LA COUR DE LOI IS XV · texte numérisé non relu

LA COUR DE LOI IS XV

seau reprend alors la plume, et quoique obligé à soutenir avec son neveu ce qu'on appelait l'honneur de la couronne, on sent qu'au fond il continuait à blâmer les prétentions de Tavanes : Je vous plains fort, mon cher neveu, lui écrit-il le 29 mars 17 il, d'avoir affaire à des tètes .ui»i déraisonnables que celles qui conduisent le Parlement de Dijon dans ec qui vous regarde. Leur céder serait peut-être le parti le plus commode pour vous et le plus conforme à votre honneur, .Mais cette affaire devient à présent celle Au roi plutôt que la voire. » Comme conclusion, tout en désapprouvant le Par lement et en approuvant son adversaire, on demanda à l'un d'envoyer la députation, et à l'autre de la refuser : c'était terminer le débat sans trancher la difficulté qui Taxait fait naître.

Aussi la querelle reprit pour la troisième ibis en 171 î. année de victoires, par conséquent de fêtes et de cérémonies publiques, et de luttes de préséance. A l'occasion d'un Te Deum pour la conquête du comté de Nice, il fut enjoint par lettres «le cachet, dans toutes les provin-

, de rendre aux commandants militaires les mêmes honneurs qu'aux, princes : nouveauté contre laquelle le Parlement de Bourgogne fut seul a protester. En apparence, il ne s'agissait encore ici que d'une question d'étiquette ; pourtant, à tout bien considérer. If obéissance silencieuse eût été la consécration d'un empiétement nouveau sur les privilèges delà province déjà tant amoindris. Le Parlement refusa donc d'enregistrer les lettres de cachet : les plus jeunes conseillers, et parmi euv le président de Brosses, étaient l'Ame de la résistance. Des remontrances

furent envoyées : ce Si le sieur comte de Tavanes, y disait-on, toujours attentif à solliciter de nouvelles distinctions, réussissait dans la poursuite de celles-ci, il faudrait, Sire, vous attendre de le voir tenter dans la suite de nouveaux efforts pour les faire encore augmenter. » En attendant qu'on eût fait droit à ses réclamations, le Parlement concéda à Henri-Charles les honneurs revendiqués par lui, mais seulement par respect, ; ajoutait-il, pour les ordres réitérés du roi, par provision, sans tirer à conséquence ; et il eut soin de faire inscrire cette réserve sur ses registres et de la notifier même à son adversaire.

Cette résistance de détail exaspérait la cour ; on crut la briser en exilant six magistrats, parmi lesquels de Brosses. Celui-ci partit pour F Auvergne où il était relégué, en faisant une chanson contre Tavanes ; à chaque ville où il s'arrêtait, il ajoutait un couplet. Qui nous rendra le Noël satirique de l'illustre président? Le Parlement cherchait à continuer la lutte avec des armes plus efficaces. Il envoyait à la cour deux députés, qui ne purent obtenir audience ; il en appelait à certains hauts personnages, entre autres le comte de Charolais et le duc de Saint-Aignan ; mais les lettres qu'il leur adressa furent interceptées par le premier président Berbisey. Berbisey était un magistrat d'humeur douce, conciliant jusqu'à la faiblesse, toujours prêt à pencher du côté du pouvoir, quand la justice n'était pas ouvertement violée. Après avoir parlé de donner sa démission, il revint vite de ces velléités romaines ; tout au plus laissa-t-il passer une supplique au roi, pour lui demander le rappel des

Page 1