LA COUR DE LOI 1S XV
sorat de Sorbonne acheva de lui Taire parcourir toute la série des honneurs de l'Église. Malade de la pierre, il mourut des suites de l'opération à Paris, le 10 mars 1759. Le cardinal n'était ni un grand orateur, ni un écrivain ; il n'avait pas môme, ses portraits en font foi, ce grand air qui suppléait, chez certains prélats de son temps, aux qualités de leur état. Ce fut du moins une belle aine, un esprit éclairé et un cœur généreux : il se révèle tout entier dans son testament (1). On y lit entre autres : « Si je meurs à Rouen, le lieu de ma sépulture est marqué; si je meurs à Gaillon, je désire et veux être enterré à la Chartreuse de Gaillon. Dans quelque autre endroit qu'il plaise à Dieu de disposer de moi, c'est la paroisse de cet endroit où je veux être inhumé. Il n'y
aura ni armes, ni tentures, ni décoration fastueuse
Je fais la même défense pour les messes et services qu'on pourra 'célébrer pour moi; un luminaire décent, surtout, nul faste dont j'ai toujours été si éloigné. » A part quelques sou\ cuirs laissés à ses plus proches parents, des legs à tous ses seniteurs, en ayant bien soin de mieux traiter les plus anciens, il institue pour ses légataires universels les rfretres infirmes de son diocèse retirés au séminaire de Saint-Louis, « à la charge de payer et acquitter les réparations qui peinent se trouver à faire à mes bénéfices, (pie je déclare avoir fait suivre pendant ma vie avec grande attention (2 ; à la charge de payer mes
(1) Ce testament, mil à Gaillon l«- 20 mai 1757 .» été publié dans La Semaine religieuse du diocèse dr Rouen, n°<lu 17 octobre 1868.
(2) il a\ .lit reçu en commande dès ris l'abbaye <i«' Montbenott [diocèse de Besançon), qu'il échangea plus lard contre celle, bien pins riche, de Saint-
dettes. S'il s'en trouve, elles seront peu considérables, ayant toujours eu grand soin de faire tout payer. »
Au nombre de ces bénéfices était l'abbaye franc-comtoise de Montbenoît, un des rares domaines du royaume où le servage existât encore. Il se désista de ses droits par une charte de 1744-, et prévint ainsi pour son compte les protestations de F école philosophique au sujet des serfs du Mont- Jura. Sans exagérer le mérite de cette concession, car les serfs de Montbenoît achetèrent par l'augmentation de la dîme leur affranchissement, elle reste pour son auteur un titre d'honneur plus durable que ceux qu'il reçut de son vivant, et qui ne l'ont pas recommandé longtemps à la mémoire des hommes (1).
Etienne de Caën. Il avait en outre et garda jusqu'à sa mort celle de Signy (diocèse de Reims) et celle de Saint-Michel en Thiérache ( diocèse de Laon). (1) En quoi consistait cette mainmorte? Les serfs de Montbenoît nous le disent , dans leur requête à l'archevêque : « Ils ne peuvent contracter aucun engagement hypothécaire sur leurs biens sans le consentement de leur seigneur ; et venant à mourir sans descendance en ligne directe ou sans être communiers, c'est-à-dire vivant en communauté avec le chef de leur famille, toute leur succession appartient de droit au seigneur. » En un mot ils sont à l'état non pas d'esclaves, mais de mineurs. — « Il est juste, écrit l'archevêque en les affranchissant, le 11 mai 1744, qu'ils se libèrent de la mainmorte, macule odieuse et méprisable, au moyen de l'augmentation de la dîme qu'ils accordent à leur seigneur, pour l'indemniser des échutes fréquentes qui lui arrivent, par la mort de ceux qui ne laissent point d'enfants ou de parents communiers. » Ils devront en conséquence payer désormais la dîme à l'abbaye sur le pied de la onzième gerbe , au lieu de la quatorzième.