LA RÉVOLUTION FRANÇAISE LES DERNIERS SAULX-TAVÀNES
La dernière duchesse de Saulx. — Ses Mémoires inédits. — Récits e1 épisodes de l'émigratioo : en Bollande, en Angleterre, en Russie, <'n Pologne. — Retour en France. — M"*deSauli à Paris, sons Le Directoire el Le Consulat. — 5a retraite en Bourgogne. — Fin des Saulx-Tavanes. — Conclusion.
Survient la révolution de 1789; c'est la fin de l'histoire <lrs Saulx, comme de l'ancienne monarchie. Leur nom n'apparaît ni sur les registres du tribunal révolutionnaire, ni sur les listes delà maison de Napoléon I,r. Le chef de la famille, émigré, obscur soldat à Tannée des princes (1792 , « propriétaire-cultivateur (1) » sous l'Empire, fait partie delà Chambre des pairs sous la Restauration, et meurt en 1820 à peine connu, même de la France officielle. Sur cette période, nous n'aurions pas une page à remplir, s'il ne nous restait un témoignage précieux à recueillir. Ce témoignage est sorti des mains de la dernière duchesse de Saulx. Ses mémoires inédits, qu'une
(1) C'est le litre que lui donne un passeport demandé par lui pour un fOjrage
en II ilie, 60 18<»5.
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bienveillante communication nous a permis de parcourir, ne sont pas seulement l'écho de souvenirs personnels ; j'y trouve comme l'épitaphe d'une noble famille, tracée par une femme d'esprit et de cœur, qui survécut à tous les siens, et descendit dans la tombe sans avoir tourné la tête vers un monde tout différent de celui de sa jeunesse, et où son nom ne devait plus retentir après elle.
Elle était née Choiseul-Gouffier, dans les dernières années du règne de Louis XV (1). Son père, adorateur fervent, à la suite de l'abbé Barthélémy, du génie hellénique, s'était illustré de bonne heure par son Voyage pittoresque en Grèce; il y avait gagné, outre l'honneur alors incomparable d'être célébré par Delille, une place à l'Académie des Inscriptions et un fauteuil à l'Académie Française. Nommé ambassadeur à Constantinople, il s'y montra un représentant actif et intelligent de la civilisation européenne. Sa fille Aglaé fut élevée dans ce couvent de Bellechasse où Mme de Genlis présidait alors à l'éducation des enfants du duc d'Orléans ; et elle reçut de son père, avec l'esprit naturel, une instruction solide, le goût des lettres anciennes et par surcroît l'art d'écrire (2). A peine sortie de l'enfance, on la maria avec le comte de Tavanes. Elle apporta à sa nouvelle famille je ne sais quel renouveau passager de jeunesse et de vie, et c'est en elle que se résume, durant les cinquante dernières années de leur existence, l'histoire des Saulx-Tavanes.
(1) Le 17 septembre 1772.
(2) On a imprimé d'elle Le Père et la Fille, conte moral, traduit de l'anglais de mislress Opie, par Mme S. T. V.... Paris, 1802. ( Quérard, France littéraire.)
Par son origine, son mariage, ses qualités personnelles, elle semblait devoir être un des principaux ornements de la cour de Louis XVI. La Révolution changea son avenir, et, pendant plusieurs années, lit de si \ie une course continuelle à travers l'Europe. Ce sont ses impressions de voyage et d'exil, ce sont les émotions de son retour au spectacle du monde directorial et consulaire, dont elle a voulu, dans sa vieillesse, fixer le souvenir. Ses Mémoires, curieux par la variété des tableaux qu'ils nous offrent, étaient-ils destinés dans sa pensée à être la conclusion d'une longue histoire, la dernière page de ces Mémoires de Saulœ tracés jusque-là par (rois générations d'hommes d'État et de capitaines? Elle \ parle en tout cas d'elle-même et des siens avec cet indéfinissable accent d'autrefois dont peu de personnes après elle ont possédé le secret. Nous verrons par quelques extraits comment toutes les épreuves qui frappèrent la noblesse française ne furent pas épargnées à la dernière duchesse de Saulx; comment tous les sentiments qui avaient traversé les Ames des émigrés agitèrent son âme et trouvèrent sous sa plume une vive et éloquente expression.
Son odvssée commença en 1791. Elle vint avec sa grand'mère s'installer à Tournay ; ['émigration paraissait alors, elle en fait naïvement l'aveu, un voyage d'agrément, de peu de durée. « M. de Taxanes, ajoute-t-elle, après avoir conduit sa mère en Suisse, lit une excursion en Italie, et revint ensuite me rejoindre. Je le revis avec plaisir; il s'était formé et plaisait dans la société, où il apportait beaucoup de complaisance, et une gaieté qui réunissait le charme du naturel à la vivacité de l'esprit. »
Pendant qu'il allait à Coblentz et à Worms présenter ses hommages aux princes, qu'il rentrait en France pour rendre à son père les derniers devoirs, sa femme séjourna successivement à Trêves, à Bruxelles et à Maëstricht, et ce fut au moment où les décrets de l'assemblée législative changeaient l'émigration en exil qu'elle s'entendit appeler pour la première fois duchesse de Saulx. Après le 10 août, on l'engagea à rentrer en France, son absence n'étant encore constatée qu'en Bourgogne; mais elle s'y refusa, à la pensée des tristes scènes qui ensanglantaient alors Paris. Son mari, capitaine au régiment de Dauphin-Dragon, alla prendre sa place dans les rangs de la noblesse armée, et, la campagne de 1792 terminée, ce tribut payé à ce qui était considéré comme le devoir strict de l'honneur, il vint rejoindre sa femme à Maëstricht. A la fin de cette même année, tous deux, fuyant devant l'armée de Dumouriez, s'embarquaient pour l'Angleterre. Ici commencent les véritables épreuves de la duchesse; nous lui laissons la parole :
« Nous prîmes un bateau assez mauvais qui nous conduisit à Nimègue : il fallait nous y entasser hommes et femmes, y dormir, y manger, y faire sa toilette et sa cuisine. J'étais au supplice, et malgré toutes les représentations qui me furent faites, je me procurai quelques moments de soulagement au moins, en me faisant débarquer pour aller passer une nuit dans une mauvaise auberge placée près de la rive; ce qui n'était point sans danger à cause des mouvements de troupes.
<c Les postes autrichiens se repliaient, et nous avions peu d'avance sur les Français : enfin nous arrivâmes à
Nimègue, où de nouvelles tribulations nous attendaient. Les auberges étaient encombrées, et les vivres y manquaient : la chambre qu'on me procura avec grand'peine était séparée par une mince cloison d'une salle dans laquelle étaient entassés sur la paille quarante de nos compatriotes obligés de payer fort cher ce mauvais gîte et un frugal repas
« Nous nous embarquâmes à Nimègue sur un bateau meilleur que celui (pie nous venions de quitter; mais la nécessité de nous entasser tous dans une très-petite chambre nous fut d'autant plus pénible, qu'un grand nombre d'émigrés obligés de rester sur le pont durant une nuit très-froide sollicitèrent vainement fl'ùtre admis auprès de notre cheminée; l'ouverture par laquelle il fallait descendre obstruée, nous eussions tous été suffoqués; nous les entendions gémir et frapper les mains et les pieds sans pouvoir les secourir.
« A quelque distance de Rotterdam, nous prîmes pour nous seuls un nouveau bateau et nous atteignîmes cette ville fort tard dans la soirée, supposant bien qu'il serait difficile de trouver à se loger. Mon oncle, M. le comte de Rieux, notre compagnon, et l'abbé Brard, précepteur de mes cousins, furent à la recherche, et je restai seule avec eux [sic) dans notre frêle bateau, où nous attendîmes jusqu'à minuit.
« Delà je voyais deux dames hollandaises prenant tranquillement leur thé, auprès d'un bon feu, et je médisais que si jamais je me retrouvais dans la même position, je ne demanderais plus rien au sort. Depuis, dans des moments de peine, je me suis retracé les réflexions que je faisais alors.
« Enfin nos compagnons de voyage revinrent nous chercher; il fallait, par un froid très-rigoureux, passer sur un grand nombre de barques qui bordaient le quai et traverser une partie de la ville à pied. Nous arrivâmes dans une bonne auberge, où étaient logés plusieurs Français, qui eurent l'obligeance de se resserrer pour nous céder des chambres. Là j'eus quelques moments de plaisir, me trouvant réunie avec mes amies mesdames de Léon et
de Laval elles vinrent dîner avec moi à mon auberge,
et nous fumes gaies encore. Au milieu de nos embarras et de nos fatigues , nous détournions nos regards de la triste perspective *qui s'ouvrait devant nous. Les incidents d'un voyage pénible offraient même des sujets de plaisanterie. Je me réjouissais d'arriver à Londres, je me flattais d'y trouver les mêmes agréments qu'à Bruxelles, et un intérêt de curiosité s'attachait à notre séjour dans un pays dont les mœurs, les habitudes, le langage, différaient alors de ce que j'avais connu Notre traversée fut horrible »
A peine débarquée, Mme de Saulx, brisée par la fatigue et les inquiétudes de toute sorte, tombe malade, et la première nouvelle qu'elle apprend à son rétablissement est l'exécution du roi. « Bien des années , écrivait-elle après 1830, se sont écoulées depuis ce déplorable événement, et l'impression n'en est pas effacée en moi. D'autres infortunes royales n'ont fait qu'en ranimer le souvenir. J'ai compati sans doute aux maux de l'exil et protesté contre l'injustice des hommes, mais la condamnation de Louis XVI , ses adieux à sa famille , l'enfant arraché des bras de sa mère s'offrent aussitôt à ma pen-
sée, et c'est pour eux. que je trouve encore des larmes. » Après un court séjour à Hampstaed, aux portes de Londres, M. et M"" de Saulx allèrent en octobre 17^;) habiter Swansea, dans le pays de Galles, sansautre jouissance que celle de s'entretenir du triste sort de leurs parents et de leurs amis proscrits comme eux, ou traînés en prison et à L'échafaud. « Ce fut dans ce temps que je donnai le jour à une fille, mon premier enfant; combien de fois, pénétrée des malheurs attachés à la destinée humaine, l'ai -je serrée dans mes bras, en me demandant ce que serait pour elle cet impénétrable avenir vers lequel je ne la guiderais qu'avec effroi! Le sort des victimes de la révolution s'offrait à moi ; je me disais que l'espérance avait aussi paré leur berceau, et que leur premier sourire avait porté la joie dans le cœur d'une mère. »
Pendant que M"11' de Saulx goûtait peu à peu les charmes d'une \ie obscure et indépendante, si nouveaux pour elle, la noblesse émigrée jouait sa dernière partie sur la plage de Quiberon. Le désastre qui s'ensuivit fit évanouir pour longtemps l'espoir d'une restauration royale, et M. et Mmc de Saulx se décidèrent alors à passer en Russie. Là le père delà duchesse, M. de Choiseul- Goufûer, avait trouvé l'hospitalité auprès de Catherine II, et obtenu d'elle une pension; tout hellénisant était sûr d'être le bienvenu à la cour de la souveraine qui rêvait de rétablir sur le Bosphore le trône de Constantin. Ses enfants, ignorants de l'avenir, résolurent de l'aller rejoindre. Je ne raconterai point après eux leur voyage, les tempêtes dont ils fuient assaillis, leur relâche en
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Norwège et en Danemark, me bornant à reproduire la page élevée et émue consacrée par Mme de Saulx au récit de son arrivée :
« Des images séduisantes s'étaient parfois dans ma traversée présentées à mon imagination : jeune alors, j'étais sensible à l'idée des plaisirs qui m'attendaient dans une cour dont j'avais entendu vanter l'éclat et la magnificence. Mais en approchant du terme la perspective perdit de son charme, et je fus effrayée d'aborder une scène nouvelle ; peu s'en fallut qu'un regret ne s'emparât de moi, en quittant ce vaisseau où j'avais peut-être joui pour la dernière fois d'une indépendance qu'allaient remplacer quelques avantages, mais aussi le soin de me dérober à la censure et de soumettre mes démarches au calcul. 11 me semblait encore que je rompais un dernier lien avec le pays qui avait pour moi quelque chose du charme de la patrie.
ce Arrivée à Cronstadt, je sus que Ton avait reçu ordre d'avertir immédiatement de mon arrivée, et le lendemain matin mon père vint me chercher; il était accompagné de mon jeune frère Raoul, que j'avais quitté quelques années auparavant partant avec ma mère pour Constantinople. Je fus émue en le voyant traverser la Neva dans une barque pour me conduire sur l'autre rive... Mon père m'attendait à quelque distance du rivage. Je m'élançai légèrement de la barque et courus me jeter dans ses bras ; il m'avait laissée enfant douze ans auparavant. J'éprouvai de la joie et de l'attendrissement en le revoyant, et aussi il me parut ému. Je lui présentai mon mari et mes enfants, et nous partîmes pour Pétersbourg après que j'eus
pris congé de mon capitaine. Ce brave homme et les jeunes mousses que je ne devais jamais revoir ii\ aient été pendant six semaines des êtres importants pour moi ; nous avions couru la même destinée.
« Passagers aussi sur la terre, nous voyons successivement disparaître ceux qui nous ont soutenus dans les tempêtes de la vie, soit qu'ils atteignent avant nous cette ri\e inconnue vers laquelle nous nous précipitons, ou (pie, rejetés sur la mer orageuse, ils aillent chercher dans de nouvelles vicissitudes d'autres intérêts, d'antres pensées, d'autres opinions.
« A l'époque que je retrace ici, ces réflexions, résultat de l'expérience, étaient loin de ma pensée. J'avais gémi profondément sur les malheurs de la révolution, niais j'ignorais tout ce que la vie renferme de douleurs même dans son cours le plus ordinaire.
a Je me réjouissais de revoir à Pétersbourg mes frère-, mes cousins, les abbés leurs précepteurs, compagnons des premiers temps de notre exil, enfin d'anciens serviteurs. Des souvenirs qui remontaient au temps ou j'avais été séparée de mon père réveillaient en moi les sensations de l'enfance. Tout ce qui était survenu depuis dans ma situation et mes sentiments remplit la conversation durant le trajet de Cronstadt à Pétersbourg; la présentation à l'impératrice y tint peu de place. On était surpris que ce tut à mes yeux un aussi petit événement; lorsqu'on habite la cour, tout y acquiert de l'importance.
« Pour moi, depuis plusieurs années, j'a\ais \écu d'une manière très-modeste, mais indépendante. Les courts moments passés à la cour de France n'avaient laissé
subsister en moi qu'un sentiment de reconnaissance mêlé à une profonde douleur, et le devoir de n'être étonnée d'aucune grandeur. »
Dans ces pages d'un sentiment délicat et profond, et si bien frappées à l'empreinte du temps, il y a plus, si je ne me trompe, que l'élégance et l'allure dégagée propre aux écrivains grands seigneurs du dix-huitième siècle ; il y a ce je ne sais quoi qui a éveillé le génie d'un Chateaubriand, et qui a revêtu ici un talent aimable de sa gravité mélancolique. L'imagination s'est élevée sous l'aiguillon des épreuves, elle s'est colorée au spectacle d'horizons plus vastes que celui de Versailles. Nous aurons lieu de rencontrer encore et d'apprécier cette originalité relative.
Le duc de Saulx, après un court séjour en Russie, se rembarqua pour l'Angleterre ; il voulait être à son poste, si une nouvelle expédition de Quiberon était tentée. Sa femme, restée seule, s'accoutuma difficilement à l'existence factice de la cour impériale. A défaut de plaisirs, elle y rencontra de nombreux sujets d'observation, jusqu'au moment où son père se résolut à aller habiter une terre dont l'impératrice lui avait fait don en Pologne, sur les frontières de Volhynie. Elle reprit avec joie son existence errante, mêlée des plus singulières surprises : « Enfin je quittai Pétersbourg. Le palais d'Armide s'était évanoui, je ne voyais plus que vastes plaines désertes, sombres forêts, routes dépourvues de toute trace d'habitations, aux relais placés à de grandes distances, une mauvaise maison dans laquelle on pouvait seulement étendre à terre un matelas et déballer quelques provi-
sions... » Du moins, durant ce voyage monotone, elle retrouvait presqu'à chaque pas la France. C'est d'abord un de ses cousins qu'elle n'a point \u depuis longtemps, voyageur comme elle, qu'elle rencontre dans la cour d'une maison de poste, et avec qui elle partage généreusement ses provisions de voyage; plus loin, c'est un ancien officier des gardes du corps, devenu directeur (rime école de cadets; à Kiew, c'est le général russe Chardon, d'origine française : « La générale Chardon, dit-elle, pendant le séjour que je fis dans cette ville fut très-assidue auprès de moi; elle était, ainsi que son mari, d'une famille de réfugiés sortis de France à l'époque de la révocation de l'édil de Nantes; c'était parmi elles que l'on cherchait des institutrices pour la plupart des princesses allemandes. La générale Chardon était du nombre; elle avait habité différentes petites cours d'Allemagne et me racontait des particularités qui m'amusaient. Les réfugiés avaient conservé les habitudes et même le langage de l'époque à laquelle leurs pères avaient quitté la Fiance. Alors on se plaisait dans les longs récits; les romans de Mlle de Scudéry exerçaient encore de l'influence, et l'éducation de l'impératrice Catherine elle-même en avait reçu l'empreinte : souvent elle employait des mots qui avaient totalement vieilli, sans (pie personne osât l'en avertir. » Si ainsi que les proscrits de Louis XIV et ceux de la Révolution française se rencontraient au loin, devenus élrangers les uns aux autres par l'esprit et les habitudes, et se reconnaissant pourtant , au nom de leur origine et de leurs disgrâces communes. Tels sont les jeux de la Providence et les surprises de l'histoire.
Le séjour de Mmc de Saulx en Pologne ne fut pas de longue durée. Son père ayant été rappelé à Pétersbourg par le nouvel empereur Paul Ier, elle se résolut bravement à rentrer seule en France ; elle savait v retrouver sa mère et ses sœurs, et étant assurée de n'être point elle-même sur la liste des émigrés, se flattait d'obtenir la radiation de son mari. De là, au printemps de 1797, nouveau voyage à travers l'Autriche, l'Allemagne et la Suisse. Ses séjours à Yienne et à Constance lui fournirent encore matière à de piquantes observations ; mais partout, on comprendra ce sentiment, c'étaient les amis retrouvés par hasard^ c'étaient les confidences échangées sur les épreuves communes et aussi sur la commune patrie qui remplissaient son temps et sa pensée. Elle du moins allait rentrer en France , et ce n'était pas sans un certain frémissement involontaire :
(c Enfin le moment de franchir la frontière arriva. Sans avoir eu bien fermement le désir de le différer, je m'étais laissée aller à l'attrait qu'avait pour moi la vie de voyageuse ; l'indépendance lui donnait du charme, et les nouvelles liaisons que j'avais formées mettaient du mouvement et de l'activité dans mon existence.
« Deux bons paysans étaient venus m'attendre au dernier village du pays de Vaud; je marchai avec eux, pendant que ma voiture vide faisait un détour. Entrée dans la première auberge du territoire français, je fus obligée de boire un verre de vin avec mes conducteurs , qui m'accompagnèrent jusqu'à ma voiture , en formant pour moi des vœux pleins d'affection. C'était en frémissant que je posais le pied sur cette terre ensanglantée et mouvante
encore. Des sentiments bienveillants mêlèrent dépendant quelque douceur à ces pénibles impressions Devenue presque étrangère par ma longue ab3ence, je m'étonnais de retrouver encore quelque chose de ce qui avail existé jadis. J'étais semblable au voyageur qui dans une terre inconnue el lointaine saisit avec avidité toute ressemblance avec sa patrie. »
Des ses premiers pas sur le sol français, à Dôle, elle se trouva en présence d'une image encore bien vivante de passé, d'une personne dont la vie avail rempli le siècle précédent, e( que son nom prononcé du! l'aire tressaillir : c'était MUe de Brun. La fiancée du marquis de Mirebel, alors âgée de plus de quatre-vingts ans, honorait encore par son esprit, dans sa ville natale, un nom illustré jadis par la politique, et destiné à s'éteindre avec elle. Bile achevait do vivre, entourée d'une étiquette quasi espagnole, et se plaisant à rappeler autour d'elle, par ses habitudes et jusque par son costume, 1rs commencements du règne de Louis XV. Elle accueillit sa jeune parente avec de vives démonstrations d'amitié et ne lui ménagea point les offres de service. Ses malheurs d'autrefois , les luttes et les angoisses qui avaient rempli ses premières années lui faisaient comprendre L'amertume de ces épreuves bien autrement douloureuses de l'exil , qui venaient de lui être épargné*
Pendant deux années, M" de Saulx mena en France une existence presque aussi agitée que celle qu'elle avait subie sur la terre étrangère. Elle accourt à Paris pour s'entremettre en faveur de son mari; le lendemain de son arrivée, éclate le coup d'Étal républicain du 18 fruc-
tidor. Elle dut à son tour se dérober aux recherches : la position de son père en Russie, à laquelle on attachait à tort une influence politique, l'avait rendue suspecte; elle fut obligée de se cacher comme elle eût fait au temps de la Terreur. Quelque temps, — ce trait suffira à donner une idée du pêle-mêle où on vivait , — elle logea avec sa sœur chez un ancien chartreux, dont la Révolution avait fait un commerçant, et qui était devenu l'époux d'une fille noble tombée dans la misère. Elles passaient pour des dames de province venues à Paris perfectionner leurs talents. « Nous prîmes en effet de différents maîtres. Peu à peu nos craintes se dissipèrent, nous reçûmes quelques personnes... Lorsqu'il devait se faire des visites domiciliaires, on en était averti d'avance et je sortais dès le matin ; je n'allais point dans le monde, ma société se bornait à des compagnes de couvent que j'avais retrouvées avec plaisir J'allais souvent au spectacle... Nous faisions rester un domestique à la porte de la loge, et nous n'avions besoin de l'assistance de personne. »
A côté du tableau de ce petit monde royaliste qui vivait à part, loin des salons du Directoire, je i encontre une page exquise, dans le goût de ces peintures un peu convenues, charmantes pourtant, que le Génie du Christianisme allait mettre à la mode :
« Revenant à pied chez moi dans une soirée d'été, je passai devant la porte du couvent de Bellechasse. Je tentai d'y entrer, et ce fut avec beaucoup de plaisir que j'en reçus la permission ; des magasins de fourrages y étaient établis, et l'un des employés me conduisit avec obligeance dans le jardin et la partie de la maison qui subsistait en-
core. Un ancien domestique en avait la garde. Je le lis appeler, et fus touchée en le revoyant; comme moi, il tenait aux ruines de cette maison et n'avait pas voulu s'en éloigner.
« Je visitai la chambre (pie j'avais habitée dès l'Age de six ans. Deux excellentes personnes veillaient alors sur moi, les mères Sainte-Rose et Sainte-Thècle; leur mémoire m'est chère. Des idées mélancoliques ne s'attachaient pas alors aux cloîtres et aux vastes dortoirs de cette maison : l'on se fut efforcé en vain d'y associer le souvenir des larmes d'une Héloïse ou des austérités d'une La Yallière.
« Les religieuses observaient fidèlement leur règle ; leur piété était éclairée : elles attachaient du prix aux agréments de la société , et quelques-unes d'entre elles conservaient assez de relations au dehors pour qu'une connaissance suffisante du monde donnât de l'autorité à leurs conseils. De jolies fêtes se renouvelaient à diverses époques de l'année, et les cabinets de verdure, les guirlandes de feuillage, la profusion des fleurs ont eu dès lors pour moi un attrait que rien n'a effacé. Les beaux arbres qui formaient un dôme impénétrable aux rayons du soleil avaient été abattus, et il ne restait point de traces des autels (pie nos mains avaient parés.
« Un mur mitoyen séparait autrefois le jardin des Carmélites de celui de Bellechasse, et deux jolies chapelles se trouvaient adossées Tune à l'autre. Quelquefois, dans les solennités de l'été, on s'y était rendu à une heure fixée, et on y chantait des antiennes en commun, et un verset répondait au verset précédent. Les saintes filles descendues des hauteurs du Carme) trouvaient sans doute du charme
dans les voix inconnues dont les accents rompaient pour un moment la monotonie de leurs jours.
« Les derniers temps que j'ai passés à Bellechasse ont été une des époques heureuses de ma vie. Un avenir riant s'offrait alors à moi : naissance , fortune , convenance d'âge, avantages extérieurs se trouvaient réunis en l'époux qui m'était destiné. Tous les agréments que la cour peut offrir devaient joindre leur séduction à la félicité d'une union bien assortie : rien ne manquait au sort que mon mariage me promettait, et cependant , comme si un juste pressentiment m'eût rendue méfiante envers la destinée, j'avais gravé sur Pun des piliers de l'avant-chceur ces mots : tel jour, tel mois, telle année , je suis parfaitement heureuse. Je reviendrai ici, m'étais-je dit; pourraije tracer de nouveau ces lignes ?
« J'y revenais en effet; mais le pilier avait été abattu, une rue était projetée dans cette partie de la maison ; les sépultures avaient été violées, les religieuses dispersées, et moi j'avais à pleurer des amis, des parents conduits àl'échafaud : d'autres étaient condamnés à un exil dont on ne pouvait alors prévoir le terme ! »
La révolution du 18 brumaire devait rouvrir les portes de la France à ceux qui tenaient la meilleure place dans les affections de Mme de Saulx, son mari et son père. Elle les vit bientôt l'un et l'autre réunis à elle, grâce à l'intervention des maîtres du jour. Si elle ne fit que passer dans cette société bigarrée qui se formait autour de la future impératrice Joséphine, elle vécut encore à Paris quelques années heureuses, jouissant sans arrière-pensée au milieu des siens de cette satisfaction du tempsprésent, de cette paix
publique qui restera l'honneur du Consulat, plus encore que Marengo et que Hohenlinden. Je pourrais détacher encore de ses trop courts .Mémoires de vives peintures du monde d'alors, de brillants portraits, de curieuses remarques; je me bornerai à deux fragments : dans l'un, elle raconte une excursion qu'elle lit à Versailles, où elle n'avait pas reparu depuis I7K(,i; dans l'autre, elle décrit son retour en Bourgogne. Ici, c'est la maison deSaulx allant saluer une dernière fois les souvenirs de cette \ ieille monarchie à laquelle elle ne doit guère survivre; là c'est elle encore, fuyant Paris, la société et le gouvernement nouveaux , et revenant en quelque sorte à son premier berceau, comme les vieillards tourmentés du pressentiment de leur fin, et voulant finir sur la terre de leur jeunesse. « Ce fut alors que je pris du goût pour les arts. Je faisais avec M. de Saulx des courses dans Paris; nous allions voir des cabinets de tableaux , et le soir souvent à l'Opéra italien, qui était alors très- bon. Son séjour en Allemagne avait ajouté à ses connaissances en musique, et il avait véritablement nn très-grand talent pour la peinture. Nous fûmes à Versailles, M. de Saulx, M"" Bélène de Bauffremont (1 ) et moi. Rien n'était changé alors; les meubles seuls avaient été ôtés, et l'illusion d'une absence passagère frappait pour un moment les regards. J'j cédai : les scène- d'horreur s'effacèrent de ma pensée, et dans la chambre où j'avais vu la reine pour la première fois, je me retraçai sa bonté attentive à dissiper ma timidité.
(1) Mm* de Bauffremonl devint plus tard la seconde femme de Bon i M. de Choiseul-Gouffier.
« Je reconnus ces mêmes feuilles de parquet que j'avais comptées pour placer les trois révérences prescrites, alors d'une grande importance et sujet de plusieurs leçons. La reine avançant ou reculant de quelques pas pour venir au secours de la présentée, elle a aidé mon inexpérience dans les usages nouveaux pour moi : elle compatissait, disaitelle, à l'embarras des jeunes personnes , en se rappelant celui qu'elle avait éprouvé elle-même à son arrivée en France.
« Je revis la galerie ouverte au public que je traversai le jour de ma présentation, pressée par la foule, qui se précipitait sur mon passage.
« Oserai-je retracer de frivoles jouissances, en me rappelant que les diamants mêlés aux roses de ma parure ornèrent la tête de la reine, le jour où déjà elle semblait une victime marquée pour le sacrifice; qu'aux voix adulatrices qui avaient fait tressaillir mon cœur succédèrent bientôt les cris menaçants d'une multitude effrénée ? Je revis aussi la salle où, tandis qu'une perspective de plaisir était offerte à ma jeunesse , une main guidée par une puissance surnaturelle semble, ainsi qu'à un festin célèbre, avoir tracé un arrêt de mort. Le roi, la reine, Mmo Elisabeth , le duc de Brissac, Mme d'Ossun , assis à la même table, touchaient au terme sanglant de leur vie.
« Rappelée soudainement à ces sombres images, j'ai souvent dans les fêtes de la Russie repoussé la séduction des plaisirs ; elles m'étaient présentes encore, tandis que l'on passait à de nouvelles espérances
« Nous partîmes pour la Bourgogne ; je me ré-
jouissais de voir cette province. Des témoignages d'affection avaient devancé notre arrivée, et la Révolution même n'avait pas ébranlé les sentiments dont MM. de Saulx avaient constamment reçu des preuves. Les différences d'opinion ne se firent point apercevoir à notre égard. Beaucoup de personnes cherchèrent à nous être utiles. Les anciennes idées avaient encore unegrande puissance: on parlait avec orgueil des états de la province, et l'on citait souvent M. le comte de Tavanea qui l'avait gouvernée pendant quarante ans, avec une autorité dont l'exercice fut également approuvé «le la cour et des habitants de toutes les classes. A cette époque encore l'idée de la puissance seigneuriale était associée dans les campagnes à la chute des principes révolutionnaires. On s'honorait d'avoir occupé des places dans les justices qui en étaient le principal attribut, et les relations avec nos familles étaient rappelées comme des titres d'honneur.
« Une députation composée des notables de Lux était venue au-devant de nous. Un vieux garde du corps fidèle se présenta à cheval, lit trois fois le tour de la cour, en abaissant la pointe de son épée devant la porte; ancienne coutume alors ignorée de moi. Je n'oublierai pas le pauvre métayer venant nous apprendre, dans l'effusion de sa joie, qu'il était parvenu à soustraire aux vendeurs révolutionnaires quatre journaux de terre, possession importante à ses yeux, ni ces vieilles races de bûcherons, fieras de s'être perpétuées d'âge en âge dans la foret, ni encore ce patois que le modeste villageois aimait à entendre de la bouche du noble seigneur.
« Toutes ces choses ont passé, mais elles restent gra-
vécs dans ma mémoire, et retracées dans ce simple récit; elles me parlent des vicissitudes humaines aussi puissamment que l'orateur instruisant du haut de la chaire chrétienne et les rois et les juges de la terre.
« Au premier temps de mon séjour en Bourgogne^ je me livrais à l'idée d'une stabilité qui me semblait acquise par l'expérience et suffisamment achetée par de longs malheurs ; le charme attaché à la propriété succédait aux traverses d'une vie errante. Le goût des jardins puisé dans les pays étrangers, et la nécessité de réparer des habitations délabrées portaient les idées vers les constructions , les plantations et même les travaux d'agriculture.
ce Nous étions jeunes encore, de longues années de jouissance semblaient promises à nos soins, et la naissance d'un fds combla bientôt nos vœux.
« Le château de Lux, vieux débris d'une forteresse négligée, prit un nouvel aspect : de riants jardins, les arbustes variés dont s'était enrichi le sol de la France vinrent associer leur feuillage à celui des marronniers, vieux témoins d'un autre âge. Mais, hélas ! je devais un jour me reposer seule sous les arbres que j'avais plantés, et les jeux de l'enfance, qu'ils avaient couverts de leur ombre, ne plus me laisser qu'un souvenir associé à la plus amère douleur.
« Nous visitâmes la montagne sur laquelle avait été bâti le château de Saulx : des quartiers de rochers lui servaient de fondements. Alors existait encore la porte qui fermait sa première enceinte et une arcade qui le réunissait à l'église collégiale. Un caractère religieux s'attache à ces lieux, possédés par les anciens chefs des
peuples ; des événements surnaturels y trouvèrent longtemps créance, et le passé enveloppe du voile mystérieux tissu par les siècles y commande encore le respect. Là le pouvoir avait été uni à la protection, et les titres à la grandeur appuyée sur des bienfaits.
a Je manque de force pour retracer les années qui succédèrent au temps heureux encore de mon établissement en Bourgogne. Si des jouissances en ont marqué le cours, elles ont été accompagnées des soucis qu'entraîne la prévoyance, et des alarmes unies à de puissants intérêts.
« J'ai connu encore pour ceux que j'aimais l'illusion
des espérances elle est tombée, el rien ne lui sua
dera. Tous les liens qui m'attachaient à la vie se sont rompus successivement, à peine reste-t-il quelques traces de ce (pie j'ai connu. Les idées, les opinions, les mœurs ont changé, et, semblable aux filles de Jérusalem, je déplore sur une terre étrangère les malheurs de Sion »
C'est ainsi que la duchesse de Saulx, dans l'isolement de ses derniers jours, se retraçait à elle-même les souvenirs brillants et agités de sa jeunesse. Nous ne chercherons pas à donner une suite à ses Mémoires, et nous nous arrêterons, à son exemple, là où elle a jugé bon de poser la plume. Elle acheva de vivre dans un tète-à-tête silencieux avec le passé : par ses idées, ses habitudes, ses manières, elle appartenait au dix-huitième siècle; au fond de ce triste château de Lux, hanté par des légendes sinistres, elle en était restée une vivante image.
Les vieillards du pays ont raconté longtemps qu'à quinze ans, au lendemain de son mariage, elle était venue pour la première fois visiter ce domaine où près
de quatre-vingts ans plus lard elle devait s'éteindre. Elle s'en était allée seule, un soir d'été, à l'aventure, errer dans l'immense foret de Velours, voisine du château. La nuit vint tout à coup et la surprit dans ses rêveries : rendue à elle-même, elle se trouva perdue au milieu des grands arbres et loin des chemins frayés. Elle voulut retrouver son chemin, se jeta au milieu des broussailles; l'ombre croissante accrut sa terreur ; il lui sembla entendre des bruits sinistres, voir les futaies se pencher sur elle comme des fantômes menaçants , l'herbe grandir comme une marée montante et l'étouffer... On la retrouva, bien avant dans la nuit, évanouie au pied d'un arbre. N'était-ce pas comme l'image de sa destinée future , de sa vie commencée au milieu d'espérances radieuses, envahie bientôt par la nuit qui se faisait sur la vieille France, traversée par des épreuves de toute sorte, au milieu d'un monde où elle se trouvait égarée, sur un sol tremblant sous ses pieds? Plus tard, lorsqu'elle visita les ruines de Saulx, elle ne pensait encore pas qu'elle apportait le suprême adieu de sa maison à ceux qui l'avaient fondée. Le jour de sa mort (31 décembre 1861), la galerie où étaient rangés les portraits des Saulx-Tavanes était déjà fermée : Roger, pair de France et dernier duc de Saulx, mort depuis le 12 novembre 1845, y terminait le défilé glorieusement ouvert au XVIe siècle par le vainqueur de Renti et de Moncontour.
En passant à notre tour une dernière fois devant ces figures, qui presque toutes illustrent l'histoire de Bour-
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gogne et dont quelques-unes appartiennent à l'histoire de France, nous nous rappelons involontairement une maison plus grande encore, sa contemporaine en quelque sorte dans la vie et dans la mort, la maison de Condé. L'une et l'autre ont traversé côte à côte nos annales, et la Providence semble avoir pris plaisir à appareiller leurs destinées. Presque à chacune des pages de ce livre, le nom des Condés reparaît. Ils s'élèvent au milieu du tumulte des guerres de religion, ils flottent entre les camps rivaux sous la Ligue; ils font la guerre à Richelieu et à Mazarin : puis ils finissent par s'user, eux aussi, dans l'oisiveté corruptrice des cours. En face d'une catastrophe qui coupait en deux l'histoire de France, ils organisent pour l'honneur une vaine résistance armée, et ils se survivaient en quelque sorte à eux-mêmes, revenants d'un monde disparu, quand une mort mystérieuse, presque fatale, est venue frapper leur dernier représentant.
LesSaulx-Tavanes, comme les Condés, sont nés à la renommée au lendemain du moyen Age. De père en lils, ils ont sans interruption porté l'épée; la plupart ont été blessés, huit sont morts au service du roi et de la France. Cette tradition de fidélité n'est sans doute pas absolument intacte, et l'on compte parmi eux des irrégulier* qu'un moment d'erreur ou une triste nécessité entraîna sous les drapeaux de la Ligue, de la Fronde ou de l'Empire : mais combien de nobles familles pourraient leur envier cette austère ligure de Guillaume de Saulx, ce prodige de constance et d'abnégation dans un siècle où la trahison intéressée semblait chose naturelle, ce véritable héros de l'ancienne chevalerie! Enfin ils oui tenu
autant à « dire qu'à faire, » en dépit d'un mot de leur plus illustre ancêtre; comme on Ta remarqué, on ne trouve pas dans notre histoire un autre exemple de plusieurs membres de la même famille témoignant successivement par leurs Mémoires, soit de leurs propres exploits, soit des grands événements dont ils ont été acteurs ou témoins ;et après avoir bien servi, malgré quelques défaillances passagères , la royauté française , ils n'ont pas su ou pas voulu lui survivre. Il en est des familles comme des nations : heureuses celles qui n'ont pas à recommencer leur histoire!