‹ Les Saulx-TavanesChapitre 14 sur 34 · LA COL H [)E LOUIS W · texte numérisé non relu

LA COL H [)E LOUIS W

Henri-Charles mourut à son château de Lux, âgé de soixante-quinze ans, le 30 août 1761. Sur lui se Terme, du moins en Bourgogne, l'histoire des Saulx-Tavanes. Ni son fils, ni son petit-fils ne lui succédèrent dans sa charge de commandant en chef. Les domaines de Sully et du Pailly avaient cessé de leur appartenir; à Dijon même leurs hôtels patrimoniaux étaient passés entre des mains étrangères. Leur yie fut celle du commun dc> gentils* hommes, faisant bravement leur devoir aux ami ies, et portés malheureusement à mesurer leur importance au nombre de leurs bonnes fortunes comme au chiffre de leurs dettes : l'on est contraint pour ainsi dire de remuer la poudre du greffe ou de toucher à la chronique scandaleuse pour retrouver la trace de leur nom.

Charles-Michel-Gaspard, fils d*Henri-Charles, fut lieutenant ad honores du roi en Bourgogne, gouverneur au même titre de ce château breton du Taureau où fut alors enfermé La Chalotais ; il vécut à la cour, où le retenaient les fonctions de menin du Dauphin et de chevalier d'honneur de Marie Lecksinska. Ce fut le grand seigneur défini par Montesquieu : un homme qui yoitleroi, qui parle aux ministres, qui a des ancêtres, des dettes et des pensions. Il laissa en mourant 1781 , ayee une fortune fort amoindrie, une réputation qui n'était ni meilleure ni pire que celle des hommes de son rang et de son époque. Au temps où un Rohan-Guéméné faisait banqueroute, c'était bien le moins qu'un Saulx obligeât les siens à renoncera sa succession I . 11 compta parmi les adorateurs des duchesses

(i) On raconte encore à Lux une légende dont une tour du château, dite la Tour du diable , aurait été le théâtre et que li prodigalité héréditaire

de Châtillon et de Luxembourg, et , quoique attache au service delà reine, il porta ses hommages à cette singulière comtesse d'Estrades, qui fut quelque temps un personnage aux côtés de sa cousine la Pompadour (1). C'était comme son père vouloir faire bon ménage avec tout le monde.

Il sut du moins — ce qui était rare alors — aimer tant qu'elle vécut sa femme, Mlle de Froulay-Tessé, une des rares grandes dames de ce temps que les contemporains aient louée, et dont personne n'ait médit (2). Cette jeune femme, vantée pour sa jolie figure, son caractère simple et aimable, mourut à trente-huit ans de la petite vérole, et une sombre légende, qu'il faut mettre à côté de celle de M1Ie Daguesseau, eut cours sur sa fin. Quelque temps après sa mort, on dut rouvrir pour un de ses parents les caveaux où elle avait été ensevelie. « On fut surpris d'abord, ensuite on fut épouvanté d'éprouver pour en ouvrir la porte une résistance inexplicable. A force de résolution

des Saulx a sans doute inspirée. Un comte de Saulx (on ne dit pas lequel) , à court d'argent et à bout de ressources, évoqua le diable, qui se hâta d'accourir : « Remplis ma botte de pièces d'or, lui dit-il , et je te livre mon âme. » Marché fut aussitôt conclu; le diable versa étourdiment le contenu d'un sac bien garni dans la botte qu'on lui présentait , et s'aperçut trop tard que cette botte privée de semelle était comme un tonneau des Danaïdes où l'or passait sans jamais la remplir, pour tomber sur le pavé. Ainsi joué , il s'enfuit en abandonnant sans compensation son trésor au comte de Saulx , qui demeura trop heureux d'avoir ainsi joué le malin esprit et refait subitement sa fortune.

(1) Journal et Mémoires de d'Ârgenson , 8 novembre 1755. — Le recueil ms. de Maurepas contient sur ses relations avec Mme de Luxembourg une épigramme sanglante qui débute ainsi :

Jamais, Tavanes, ta tendresse Ne séduira cette duchesse Quoiqu'on le sache si charmant, etc.

(2) Mémoires de Luynes, t. V, p. 401, 403 ; t. XIII, p. 32; U XIV, p. 295.

Page 1