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CHAPITRE PREMIEft

GASPARD DE SAULX (i .

Les maisons de Sauk et de laranes — Gaspard de Saulx; son origine u naissance (1509), ses premières armes. — Sa faveur auprès du duc d'Orléans

— Làbande enragée îles enfouis de France. — Mariage <lr Gaspard (1546

— Son portrait. — Sa situation <-n Bourgogne et a la cour d'Henri II. — Pari qu'il prend à l'occupation de Meta. — il est gouverneur <!<* Verdun. — Son brillant fait d'armes à Renty. - Il es! nommé lieutenant général en Bourgogne (1556] — Sa campagne en Italie à la suite du il u * de Guise. — Le b is-

lion de S.inK à Dijon

Au commencement du seizième siècle, Gaspard de Saulx-Tavanes réunit sur sa tèle les noms de deu\ familles illustres au moyen âge.

L'auteur de ses Mémoires affirme qu'un certain Faus-

(i) L<^ sources principales pour La \ le de G ispard de Saulx sont :

Manuscrits :

r s.» correspondance (à la Bibliothèque nationale, manuscrits français 16

tus continuait déjà, vers l'an 214, l'antiquité de la race de Saulx, et comptait parmi les premiers chrétiens de ta Bourgogne ; que ses descendant, au temps de Charlemagne, s'allièrent aux rois de Bohême. Il eut dû se contenter de nommer Gui de Saulx, qu'on sait avoir vécu au XIe siècle, et qui est le fondateur authentique de sa maison. Après lui, les Saulx tinrent constamment les premiers emplois à la cour et dans les armées des ducs de Bourgogne (1). Jean, qui mourut sous le règne de François Ier, fut le père de notre héros.

Il avait épousé Marguerite de Tavanes, dernière héritière d'une famille du comté de Ferrette, dont la légende a également illustré les origines. Un roi d'Alsace, époux d'une princesse d'Ecosse, aurait établi cette famille

4641), et un certain nombre de pièces dans les portefeuilles Fontette, surtout 36 A, 40.

2° Les Registres de la chambre de ville de Dijon.

3° Les Papiers de Saulx (Archives de la Cùte-d'Or) ne contiennent sur lui qu'un très-petit nombre de pièces.

Imprimes :

1° Les Mémoires dits de Tavanes, imprimés d'après l'édition originale (sans date) dans les collections Petitot, Michaud et Poujoulat, Buchon. Nous les avons cités d'après l'édition originale.

2° Mémoires de Guillaume de Tavanes, liv. I.

3° Correspondance de la Mairie de Dijon, t. II (publiée récemment par M. J. Garnier dans les Analecla Divionensia).

4° Mémoires de Castelnau (avec additions de Le Laboureur) , de Claude Ha- Ion, de François de Guise, etc. ; surtout Brantôme (Edil. de la Société de l'Histoire de France, t. V.)

5° Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique, livres V et XV; de Thou, Histoire universelle, liv. XXXI et sq.

6° Histoire de Chalon-sur-Saône, par Perry ; l'Illustre Orbandale ; Histoire de la lié forme et de la Ligue dans le département de V Yonne, par Challe; Histoire de la Ré/orme et de la Ligue à Autun, par Abord.

La Vie du maréchal de Tavanes par Pérau {Hommes illustres de la France, t. XVI) n'est qu'une amplification sans valeur.

(1) Sur la maison de Saulx au moyen âge, cf. aux Mémoires de Tavanes Dom Plancher, Histoire de Bout gagne, t. Il, p. L09-468.

en 692 sur les terres de L'évêché de Berne. Bille est en

tout cas souvent mentionnée au moyen âge dans les chroniques helvétiques, et sa meilleure partde gloire lui échut

quand elle se fut greffée sur un tronc étranger (1 . Alors apparut la race des SauK-Tavanes, dont Gaspard de Saulx fut le chef, et dont il demeure le plus célèbre représentant.

Il est surtout connu par des Mémoires qui portent son nom, mais dont il n'est pas l'auteur. Ils ont été écrits par son fils Jean, plus de quarante ans après sa mort, (l'est une omi\ re étrange, où des digressions inattendues et trop fréquentes dérobent à chaque instant au lecteur L'image du héros; c'est en même temps une apologie tardive, inspirée par ranioui- filial et l'orgueil de race, par conséquent suspecte. Quant à Gaspard, il refusa toujours d'écrire le récit «le sa \ie : c'est à peine s'il a laisse quelques pages sur les principales batailles auxquelles il avait assisté 2 . En revanche, dans sa correspondance administrative et militaire, il a lui-même mis en pleine lumière sa rude et martiale figure, et il a retracé à son insu, sans arrière-pensée , son histoire.

Gaspard de Saulx, né à Dijon en mars 1509, était le second de trois lils. Son oncle Jean de Tavanes, un des

(1) Sur les origines il»' la maison de ravan.es \<ùr le manuscrit n" 181 de la Bibliothèque de Dijon, puis la notice intitulée Pien Tavernes, dans \e& Actes cU l< nned'Èmutation^ 1872, p. 104-123. — Le village actuel de Tavanes Dachsfeldea est dans le canton de Berne.

Dora Plancher i. H, p. 168-469) justifie l'orthographe que n * adoptée

pour li> mot / i <-i qui est, à pari quelques exceptions, l'orthographe

traditionnelle de la famille.

(2) Le sieur de Tavanes n'a laissé que ce combat (près de Gravelines), celui de Moncontour et de Cérisoles deaseignés de sa main. ■ [Mémoire*

p. loi.)

4 (;asi»aiu> DE SAULX.

héros de Marignan, qui commandait un corps de lansquenets au service de François Ier, l'emmena à l'Age de treize ans à la cour (1522), le fit admettre parmi les pages, et lui laissa en mourant Tannée suivante l'héritage de son nom et de sa faveur auprès du roi. Bientôt après, le jeune gentilhomme gagnait ses éperons sur le champ de bataille de Pavie, où il fut fait prisonnier.

Il eut pour second protecteur le grand écuyer Galliot. Pendant tout le règne de François Ier, tour à tour archer, guidon, capitaine d'hommes d'armes, il partage son temps entre les fatigues de la vie militaire et le soin de sa fortune à la cour. 11 est avec Lautrec lors de la malheureuse campagne de 4528 en Italie; quand les hostilités reprennent en 1536, on le retrouve au premier rang sur la Doria, où il capitule avec honneur dans la petite place de Fossano ; sous les ordres de Montmorency, il défend la Provence envahie. Monluc, au début de ses Commentaires, nous le montre associé à un de ces coups de main audacieux où il était lui-même passé maître, et qui eurent pour résultat d'affamer l'armée impériale; il le dépeint en quelques traits, déjà violent et hardi jusqu'à la témérité, irrité de ce qu'on a voulu l'écarter d'une entreprise périlleuse, de ce qu'on ne le laisse pas aborder le premier l'ennemi. «Je lui répondis, ajoute Monluc, que je connaissais bien qu'il n'était pas encore rusé, et que ce n'était le lieu pour mourir un si homme de bien que lui, et se fallait garder pour une bonne brèche et non pour un chétif moulin (1). »

(1) Monluc, Commentaires (éd. de la Société de l'Hist. de Franco), t. 1, 1>. 120. — Les Mémoires (p. 41) signalent cette citation dans quelques lignes

Sa compagnie ayant passé sous le commandement du duc d'Orléans, second (ils du roi, Gaspard s'insinua dans les bonnes grâces de ce prince, et devint « son favori et tout son cœur (1) ». Il le suivit et l'assista dans ses campagnes du Luxembourg, et s'il faut en croire les Mémoires, il sut combattre et contrebalancer auprès de son maître l'influence du chef de cette maison de Guise, qu'on voyait déjà partout au premier rang. Le cadet de noblesse bourguignon enviait le prince lorrain ; il osa le provoquer en combat singulier, sous le feu de l'ennemi, dans la tranchée d'Ivoy, et le duc <H Irléans les apaisa l'un et l'autre à grand' peine. Je me pousse de moi-même, telle avait été la première devise de Tavanes; à cette époque il plaça dans ses armes un Persée monté sur un Pégase sans bride, avec cette légende : Quo fata traînait. C'était avouer, dans la langue symbolique et païenne du temps, toute l'étendue de ses ambitieuses espérances (2).

Vers la lin du règne de François Ier, il quitta une seule fois le duc d'Orléans pour rejoindre cette élite de volontaires qui, aux cotés du comte d'Enghien, vengea plusieurs années de revers sur le champ de bataille de Cérisoles. Avec Monluc, il fut de ceux qui contribuèrent le plus au gain de la journée. Relégué d'abord à l'arrière-garde, il vit l'infanterie culbutée par les Espagnols, et sut trouver, au moment décisif, l'inspiration qui nous rendit la vienu perce dm certaine jalousie contre Monluc ; est-ce parce 'iu<' Monluc n'a poinl nommé Tarenes dans son récil de la bataille de Cérisoie*

(1) Brantôme. — La notice de Brantôme sur Gaspard esi peu Intéressante, malgré quelques anecdotes caractéristiques -, cil»' en adre nos longue et oiseuse dissertation sur l'ordre du Saint-Esprit.

(2) Plus tard il placera d.ms ses armes nn homme faisant tète I des renia

furieux, elle-; frappant de son COUteUs, avec ce mol : malgré VOUS.

toire : « Chargeons, Monsieur, cria-t-il au comte d'Enghien, courons sus à cette mauvaise cavalerie italienne et aux bataillons espagnols. » Et cette fois, plus heureuse qu'à Pavie, la gendarmerie française rétablit le combat, et d'une défaite certaine fit une victoire honorable. Gaspard fut un de ceux qu'on chargea d'aller en porter au roi la nouvelle.

Sa faveur à la cour ne grandissait pas moins que son renom à la guerre. Il y était un des plus ardents de la bande enragée des enfants de France; ses compagnons étaient Vieilleville, Bourdillon,La Châtaigneraie, Coligny, et bien d'autres qu'il devait suivre ou combattre dans la mêlée des guerres civiles. Presque à lui seul il résume la légende de leurs défis insensés et de leurs folles équipées. Un jour il trouve ingénieux de cacher des tiercelets sous les draps du duc d'Orléans, un autre jour de placer le corps d'un pendu dans le lit de Madame de Crussol : ces plaisanteries puériles ou barbares servent d'intermède à des aventures chevaleresques et galantes. Monter sur les toits et franchir les rues étroites d'un bond, d'une maison à l'autre; faire soixante lieues en poste pour chercher un combat singulier ; se livrer aux exercices les plus périlleux de la gymnastique et de la chasse, tels étaient les passe-temps ordinaires de cette jeunesse. Tavanes fit, dit-on, à cheval, dans la forêt de Fontainebleau, un saut prodigieux d'un rocher à un autre; et cet exploit lui paraîtra digne d'être transmis à la postérité, dans un basrelief qui orne encore son château du Pailly (1).

(t) Mémoires, p. 60.

LES (il ERRES D'ITALIE ET DE RELIGION. 7

Il brillait au premier rang dans les tournois, auxquels

prenaient part les fils du roi, en présence de la cour. Un jour qu'il avait eu la tête atteinte d'un coup de lance, il s'arracha, malgré les médecins, le tronron de l'arme de la plaie. Son lils, en célébrant ses prouesses au grand tournoi de 1*549, lui donne une véritable attitude de Fierà-Bras : «Tous les tenans blessés, excepté le sieur de

Tavanes, qui les soutint durant les huit jours brise

soixante lances par jour, allait au bal quand les autres se couchaient et n'en pouvaient plus; il plongeait son bras dans l'huile d'amandes douces, avec de igaturesqui le conservaient quand les autres l'avaient tout noirci (1)...» Il sera juge du camp au tournoi où périt Henri II, et cette passion toute féodale ne l'abandonnera jamais, malgré les plus graves soucis de la politique et de la guerre; ses Mémoires contiennent un programme de tournoi rédigé par lui, au milieu des préparatifs de la Saint-Barthélémy.

Devenu lieutenant des gens (Tannes du duc d'Orléans, Gaspard suivit son maître en lôii aux conférences de Crespy, où l'on traitait de la paix avec l'empereur. Telle était encore sa naïveté provinciale, sa loi dans l'organisation politique du moyen âge, qu'il conseilla au duc de demander la Bourgogne en apanage: c'eûl été ressusciter cette funeste maison de Philippe le Hardi qui avait mis le royaume a deux doigts de sa perte. La noblesse bourguignonne n'en regrettait pas moin- encore, on peut le conjecturer par cet exemple, le régime Illustré par les grands ducs. Gaspard encourut pour ce t'ait la disgrâce mo-

(1) Mémoires, j> i :'

mentanéedu roi et du dauphin, et c'était justice. Les services qu'il rendit depuis à la royauté devaient faire oublier cette incartade déjeune homme, qui n'eut du reste pas de suites (1).

Après une courte campagne en Picardie, il revint à la cour pour assister à la mort de son protecteur le duc d'Orléans : « Mon ami, lui dit le prince , tous nos desseins sont rompus, je meurs avec le regret de ne pouvoir récompenser vos services. » La fortune du jeune gentilhomme paraissait compromise ; il la maintint en s'attachant par une alliance de famille au cardinal de Tournon, alors tout-puissant à la cour. En décembre 1546, il épousa une de ses nièces, Françoise de La Baume-Montrevel, fille du gouverneur de la Bresse. Le futur ennemi des protestants ne pouvait mieux choisir. Il entrait dans une famille où la haine contre le calvinisme semble héréditaire. Un de La Baume fut le dernier évêque de Genève, chassé de son siège par Calvin; un autre, archevêque de Besançon, combattit les huguenots Tépée au poing, dans les rues de sa ville épiscopale : enfin, sous Louis XïV, le maréchal de Montrevel devait être dans les Cévennes la terreur des Camisards.

Gaspard avait, au moment de son mariage, trente-huit ans. C'était avant tout un soldat, par l'extérieur comme par le caractère. Je n'oserais le reconnaître dans ce vulgaire spadassin vêtu de noir qui le représente à Versailles ; il a l'air d'avoir été peint la veille de la Saint-Barthélémy. Je crois plus volontiers au portrait qui subsiste

(1) Mémoires, p. 98.

dans la galerie du château de Lux (1 ], ou à celui qui est placé en tête de la première édition des Mémoires. Son nez aquilin, son front élevé et saillant, son grand œil clair et dur, à la pupille dilatée, complètent l'image esquissée par son fils. Il avait, dit celui-ci, une riche taille, entre médiocre et grand; il était un peu haut en couleur, avait les cheveux blonds, la barbe rousse, les sourcils élevés (2). On tremblait devant ses fréquentes colères, promptes à se traduire en injures et même en brutalités; mais on savait que son cœur n'était pas inflexible, et qu'il avait, en face de ses subordonnés, la main plus prompte a distribuer des soufllets qu'à signer des arrêts de mort.

Jusqu'alors on ne voit pas qu'il soit allé souvent en Bourgogne. Ses Mémoires l'y font paraître une seule fois, dans des circonstances qui mettent en présence d'une façon assez plaisante le jeune courtisan et son père le vieux gentilhomme de province : « Arrivé avec vingt chevaux d'Espagne et d'Italie, d'abordée ses gens indiscrets délogent les chevaux du vieillard qui, depuis, en l'absence de son fils, coupe les licols et les chasse dehors... et sur la prière qu'il lui fit de lui aider d'argent pour poursuivre sa fortune, lui donne la clef de son cabinet de Dijon, l'admoneste de n'y prendre tout; où arrivé il trouve cent sols en liards, qu'il jette par la fenêtre (3). » N'estce pas là un fragment de comédie, presque une scène de Y Avare?

(i) Lux en Bourgogne, entre Dijon et Langres, • été la dernière résidence seigneuriale des TaTanee. Le château appartient aujourd'hui au comte Greppi,

|K'til-!ils par M Bière de ra\ant-uVrniiT duc de Saulx.

(2) Voir l'Appendice I.

(3) Mémoires, p. 70,

Après la mort do François I01, Gaspard vint se faire

oublier un moment au fond de sa province. Ses amis n'étaient plus en faveur; son beau-père, enveloppé dans la disgrâce du cardinal de Tournon, avait perdu son gouvernement. Montmorency, les Guises, Diane de Poitiers disposaient de tout à la cour. Tavanes gardait du moins l'amitié royale ; de tout temps le proverbe qu'il vaut mieux avoir affaire à Dieu qu'à ses saints semble lui avoir dicté sa ligne de conduite. Il n'en réussit pas moins à se faire bien voir des Bourbons comme des Guises. Quand son fils aîné vint au monde à Dijon en 1549, il lui donna les noms d'Henri-Charles-Antoine, conciliant habilement sa reconnaissance posthume envers le duc d'Orléans avec ses devoirs envers les rois de France et de Navarre. La duchesse de Savoie fut marraine de cet enfant; et, à l'occasion du baptême, le père donna à ses compatriotes des fêtes splendides, qui furent comme l'inauguration de sa souveraineté provinciale. A la cour, son hostilité contre Diane de Poitiers le mit en faveur auprès de Catherine de Médicis. Il offrit un jour à la reine délaissée d'aller couper le nez à la favorite, et de ruiner ainsi l'empire qu'elle devait à sa beauté. On reconnaît là son goût pour la plaisanterie soldatesque et sauvage, mais n'est- il pas singulier qu'il ait voulu d'avance mettre en action la pensée de Pascal : « Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. »

Après avoir suivi Henri II dans l'expédition qui aboutit à la reprise de Boulogne, Gaspard passe en Piémont auprès du maréchal de Brissac. Il est bientôt rappelé, malgré son général, pour prendre part, comme un des deux

maréchaux de camp de farinée, à la célèbre entreprise contre les Trois-Évéchés ; et il eut en particulier, Ion de l'occupation de Metz, un rAle moitié diplomatique el moitié militaire. Pour les Messins, à cause de son origine alsacienne, c'était presque un compatriote. Envoyé auprès d'eux, il sut à la fois les intimider et les Béduire. Quand il eut obtenu d'eux la promesse qu'ils recevraient dans leurs murs le roi de France, il demanda le même avantage pour son escorte et pour le connétable de Montmorency. Cette permission obtenue, il était facile de s'assurer des portes de la ville. « Soudainement, disent les Mémoires, tous les meilleurs hommes de l'armée sont mis sous une enseigne ; entre en la ville de .Metz, les deux maréchaux à la tête. Le sieur de Bourdillon s'avance en la place, le sieur de Tavanes demeure à la porte que les bourgeois voulaient à tout coup fermer, voyant cette enseigne si accompagnée, et toujours les en garda par de belles paroles. Un capitaine suisse à la solde de ceux de Metz, tenant les clefs, en ayant vu entrer plus de sept cents hommes, les jette à la tète du sieur de Tavanes, avec le mot du pays, tout est choué, et quitte la porte que le sieur de Tavanes tint jusqu'à ce que le connétable arrive (I). »

(Test ainsi que Metz fut surpris, par une ruse de guerre dont les habitants étaient complices pour la plupart. Les magistrats même, d'après une chronique, étaient si bien préparés à ce qui allait arriver, qu'ils avaient ordonné aux bourgeois de se tenir renfermes dans leurs demeures.

(1) Mémoires, p. lil

12 GASPARD DK SAULX.

Verdun ayant été occupé deux mois après, Tavanes eut pour récompense le commandement militaire de cette ville. C'était un poste de confiance, car on ignorait encore si l'armée impériale en marche vers la France s'arrêterait à la Moselle ou se dirigerait droit vers la Meuse. Gaspard, de concert avec l'évoque, passa l'automne à réunir des approvisionnements et à mettre les fortifications en état de défense. Nuit et jour, les soldats, les bourgeois, les paysans réfugiés dans la place et mis en réquisition, les femmes, les clercs et Févéque lui-même portèrent la hotte, ou manièrent la pioche sur les remparts. La place restait en communications d'une part avec François de Guise renfermé dans Metz, d'autre part avec Montmorency qui, établi à Saint-Mihiel , couvrait la Champagne. Malgré les maladies contagieuses qui décimèrent les travailleurs et la garnison, Verdun fut bientôt prêt à recevoir l'ennemi. Or, en ce temps-là, les Allemands n'entrèrent point à Metz, qui fut conservé à la France ; et Gaspard perdit ainsi l'occasion de s'illustrer par une défense qui l'eût sans doute rendu populaire comme Guise, ou comme son ami Monluc à Sienne (1).

En 1554, nous le retrouvons à l'armée de Flandre, et il se couvre de gloire à l'affaire de Renty. Ce combat eut lieu autour de la petite place de ce nom, assiégée parles

(1) Lettres de Gaspard au connétable de Montmorency du 18 novembre 15ô2 au 11 octobre 1553. — Histoire de Verdun, par Roussel. — Étude sur Nicolas Psaulme, évêque de Verdun, par M. l'abbé Gabriel, 1867.

Dans le pays, Tavanes a laissé son nom à un bois, sous lequel passe le chemin de fer de Verdun à Met/, et à une fontaine située sur la lisière de ce bois, à 8 kil. de la ville. On construit à cette heure un immense fort dit de Tavanes qui commandera l'entrée du tunnel, la grande route de Verdun à Metz et qui dominera au loin les vastes plaines de la Woèvre.

Français, secourue par l'empereur : indécis dans ses résultats, il a gardé un certain renom, à cause de la brillante valeur qu'y déploya la noblesse française. C'était là son sort; elle ne causait plus de défaites par son imprudence, néanmoins les victoires qu'elle remportait à la pointe de l'épée demeuraient souvent stériles. Ici ce fut une héroïque charge de cavalerie qui livra le champ de bataille aux Français. Tavanes et Guise étaient en tête. Le premier lit une habile manœuvre de flanc qui jeta le désordre dans les rangs ennemis, et il resta maître de quatre pièces d'artillerie et de plusieurs enseignes. 11 avait eu un cheval tué sous lui : «Monsieur de Ta \ ânes, s'écria Guise en le rejoignant,nous avons fait la plus belle charge qui fut jamais. » L'autre se retourne, déjà tout enivré de son succès, et le regardant fièrement : « Monsieur, vous m'avez bien soutenu. » Suivant les Mémoires, Guise aurait ensuite essayé de Técarter du champ de bataille, pour que sa propre compagnie y demeurât la dernière; mais le hardi capitaine aurait répondu qu'il restait à la plate que Dieu et son épée lui avaient acquise. Brantôme prête au défenseur de Metz une générosité qui esl plus dans son caractère; d'après lui, Guise conduisit son émule au roi, et insista sur le mérite de ce fait d'armes, qui avait eu toute l'armée pour témoin. Henri 11 détacha son collier de l'ordre de Saint-Michel, e( le passa au cou du jeune vainqueur : « Vous êtes un lion, lui dit-il, qu'il faut enchaîner il . »

Cet exploit et la haute récompense qui s'ensuivit con-

(i) i*ii tableau de Brenel , au musée de Vera ûllea .i consen é le Bou?enir de cet événement.

14 GASPARD DE SAl LX.

sacrèrent la réputation militaire de Tavanes. Quelque temps après, par lettres patentes de novembre 1556, il reçut la lieutenance générale de Bourgogne ; il avait quarante-sept ans.

Sa dignité nouvelle lui conférait, sous l'autorité du duc d'Aumale, gouverneur de la province, le commandement des troupes et des places fortes. C'était là encore une faveur qu'il devait certainement aux princes lorrains; mais jusqu'à la fin du règne d'Henri II, il délégua presque continuellement ses fonctions à son frère aîné , Guillaume de Villefrancon. Celui-ci, malgré ses services militaires, parait avoir été un homme d'un caractère bien plus rassis que le sien, d'une ambition bien moins ardente. Il aimait l'étude et la retraite ; Gaspard, après la prise de Calais, lui envoya toute une bibliothèque de livres grecs, latins et hébreux qui avaient été sa part du butin.

Quant au héros de Renty, il dut d'abord , sur Tordre exprès du roi, servir de maréchal de camp à Guise allant conquérir le royaume de Naples. Cette expédition stérile et malheureuse ne lui donna pas plus qu'à ses compagnons d'armes Foccasion de se distinguer. Tout au plus peut-on recueillir dans ses lettres de cette époque un trait qui peigne son caractère. Les habitants de Termo lui avaient demandé en quel lieu ils pourraient lui apporter leur soumission solennelle. « Je leur répondis que le plus ho- « norable était sous nos enseignes. Voyant cela, ils « demandèrent à voir ma patente pour les recevoir. Je « leur dis que ma patente était celle que je portais au « côté, qui avait fait obéir ceux de Camply, et qu'ils dis- « sent soudain s'ils voulaient être amis ou ennemis. Ils

« élurent en se prosternanl de faire ce qu'on voudrait. Je <( leur fis à l'instant lever les mains el faire le serment « au roi comme ses sujets (1). »

La nouvelle du désastre «le Saint-Quentin rappela en FranceGuiseet son armée. Dix mille Espagnols, conduits parmi cousin de Tavanes, le baron de Polweiler, Be jetèrent sur la Bourgogne. Villefrancon eut à peine le temps démettre Dijon à l'abri d'une surprise. Les ennemis se rejetèrent sur la Bresse et mirent le siège devant Bourg; c'est là qu'ils furent atteints par Gaspard, qui ramenait en toute hâte d'Italie l'avant-garde de l'armée de Guise; devant lui ils se débandèrent presque sans combat el repassèrent en désordre la frontière.

De retour dans sa province, le lieutenant-général acheva les fortifications de Dijon, commencées sous François 1er, en élevant deux boulevards , dont l'un a porté jusqu'à nos jours le nom de boulevard de Saulx. Ces murailles devaient protéger la ville contre les invasions des retires ; elles n'étaient plus qu'une ruine délabrée quand elles les oui vu paraître. Le 30 octobre 1870, lorsque les Allemands, maîtres des hauteurs qui couronnent Dijon, tentèrentde forcer l'entrée des faubourgs, le bastion de Saulx, occupé par une vingtaine de soldats de ligne et de gardes nationaux, arrêta quelques heures les grenadiers de la garde badoise, dont plusieurs vinrent se Paire tuer a ses pieds 2 . Le vieux rempart n'aura pas disparu sans avoir fait ses preuves contre l'ennemi.

Jusqu'à la paix de Cateau-Cambrésis, Gaspard ne i

(i) Lettre au doc <l«' Guise, sans date (1558 .

(2) Journal de la guerre de 1870 à Dijon, par Clément lanio.

guère de tenir la campagne aux cotés (Je François de Guise, dont il était devenu l'inséparable lieutenant, lise distingua aux sièges mémorables de Calais et de Thionville, remplissant à la fois avec dévouement son office de maréchal de camp et avec éclat son devoir de chevalier. La paix de 1559 vint dissiper pour lui comme pour tant d'autres ses rêves de fortune militaire. La mort d'Henri H, qui arriva presque aussitôt et amena une nouvelle révolution à la cour, acheva de déconcerter ses projets. ïl se retira dans son gouvernement de Bourgogne pour y atten dre les événements.

Ici commence une nouvelle phase de sa vie.

Le protestantisme en Bourgogne. —Ses progrès, ses tendances. — Esprit politique et religieux des Bourguignons. — Attitude de Gaspard en face des réformes, des catholiques, <!<• la cour. — Séditions d'Auxerre «-i de Dijon. — Pampagn* de 1562. — Gaspard reprend Chalon-sur-Saône inx huguenots. — [1 assiège à deux reprises Sfâcon. — Marche sur Lyon. — H est remplacé par Le duc «l^ Nemours. — Suites de la guerre m Bourgogne. — Étal <!<• la proTince après la paix d'Amboise.

Gaspard n'était pas depuis longtemps rentré en Bourgogne lorsqu'il y vit éclater la guerre, et la plus terrible de toutes, la guerre civile.

Sous les règnes d'Henri II et de François II, la réforme protestante s'était introduite dans la province comme dans tout le royaume. Dès 1 55 ï . elle a ses partisans à Dijon ! I . Los années suivantes, des églises calvinistes s'établissent à Mâcon, à Châlon et à Autun; puis à Beaune, ;i Châtillon, à Auxerre. La secte a pour propagateurs an petit nombre d'ecclésiastiques et de magistrats, des bourgeois et surtout des artisans pour prosélytes. D'après certains documents, les protestants de la bourgogne manifestaient plus vivement que partout ailleurs des tendanaux réformes politiques et à la révolution sociale. Les catholiques citaient un conciliabule à Châlon, où il avait

(t) Registres «!<• la chambre <l<' ville de Dyon . 17 juillet 1554. — Le bruit élail dors répandu qoe les déni tiers de Dijon étaient luthériens.

été parlé « de jclcr hors de la république les trois vermines, que l'on disait être les moines, la noblesse et les gens de robe longue servant à la justice du roi. » Ils ajoutaient qu'à Maçon, au milieu d'un prêche, des menaces avaient été proférées contre les riches. La stricte vérité est qu'ici comme ailleurs les novateurs ne cachaient pas leur désir d'abolir complètement le « papisme », et marchaient à leur but avec un zèle bien supérieur à leurs forces. Tout outrage envers leurs adversaires leur était bon ; ils dérobent ou ils brisent les statues des églises et les madones des carrefours ; on en vit baptiser un chien en pleine rue. Enfin , partout où ils furent un moment les plus forts, ils interdirent la messe et dépouillèrent les lieux saints. La réaction ne se fit pas attendre , et tantôt au nom du roi, tantôt se levant de lui-même pour venger les symboles de son culte profané ou détruit, le peuple catholique infligea aux huguenots les plus cruelles représailles.

Nulle part ailleurs la lutte ne fut plus vive. Placée sur le grand chemin de Genève à Paris, la Bourgogne subissait le premier flot de ces émissaires de toute sorte, combattantsparla parole ou par l'épée, dont la Rome protestante inondait le royaume (1). Voisine de la Lorraine et de la Suisse, de la Franche-Comté et de la Savoie, elle sentait la guerre étrangère inséparable pour elle de la guerre civile. Elle eût voulu écartera tout prix ces dissensions religieuses qui livraient périodiquement son territoire aux

(1) Da Ginevra solo, dopo la morte del re Fraacesco II, sono uscile dieci mila anime e piu, che sono veuille in questo regno. (Lettre de l'ambassadeur de Toscane au grand-duc, \\ octobre 1561.)

bandes italiennes ou allemandes; et quand le calvinisme s'introduisit chezelle, elle le repoussa, autant comme une source de troubles intérieurs que comme un démenti donné à sa foi traditionnelle. Dans chacune de ses villes, deux peuples étaient en présence : d'un côté, les catholiques supérieurs eu nombre, se réunissant sous les bannières et au son des cloches de leurs paroisses, pour icimer auculte nouveau l'entrée de la cité; de l'autre côté les protestants disséminés ça et là, abritant leur prêche sous une grange de faubourg, s'appelant la nuit dans les rues à coups d'arquebuse, et rêvant moins la tolérance pour eux que l'extermination de leurs adversaires.

L'esprit de concorde n'habite plus nulle part, si ce n'est à la cour, dans la pensée de Lhopital ; mais, comme on le sait, la « messe » du chancelier était aussi suspecte aux catholiquesqu'odieuse aux religionnaires, et son éloquence, qui finit par importuner le roi, ne pouvait être comprise de la foule. Partout se manifeste avec pinson moins d'intensité ce fléau qui prolongea et envenima les guerres de religion, l'intervention continue et violente de la multitude aveugle et exaltée. Dans les deux camps, les excès commis appelèrent la vengeance; les représailles s'ensuivirent, et les époques de trêve officielle n'étaient pas moins troublées (pie celles de guerre ouverte. La Saint- Barthélémy fut un grand crime politique, parce qu'un roi en avait donné le signal ; mais auparavant, par toute la France, il n'y eut guère de ville qui n'eut subi une Saint- Barthélémy catholique ou protestante. Les archives et les relations locales attestent, par mille récits plus ou moins lugubres, combien le Fanatisme et d'autres passions plus

20 GASPARD DÉ SAl IA.

basses faisaient oublier souvent le respect de la vie et de la propriété d'autrui, de l'autorité royale, de la foi jurée, de la charité chrétienne.

Au-dessus du peuple, les hommes éloquents se combattaient avec d'autres armes. L'activité intellectuelle des Bourguignons, loin d'être ralentie, fut surexcitée par cette lutte violente. Théodore de Bèze était né aux portes de la province ; Hubert Languet y grandit, avant d'aller écrire en Allemagne son manifeste politique et religieux contre la tyrannie (Vindicix contra tyrannos). Le premier magistrat d'Autun, Jacques Bretagne, à l'assemblée de Saint-Germain en 1560, s'inspira de l'indépendance hardie de Philippe Pot aux États de 1484 ; il réclama la confiscation des biens du clergé et une liberté sans limites pour les apôtres de h pure parole de Dieu. En face des novateurs s'élèvent successivement un savant jurisconsulte, Bégat, un diplomate célèbre depuis, Pierre Jeannin, un habile homme d'État, Etienne Bernard, qui furent les uns et les autres, à un moment de leur vie, des voix éloquentes au service de la cause catholique. Derrière eux tout ce qui est investi d'une autorité quelconque, États, conseils élus, Parlement, officiers de justice, déploie un zèle ardent contre la Réforme. Chacun conforme avec empressement sa conduite à la vieille devise : Une foi, une loi, un roi. La Chambre de ville de Dijon, tout en réprimant les moines trop violents dans leurs prédications ou trop libres dans leur vie, bannit ceux qui mangent de la viande en carême, interdit le chant des psaumes en français, remet en vigueur les ordonnances de saint Louis contre les blasphémateurs, et surveille sous chaque toit les ser-

viteurs suspects d'hérésie comme autant d'émissaires de l'étranger (1). Le clergé livre les trésors des églises pour les frais de la guerre sainte, et, à un moment donné, enrôlera les fidèles dans les confréries du Saint-Esprit. Le Parlement multiplie les arrêts rigoureux contre les prêches ; il présente au roi les célèbres remontrances de Bégat contre les édits de tolérance (2) . '

Ce sont ces remontrances qu'il faut lire, si l'on veut connaître le caractère et les mœurs de la province ; au milieu d'un déluge de digressions pédantesques, d'allusions sacrées ou profanes, elles nous rappellent en même temps combien alors étaient étendus les privilèges de chaque ville, et comment ils faisaient de chacune d'elles, pour la résistance catholique, un boulevard inexpugnable. Voici entre autres une page naïve et curieuse : « Notre peuple, dit Bégat,... qui est un pays rapportant de toutes choses nécessaires pour la vie de l'homme, assez commodément et sans abondance, a cette simplicité de ses anciennes

mœurs si que le reste de la France nous note de

quelque lourdise... Entre ce peuple donc qui est toujours à fouir sa vigne et labourer sa terre. . . comment ferez-vous passer et recevoir à sûreté l'opinion de ceux qui apportent quelque chose de nouveau à leur religion ? Gomment sera-t-il possible qu'à la première grêle qui leur tombera

(i) Registre! de la chambre de fille, 7 juillet 1559, 5 avril 1580, M mari et 16 août 1561, 9 mars 1562, n Février 1563, etc. 0] Gea remoDtraneea sont imprimées danslea Mémoires de Condé, t IV,

M. Baudoin a lu au Congrès provincial tenu à Avallon on 1 8 r> 7 un mémoire sur Yesprit religieux et politique des Bourguignons au seizième siècle. Ce mémoire a été inséré dans la Revue des sociétés savantes, Ve série, t. III, p. 450-459.

sur leurs vignes, ou à la première défortune qui adviendra, ils ne s'en prennent à ceux qu'ils estiment auteurs des nouvelletés, qui leur seront d'ailleurs suspects et ennemis : vu que l'ancien auteur note, qu'ils ont accoutumé d'imputer tels inconvénients à l'administration de la république, et s'en prendre même à leurs seigneurs... Il n'y a si petit vigneron qui, quand il faut créer le maire, ne laisse son œuvre rustique, et ne se trouve au parquet avec sa houe, pour en dire son opinion ; étant tel privilège partout, que les voix y sont comptées, et à la pluralité, sans avoir égard à la dignité, ce magistrat est déféré. Sur ce fait d'élection donc, combien de tumultes et de séditions verrons-nous advenir? Car si deux peuples sont retenus en même cité, chacun comme citoyen et en tels droits qu'il était avant les troubles... qui est-ce qui doute que tous les hommes n'aient aussi le vouloir d'avoir leur voix à l'élection, et qu'un chacun ne veuille le nagistrat de sa religion ?... Comment donc se pourra-t-il faire que nos maires soient élus entre nos vins de Bourgogne, où la raison ne peut pas toujours avoir lieu, sans cet inconvénient? Et si c'est un de la nouvelle prétendue religion qui soit élu, comment satisfera-t-il à la forme du serment qui est que l'élu doit jurer les privilèges et la fidélité devant le grand autel, sur le corps de Dieu et sur les saintes reliques?.... Et si tant est, sire, que vous dispensiez de ce serment, et que vous en ôtiez l'usage de votre république, qui doute que le peuple en sa conscience en demeurera édifié pour n'avoir plus d'obéissance au magistrat, qui est la plus grande force que puisse avoir une république »

Gaspard de Sauta donna l'unité et la force à ce mouvement, en s'y associant par ses ordonnances, en choisissant partout de bons catholiques pour commander les garnisons ou administrer les villes, en armant au besoin toutes les mains Bdèies qui pouvaient tenir une épée. 11 subissait l'entraînement populaire, mais il le subissait volontiers. Comme gentilhomme et comme soldat, il voyait dans la lutte à outrance le plus sacré des devoirs et la meilleure des politiques. Il se croyait tenu de combattre les hérétiques par son serment de chevalier, comme le roi par son serment du sacre. Théodore de Bèze émet à son égard une étrange assertion, que rien ne confirme : ■< Homme (Fautant plus dangereux, dit-il, qu'il avaiteu connaissance des vérités «le la religion (1). » En tout cas eût-il comme tant d'autres assiste à un prêche par curiosité ou chanté les psaumes de Marot au Pré-aux-Clercs, il n'en fut pas moins le plus implacable ennemi des reliirionnaires. La dernière partie de sa vie ne fut qu'une campagne contre eux : sa haine ne fléchi! pas un instant, et si, par respect pour la volonté royale, il s'interdit parfois de leur en faire sentir tout le poids, il ne leur en épargna jamais l'expression, même dans ces jours sinistres où la coin- préludait par des caresses à la grande trahison du c2 < août 1572. C'était là une tradition de famille à laquelle furent fidèles son frère de Villefrancon, usina Alexandre de

Etapes et Claude de Vantoux, qui lui servirent d'auxiliaires dans l'administration de la province.

Habituée la discipline militaire, n'aimant pas plus voir

(1) Histoire ecclésiastique, liv. V.

s'affaiblir l'obéissance que le commandement, Tavanes entra dans la guerre civile sans hésitation, mais sans ardeur. L'honneur de faire exécuter les ordres du roi lui était encore plus à cœur que le succès. Il avait fait ses preuves dès 1543 à la Rochelle, où il avait réprimé, avec dureté et non sans adresse , une émeute occasionnée par la gabelle.

A la première nouvelle que les huguenots s'agitent autour de lui, il se hâte d'écrire au roi : « Si je puis sa- « voir qu'ils s'assemblent pour faire tels sermons ou pour « chose qui vous importe, je départirai avec votre autoce rite l'assemblée si rudement que les autres y pren- « dront exemple. Voilà tout le sermon que je sais (1). » Néanmoins il n'était pas étranger aux tempéraments qu'exige, surtout en temps de guerre civile, le gouvernement des hommes. Dès 1559, quand il fut envoyé en Dauphiné pour y étouffer les troubles naissants, illui était enjoint d'être sans pitié envers les novateurs, deles « exterminer (2) » : il se borna à gagner les uns et à effrayer les autres. Les chefs se laissèrent lier les mains par des pensions et des honneurs, et les bourgeois de Valence se turent lorsque Gaspard, se présentant dans leur assemblée, eut souffleté brusquement, emprisonné et menacé de la potence le plus hardi d'entre eux. Une autre fois, au plus fort de la lutte, il enverra au terrible baron des Adrets ces mots qui font honneur à la fois à la clairvoyance de son esprit et à la générosité de son cœur : « Ne faut point que sous

(1) Lettre du 1er février 1560.

(2) Lettre du roi du 12 avril 1559 (dans les Négociations du règne de François II, publiés par M. Paris, p. 341-343). — Coll. des Doc. inédits.

« ce manteau de religion où je trouve si peu de différend, a puisque tous nous voulons Jésus-Christ, nous nous « coupions ainsi la gorge les uns aux autres (I), » Néanmoins, la trêve achevée, la main qui avait écrit ces ligues restait ferme, et tenait vaillamment l'épée (2).

Cette loyale attitude, qui augmenta si rapidement son prestige en Bourgogne, n'était pas aussi appréciée à la cour. La reine-mère tantôt laissait les Guises l'exhorter à être intraitable, tantôt lui recommandait les ménagements et la prudence. Une semblable politique avait, aux yeux de Tavanes, le double défaut de manquer de suite et de manquer de sincérité. Jl répugnait à la dissimulation, qu'il estimait « en ce temps autant ou plus punissable au magistrat que le méfait au sujet (3). » Aussi demandait-il à son maître de ne plus aller d'un parti à l'autre, et de faire la loi à tous. S'agissait-il de ses intérêts personnels ? On voyait reparaître le courtisan attentif à ne heurter personne, le gentilhomme ambitieux, avide d'argent comme de gloire. S'agissait-il des intérêts de son gouvernement et de l'état? Sa franchise était entière, et lui était parfois imputée à crime. Il présentait alors sa défense comme il avait offert ses conseils, à visage découvert, et Catherine de Médicis recevait de lui des lettres comme celle-ci :

(i) Lettre du 9 juillet i:><i!

(2) Le Bourguignon Hubert Lauguet, dans une lettre du t*r janvier \bc>î, caractérise ainsi la position difficile des gouverneurs de province : « Vident gubernatores noccsflSTio secuturam mutationem in religione, et paulatim aliquid

concédant ; sed tamen mutât io SSl t;un Mibila, ni Sttnper antevertal SOIum COU-

cessiones, ita ut nilnl concédant, qnod non prius sit sumptum. »

(:?) Lettre au lieutenant général de Mu on. du 4 juillet 1563

<( J'ai vu ce qu'il vous a plu m'écrire de votre main, « et ne sais guère bien que vous y répondre, d'autant « que cela est tant éloigné de la raison qu'il n'\ a « homme hors de sens qui dut penser que voulussiez « ruiner votre propre sang et cette couronne qui vous « honore tant. S'il vous plaît me dire ceux qui vous ont « dit que j'ai parlé de vous, je m'essayerai de leur « fermer la bouche, de sorte qu'ils ne mentiront jamais (c d'un si homme de bien que je suis, ni plus affectionné « à votre service. Je ne vous en ferai point d'autre exce cuse sinon de vous supplier très-humblement penser « que je ne suis point changé depuis le temps que « vous me connaissez votre serviteur, et demeurerai en

« cette opinion tant que ma vie pourra durer Ce

« que je me plains le plus est de savoir quelles gens ce je dois tenir pour ennemis de Sa Majesté, et à qui je « dois faire la guerre résolument (1)... »

Un jour il ne se contenta pas d'écrire : il envoya à Fontainebleau un gentilhomme avec charge de demander expressément à la cour une attitude plus franche, ou tout au moins des instructions plus précises. Catherine, pour éviter de répondre, prit le parti de tourner la chose en plaisanterie : « Ne connaissez-vous Tavanes? dit- elle à ses conseillers. Je sais quel il est, nous avons été nourris pages ensemble. » Elle écartait ainsi une demande sérieuse comme une boutade sans portée; elle affectait d'abandonner un fidèle serviteur, prête à le laisser se compromettre pour profiter de son audace, s'il réussis-

(1) Lettre du29 mai 1562.

sait, pour dégager sa propre responsabilité en cas d'insuccès. « Quant à moi, répétait en vain Tavanes, je a n'ai point de masque, passion, ni rien de caché, et a suis résolu de faire «lu tout la guerre ou du tout la « paix, ou, pour ne savoir servir mon maître avec « dissimulation, ne m'en mêler plus (1). » Et il était heureux quand il pouvait ajouter : « Les éléments de <( la politique montrent tous les jours qu'il n'y a guère « à gagner aux dissimulations ; aussi le roi n'entend <( point que l'on dissimule, mais veut des serviteurs « qui exécutent raidement ses cidres (2). »

Ce rude soldat n'était guère fait pour appliquer une politique d'atermoiements et de compromis, qu'il Bavait du reste imposée à la cour par la nécessite et qu'il ne jugeait pas utile en Bourgogne. La reine-mère, dans des avis secrets ou dans des ordres verbaux, lui laissait entrevoir le fond de sa pensée, et dans ses instructions officielles se démentait elle-même. Gaspard n'était pas d'une nature assez souple pour la suivre pas ;i pas et se contredire volontairement avec elle. Poussé aujourd'hui au combat pour être enchaîné le lendemain devant l'ennemi, il chercha autour de lui un point d'appui solide et le trouva au milieu d'une population tl ardente dans sa foi et très-passionnée pour ses libertés, Dès lors l'esprit de la Ligue est le maître en Bourgogne; c'est la guerre sans repos ni trè\e avec la Réforme qui B'engage. Tavanes est au (entre du champ de bataille : en face de lui les huguenots qu'il n'épargne

(1) Lettre .m baron des tdrets, ,iu g juillet 156

(2) Lettre au rierg d'Anton, du 11 juillet I

pas durant la lutte, qu'il désarme à Poccasion des trêves conclues malgré lui, et qu'il protège à peine, comme dos rebelles impénitents; autour de lui une foule ardente dont il voudrait régler le zèle militant, qu'il ne contient qu'à regret et dont il sait mal punir les excès ; au-dessus de lui, une cour impénétrable dans ses résolutions, à qui il doit obéissance et dont il interprète souvent à son gré les ordres. Telle fut, pendant dix ans, la situation en Bourgogne.

Dès 1561, on peut voir, par le récit des séditions de Dijon et d'Auxerre, quelle était l'effervescence des esprits. « Il y eut alors, dit de Thou, une grande émeute à Dijon. Le peuple vint fondre sur les protestants qui

étaient assemblés et ils marchèrent tambour battant,

comme s'ils eussent été à un combat. Les protestants se servirent pour se défendre des armes qu'ils avaient, et repoussèrent leurs ennemis. La populace, n'ayant pu avoir aucun avantage sur les protestants, tourna sa fureur contre leurs maisons, et en pilla quelques-unes (1) . » C'est là sans doute le récit légèrement exagéré d'une querelle qui éclata entre les vignerons du quartier Saint- Philibert et les armuriers de la rue des Forges, à l'occasion d'une statue de la Vierge, que ceux-ci étaient accusés d'avoir dérobée. Pendant plusieurs jours, les chaînes furent tendues dans les rues et la milice bourgeoise sous les armes. 11 fallut fermer les portes pour empêcher les vignerons du dehors de venir se mêler à cette échauffourée.

(1) De Thou, Histoire universelle, Viv. XXVI II.

• Un mois auparavant (9 octobre), à Auxerre, plus do deux mille personnes étaient venues cerner une assemblées calviniste qui se dispersa à leur approche; furieuse de sa déconvenue, cette multitude se jeta sur les maisons des bourgeois accusés d'hérésie, et en pilla une trentaine. Plusieurs huguenots furent tués. Gaspard, chargé d'informer sur ce tumulte, fit pendre trois des pillards; après cette satisfaction donnée à l'ordre public, il n'oublia pas les religionnaires, cause première à ses yeux du désordre; il en bannit cinq, dont il confisqua les biens, et en condamna cinq autres à mort en effigie. C'était leur faire payer cher la protection qu'il leur avait accordée.

Tavanes pensait par là intimider les mis et les autres; mais il faisait ainsi dans chaque ville de la population protestante une bande de suspects désarmée, irritée, et toujours prête à la révolte. De leur coté les catholiques se sentant menacés n'étaient préoccupés que des moyens d'écraser complètement leurs adversaires. Quand parut l'édit de janvier 1562, qui autorisait dans une certaine mesure le culte réformé, le désordre fut à son comble.

Dès le premier jour, l'édit sembla à Tavanes « la porte par où lés huguenots sont entres en France l), » et, sur de l'assentiment populaire, il en lit ajourner l'enregistrement par le Parlement, ce qui était en suspendre l'exécution. Qu'on juge de la situation qui s'ensuivit : dans les autres provinces, les religionnaires

(i) Mémoires, p. 144

étendant, comme dit d'Aubigné, l'édit par delà les bornes, voulaient aussitôt substituer leur domination exclusive à la tolérance restreinte qu'on leur accordait; en Bourgogne, au contraire, celte tolérance elle-même leur était refusée, faute d'une formalité légale. Ne pouvant comprendre que le Parlement et le gouverneur méconnussent, en vertu de privilèges particuliers, la volonté royale, les plus ardents n'hésitèrent pas à désobéir.

A Châlon, las de prêcher sur les places et sur le pont de la Saône, ils s'emparèrent des abbayes désertées par les moines, et les concessions que leur fit le lieutenant royal pour obtenir le rétablissement de la messe ne les empêcha point de faire monter dans les chaires catholiques leurs prédicants. A Dijon, ils occupèrent les rues en armes et forcèrent les passants à se joindre à leurs cérémonies. On lut sur les murs des placards menaçant la ville entière d'incendie. Le premier président du Parlement, alors malade, vit sa maison envahie et lui-même dans son lit menacé de mort par une bande de fanatiques. Enfin Tavanes craignait un coup de main contre lui. D'après les Mémoires, les huguenots étaient « douze cents, résolus de le tuer et de se saisir de la ville; ils avaient percé les maisons de la rue des Forges.... et se pouvaient secrètement assembler tous en un quand ils le voulaient; les gens de métier huguenots s'étaient fournis chacun de cinq ou six soldats qu'ils disaient être leurs serviteurs ou apprentis M). »

Averti de leurs projets, le lieutenant général se retira

(1) Mémoires, p. 251.

dans le château, prêt à tout événement. On essaya de lui persuader que les religionnaires riaient les plus forts et que la résistance était inutile. 11 répondit que le lendemain toute la ville serait debout pour se défendre, et il interdit, sous peine de mort, de sortir des maisons de nuit. « La rébellion était si ouverte, que les huguenots tiraient «les arquebusades aux trompettes qui publiaient ce comman/lement. » Les catholiques effrayés se cachaient au fond de leurs maisons; il n'en \inl pas cent se ranger autour de Gaspard. Celui-ci paya d'audace. Ayant pu introduire dans le château la compagnie d'hommes d'armes de son beau-frère Montrevel, il occupa fortement, au cœur de la ville, la maison dite du Miroir, de là fit enlever à ['improviste douze otages choisis parmi les citoyens suspects, et les conduisit derrière les murs de la forteresse comme caution de sa vie menacée. Ce coup de main lui donnait la victoire sans combat. Il l'assura en faisant apporter à la maison de ville toutes les armes, et plus de quatre cents huguenots récemment introduits dans les corps de métiers furent expulsés comme fauteurs de troubles.

Théodore de Bèze a raconté avec détails les vexations que subirent alors ses religionnaires. I a irait cité par lui prouve pointant que le vainqueur avait L'âme moins dure que son impitoyable consigne : « Ayant Tavanes, dit-il, mandé une bonne partie de ceux de la religion de se trouver devant son logis | ce à quoi ils obéirent) et sur cela leur ayant fait plusieurs aigres remontrances jusqueuser souvent de ce mot de pendre, un sellier nomme Hugues Grillière, en s'approchant, lui «lit tout haut ces mots :

32 GASPARD DE SAl LX.

Monsieur, je vous supplie de commencer par moi. Laquelle parole émut tellement Tavanes qu'il fut contraint de larmoyer devant tous. Ce néanmoins contre sa conscience il leur fit commandement de sortir hors la ville, et de fait en fit mener hors la ville plusieurs par le comte de Montrevel (1). »

Pareilles exécutions furent faites par ses cousins de Torpes et de Vantoux à Auxonne et à Beaune, sans doute en vertu d'ordres secrets qu'ils avaient reçus. Tavanes compléta ces mesures par deux ordonnances de nature à oter toute espérance au parti calviniste. Dans les villes il fît distribuer des armes à tous les catholiques; dans les campagnes, les paysans durent refuser l'hospitalité aux protestants fugitifs, et leur courir sus, sous peine d'être regardés comme criminels de lèse-majesté. Au jugement de Tavanes, il n'était que temps de couper court au désordre, car un autre ennemi se montrait à la frontière du duché.

C'était le moment où, dans tout le royaume, Condé et Coligny appelaient aux armes leurs partisans ; où la cour, contrainte à la lutte, se réfugiait sous la protection de François de Guise et de ce qu'on appelait le Triumvirat. Les huguenots, maîtres du Dauphiné, avaient occupé Lyon le 1er mai 1562, et la révolte, comme une marée montante, envahit aussitôt la Bourgogne. Le 3, les images étaient abattues à Mâcon. Quelques jours après, ce fut le tour de Châlon. Le fameux Montbrun, à la tête des bandes recrutées dans le Midi, se fit ouvrir les portes de

(i) Histoire ecclésiastique, liv. XV.

LES Gl ERRES D'ITALIE ET DE RELIGION.

cette dernière ville par ses coreligionnaires; on désarma et on taxa aussitôt les catholiques, on interdit la messe, et on confisqua les trésors des églises an nom et pour le service du roi. A Autun, les huguenots reprirent leurs prêches, la dague et le pistolet au poing. Dijon était menacé. Si le soulèvement ilt;|);i><;iii la Bourgogne, l'armée du Triumvirat était prise entre deux feux; la route était ouverte aux reîtres pour pénétrer jusqu'au cœur du royaume. Tavanes, par sa campagne de 1562, dispersa l'aile droite des forces protestantes. Sou mérite fut d'autant plus grand qu'il dut combattre à peu près avec les seules forces de la province, et sans Bavoir jusqu'au bout si le roi lui saurait gré dé sa \ ictoire.

Au début de ses opérations, tout lui faisait défait, l'argent et les hommes. La cour eût été fort embarrassée de le seconder activement, quand trois provinces seulement sur dix-huit restaient fidèles 1 , et pourtant elle lui envoyait l'ordre exprès de marcher en avant. Ce fut donc de la Bourgogne qu'il dut tirer toutes ses ressources. Des emprunts forcés sur les huguenots ne suffisaient pas à remplir sa caisse militaire; il s'adressa au Parlement et à la Chfembre des comptes, à la mairie de Dijon et au clei pour être autorisé à saisir et à vendre l'argenterie des églises 2 . « J'ai été contraint, écrivait-il au roi le 1 I

(1) Lettre de Santa Croce aa cardinal Borromée, l,rjuin 1562 dans les inchives eutiêutêt publiées par » imber et Danjou, i ' Bérie, t. VI).

(2) Tontes les pièces relatives à cette question délicate -<mt ,ui portefeuille Fontette 36 i, fol. 1-18. Le procès-verbal de la saisie est aux archives de la Cote-d or. 15. i r

Efoufl avons été assemblés, écrivent les présidents et conseillers du Parlement à Gaspard, et avons (ait assembler le clergé, la chambre des comptes et li ville pour délibérer but rosdites lettres..... et encore que le maire <!•' Ii

« mai, d'engager un peu de vaisselle d'argent que j'avais,

« ne trouvant à eelte heure un seul grand blanc à empran- « 1er sur mon bien à cause des temps où nous sommes.... « car vous savez que sans cela on ne peut assaillir, ni se « défendre. » Le roi lui répondit (24 mai) en approuvant les saisies faites dans les trésors des églises, « attendu qu'il est question de la conservation de la religion. » Six cents chevaux et douze cents arquebusiers, telles étaient les forces de F aventureux capitaine quand, quelques jours après, il entra en campagne.

En même temps, une expédition d'un autre caractère se préparait. Le Parlement avait décidé l'envoi de deux députés au roi pour solliciter l'abrogation de l'édit de janvier. L'un de ces députés était le conseiller Jean Bégat, le plus brillant orateur de sa compagnie. Ce magistrat, mort en 1572 à quarante-neuf ans, fut célèbre durant sa courte carrière, non-seulement dans son pays, mais au delà même des frontières de France. Non moins zélé catholique que profond jurisconsulte, il fut, avec Tavanes, le fondateur de la Ligue bourguignonne, et il agit, parla, écrivit pour elle avec une égale activité. S'il n'appartient pas à l'école de Lhopital, il sut néanmoins se garder de tout excès, et on peut dire qu'il a été le modèle de ces grands magistrats qui, comme Pierre Jeannin et Etienne Bernard, surent honorer leur pays natal sous les dra-

ville ail déclaré tout apertement qu'ils ne sont d'avis que vous en usiez ( de l'argenterie des églises), toutefois le clergé même l'offre et ne voyons autre moyen quelconque, vu la pauvreté du peuple, par lequel puissiez avoir prompt

secours »

M. Quantin a lu, le 1er février 1855, à la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne un mémoire, avec pièces à l'appui , sur la levée de l'argenterie des églises à Avallon.

peaux de la Ligue et bien servir ensuite la France aux cotés d'Henri IV.

Pendant que les députes du Parlement portaient à la cour le vœu de la province, Gaspard entrait à Chàlon avec sa petite année presque sans coup férir c2 juin . En s'approehant de la place pour en reconnaître les abords, il dispersa une des compagnies que Mohtbrun avait envoyées battre la campagne. Aussitôt, et sous prétexte cpie la place n'était pas tenablc , le chef hugueno( s'embarqua sur la Saône avec le reste de son monde, et laissa ses coreligionnaires a la merci du vainqueur I .

dette facile victoire délivra de leurs craintes les Dijonnais, qui la célébrèrent par une procession générale - . et, en encourageant les soldats de Tavanes, elle valut à leur général quelques-unes de ces paroles dont il trouvai! la reine-mère trop avare envers lui. Catherine répondit a la nouvelle de ce premier succès en lui recommandant ouvertement de « nettoyer tout le pays de Bourgogne de cette vermine de prédicants et de ministres qui y ont mis la peste (3); » et elle n'en fut que mieuv disposée a bien accueillir l'orateur du Parlement, lîégat gagna complètement sa cause devant le conseil privé du roi. Non-seulement le Parlement obtint que l'exécution de l'édit serait suspendue, mais il reçut les félicitations de la cour sur sa sagesse, (,t afin de resserrer les liens qui unissaient déjà les catholiques du duché, il imposa par arrêt a tous les officiels royaux de son ressort une solennelle profession

(i) Perry, Histoire dé Chdlon$,\}. 330.

(2) Registres de la chambre de rille, juin i

(:<) Correspondance de la mairie d< Dijon, I II p 12-28

de loi. Le discours de Bégat, le formulaire promulgué par ses collègues , telles furent les premières manifestations de la Ligue en Bourgogne. Lhopital lui-même avait jugé prudent de leur céder, et il laissait le dernier mot aux arguments que l'épée de ïavanes ne devait pas larder à produire.

Le général de l'armée catholique était déjà devant Maçon. Pour en obtenir l'entrée, il avait fait dire aux habitants qu'il ne mettrait aucun obstacle à l'exécution del'édit de janvier. Mais il était arrivé presque en môme temps que son parlementaire en vue des murailles, et son avantgarde essaya même de les franchir de vive force. A la vue des écharpes rouges, la population protestante s'ameuta, se saisit des portes dont elle cacha les clefs, et força le conseil de ville à la résistance. Quelques jours après, un capitaine venu de Lyon, nommé d'Entragues , prenait le commandement des assiégés.

La situation de Gaspard devenait embarrassante ; ses forces étaient trop peu nombreuses pour tenter un siège. D'autre part les Maçonnais s'obstinaient à lui dénier ses pouvoirs, et prétendaient justifier leur résistance parleur fidélité au roi. Lui-même ne savait trop que penser des intentions de la cour; les bruits qui couraient sur la prochaine pacification des troubles ajoutaient à ses incertitudes. Enfin il reçut coup sur coup de la reine-mère deux lettres datées du même jour (30 juin). Dans la première, Catherine lui ordonnait de suspendre ses opérations en prévision d'une conclusion assurée de la paix ; dans la seconde au contraire, écrite à quelques heures d'intervalle, elle lui donnait carte blanche pour agir : « Je ^ ois bien ,

« lui disait-elle, que j'ai perdu mes peines de croire pa- « cifier les choses par la douceur, et avoir voulu indul-

ger à ceux-ci,* ce que je vous écris avec très-grand « regret. »

Aussitôt ravanes ouvriHa tranchéedu coté de la basse ville, et s'établit dans un faubourg. Le i juillet, son artillerie commença un feu violent contre les murailles et y ouvrit une large brèche. Pour ménager sa petite armée et éviter un assaut meurtrier, il avait introduit un de ses domestiques dans la place, et comptait sur lui au moment décisif; le malheureux fut découvert, mis à mort et -a tèie exposée a la \ ne des assiégeants. Sommé dese rendre, Entragues répondit que s'il tenait Tavanes, il Lui ferait subir le sort de son valet. Les femmes elles-mêmes accouraient a la brèche pour la réparer, et accompagnaient la canonnade par le chant des psaumes. Quelques soldais parvinrent à la faveurde la nuit jusqu'aux batteries des assiégeants pour les détruire, et leur irruption soudaine causa un instant de panique que Gaspard eut peine a conjurer. Le lendemain, les assiégés, qui s'attendaient à repousse) un assaut, virent avec stupéfaction leurs adversaires lever précipitamment leur camp, et disparaître dans les bois d'alentour. C'était une ruse de guerre pour les attirer en rase campagne; Entragues pressentit le piège, et retint les siens à l'abri des remparts. Tavanes se replia sans être Inquiété sur Chftlon, où il pensait recevoir des renforts; il avait eu soin de conserver çà et là autour de -Maçon des postes avancés, et avait laissé une garnison à Tournus.

Pourquoi cette retraite soudaine? Les principales vil-

les, au nord du duché, étaient calmes. Villefrancon venait d'expulser les huguenots d'Autun (24 juin) ; au midi seulement, la situation s'aggravait encore. Six mille Suisses levés

par ordre de la cour et poussés à leur insu en France par Calvin, venaient d'arriver à Lyon ; là, trompés par le gouverneur protestant Soubise, qui affirmait avoir pris les armes au nom du roi, ils lui avaient offert leurs services. Bientôt après, suivis d'un corps de réformés français conduits par Poncenat, ils arrivaient à Màcon, d'où ils menaçaient la petite armée catholique.

D'autre part Gaspard redoutait des défections dans ses propres troupes, et il craignait que la politique royale ne fléchît de nouveau vers une transaction inattendue. « A Châlon, il passe un joueur de luth de la reine, qu'il envoya quérir à l'hôtellerie ; il s'étonne et cache sa valise. Le gentilhomme lui dit qu'il fallait venir, malle et tout. . . . Ce courrier passait sans péril parmi les huguenots que la reine favorisait, et était envoyé à Mme de Savoie, qui agréait ces nouvelles opinions, et à laquelle étaient adressées toutes les lettres qui étaient dans cette malle. La reine écrivait qu'elle était résolue de favoriser les huguenots, d'où elle espérait son salut contre le gouvernement du Triumvirat et priait Mme de Savoie d'aider lesdits huguenots de Lyon.... Le sieur de Tavanes, ayant vu les lettres, laisse passer le porteur ; voulant s'excuser ou s'éclaircir davantage des volontés de la reine, il reçoit maigre réponse... (1). »

La prise de Tournus par Poncenat mit le comble à ses

(1) Mémoires, p. 253.

LtS GUERRES D'ITALIE ET DE RELIGION.

perplexités. Il crut un moment qu'il lui faudrait faire encore un pas en arrière et se mettre sous la protection des remparts de Dijon. Une perdit pas néanmoins courage :tous les paysans du bailliage, jusqu'aux serviteurs et aux servantes de la ville mis en réquisition, complétèrent les fortifications de Chalon; l'arrivée de la noblesse fidèle du Dauphiné, l'annonce de renforts venant d'Italie, ce qu'il apprit des dispositions équivoques des Suisses, achevèrent de le rassurer. Il s'aboucha secrètement avec le commandant des Suisses, Diesbach, lui rappela l'alliance du roi a\ee les cantons, et s'offrit à lui prouver que Condé était, non pas un serviteur de la couronne, mais un factieux. Diesbach ne demandait pas mieux que de se retirer. Son refus de s'engager plus avant empêcha Poncenat de marcher sur Chalon, et celui-ci dut se contenter d'attaquer les petites places voisines de Màcon. Son plus brillant exploit fut l'occupation de Cluny. Malgré les recommandadations du cardinal de Lorraine, qui en était abbé commendataire, Cluny n'était point gardé; les moines mêmes se (aient enfuis, emportant le trésor de leur église. Les mercenaires de Poncenatse consolèrent à la façon des Musulmans, en incendiant la bibliothèque, sous prétexte qu'elle ne contenait (pie des livres de messe (1).

Pendant ce temps Tavanes Bâchant Poncenat éloigné, Diesbach indécis et la ville de Màcon mal gardée, prenait avec lui un millier d'hommes, et faisant un détour, se glissant rapidement de nuit a travers les montagnes, apparaissait au lever du jour devant Màcon. Cette fois en-

(1) Lettre <lu cardinal de Lorraine à Gaspard 10 mai 156 1. — Histoire del'ab-

baye de Cluny. par Lorain, p. 277.

core, il eut recours à la ruse. Trois chariots chargés de 1)16 et de paille, conduits par des soldats déguisés en paysans, se présentèrent à une des portes ; à peine étaientils sur lcpont-lcvis qu'un essieu préparée dessein se rompit. Aussitôt trente hommes embusqués non loin de là derrière les murailles des jardins et des vignes se précipitent et occupent le corps de garde. La garnison accourt au bruit du tocsin, mais trop tard et avec des forces insuffisantes. Le reste des troupes royales, caché dans les bois, se montre; après un court engagement, la ville est prise (19 août) (1).

Entragues, qui battait alors la campagne, rebroussa chemin promptêment pour tâcher de rentrer dans la place : la pluie qui tombait à torrents l'empêcha de profiter du premier élan de ses troupes, et il se retira du côté de Lyon. Poncenat le suivit de près, perdant en chemin ses canons, ses munitions et ses bagages. A Lyon, la débandade devint complète, ce et semblait qu'il (Tavanes) menait toute cette armée battant devant lui, pleine de morts et d'épouvante. »

Le général victorieux arriva ainsi jusqu'à trois lieues de Lyon ; il établit son camp dans le gros village d'Anse. Les Suisses rappelés par le gouvernement de Berne, qui ne voulait point rompre son alliance avec Charles IX, se retiraient vers leurs montagnes (2), et Gaspard, sur des

(1) Varillas (t. I, p. 239) prétend que Tavanes s'aida, pour entrer à Màcon, de la trahison d'un avocat nommé Du Perron, et qu'il lit ensuite tuer son complice. Mais on sait le juste discrédit où est tombé cet historien.

(2) «■ ... Ils ont derechef dépêché un personnage noble et authentique de leur conseil pour aller en poste audit Lyon et faire les plus exquises et nécessaires remontrances que possible auxdits capitaines et compagnons, aux tins de

LES Gl ERRES D'ITALIE ET DE RELIGION. il

ordres venus de la cour sans doute, temporisait pour ne pas inquiéter leur retraite. 11 attendait en même temps son artillerie de siège, les contingents de la Provence, du Forez et du Vivarais, el quatre mille Italiens envoyés par le pape, comptant plus sur ces moyens pour réduire Lyon que sur les négociations entamées par la reine-mère avec Soubise. Tout-à-coup il apprit que le duc de Nemours venait d'être mis à la tète de son armée. Quoiqu'il lui lût adjoint comme lieutenant, il ne se résigna pas au second rang, et se retira.

Etait-il mécontent de cette sorte de disgrâce, et de l'étrange manière dont on payait ses services? On peut le croire, d'après la mauvaise volonté qu'il mit à fournir à son successeur l'artillerie dont celui-ci avait besoin; il ne se décida que sur un commandement exprès du roi, qui dégageait sa responsabilité. Il refusa également au duc l'autorisation de l'aire un emprunt dans la province. S«>s excuses étaient toutes prêtes : il n'avait lui-même ni trop d'argent ni trop de canons pour garder ses places fortes, et y conserver la sécurité et la paix. On lui signalait cà et là des incursions et des menaces d'émeute. Des bandes de partisans tenaient la campagne autour d'Auxerre et arrêtaient les approvisionnements (1). Plusieurs milliers de rettres, recrutés par Dandelot en Allemagne, menaçaient le nord du duché. Tavanes s'occupa donede renforcer l'armée du maréchal de Saint-André destinée

les retirei «I»' u) . » (Réponse faite par Hgrs du pelil H «lu grand conseil de Berne aux ambassadeurs du roi très-chrétien , sur leur proposition «In :» septembre 1562. —Archives fédérales, h Berne

(t) Lettres du 1» rilli de Dijon à G ispard . 5 el 19 septembre 1562. -• Lettre de Lebrioys -m> doute échevin d'Auxerre) au même, 20 octobre.

à les arrêter, eu hâtant le passage de nouvelles levées faites en Suisse, et il s'appliqua tout entier à la tâche ingrate de pacifier les villes qu'il avait soumises.

La conclusion de la paix générale, signée à A m boise le 7 mars 1563, ne lui facilita pas cette tache. Les huguenots protestèrent contre un acte qui restreignait les dispositions de l'édit de janvier; les catholiques s'indignèrent d'entendre publiquement reconnaître que leurs adversaires avaient pris les armes dans de bonnes intentions. En Bourgogne l'émotion fut grande ; elle s'accrut à la réception des lettres où la reine blâmait la sévérité des officiers de justice envers les réformés, et enjoignait d'ouvrir les portes des prisons à tous les détenus pour fait de religion. Le Parlement résolut de surseoir, comme Tannée précédente, à l'enregistrement de l'édit, et les États exprimèrent leur intention de s'unir à ses remontrances. L'orateur chargé de résumer les griefs du Parlement fut cette fois encore Jean Bégat. Il arriva à la cour avec un discours rédigé d'avance, qui nous a été conservé. La tolérance entre les deux religions y était représentée comme un sacrilège envers Dieu, une source de maux pour l'État, un attentat envers les privilèges de la province. Lhopital se borna à lui répondre par l'argument décisif du bon plaisir royal. Bientôt en effet le Parlement reçut commandement exprès d'enregistrer l'édit sans modifications ni restrictions. Il n'obéit qu'à moitié et accepta le traité d'Amboise « par provision et jusqu'à ce qu'autrement en fût ordonné. »

Gaspard de Saulx, tout en protestant de son obéissance, multiplia les objections, les difficultés et les retards. Il

voyait que réformés et catholiques n'invoquaient l'édil que là où ils étaient les plus faibles, que les uns et les autres croyaient avoir droit à une revanche jugée de part et d'autre inévitable. Sa ligne de conduite était toute tracée : ne pas heurter trop vivement les réformés, leur parler même d'union, puis lentement, doucement leur lier les mains, et à mesure qu'on sentirait leur zèle diminuer, leur foi céder et faiblir, détruire pièce à pièce leurs privilèges. Tout en proclamant son respect pour les consciences, il en voulait à la profession avouée du culte dissident, qu'il confondait avec l'impunité donnée aux factions, et il avait le vain espoir de la faire disparaître peu à peu, sans troubler la paix publique.

Aussi ne permettait-il pas sans mille précautions la rentrée des réformés dans son gouvernement et le rétablissement légal de leur culte. Les administrations locales, purgées des bourgeois suspects, lui prêtaient activement main forte (1). C'est ainsi qu'à Autun il attendit huit mois pour accorder aux huguenots, dans un hameau voisin, le lieu d'assemblée que l'édit leur assurait; et encore peu après il le transféra d'office au milieu des bois, dans un endroit éloigné et difficile d'accès (2). Ceux de Dijon étaient obligés de se rendre à Nuits, et à leur départ, dans les villages sur la route, les enfants criaient : Aux chiens! aux renards! aux méchants huguenots! et la populace se pressait sur leurs pas avec des menaces et des

(i) Les BUts de Bourgogne décidenl mai 1563) que des magistrats catholiques seuls pourront être élus dans les \ illes du duehé Registres des délilx tinns <!.■> États).

p.) Abord . Histoire de 1 1 Réforme et de la Ligue à Autun, t.I p

injures. A leur retour, malgré la présence des échevins aux

portes de la ville, ce n'étaient que rires insultants et altercations dans les rues (1). Les réformés d'Auxerre n'eurent qu'au bout d'un an la permission de se réunir à Gravant, c'est-à-dire à quatre ou cinq lieues de leur résidence.

Gaspard prétendit ensuite excepter de l'amnistie ceux qui avaient pris part à la dévastation des églises. De leur côté les huguenots n'entendaient pas être accusés pour avoir poursuivi l'idolâtrie; et il n'était pas facile de découvrir les pillards au milieu des briseurs d'images. Tavanes fut implacable envers ceux qu'il appelait « gens vagabonds et séditieux, qui n'ont rien à perdre, ayant été repris de justice pour autre fait que de la religion.... qui ne demandent qu'un renversement pour venir au pillage (2). »

Enfin il se refusa absolument à désarmer les villes frontières. A Mâcon par exemple, la rentrée des huguenots eût équivalu à une invasion de reitres. Les exilés étaient au nombre de quatre à cinq cents, et ils prétendaient être plus du double, ce qui montrait bien qu'ils songeaient à faire entrer des étrangers avec eux; de plus ils voulaient tous revenir à la fois. Ceux à qui on ferma les portes de la ville erraient dans la campagne, tuant , pour se venger, tout ce qu'ils rencontraient. Ils venaient jusqu'au pied des murailles décharger par bravade leurs arquebuses, puis ils gagnaient rapidement la Bresse, où il était impossible de les poursuivre. Le peuple de Mâcon était si animé qu'à chaque alarme il voulait forcer les

(1) Requête des réformés du bailliage de Dijon à Tavanes. — Registres de la chambre de ville, 10 mars 1563, 20 mai 1564.

(2) Lettre à la reine-mère, du 5 juillet 1563.

maisons de ceux qui étaient rentrés el en massacrer les habitants (1).

Telles étaient les mœurs du temps, tels étaient les résultats de la guerre civile, et pour les dépositaires de l'autorité royale, aux embarras causés par cette guerre s'ajoutaient 1rs craintes de la guerre étrangère. « Je vous a supplie très-humblement, écrivait Gaspard au roi à pro- « pos de Màcon, si pour le temps que j'ai à VOUS \ Faire « service, je n'y commets une faute si notable et si ma- « laisée à réparer le désarmement , en considérant le o guet que peuvent faire nos voisins qui se jouent des a adversités de votre royaume. Je tiendrai au demeu-

c( rant la main le mieux qu'il me sera possible anxdites villes frontières, de sorte que vosdits sujets vivront en u paix et <pie serez entièrement obéi, comme ja les choses c( y sont fort bien acheminées, y ayant fait publier IVo dit et rentrer les expulsés avec tel commencement de a douceur qu'il y a apparence que tout ira à votre contentement... (2) o II refusa en conséquence aux commissaires royaux l'ordre de désarmer Mâoon, et Charles IX linit par lui donner raison. Ces plaintes et ces débats prolongèrent longtemps. « Je ne puis me tenir «le dire, ce sVcrie Tavanes en 1565, que je suis ébahi de toutes « ces chicaneries où Ton me fait aujourd'hui étudier, en « lieu des armes que je soulois ci-devant manier pour « votre sen ice ;>> ,

(1) Lettres de Vilaines el Canteperdrix, capitaines de Màcon, à Tavanes des

juillet 1563. —Traité pour les absents de Maçon, «lu 18 juin I

(2) Lettre du î juiUel i>

(3) Lettre au roi . juillet I

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