‹ Les Saulx-TavanesChapitre 13 sur 34 · LA COI R DE LOI IS XV · texte numérisé non relu

LA COI R DE LOI IS XV

six exilés; encore la lettre fut-elle renvoyée par Saint- Florentin, comme irrespectueuse. Un moment on voulait exiler le Parlement tout entier; puis on trouva plus piquant de le priver de vacances, et de lui faire continuer sans interruption son service : punition de pédagogue en colère à des écoliers rebelles ! Ce que la cour voulait obtenir de lui t c'était une soumission non pas de fail mais de droit.

Enfin au mois de décembre, à l'occasion d'un nouveau Te Deum, et malgré douze voix obstinées dans la résistance, le Parlement se résigna à renoncer aux réserves dont il avaii enveloppé ses précédentes concessions. Les exiles revinrent, et l'un d'eux, de Brosses , cliargé d'aller complimenter Tavanes, trouva moyen d'avoir le dernier mot : « Monsieur, lui dit-il, le roi, maître des honneurs, vous a accordé le plus grand que vous puissiez obtenir. Ce Parlement, toujours plein de respect pour ses soumissions et ses volontés, vient, à l'occasion de votre retour, pour exécuter les ordres de S. M, — Monsieur, répondit le commandant en chef, je rendrai compte à S. M. de l'exécution de ses ordres. »

« Des mots, des mots, des mots! », comme dit llamlet. Des mots ont causé la querelle, ont servi d'arme pour la soutenir, et c'est dans des mots qu'on la noie.

Suivons maintenant Henri-Charles dans ses relations avec la cour. Là du moins il ne se payait pas de mots ; les demandes d'argent ne lui coûtaient guère, du moins tant que dura l'administration parcimonieuse de Fleury. Il lui fallait d'abord des gratifications après chaque réunion des Etats, et on en mesurait l'importance à la doci-

Iit6 qu'il avait su inspirer à ces assemblées. Il lui fallait des indemnités, lorsqu'il avait du, par exemple, recevoir la reine de Sardaigne ou l'ambassadeur turc à leur passage à Dijon : et il ne dédaignait pas de solliciter l'exemption des ports de lettre pour sa correspondance officielle. Ni les refus, ni les réponses dilatoires trop fréquentes ne le décourageaient. Un jour il demande sans succès à la ville un logement gratuit; un autre jour il réclame du ministre une augmentation de traitement ou une promotion quelconque. Sur ce point il ressemblait à son illustre ancêtre, qui du moins payait l'épée à la main l'argent et les honneurs dont il se fit combler jusqu'à son dernier jour; comme lui encore, par point d'honneur, il jugeait de sa dignité de demander un congé , si le gouverneur, M. de Saint-Aignan, venait tenir les États (1). A Versailles enfin, il avait l'art de se faire bien venir des uns et des autres. La reine avait son frère pour aumônier et son fils pour chevalier d'honneur; ce qui n'empêchait pas le prudent gentilhomme de faire sa cour aux favorites. On le surprend en 1752 envoyant des plants de noyer à Mme de Pompadour, avec un mémoire sur la manière de les planter (2).

(1) « Le duc de Saint-Aignan m'a beaucoup surpris en me disant qu'il comptait faire sa résidence habituelle à Dijon.... Il m'a demandé si cela ne ferait pas delà peine à M. de Tavanes, et quelle maison il pourrait habiter. Je ne comprends pas trop bien ceci , car il n'est pas vraisemblable ni que l'on ôte le commandement à M. de Tavanes, ni que l'on laisse ensemble dans la même ville un gouverneur et un commandant. Vous savez l'effet de deux soleils dans un lieu trop étroit. » (De Brosses, Lettres sur V Italie, lettre 48.)

(2) Lellre de remercîments adressée par Saint-Florentin (21 mars 1752). Le portrait d'IIcnri-Charles (a Lux) nous révèle un homme dont les traits

sont sans relief, le regard terne , mais dont les lèvres pincées indiquent un attachement obstiné à ses résolutions comme a ses intérêts.

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