‹ Les Saulx-TavanesChapitre 17 sur 34 · LA COI K DE LOI [S XV · texte numérisé non relu

LA COI K DE LOI [S XV

Les fonctions de grand vicaire de Pontoise qu'il remplit d'abord étaient pour lui l'apprentissage de l'épiscopat. Ce vicariat particulier, quoique dépendant de l'archevêché de Rouen, conférait à celui qui en était titulaire des privilèges étendus et une autorité presque indépendante, par cela seul que certains liens le rattachaient au diocèse de Paris. L'abbé de Saulx n'y resta pas longtemps; à trente-quatre ans il devenait évéque de Ch.alons-sur- Marne; ce qui lui donnait droit de séance an Parlement, en qualité de pair ecclésiastique.

Il passa douze ans sur ce siège, où il porta l'esprit de Fénelon son maître. An milieu de l'effervescence des querelles soulevées par la bulle Unigenitus, recueillant la succession d'un prélat appelant M. de Noailles), il sut ramener la soumission et la paix dans son clergé et son troupeau (1). La tournée qu'il fit à travers son diocèse, et dont les procès-verbaux existent, eut d'excellents effets. Les Nouvelles ecclésiastiques , ce moniteur clandestin du jansénisme, sont obligées de confesser ses succès et l'art avec lequel, sans la moindre menace, il obtenait la soumission de ses prêtres. Elles insinuent avec malignité qu'il se contentait de peu et qu'il ne négligeait pas les petits présents; elles le montrent néanmoins en tète-à-tête avec un curé récalcitrant, et répétant sans se lasser : Voyez, Monsieur, avec quelle douceur je vous parle, « On se souvient encore dans le pays, di-

(1) La Société littéraire de Chalons salua son arrivée dam son diocèse par un»' pièce dcTere, -m- laquelle s'égaya un poète «'n qui <»n a roula reconnatlre CrébiUon. De la nue longue querelle où Ion échangea, sous le courerl de la rime, beaucoup de gros moto, x « >ir l'Appendice il

sont-elles, de la réponse singulièrement ingénue que fit un curé nouvellement subjugué à un de ses amis qui lui reprochait la rétractation de son appel : Que vouliez-vous que je fisse? Monseigneur me la demanda avec tant de politesse qu'il ne me fut pas possible de la refuser (1). » Le nouveau catéchisme diocésain qu'il publia reçut des éloges unanimes. La pieuse reine Marie Lecksinska dès son arrivée en France l'avait choisi pour premier aumônier; et quoique attiré vers la cour par le voisinage et par ses nouvelles fonctions, il fut de ceux à qui on n'eut pas à reprocher d'être infidèles au devoir de la résidence. Grand seigneur dans son château épiscopal de Sarry, il y reçut et y maria deux princes, les ducs d'Orléans et de Bourbon. A Versailles, où il ne faisait que les apparitions commandées par les devoirs de sa charge, il paraît avoir été un courtisan sans empressement et sans bassesse. Il fut le directeur spirituel de ce petit cercle de gens honnêtes et timides qui entourait la reine délaissée, et dont le duc de Luynes a écrit jour par jour l'histoire. Sans être insensible aux distinctions mondaines, il voulait au moins paraître les laisser venir à lui. Lors d'une promotion de chevaliers du Saint-Esprit, dont il espérait faire partie, il se présenta devant le cardinal de Fleury, qui lui dit devant vingt personnes, en montrant du doigt son camail : Vous avez là un violet qui tire bien sur

(1) Elles ajoutent, il est vrai, comme pour atténuer cet aveu : «■ On assure qu'un autre se laissa gagner par une lab lière dont le généreux prélat lui fit présent. » ( Nouvelles ecclésiastiques , an. 1748, p. 175. Cf. Supplément de l'an. 1728, p. 286-287. )

M. Ed. de Barthélémy a publié dans Y Annuaire de la Maine pour 1876 un curieux document du temps sur ce sujet.

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