‹ Les Saulx-TavanesChapitre 6 sur 34 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

GUILLAUME ET JEAN DE s M L\

Mort de la maréchale de TaVanes. — Sesdeux filles Claude e( Jeanne. —Vieillesse et'mortde Guillaume 1037 — Ses Mémoires. — Le vicomte Jean el Henri IV. — il écril les Mémoires il«- Tavanes. — Ses avis su i<>i Louis xill

— Ce qu'il pense de L'Espagne, <lc ta guerre contre les Turcs. — Ses vues sur li constitution de la France <•! 1 1 réforme »1<' l'Eglise. — Abus judici ùie» «pi il signale. Ses idées but la noblesse el but l'éducation il«'> nobles

— S.i méthode <!<• composition, --' >n style, son autorité historique. — Sa conclusion. — Comparaison <n<'<- La Noue et Bussy-Rabulin.

La France est pacifiée; l'ère des guerres civiles a été close par Henri IV. La lice es! fermée aux aventuriers, aux tribuns, aux moines batailleurs <1 ' la Ligue : paix, travail, tolérance, autant de mots d'ordre que donnent Sully dans ses ordonnances, sainl François de Sales dans ses sermons, d'Urfé dans ses pastorales. Quant aux demeurants de l'Union catholique ou évangélique, ils n'ont plus qu'à se faire oublier, et ils reviennent habiter leurs donjons, fatigués, mécontents, quelquefois en proieà une sourde et impuissante colère. Pour les Saulx-Tavanes en

particulier, quand le dix-septième siècle commence , il semble qu'il n'y ait plus de place au soleil.

La maréchale de Tavanes s'était retirée, depuis la mort de son mari, au château du Pailly, qu'elle continua d'embellir et dont elle bâtit la chapelle. Si Brantôme, au fond de son château du Périgord, consignait alors sur le papier de médisantes anecdotes sur elle, en Bour^oene on avait surtout pu apprécier pendant les guerres de la Ligue son esprit délié et son activité juvénile en faveur des intérêts de sa maison. Fidèle au roi, comme son fils aîné, elle s'était prononcée dans ce sens autant qu'une femme pouvait le faire; nous en avons pour preuve entre autres certaine lettre adressée au ligueur Fervaques, son parent, où l'indignation la rend presque éloquente (1) . Elle s'entremettait en même temps, comme nous l'avons vu, pour prévenir l'effet des incartades et des coups de tête de son second fils. Elle ne mourut qu'en 1611, à quatrevingt-seize ans, après avoir vu en son entier un des siècles les mieux remplis de nos annales ; elle allait naître à la mort de Louis Xlï, et elle vivait encore à l'avénement de Louis XIII !

Outre ses deux fils, elle laissait deux filles, qui n'ont pas passé absolument inaperçues dans l'histoire. L'une, Claude, marquise d'Epoisses, fut honorée d'une plainte funèbre due au célèbre menuisier-poëte de Nevers, Adam Billaut. Dans cette pièce, bizarre par certains endroits, mé-

(1) Lettre du 10 février 1539. (Dans la Correspondance de la mairie de Dijon, t. II,]). 159.) — « Elle était si savante, et savait si à fond L'Ecriture sainte qu'elle eut La gloire de convertir un fameux rabbin, qu'elle convainquit dans une dispute réglée. » {Mercure galant, oc t. 1702).

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diocre en somme, ce qu'il y a de meilleur appartient à Malherbe. On v sent l'imitation évidente «1rs fameuses stances à Du P< nier :

L'immortelle fertu <1« »n t elle fut suivie Semblait être au-dessus des volontés du ><Tt, El l'on va s'étounant comme une injuste mort Osa bien triompher d'une si juste vie : Car, quoi quelaraison nous puisse discourir Sur la nécessité de la loi naturelle, Je tiens que c'esl à tort qu'une chose si belle Suit sujette à mourir.

s< - moindres actions ont passé pour divines : Elle fut ici-bas un miracle à nos yeux, Mais comme un beau rosier donl la rose esl aux cieux, Ce triste monument n'en a que les épines : C'est en Nain d'espérer par des pleurs superflus Qu'arrosant ce tombeau cette fleur vienne encore ; Quand même ce serait des larmes de l'aurore, Nous ne la verrons plus (1).

La fille ainéedu maréchal, Jeanne, comtesse de Mortemart, resta, si l'on en croit son panégyriste, comme une sainte dans la mémoire de ses contemporains. Ce fut en effet un modèle, au milieu de cette cour corrompue de Charles IX, où elle faisait partie du frivole escadron des lilles d'honneur, et uù elle sen il de lectrice à Catherine de Médicis. Plus tard elle fut dans le monde une émule de 5a compatriote sainte Chantai. Marie de Médicis ayant prié

(i) Les Chevilles du menuisier de Revers (Adam Billaut), i vol. in- is , Rouen, 1654, p 207-210. — Dana l'église d Eprisses, où elle fut ensevelie, existe encore sa pierre I mbsle; elle > est qualifiée de miracle de son siècle, phi de son sexe, parangon i e> fidèles épouses, • t .

Henri IV do lui faire connaître les dames les pins recommandâmes dn royaume : ce 11 faut, dit le roi, commence] par Mmc de Mortemart; je serais bien en peine de lui trouver une compagne. »

Son mari l'avait laissée veuve avec neuf enfants, après treize ans de mariage; dès lors, elle refuse les partis les plus brillants, élève avec un soin religieux ses fils et ses filles, pratique la vie dévote comme une chrétienne des premiers âges; néanmoins contemporaine de saint François de Sales par le goût comme par le cœur, ne dédaignant pas le bel esprit, et consolant en vers ses prétendants éconduits. Chaste comme Diane, savante comme Minerve, majestueuse comme Junon, disaient les uns : charitable comme sainte Elisabeth, disaient les autres. Si la tapisserie de sa chapelle représente les trois Vertus théologales, sous le ciel de son lit de parade on voit représentées, en broderies de sa main, les actions les plus remarquables des matrones romaines. Infatigable et dure à elle-même dans sa conduite, elle se répand en fleurs de beau langage commeen bonnes œuvres. Plus d'un trait de sa vie, sous la plume à la fois naïve et prétentieuse de son panégyriste, semble emprunté à Y Esprit du bienheureux évêque de Genève :

« Elle référait toute chose à la gloire de Dieu. Un jour qu'une flotte de navires flamands avaient ancré devant son château de Tonnay-Charente, je me mis à en portraire un sur mes tablettes, et parce que les voiles étaient pliées, et que le mât et l'antenne faisaient une forme de croix elle nous dit à plusieurs des siens : Quelle comparaison donnerons-nous à cette figure pour passer une heure de

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discours? Puisque c'est aujourd'hui le jour de l'Exaltation (de la Sainte Croix, il mérite bien de penser aux singulières vertus de la croix ; et là-dessus, après avoir récité tout ce ({ne Nicépkore, Suidas, saint Jérôme, Tertullien, Sozomène etautres bons auteurs en ont écrit, elle en lit une digression si ample que sur ce qu'elle nous en apprit il en fut imprimé un livre à Paris qui a été trèsbien reçu

Comme elle eut désiré «le voir l'étude d'un laineux et célèbre docteur, elle admira l'ordre et la quantité des tableaux, livres et manuscrits qui s'y trouvèrent, et ayant aperçu en un coin une tète «le mori sous une belle taille-douce d'un crucifix, elle dit à ce docteur : Quel pensez-vous, Monsieur, qui soit le plus beau livre de céans? Et connue il s'empressait de lui montrer plusieurs grands volumes magnifiquement dorés, même le Théâtre du monde d'Ortelius : Non, dit elle, ce n'est pas tout cela, le voilà, incitant la main sur la tète de mort, et après sur le crucifix.. I

Sur son lit de mort, le désir de la vie éternelle mit sur ses lèvres presque la même parole que le dégoût des honneurs axait inspirée à son père expirant : a Hélas! que

j'ai de peine à mourir.' »

Revenons maintenant a ses frères, a Guillaume et a

(i) Observations sur la ne et mori <tr n. Jeanne de Sautx ... par l«% sieur de Sycbar. — Poitiers, 1627, - Nathan lêl \.t un deSychar avait été élevé par ta Boina de M ' de Moriemart, <-t lui resta attaché pendant près de quarante ana; il fut un de ses exécuteurs leatamentairea. Son ouvrage, tort rareaujourd qui, ->ii noua fait connaître quelques faits curieux , même en ce (|ui concerne le maréchal deTavanes, est dans ion ensemble un chef-d'œuvre d'érudition prétentieuse et • !<• mauvais goût. — Ct.Mémctrct de Tavanes, p ■

17(1 GUILLAUME l£T JEAN DE SA! LX.

Jean, le royaliste et le ligueur, unis dans une déception et une disgrâce communes.

Guillaume ne sortit plus guère de la retraite à laquelle il s'était volontairement condamné, et il vécut jusqu'à une vieillesse avancée. Il mourut à la fin de juillet 1637, âgé de quatre-vingt-six ans (1). Sa femme Catherine Chabot était morte dès 1609, lui laissant six enfants ; à soixantedix-neuf ans, le vieillard se remaria avec Jeanne de Pontailler. De cette union naquit un fils, Jean du Mayet, sur qui se reportèrent presque exclusivement ses affections dernières; car il alla, sous l'influence de sa seconde femme, jusqu'à déshériter au profit du dernier né ses autres enfants (2) . On regrette de trouver cette faiblesse au bout d'une telle vie; et qui ne le connaîtrait que par ses Mémoires et les témoignages de ses contemporains, serait tenté de l'appeler un nouveau chevalier sans peur et sans reproche.

Il composa ses Mémoires durant sa retraite, entre 1620 et 1625. 11 se place à un point de vue exclusivement bourguignon, pour rappeler les principaux événements où il a joué un rôle à la fin du siècle précédent , « ayant été omis par tous ceux qui ont fait mention de l'état de France. » Il n'a guère été récompensé de ses services; raison de plus pour qu'il rappelle ce qu'il a fait. Le ton de ses récits est simple, uni, sans prétentions; l'auteur a passé l'âge

(1) L'acte de tutelle do son fils encore mineur Jean, daté du 19 août 1037 (Papiers de Saulx), indique sa mort comme ayant eu lieu trois semaines auparavant.

(2) Testaments des 13 décembre 1035 et 8 juillet 1G36. — Codicille du 4 mai

des illusions et même des regrets. Son premier mot, qui sera aussi son dernier, est un hommage à la Providem viennent ensuite quelques pages en l'honneur de son père, où il insiste sur certains faits dont il a été témoin, et glisse sur d'autres, comme la Saint-Barthélémy. Il entre lui-même en scène au début du second livre, avec un discours qu'il a prononcé jadis devant Henri 111, et qui est la plus honnête et la plus fîère des remontrances; ce sont les conclusions de son enquête sur l'état de la Bourgogne, où sans aigreur ni dissimulation, il faisait entendre au roi de tristes vérités.

Dans la suite de ses récils, s'il a a parler de ce frère contre lequel il a du tirer l'épée, il ne témoigne point de rancune; il loue au contraire son courage dés qu'il en trouve l'occasion; il fait ressortir les services qu'il lui a rendus. « Un gentilhomme de qualité qui tire son frère hors de peine, quelque mauvaise intelligence qui soit entre eux, en a toujours de la gloire. » Il ne trahit aucune amertume à l'égard d'Henri IV, qui a apprécié si légèrement ses Bervices: « Partie..., dit-il, a été assez mal reconnue ; mais Sa .Majesté était excusable, à cause de ses grandes affaires. » Il parle avec la même placidité d'aine du maréchal d'Amnont; les mauvais procédés de ce personnage ne lui inspirent qu'une courte morale, renouvelée d'ailleurs assez fréquemment dans le cours du livre, à l'adresse de ceux qui préfèrent leur intérêt à celui de leur souverain ; pour lui, il sourit doucement de leurs menées et renouvelle implicitement, à chaque page, son acte de foi dans l'immortalité du vieux royaume. Son frère, qui n'avait pas l'admiration

facile, lui a rendu à son tour en excellents termes un témoignage qui restera le jugement de la postérité (1).

On a conservé dans la galerie de Lux son portrait, qui date évidemment de ses dernières années. Le vieillard se tient la tête haute, le col emprisonné dans sa fraise, le cordon bleu pendant sur son armure ; les cheveux blancs qui encadrent son front chauve couronnent une figure placide et ferme, ornée d'une barbiche et d'une moustache également blanches. Les lèvres minces décèlent peut être un penchant à l'avarice (2), mais dans son beau et limpide regard tout respire l'honnêteté, la droiture, la loyauté. Il semble répéter aux rebelles ces mots qu'on lit au coin du tableau, et qui sont comme une protestation posthume du vieux gentilhomme contre l'infidélité : Seul lieutenant général de Sa Majesté.

A côté de lui, dans la même galerie, nous apparaît son frère le vicomte Jean. Le contraste est complet. L'ardent ligueur a la tête carrée, le front déprimé et étroit, les lèvres épaisses ; ses yeux bien fendus, de couleur incertaine, semblent ne pouvoir se fixer nulle part. Il a posé, non sans un frémissement de colère, sur sa cuirasse l'écharpe blanche du Béarnais, et il tient, il serre dans sa main ce bâton fleurdelisé dont il n'a jamais eu que l'ombre. C'est pourtant sur ce personnage que se concentre l'intérêt de l'histoire de sa

(1) Mémoires de Tavernes, p. 385-386.

(2) On a vu les accusations de ses ennemis pendant la Ligue. Peu de temps avant sa mort, il fut taxé à 500 livres pour la contribution du ban et de l'arrière-ban, faute de pouvoir rendre le service personnel. Il se hâla de se faire décharger de cette taxe, étant exempté de droit, disait-il, comme chevalier du Saint-Esprit. (Arrêt du conseil d'Étal du 29 novembre 1635. — Archives nationales.)

maison, dans cette période obscure gui s'étend entre la Ligue et la Fronde

Jean de Saulx ne s'était pas soumis à Henri IV Bans conditions, et il éprouva autant que personne combien la parole de son cousin (I était sujette;! caution. En 1598, le roi, pics d'entrer en campagne contre les Espagnols, et craignant que le turbulent vicomte ne troublât la Bourgogne, lui lit transmettre une invitation de se rendre à la cour qui étaiten réalité un ordre, * J'obéis, dit- il, j'y arrive, il me force d'aller à Amiens sans effet de ses promesse- ; je lui refuse avec des paroles plus libres que sa prospérité ne lui permettait d'ouïr, que j'étais son sujet, non son esclave, que les gentilshommes français n'étaient sujets qu'aux arrière-bans, nommément ceux qui n'avaient aucun état de Sa Majesté, et auxquels on manquai! de promesse, me liant du tout sur sa parole et sauf-conduit. Partant de là, à trois jours, il envoie ses gardes après moi, qui font courir le bruit que j'avais tué Sa Majesté. Le peuple à ce cri s'élève de dix lieues à la ronde; je fus pris et mis à la Bastille. Un page m'apporte du filet et une lime, j'ourdis une corde, coupe un barreau et en sors dans l'eau jusqu'au col; je me sauvai d'une prison d'où persoun bien gardé n'était jamais sorti. »

Sa captivité n'avait duré qu'une semaine; on ne tarda pas à savoir qu'il avait été calomnié, et le roi lui lit pleine réparation. Par lettres patentes du "■!:> septembre 1597, il interdit qu'on le poursuivit en quoi que ce fut pour son

(1) Sa seconde femme, belle-fille de Mayenne, étail cousine issue <!«' germain d'Henri IV,

évasion, lui et ceux qui l'avaient aide (1). Il n'en continua pas moins à oublier qu'il lui avait promis le maréchalat; il répondait à ses plaintes par le silence, tardive revanche du silence que Jean avait garde en face de lui dans la nuit du 24 août 1572; le roi de France vengeait à plaisir le roi de Navarre. Au vicomte maintenant d'exercer contre le prince les seules représailles possibles, et de se renfermer à son égard dans le dédain . Il se persuade volontiers qu'on éloigne des affaires « ceux qu'on présume avoir quelque esprit » et il va jusqu'à dire, faisant sans doute une allusion satirique à la Paulette, que toutes les charges et dignités sont vénales, ce S'il y eut jamais un temps, ajoute-t-il ailleurs, pour mépriser les grandeurs, c'est celui auquel nous avons vécu. — La piété n'est observée, l'injustice extrême; la noblesse appauvrie, sans gages, est contrainte de chercher la mort aux guerres étrangères, pour fuir la pauvreté ; le peuple est surchargé, les larrons financiers enrichis, les vices régnent » Enfin il fit mettre cette inscription dans la

galerie de son château : ce C'est honneur, c'est état de n'avoir en ce règne ni charge ni état. » 11 se persuade volontiers que le roi est mort à temps pour sa gloire ; c'est pourtant le même homme qui, en prenant la plume , a

(1) « Vu par la cour les lettres-patentes du roi... par lesquelles... ledit seigneur déclare qu'il n'a fait constituer prisonnier le vicomte de Tavanes... pour crime ni pour aucun mauvais dessein... ains sur certains rapports... lesquels ont été depuis reconnus n'être véritables, et partant qu'il le tient et répute pour son bon et fidèle sujet Autres lettres patentes... par lesquelles ledit seigneur... déclare avoir pour agréable qu'il soit sorti dudit château de Bastille dès le mercredi seizième dudit mois de juillet, sans que la sortie lui puisse être imputée pour une évasion et bris de prison, ni à ceux qui l'ont assisté en ladite sortie » (Conseil du Parlement, 3 mars 1598. — Archives nationales.)

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tract'1 d'Henri IV et de Charles VU un parallèle significatif, Téloge le mieux senti peut-être que le premier ait reçu.

Combien le repos avait agi différemment sur un autre ligueur, qui fut aussi écrivain après avoir été Boldat, Honoré d'Urfé ! Condamné à la retraite dans son château de La Bâtie, sous un horizon calme et riant, il sut par l'imagination donner un tour heureux à ses rêveries, et s'entretint avec lui-même d'un Age d'or imaginaire, contemporain dos invasions barbares. Sans souci de la vraisemblance, il créa <le toutes pièces un momie actif, où il s egaie au spectacle d'amoureuses idylles. Au lieu de prendre la houlette, Jean de Tavanes restait pour ainsi dire sous l'armure, dans sa tourdeSullj , seul en face des après sites du Morvan; le monde fantastique où son esprit errait au hasard ne lui parlait que de politique, de religion ou de guerre : frondeur de cabinet, dont la renommée clandestine devait en effet commencer et grandir sous la Fronde.

Il fut de ceux, parait-il, qui tentèrent de (a faire triompher t\r* le début du règne de Louis XIII; c'est avec l'épée qu'il voulut déchirer le brevet dérisoire de maréchal de camp que la reine régente lui avait envoyé. Lors de la première prise d'armes du prince de Condé, Jean, uni à plusieurs autres gentilshommes, parcourut et rançonna le Bassigny et le Mége. Il s'établit au prieuré de Varennes, et les habitants de Langres durent s'armer pour se protéger contre les courses de ses bandes. Api es cette équipée, sur laquelle les détails nous manquent l), l'au-

(1)11 n'en es1 parlé que dans les chroniques langroLses, l'Ânastau i \gres parGautherol [1649 . p. 5 18-6 19, ['Abrégé chronologique de l'histoire des •

tour ayant pris soin de la taire dans ses Mémoires, Jean obtint de Marie de Médicis la confirmation des promesses que lui avait faites Henri IV. Elles ne furent pas mieux tenues que les premières, à cause, dit-il, de la jalousie du maréchal d'Ancre et des autres favoris. En réalité on se préoccupait peu de ce revenant d'un siècle écoulé ; tel Saint-Simon, encore plus dépaysé à la fin de sa vie dans le monde des philosophes et des économistes, et qui enragea jusqu'à son dernier jour de n'avoir pas vécu le contemporain de Concini et d'Albert de Luynes.

Voilà donc Jean relégué jusqu'à sa mort à Sully. Entouré de sa nombreuse famille, il bâtit, il guerroyé contre ses voisins, témoin ce pauvre prieur du Val-Saint-Benoît, qui avait eu ses archives dévastées par deux domestiques de Sully, et qui, ayant osé se plaindre au maître, vit son envoyé jeté dans un cachot sans autre forme de procès. Quand il ne sait que faire, le châtelain poursuit à bâtons rompus ses Mémoires, cet autre monument de tous les styles qu'il élève à la gloire de sa maison.

Mémoires de Gaspard de Saulx, lit-on en tête, vis-à-vis le portrait du maréchal ; et ce titre promet moins qu'il ne donne; car outre la biographie du héros, nous trouvons, dispersée en mille fragments épars, celle de Fauteur; puis, jetées confusément au travers de ces souvenirs de famille, des digressions et des dissertations sans fin qu'on n'a pris soin de relier par aucun lien apparent ou caché (1).

r/ues de Langrcs, par l'abbé Mathieu, p. 210, et îa chronique manuscrite de Javcrnaull (ce dernier ouvrage se trouve dans la bibliothèque de M. Pislollet de Saint-Ferjeux, à Langres).

(1) C'est dans ledilion originale qu'il faut lire les Mémoires. Là on trouve les titres , supprimés dans les éditions modernes , et qui se suivent les uns les

La main de l'auteur a couru aussi capricieuse que sa pensée. J'imagine qu'à ses moments perdus il commençai! un récit en l'honneur de son père, puis, emporté par ses propres souvenirs, faisant involontairement retour sur luimême, il se jetait dans des réflexions qui ne s'arrêtaient qu'au moment où il cessait d'écrire, sauf à reprendre ensuite le fil biographique à peu près au point où il l'avait abandonné : bienheureux encore quand il ne noyait pas le récit de la vie paternelle dans le récif de l'histoire du temps. Étrange livre que celui-là, où l'auteur a entassé ses lectupes, et en même temps versé ses colères et ses aigreurs, où la narration principale devient elle-même digression : faites-la- disparaître, et vous aurez les Discours politiques et militaires de La Noue; supprimez au conduire les digressions, comme certains éditeurs Font tenté, et vous vous trouverez en face d'une sèche chronique. A propos des premières années de Gaspard, on nous parle de l'éducation; à propos d'Henri VIII, de la Réforme; à propos du mariage de François II, du mariage en général ; à propos de l'invasion de Charles-Quint, de la puissance espagnole, sans compter les nombreux passages où le narrateur illustre la vie de son père par le récit de ses propres aventures. Les Mémoires commencent comme une chronique du moyen âge, par une courte

autres le plus singulièrement do monde, Bans que chacun d'eui aoil bien justifié par ses développements. D'ordinaire les premières lignes seules »l»' chaque chapitre s'j rapportent. Ainsi, à l'année 1667, je trouve suceessivemenl les chapitres: Des bruits. — Ligue* et associations. — Aides à la faveur dé ses parents, •■! nous cette dernière rubrique, comme sous-titres en marg De ne refuser les charges. — C'est honte d'avoir grade sous les (gratis. - Bataille de Saint-Denis.

excursion à travers l'histoire universelle; la vie du maréchal, les annales du XVIe siècle, les impressions personnelles, les boutades satiriques ou philosophiques s'en partagent le reste.

Comment expliquer ce chaos? Par l'origine et par le mode de composition de ces Mémoires. Le vicomte Jean avait entre les mains les papiers de son père, dont il a usé à sa guise, brûlant sans doute tout ce qui pouvait nuire à l'honneur de sa maison; il avait à ce sujet une théorie qu'il ne s'est pas fait faute d'exposer (1); de là très-probablement les étranges lacunes qu'offre la correspondance du maréchal. Quant à ce qu'il laissa subsister, il en fit à sa fantaisie des extraits, avouant l'origine des uns , tels que le récit de Moncontour et les avis donnés au conseil du roi en 1572 et 1573, enchâssant les autres sans mot dire dans sa prose. Il a beau affirmer que Gaspard n'aimait point écrire; il est telle page dans son œuvre qui porte la marque d'un grand esprit, et Jean n'avait hérité de son père que la passion, à aucun degré le génie. En étudiant donc son livre, nous ne cesserons d'unir dans notre pensée le père et le fils, inspirateurs tous deux, à des degrés divers, des Mémoires de Tavancs (2).

(1) « Il faut disposer de ses papiers comme de ses biens, brûleries faux sentiers, s'il y en a, et ne laisser que les grands chemins de la vertu... Ceux qui laissent des patentes et papiers à leurs enfants, faisant foi de divers desseins est dangereux (.sic), s'ils ne sont vivants pour leur déclarer le sujet qu'ils ont eu m la diversité des temps. » (Mémoires, p. 389.)

(2) Les papiers du maréchal avaient été déjà mis à profit par son neveu Charles de Neufchaizes, qui dès 1574, fit paraître un opuscule intitulé : Instruction et devis d'un chef de guerre, tiré, disait-il, des écrits de Gaspard de Saulx.

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Nous savons par plusieurs passages qu'ils ont été commencés en 1 GO I , et que la plus grande partie fui écrite entre 1646 et 1621; On n'ose dire composes, car leau a Pair d'avoir jeté pèle-.mêle les papiers de son père et les siens, l'expression de ses souvenirs et celle de ses rêves. J'hésite à adopter l'hypothèse d'éditions successives et clandestines de cet ouvrage, qui ne repose sur aucune preuve sérieuse. L'auteur, on le sait, ne voulait écrire que pour l'instruction de ses enfants, neveux, cousins, comme le dit sa dédicace. Son livre fut imprimé en secret sous ses yeux, et il en distribua seulement quelques exemplaires aux intéressés. Apres la Fronde, en lii^T, un imprimeur de Lyon en hasarda une édition qu'il ne vendait qu'en cachette, n'ayant pu obtenir de privilège. On recherchait cet ouvrage comme le fruit défendu; les esprits hardis aspiraient avec délices le souffle de franche indépendance qui B'exhale de chacune de ses pages (1).

Jean de Tavanes est avant tout un irréconciliable, épan-

Pourtout ce qui concerne l'authenticité et l'intégrité des Mémoires de Gaspard et Guillaume de Saulx, Le lecteur voudra bien se reportera l'Introduction dfl nui publication MIT 1;i Correspondance des Saulx-Taianes au AT/"' siècle.

(1) Gui-Patin, lettre <lu 15 octobre 1657. — Il écrit ailleurs : « J'ai ouï «liiv autrefois an père Louis Jacob, carme bourguignon, qu'un certain M de Tavanes avail l'ail Imprimer dans un château en cachette im tenir de Mémoires historiques qu'il n'avait osé publier, à cause de plusieurs choses étranges qu'il avail dites contre les grands, et entre autres <l<' Catherine de Médkis, et qu'il n'en avait donné que quelques exemplaires à peu de ses amis. Cel auteur) parle quelquefois hardiment, mais néanmoins Je n'\ ai encore pu > rien trouver de pareil. Vlr fuit milttaris ingenii ferreus et aile etnetus, qui ne fui jamais savant, mais qui a tâché de s'appuyer sur quelques raisons d'État, plus vraisemblables que bonnes toi gratiam sui régit, mais qui me lait rire quand il en vient aux ruses <-t Impostures des favoris, etc. n se plaint plus loin des fautes de tout genre, chronologiques, géographiques, typographiques. Lettre <lu 13 juillet 1657.)

chant son fiel sur le papier, et exhalant ses plaintes stériles. « Le stoïque, dira plus tard Saint-Simon, est une belle et noble chimère. » Chimère surtout pour l'homme qui a été malgré lui le courtisan d'un Henri IV ou d'un Louis XIV, et dont l'esprit reste sans cesse partagé entre des espérances et des regrets également inutiles. Il est facile d'être stoïque dans la disgrâce, quand on . a été comme Sully un personnage nécessaire, quand on a tenu au moins un instant le timon des affaires humaines. On peut alors rédiger ses (Economies et écrire, avec une pensée d'apologie, le testament d'un règne où Ton a eu sa part de royauté. Tavanes au contraire est un survivant de la Ligue, qui a traversé une ère d'apaisement presque sans la comprendre. Il semble écrire une main sur la garde de son épée; il guerroyé avec la plume, prenant l'audace pour la franchise, la brusquerie pour la force ; il échappe par l'imagination au huis clos de son château, non pour admirer le spectacle de la prospérité publique, mais pour remonter vers les années militantes et troublées de sa jeunesse, comme un prisonnier livré à ses pensées et se parlant à voix basse du temps où il était libre. Il se permet des sorties irréfléchies, où il y a parfois des idées bizarres, parfois aussi une perspicacité étonnante pour son temps. Sa rancune lui donne le sens rassis dont il a trop souvent manqué les armes à la main ; sa clairvoyance est admirable, quand l'intérêt de sa personne ou de sa caste n'est pas enjeu, et il faut savoir gré à ce penseur maussade d'un certain nombre d'opinions hardies qui le distinguent de ses contemporains et le mettent en avance sur son siècle. La solitude, le sou-

venir des leçons paternelles, l'expérience ont éclairé son jugement, et sous son horizon restreint, il apprécie toutes choses à un point de vue très-étroit, et par instants Irès-éievé.

La guerre et la politique, tels sont les deux principaux objets de ses réflexions. Sur diverses questions relatives à sa profession, il a laissé des pages qui ne sont pas sans intérêt. Il déclare avoir fait tant pour les sièges que pour les batailles des inventions utiles que certains, comme Maurice de Nassau, se sont appropriées; il a même son plan tout prêt pour les fortifications de Paris. Os fragments de son œuvre sont importants pour l'histoire de la stratégie an XVIe siècle. Leur tort est d'arriver sans rime ni raison, de couper le fil du discours; ce n'est pas comme dans Moulue, où les dissertations, les remontrances sont rattachées au récit et lui servent de conclusion, de morale. Laissons donc ces pages démodées et écoutons notre auteur, les papiers de son père sous les yeux, soulevant hardiment les questions les plus complexes de la politique extérieure et intérieure, faisant et défaisant à son gré, du fond de son cabinet, l'Europe et la France.

Les cinq avis au roi Louis XIII qui précèdent ses Mémoires font penser qu'il n'a va il pas renoncé à l'espoir de jouer un rôle dans les affaires publiques. Ce censeur sévère, qui déclame à la fois contre les princes fainéants et les historiens adulateurs, fait appel à l'intervention royale pour tout dominer, pour tout pacifier; et comment sa morgue ligueuse, comment ses prétentions féodales ne seraient-elles pas un moment tombées? C'est le temps où les

huguenots ressuscitent les idées des Seize, et rêvent pour la France une république aristocratique et fédérale. Jean non-seulement ne sera point leur complice , mais les voyant reprendre les armes, il hasardera quelques conseils sur la meilleure manière de réduire leur place d'armes , Montauban. Il les croit aujourd'hui divisés, refroidis, et estime qu'on en viendrait à bout sans grande peine, « II y a si peu de différence entre la religion catholique et la calviniste, » que moyennant certaines réformes consenties par le pape, on arriverait à la réconciliation des deux communions. Entre autres résultats possibles d'un semblable événement, Jean voit la reprise des Provinces- Unies par l'Espagne et la conquête de l'Angleterre. Il a en effet, comme Henri IV, sa chimère politique, son grand dessein; il veut reconstituer la Ligue pour rétablir l'unité religieuse en Europe, et il refait à sa guise la carte, disant son mot sur chacun. Pour l'Espagne, il ne doute pas que Dieu, dans un dessein providentiel, n'ait attribué à la plus zélée des nations catholiques le nouveau monde; toutefois, en la voyant se dépeupler, demander chaque année dix mille émigrants à la France, il pressent l'heure où elle mourra de faim , gorgée d'or, sur ses terres en friche. Pourquoi donc la France ne partageraitelle point avec elle ce lointain et merveilleux empire des Indes?

Louis XIII avait récemment épousé Anne d'Autriche ; la rivalité des deux nations paraissait assoupie. Aussi Jean profite de leur alliance momentanée pour émettre un autre vœu, dont on suit la tradition dans les esprits depuis le moyen âge, le vœu de la guerre contre les Turcs.

ENTRE LA LIGUE ET LA l'KONDE. 189

Le Français en particulier lui paraît propre à cette guerre, « peuple belliqueux, léger et inconstant, qu'il faut occuper à la guerre étrangère, ou la civile prend naissance dans eux-mêmes. » Jean, qui connaît l'Orient, l'armée et la tactique turques, trace un plan de campagne qui doit aboutir à la délivrance de la Grèce, a la conquête de Constantinople et de l'Asie. C'est tout le programme de la politique du parti ligueur modéré, franchement réconcilié avec Henri IV,

Ce qui ferait d'autant mieux croire à cette réconciliation, c'est que Jean, sans craindre de se contredire, prêche ensuite la guerre contre l'ennemi héréditaire, contre la maison d'Autriche; elle lui semble naturelle, après tant et de si graves griefs de part et d'autre. Puisque l'Espagne s'est mise à la tète des catholiques en Europe, il ne faut pas hésiter à s'aider contre elle de tout le monde, « même du Turc. » Richelieu n'eût pas mieux dit. Là encore le vicomte trace son plan de campagne, il prémunit contre les fautes qui ont lait avorter les guerres d'Italie; et au bout de ce rêve patriotique', il entrevoit, dans une vision glorieuse, un roi habitant les Tuileries et le Louvre réunis, maître des Pays-Bas, des frontières des Pyrénées et du Rhin; rêve bien français, obstinément ressuscité de siècle en siècle, qui, même pendant les guerres de religion, poursuivait à la fois le défenseur de Saint-Quentin et celui de Metz, Coligny et François de Cuise (1)!

La politique intérieure de Tavancs mérite encore da-

(l) Mémoires, p. :iS2.

100 GUILLAUME ET JEAN DE S Al IA\

vantage d'attirer notre attention; elle nous prouve une fois de plus qu'aucune génération de l'ancienne France n'a manqué d'esprits éclairés et hardis, et que les iuYes de progrès et de liberté ont été constamment défendues, même au sein de cette noblesse tour à tour complice de violences féodales et des vices élégants de l'ancien régime. Jean a commencé par être presque un démagogue ; il voulait, dès le début de la Ligue, armer le peuple de piques, la république dût-elle s'en suivre; maintenant qu'il a appris à connaître l'égoïsme des grands et Tinconstance du ce populaire » , il demande à Louis XIII de changer « la domination seigneuriale en une juste royauté » . Pour lui, le seul remède aux maux de la France, c'est la réforme des abus, la ruine des factions accomplie par le roi assisté des États généraux ; là seulement est le salut de l'Église et du peuple. Dès lors, comme si les députés de la nation l'écoutaient déjà siégeant parmi eux, il parle, il fait entendre ses conseils et ses remontrances. Ainsi quand il écrit : ce Les rois sont créés pour servir aux peuples qui peuvent être sans rois, et non les rois sans peuples, » il répète à sa façon ce que son compatriote Philippe Pot a fait entendre à Charles VIII aux États de 1484, ce que Robert Miron vient de redire aux États de 1614, ce que Louis XV lui-même entendra tomber de la bouche de Massillon. Il a beau admirer les Turcs et leur obéissance aveugle à un maître; il ne se dissimule pas que ce qui fait le succès dans un camp de barbares ne saurait être la règle d'un État. Il rappelle donc que les rois ne sont pas seulement les élus de Dieu, mais les élus de leurs peuples, sans bien, il est vrai, se

ENTRE LA I.H.i E ET LA FRONDE. 191

rendre compte comment il concilie ce droit populaire avec ce qu'il appelle ailleurs « l'usurpation » de Hugues Cape t. Évidemment, il est de ceux qui ont cru qu'Henri de Guise était l'héritier légitime de Charlcmagne.

« Heureux, s'écrie-t-il, sont les Castillans et les Anglais, au pays desquels il ne s'impose rien sur leur conseille ment! » Ce fut là, il s'en souvient, un des souhaits raisonnables du parti ligueur à sa naissance; il voudrai! donc voir des assemblées régulières d'Etats généraux, comme les désirait le bourgeois Etienne Marcel au \l\ siècle, comme les rêvera Fénelon au \ \ III ! Seulement, plus audacieux que ce dernier, et précurseur assurément fort ignoré des novateurs de 178X, il entend que les États soient la représentation exacte de la nation entière; car il s'est très-bien aperçu que quand les seigneurs parle ni du bien public, ils entendent avant tout leur intérêt. Grandir le tiers, il le sait, c'est anéantir du coup les privilèges du clergé et de la noblesse; il prévoit néanmoins cette réforme, et par là même, la révolution égalitairedc 1789. « Le gouvernement populaire étant en puissance, les prééminences et privilèges des ecclésiastiques et d nobles seraient mis en controverse, les faveurs et dons des rois perdus, parce que les peuples veulent expressément l'égalité (1) . »

Cette vue nette des principes du gouvernement s'accuse encore davantage, s'il s'agit de dénoncer les abus. Ainsi contre les financiers et leurs larcins, il a des traits qui eussent réjoui Colbert. Parle-t-il des décorations et

(1) Mémoire*, p.

des récompenses honorifiques? Il souhaiterait moins y voir un témoignage de la faveur royale que la récompense du courage. Les misères secrètes des Parlements lui sont connues; il s'étonne de voir les arrêts rédigés en latin, et non en un français intelligible (1). Où sa clairvoyance est la plus remarquable, c'est quand il signale les trois vices capitaux qui discréditaient la justice, la diversité des coutumes , l'emploi trop fréquent des tribunaux extraordinaires, l'usage de la torture.

Sur le premier point, ce il faudrait assembler et brûler les coutumiers, les gloses, les chicaneries romaines, et ne laisser que cinquante feuillets de papier où serait contenu tout le droit ; du moins les régler tous au droit écrit. » On le voit, c'est radical, et par conséquent tant soit peu chimérique. Bâtir un édifice, puis en faire disparaître les fondations, est-ce possible? Telle est Terreur de ceux qui, en étudiant notre Gode civil, croient inutile de recourir à la législation antérieure ; on ne rompt pas ainsi impunément avec la tradition. Sous cette réserve, l'idée du vicomte est excellente ; plus d'un de nos rois eût voulu la réaliser. Philippe le Long, Louis XI, et plusieurs autres souverains ont tendu à ce but par leurs grandes ordonnances, applicables à tout le royaume; notre siècle a complété l'œuvre , et Jean de Tavanes serait sans doute satisfait, malgré les répugnances que lui eût inspirées son esprit aristocratique, des « cinquante feuillets » où notre législation est renfermée aujourd'hui.

Pour ce qui regarde les tribunaux et commissions ex-

(1) Mémoires, p. 287-288.

traordinaires, il les repousse par cette simple considération de bon sens qu'ils indiquent un manque de preuves suffisantes contre ceux qu'on veut perdre. Il proclame ainsi,

— et il n'est pas le premier — ce grand principe reconnu

et remis en lumière plus tard, que nul ne peut être distrait de ses juges naturels ; plaidant ainsi du reste pro domo sua, car il a failli à deux, reprises comparaître en face de semblables assemblées, et il était résolu d'avance à les récuser, en gardant le silence devant elles. Il n'hésite pas à louer Henri IV de n'être point sorti des formes ordinaires pour le jugement du m tréchal de IJiron. Qu'était-ce alors que le grand Conseil, sinon un tribunal auquel on renvoyait tout ce qu'on voulait soustraire aux tribunaux ordinaires? Je ne sais si Jean était défavorable aux justices seigneuriales et aux tribunaux de privilèges, mais du moins attaque-t-il franchement les tribunaux d'exception.

Il n'est pas moins net contre la torture. « Les géhennes, dit-il, sont cruelles et incertaines, dont la seule crainte fait avouer le crime non commis... S'il réussit un bien de ces cruautés, il en réussit deux maux. J'avouerais pour l'éviter ce à quoi je n'aurais jamais pensé (I). » Dans ce temps où la procédure inquisitoriale avait envahi nos lois ch îles, cette protestation ne fut pas la seule; lecalviniste Robert Estienne et le sceptique Montaigne la firent entendre à côté du catholique Tavanes, cl à cet égard ils n'ont rien laissé à dire aux philosophes du XVIIIe siècle. Ils pouvaient s'appuyer eux-mêmes sur des auto-

(1) Mémoires, p.

rites respectables qui, depuis l'ère chrétienne, avaient témoigné contre une coutume outrageante pour la conscience et la liberté. On appliquait alors, tantôt la question préparatoire, destinée à arracher à l'accusé l'aveu de son crime, tantôt la question préalable, qui suivait la condamnation et servait à arracher au coupable la révélation de ses complices. Jean n'est pas moins hostile à l'une qu'à l'autre, à celle qui fait avouer des crimes imaginaires, et à celle qui, s'ajoutant à la peine, prétend avoir sur le condamné un effet que la crainte de Dieu n'a souvent pas. « Le plus grand supplice, dit-il ailleurs, devrait être de couper la tête. » Comptons-le donc parmi les ancêtres de Beccaria, et ainsi, même en un siècle qui vit les effroyables supplices infligés à Ravaillac, une voix aura protesté contre les cruautés inutiles.

Ce qui donne une saveur étrange à ces Mémoires, c'est la liberté hardie avec laquelle Fauteur dénonce des abus d'un autre genre, ceux qui avaient servi de prétexte à la Réforme. Tavanes est un ardent catholique, mieux encore, un ligueur, et le doyen de tous; il est resté tel en ce sens qu'il croit juste de s'armer pour maintenir une religion, mais non pour en imposer une. La Ligue n'a été à ses yeux qu'une guerre défensive; en définitive, il accepte la victoire d'Henri IV sur elle comme le jugement de Dieu. De même il approuve en thèse générale l'inquisition etyvoit une institution de salut public, et il met néanmoins en relief avec une insistance étrange les arguments qu'on a produits contre elle. « Aucuns disent » selon lui que les auto-da-jé ont été inutiles. Qu'on remarque cette dernière formule; elle lui sert d'ordinaire pour

couvrir sa personne et envelopper ses hardiesses. Il revient à diverses reprises sur cette pensée que c la religion gît en créance, qui ne peut être fixée que par raison, et non par flammes » , qu'en matière de foi, il « est plus besoin de larmes que d'armes ».

Il est bien entendu qu'il déteste la Réforme et ses auteurs, qu'il ne ménage ni Luther ni Calvin à l'occasion. 11 cite cependant avec une faveur évidente certaines opinions des novateurs sur la discipline ecclésiastique. Il ne serait pas hostile à l'idée du mariage des piètres, de l'élection du pape par tous les évéques; il insiste nettement sur la nécessité des offices en français. C'est lecasde dire que certaines déclarations, hérétiques dans la bouche d'un hérétique, peinent être catholiques dans la bouche d'un catholique. Enfin il fait l'apologie des jésuites, et n'en frappe que plus fort sur les autres ordres religieux, à qui il reproche de manger le bien des pauvres, et de préférer les macérations au travail. En attendant leur réforme, il expose à leur endroit ses souhaits, hardis pour l'époque; il les voudrait voués à la vie active, au service des pauvres, à la guerre contre les Infidèles (1).

Il faut savoir moins de gré au vicomte d'avoir rairlé cette peur des revenants dont son siècle était possédé ; souvenons-nous toutefois que tel lieu commun d'aujourd'hui était, il y a trois cents ans, une vérité meurtrière pour qui s'en faisait l'apôtre. Tavanes avait raison de se louer de la prudente tolérance d'Henri IV; en Espagne, le saint-office ne l'eût pas laissé vivre en paix.

(i) Mémoires, j>. 113-116.

Se défier des rois et des gens d'église, telle est la première qualité du baron féodal, et Jean la garde, d'un bout à l'autre de son livre. C'est avant tout un gentilhomme de droit divin. Son premier mot est celui-ci : « Dieu ayant apaisé sa colère, Noé sortit de l'arche. » On dirait que l'auteur veut faire remonter jusque-là sa noblesse. Il se contente pourtant de la présenter comme contemporaine de l'établissement du christianisme dans les Gaules, ce qui est encore modeste pour un homme persuadé que la noblesse descend d'Abel, le peuple de Caïn .

Un peu plus loin il devance les théories de Boulainvilliers sur la noblesse : « Les rois s'abusent, qui disent pouvoir faire des gentilshommes; c'est Dieu qui donne le courage... » Si elle dégénère, c'est par des mésalliances, Suit une série de conseils pour l'éducation des nobles. Qu'on ait d'abord une grande prudence dans le choix du précepteur; que celui-ci ne trouble pas la jeune intelligence de son élève par des contes, des fables, des poésies; qu'il lui raconte les grands faits de l'histoire sainte, « plus délectables que les Roland et les Àmadis » . Il en viendra ensuite à Hérodote, à Xénophon, à Plutarque. Quant au latin, c'est une étude de luxe; il serait à désirer qu'elle ne fût pas poussée trop loin, les exemples des anciens n'ayant pas été sans influence sur les révolutions du monde moderne. Voilà un ancêtre que certains réformateurs de nos jours ne s'attendaient guère à rencontrer.

Ainsi les langues ne sont pas pour lui des sciences, mais des instruments qu'il faut apprendre à manier par

la conversation et L'usage. Les Français, continue notre auteur, et en ceci il montre un esprit pratique, apprennent trop de choses et ne savent rien. Dans les s< iences, on doit également rechercher le coté utile, ne point s'embarrasser de détails oiseux, séparer la paille du grain; l'escrime, la géographie, la tactique, l'équitation, et l'éloquence par surcroit, voilà les meilleurs trésors du gentilhomme. Pourquoi les rois nVtabliraieiit-ils pas des collèges pour leur noblesse, vraies pépinières de soldats et d'hommes de guerre (I)?

Toutes ces vues réformatrices promeut que le vicomte Jean était peu satisfait des nobles de son temps. Il attaque en effet les Bellegarde et les Luynes avec la même âpreté, sinon avec le même éclat (pie Saint-Simon les légitimés. A l'exemple de Moulue, qui reprochait aux nobles d'avoir délaissé les charges des villes, il leur reproche d'avoir abandonné aux vilains les fonctions judiciaires :

« Les seigneurs romains s'en tenaient honorés C'est

être vraiment noble que de faire la justice. Ce sont eux qui ont puissance sur les biens et la vie des autres. » Il les estimerait bien mieux assis sur les fleurs de lis que parés de ces ordres de chevalerie que, pour son compte, il dédaigne. De même Saint-Simon , s'il méprisait les robins, n'a jamais été plus fier, plus content de lui (pie le jour où il a siégé au Parlement, à la fameuse séance plénière où fut cassé le testament du grand roi.

Au point de vue historique, Jean de Tavanes n'a pas

(1) Mcmoires, p. 0- 17 (Cf. Rabelais, Gargantua, eh. 14, 28-24 ; Montaigne

(Essais II, s) ; Sadolet ( De Uberit reetc instituendis liber)\ La Houe (Discours politiques et militaires, V ef VI).

échappe aux défauts particuliers propres aux auteurs de Mémoires. Vrai chevalier du moyen âge, il ne cherche dans la mêlée générale des événements que les ennemis de sa maison ou les siens. Quelquefois aussi, à son insu, il transmet une impression déjà altérée par le temps des faits dont il a été témoin. Il se défend et se venge à la fois; il rédige un testament où il lègue aux générations futures ses ressentiments, et en même temps la haute opinion qu'il a de lui-même et de son héros. Il est néanmoins précieux, indispensable à certains égards pour l'histoire du XVIe siècle. Il a fait comprendre mieux que personne la rivalité des Montmorency et des Guises; sur François Ier, sur Henri II, sur Catherine de Médicis, il a des mots que, les uns après les autres, tous les historiens répéteront. Presque seul, il a démêlé et fait connaître les origines premières de la Ligue. L'exposé des causes de la Saint-Barthélémy est une étude morale suivie, où Ton distingue parfaitement le jeu des passions politiques et humaines, et il a trouvé de belles et sombres couleurs pour le tableau du massacre.

La valeur littéraire de l'œuvre est moindre. Quelle inexpérience et quelle âpreté à la fois! Comme la plume pèse aux doigts de ce condottiere désarmé ! Elle va par sauts et par bonds, traçant des phrases brusques et pénibles; beaucoup de traits portent, mais la variété des tours manque, et l'ensemble est d'une confusion rebutante. Comme certains écrivains latins, l'auteur vise à la brièveté énergique et quelque peu obscure (I). Il réussit par hasard

(1) Un seul exemple : Quand il dit de son père qu'il « aimait mieux faire que dire », il traduit, en le resserrant, Salluste. « Optimus quisque faceïe quam

à peindre d'un mot une situation ; les tableaux sont rares, et c'est par là qu'il est inférieur à Saint-Simon; il ne sait pas peindre à fresque comme lui; l'art de la composition lui est étranger, et le désordre de ses idées est rendu plus apparent encore par le caractère de son style. Çà et là se détache en relief quelque page qui saisit le lecteur. Est-ce Saint-Simon, est-ce La Boétie quia jeté sur le papier les lignes tourmentées et inachevées de cette esquisse :

« Qui entre libre en la cour des rois devient serf

Kt»*e assujetti aux voluptés, plaisirs, imperfections d'autiui, lever, coucher, dîner, marcher, chasser, se tenir debout, n'est avoir son corps à soi, non plus que Pâme est libre, qui Datte, inédit, se plie, déguise, farde, cache le vrai, publie le faux , rapporte, dissimule, s'offre à ses

ennemis, trompe ses amis Si les rois donnent des

grades sans mérite, c'est autant de honte; le nain n'est

plus grand au-dessus du clocher Prenant charge au v

cours des princes, adieu plaisirs; pressé, importuné, ennuyé, en crainte, plein de contraires, ensoupeon; un songe, un rapport, une femme ruinent la faveur, qui ne se peut souvent perdre sans la vie et l'honneur Combien de soupçons, de crainte, de bourreaux de conscience, leur attachent l'épée à un filet de soie sur la tète? Les grandes compagnies nuisent, les affaires tourmentent, les vivres délicieux inquiètent, tuent le corps et le maniement des affaires de l'âme 1) »

Tournez la page, et nous croirez lire une de ces bou-

dicere, sua al» allia beoefacta laodare, quant ipae aUonmi, narrait malebit. Catilina, VIII.)

(1) Mémoires, |>. 87.

tades paradoxales qu'on prenait au sérieux dans les salons philosophiques du XVIIIe siècle :

« Nous blâmons, nous moquons les barbares et sauvages de leurs coutumes, sans considérer que nous en avons d'aussi ridicules et ineptes qu'eux, lesquelles par accoutumance se tolèrent. Ils mangent la chair humaine pour se nourrir, nous en usons en médecine pour nous guérir; ils assomment leurs pères vieux, plusieurs mettent les leurs sur la paille, à ce qu'ils soient tôt passés, ce qu'ils disent faire pour ne les laisser languir; ils servent les images, et nous portons à manger à celles de nos rois quand ils sont morts; ils louent des gens pour pleurer leur décès , et les veuves des gentilshommes se mettent en lieu où elles ne voient jour de six semaines. Nous trouverions barbare aux autres nations s'ils s'allaient tuer pour une folle parole, ainsi qu'on fait en France, etc. » Et il continue en accusant les unes après les autres toutes les classes de la société (1).

Parfois il prend le ton d'un prédicateur : on pourrait citer nombre de passages qui ne seraient point déplacés dans un livre de spiritualité ou d'apologétique: « Dieu, dit-il après les Proverbes et avant Racine, tient le cœur des rois en ses mains. — Rois, princes, conseillers d'État, résolvez, repensez, Dieu se réserve tout, se moque des prudences humaines. » N'est-ce pas là presque l'accent, l'autorité d'un homme bien autrement éloquent, d'un compatriote de Tavanes qui naquit presque au moment où ces lignes étaient écrites, de Bossuet?

(1) Mémoires, p. 137.

Cette tournure particulière de son esprit s'accuse surtout à la lin de son œuvre, dans ses considérations philosophiques et religieuses sur la mauvaise fortune et la mort, l/auteur se sentait sans doute près de la tombe, et pressentait la prompte disparition de sa lignée. Il prolonge l'expression de ses regrets et de ses plaintes en des termes qui annoncent en effet la grande et grave éloquence du siècle suivant. Après cinq cents pages de récriminations et d'apologie à tout prix, il conclut avec l'accent de la résignation et de la prière. Ainsi Monluc, épargné par cent combats, souhaitait pour ses vieux jours un ermitage où méditer en paix : ici Termite existe, relégué au fond d'un château splendide, y portant le poids de dix. blessures reçues en vain, de trente ans de combats et d'une éternelle disgrâce. Des lors Tactivité de l'esprit a remplacé celle du corps; le guerrier au repos médite, raisonne, disserte sur le passé, essaye même, par delà cette mort qu'il attend de pied ferme comme il attendait l'ennemi, de pressentir l'avenir. Ainsi lit La Noue chez les huguenots-, la mort le prit sous les armes; du moins dans les loisirs forces d'une prison, avait-il dit aussi son mot sur tout ce qui peut intéresser un soldat, un Français, un chrétien. Si vous parcourez ses curieux Discours, vous y trouverez agitées, comme dans Tavanes, les diverses questions qui s'imposaient à la pensée d'un bon gentilhomme; vous y entendrez éloquemment déplorer les maux dont souffre le royaume, discuter les changements à introduire dans l'armée , dans la politique générale et dans l'éducation; et au bout de ces discours, en forme de péroraison obligatoire, l'éloge de la piété et de

la vie contemplative. 11 y a là une grandeur qui est familière aux hommes du seizième siècle, et qu'on ne retrouvera pas aussi souvent désormais.

Voyez en effet, quelques années plus tard, dans un autre château de la Bourgogne, un homme qui fut aussi un soldat et un courtisan, et qui vécut dans la disgrâce; c'est Bussy-Rabutin. Frappé au milieu de sa carrière militaire, alors qu'il espérait, comme Jean de Saulx, devenir maréchal de France, Bussy se consolait, la plume à la main , sous les ombrages de son parc, au milieu des images galantes ou guerrières dont il avait orné ses galeries (1) . Il écrivait de spirituels mémoires, d'élégantes lettres à sa cousine de Sévigné, à ses voisins de campagne; il s'ingéniait à donner un attrait littéraire aux plus scandaleuses histoires; il négociait enfin avec la cour, sans se lasser et sans croire jamais trop s'humilier, son retour en grâce. Comme écrivain, il survivra certainement à Jean de Tavanes; mais combien sa conduite est moins digne d'estime ! Le vieux ligueur a conservé des mœurs du XVIe siècle une raideur de principes, une hauteur de pensées que le frondeur disgracié n'a plus ou ne saurait avoir. Au lieu de médire de ses contemporains et même de ses amis, il rassemble pieusement les souvenirs de ses ancêtres; il veut les fixer, sinon pour une génération peu

(1) « Je suis ici trés-commodémenl, j*y fais bonne chère ; j'embellis tous les jours une belle maison; je n'y ai ni maître ni maîtresse. » (Lettre de Bussy du 1<) janvier 1667.)

C'est encore lui qui écrit à Jacques de Saulx : « Dans le malheur où nous sommes, vous et moi, de n'avoir ni les honneurs que nous devrions avoir, ni même les espérances, nous avons au moins le repos, que les courtisans n'ont pas. » (Lettre du 7 mars 1679.)

disposée à l'écouter, au moins pour des parents qui en garderont le culte, pour une postérité dont il recueillera peut-être le tardif suffrage. C'est là l'avantage incontestable des aventuriers du XVI" siècle sur. les ambitieux et

les épicuriens du XVII* qui ont écrit leurs mémoires, depuis Retz au marquis de La Fare. Saint-Simon fait exception bien entendu, et s'il fallait lui trouver un précurseur (pii nous présentât comme l'ébauche de son talent et de son caractère, c'est Jean de Ta vanes qu'il faudrait nommer.

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