‹ Les savants GodefroyChapitre 10 sur 36 · FEMME ET FILLES DE DENYS 11 GODEFHOY · texte numérisé non relu

FEMME ET FILLES DE DENYS 11 GODEFHOY

peut-être la même qui était Ursuiine à Mantes en 1 743, sous le nom de sœur Sainte-Adélaïde ; qu'en 1719 elle eut part à la succession de son frère aîné Denys: qu'en 1720 son fils ligure sur le testament de Catherine - Charlotte Godefroy comme légataire de quelques menues rentes, et dune valeur de mille livres en hardes ou vaisselle d'argent

Catherinc-Charl<)tte,\A dernière des neuf enfants, eut pour marraine sa sœur TUrsuline, ne se maria point, fut d'une pauvre santé, atteignit toutefois la soixantaine, et mourut dans les derniers jours de septembre 1721). Son service fut célébré à Saint-André-des-Arls. On l'appelait familièrement C;ilhos et Catiche. Compagne assidue de sa vieille mère, elle lui ferma les yeux. Elle en avait reçu en avancement d'hoirie deux rentes au capital de lO.iOO livres. Son père lui avait légué hors part une maison et héritage sis cà Poncelle, sur le chemin de Paris à Beaumont-sur-Oise, le fief de la Ghateigneraye audit lieu, une maison à Villiers-le- Bel, une maison et jardin à Ecouen. Je vois par son testament daté du 27 août 1729. qu'au temps de son décès elle possédait en outre une créance de 25,000 livres, sur laquelle elle disposa de G, 000 livres au profit de son frère d'Aumont, do 10,000 livres au profit des cinq enfants de son frère de Villiers, de 6,000 livres au profit des trois enfants de son frère d'Anctin. Son neveu de Bouju eut le legs que j'ai mentionné à l'article de Marie-Anne, et une nièce de Tailleveaux (probablemsnt née de Bouju), cent livres de rentes

sur l'hôtel de ville. Son frère du Marchais fut institué légataire universel et exécuteur testamentaire.

Je n'ai d'elle qu'une lettre, sans date, roulant sur des détails de toilette et de santé , l'orthographe y manque comme dans celles de sa mère.

Le prieur de Sainte-Beuve. Avant de parler des six fils de Denys Godefroy et Geneviève Des Jardins, il me faut loucher quelques mots d un excellent parent et ami, surveillant bénévole et dévoué de leur éducation à Paris, en labsence de leurs père et mère retenus à Lille. C'était Jérôme de Sainte-Beuve, prieur de Saint- Jean de Montoriol. qui demeurait tout prés d'eux, rue Pavée Saint-André aujourd'hui Séguier, avec son frère le célèbre théologien Jacques de Sainte-Beuve, dont le Recueil des cas de conscience est resté. Jacques a figuré dans les rangs du Jansénisme, mais sans persévérance obstinée : quoique lié avec le docteur Arnauld, il signa de bonne grâce le Formulaire.

J'ai recueilli sur cette famille des détails qui ne sont pas sans intérêt. Elle appartenait à la plus vieille noblesse normande, ayant suivi le duc Robert à la première croisade, posséda aux environs de Neufchàtel en Bray les fiefs à clocher de Sainte-Beuve-en-riviére et Sainte-Beuve-aux-champs , s'allia aux grandes maisons de Montmorency, Estouteville,Harcourt.etc,et fut ruinée par les confiscations anglaises durant les guerres du quinzième siècle. Au commencement du

seizième, Jean de Sainte-Beuve vint chercher fortune à Paris, y prit bourgeoisie, et se mit dans le commerce. Jacques, un de ses fds, épousa en 1577 Marie de lloussillon, et fut grand-père du théologien et du prieur qui eurent onze frères et sœurs, ce qui ne les empêcha point de mourir les derniers de leur nom, le théologien en 1677, le prieur en 171 1 . Une plaque en marbre noir, placée en 1805 sur la maison qu'ils habitaient ensemjjle au coin de la rue Pavée et de la rue Saint- Andrè-des-Arts, consacre le souvenir du théologien . Marie de Koussillon, leur grand'mére, était tante ou S(jeur de Charlotte de Roussillon mère d'Anne Janvyer femme de Théodore Godefroy. Ainsi les deux Sainte- Beuve et Uenys Godefroy étaient cousins issus de germains.

Rien n'indique que le sénateur académicien Sainte- Beuve, l'inventeur du diocèse des libres penseurs, vint de cette noble souche. Il se gardait de le dire, tout en le laissant supposer. Son étude sur Jacques, le théologien, est intéressante. (Paris. Aug. J)urand. 1865, in-8).

A une dame de Sainte Beuve, née Lhuillier, de la mémo famille que la mère de M'"" Acarie, est due la fondation des Ursulines de Paris, en 1611.

J'ai entre les mains la correspondance du prieur; elle va de la fin de 1669 jusqu'en 1680. Elle suit pas à pas chacun des fils, apprécie leurs caractères, leurs qualités, leurs défauts, donne souvent des nouvelles, et ne manque pas de réflexions sages et d'anecdotes curieuses. Sa gravité ne dédaigne point les nouvelles

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mondaines. Il succupe de M™^ de Montespan. Le 10 avril 1675 il la montre « allant de couvent en couvent. » (C'était au temps de sa pleine faveur.) Le 8 janvier 168o la faveur avait pris fin^ il écrit: « M""^ de Montespan a fait présent au Roy pour ses étrennes d'un livre qui est un éloge historique des principales actions de S. M. 11 est écrit sur velin. et aux marges sont les plans des villes que le Roy a prises et les batailles qu'il a gagnées, admirablement peintes en miniature. La couverture est d'or, avec de la ciselure. C'est un présent de cinq mille pistoles. » Homme droit et de sens, esprit net, son style est sobre de phrases et de compliments. Néanmoins dans une de ses lettres, laniitié vi aie qu'il porte à Denys Godefroy lui dicte les lignes suivantes que je ne me refuse point le plùsir de transcrire; portrait flatteur et non flatté, expression sincère d'une estime affectueuse et profonde :

'( Une des marques qui me fait connoistre que je vous aime beaucoup, est qu'ayant une grande aversion à escrire des lettres, je prens toutefois un extrême ])laisir à celles que je vous adresse. Il me semble que je suis en conversation avec vous, et que je vous entends parler avec cette sincérité qui vous est si naturelle et qui vous attire l'affection de tous ceux qui vous connoissent : car il est impossible de vous entretenir, que l'on ne découvre cette tendresse que vous avez pour vos amis, cette passion que vous avez pour la gloire du Roy et le bien de l'Estat, cette générosité

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qui VOUS fait mépriser les richesses quoique vous soyez cliargé dune nombreuse famille, cette solide piété qui vous donne de l'aversion des Tartufs dont le siècle est rempli. Mais je crains de blesser vostre modestie qui ne peut souffrir les véritables louanges qui vous sont deues... » (12 octobre IG7I . Aussi à la nouvelle inattendue de sa mort, écrivait-il à l'un de ses fils : « Je suis si fort accablé de douleur que je ne suis pas maistre de moy mesme, et qu'il faiilt que je me fasse violence pour vous escrire. Mais n'attendez pas que je vous console ; car en lestât où je suis je ne peux vous rendre cet office. Je peux seulement plaindre la perte que nous avons faite : car vous avez perdu le meilleur de tous les pères, et moy le [)lus olïicieux de tous les parents et le plus tendre de tous les amis... >> ^13 juin 1681).

Ce bon parent, caractère sérieux et de la vieille roche, pénétré d'une haute estime pour la renommée savante de la famille, aurait voulu que les six jeunes gens fussent également désireux de la continuer, et de se créer par leur mérite des positions qui suppléassent au manque de fortune. I.'àge, la diversité des inclinations et des aptitudes, lincertitude et la difliculté dans le choix des carrières, Tinconstance habituelle à la jeunesse y apportèrent plus d'un obstacle ; sans computer qu'il se bornait à agir par voie de conseil, et que la distance entre Paris et Lille ôtait à la direction paternelle beaucoup de son eOicacité. Ce n'était ni la discipline régulière du collège où ils n'allaient que

comme externes, ni la forte éducation domestique. Aussi sur les six, trois seulement firent ce qu'on peut appeler de bonnes études. Mais du moins ne paraît-il pas y avoir eu de graves écarts tant qu'ils furent sur les bancs.

Cela dit, je vais essayer une notice sur chacun d'eux.

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Denys (III). né lo 28 mai lCo3, étudia les humanités, puis la philosophie, puis le Droit. Il ne manquait ni (l'intelligence, ni do capacité, ni d'envie de s'avancer, mais avait des veines de relâchement. Le Prieur signale en lui tantôt l'entraînement au jeu, tantôt le temps perdu à transcrire des vers ohcénes, tantôt le goût de la toilette, de la dépense, et de festiner avec des amis. Chef de la petite colonie comme aîné, cela l'inclinait ià l'indépendance et k la domination. Le cœur était assez sec, le caractère entier et renfermé, l'esprit frondeur et peu bienveillant. Au contact des chicanes du barreau il semble s'être fait quelques idées d'une délicatesse hasardée. Je puise ces notions dans les lettres du prieur et dans les siennes propres écrites entre 1G7I et 1080, et qui, pour les premières années, sont assez nombreuses. Il était cà Paris le correspondant ordinaire du père, et lui rendait compte de ses affairée, du ménage parisien, des événements du jour.

On finit par ôlre mécontent de sa gestion pécuniaire, souvent embarrassée, et par la transférer en 1679, à son frère Jean.

Ces lettres, sans être remarquables de style, sont écrites correctement, tiennent au courant de la famille, fournissent maints détails encore intéressants aujourd'hui.L'humeur caustique et chagrine y perce de temps à autre. A côté de faits minutieux et dintérieur, j'en rencontre dun intérêt plus général, soit quant à Thistoire, soit quant aux habitudes du temps. Jen reproduirais beaucoup, si javais le loisir de m"assurer qu'ils ne sont point consignés ailleurs.

Je veux du moins, à Ihonneur des gentilshommes normands, citer ceci, que je ne me rappelle pas avoir rencontré dans mes lectures :

« La déclaration du Roy qui porte que la noblesse se deschargera de ban et arrière ban moyennant une somme modique a excité quelques troubles en Normandie, sur ce qu'on y lit ces mots : Considérant le peu (le servicp qu'elle nous rend. Les gentilshommes de cette province ont signifié que si le Roy avait besoin de leur service il les pouvoit employer, mais qu'ils n'avoyent point d'argent à lui donner. Quant à Paris, on fournit à merveille pour ce subjet et l'on n'y est pas si difficile : les bourgeois gentilshommes ne cherchent qu'à passer doucement la vie sans chercher le bruit des allarmes. » :2 mars 1675).

Veut-on voir comment en 1671 on festoyait aux noces dans une modeste famille de robe ? *

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« Nous avons signé mon frère et moy nu conlract (le M"" (les Jobars , avons assisté aux fiançailles, mariage, (lesjeiinpr, lequel pouvoit bien passer pour un très-magnifique disner ; puis au bal, lequel a duré depuis les 2 ou 3 h3uresjusquesà 7 ou 8 : ensuite au souper qui ne pouvoit pas estre plus magnifique ny servi d'une plus grande quanlitè de viandes. Il y avoit pour lors trente personnes et plus à trois tables ; le tout de très b'^lte apparance. Après on a recommencé la danse qui a dnré jusqnes àdeux heuresaprès minuit. En suite de quoy nous nous sommes venus coucher. Ce que j'ay trouvé de meilleur, c'est qu'après tous les mets dont il y avait pour nourrir mille personnes, on a distribué des sacs de papiers pour emporter des confitures chacun à son logis. ))(1i3 mai 1671).

De tout temps les Jésuites ont su donner de l'attrait aux solennités littéraires de leurs collèges. On trouvera peut-être qu'en 1672 cet attrait était quelque peu mondain . « Le 3 aoust, tragédie chez les Jésuites, que je fus voir quoique n'y connaissant personne. Nous y allâmes en carosse : quatre Jésuites vinrent nous donner la main pour nous aider à descendre. Dans la tragédie estoyent meslées dix neuf entrées de ballet composées des meilleurs danseurs de Paris. » Et remarquez que le narrateur, habituellement hostile aux bons Pères jus(iu'à les poursuivre de quolibets de mauvais goût, ici ne voit point à redire.

Echantillon de l'envahissement du luxe en 1686 :

« Les carosses dorez sont venus tellement à la mode

depuis six mois, qiiun Conseiller au Chastelet ou un Auditeur des comptes n'a point de scrupule de faire dorer le sien comme s'il estoit prince du sang ou ambassadeur. » (16 mai).

Encore une citation que, comme bibliophile, je nai pas le courage d'omettre. La vente de la belle bibliothèque de M. de Thou, commencée en 1670, ne fut achevée qu'en 1680. Elle attira un monde prodigieux, et produisit une somme de quarante mille francs. Le principal acquéreur fut M. des Menards, maître des requêtes, beau-frère de Colbert, qui toutefois n'eut pas le meilleur : vinrent ensuite M. de Harlay, procureur général, M. de Harlay,maUre des requêtes, M. Bignon, un Î\L de Thou, le président de Mesmes ; M. Baluze en prit pour deux mille écus. Le catalogue formait deux volumes in-8.

Un sujet qui revient à tout instant et fastidieusement dans cette correspondance, c'est le payement des appointements et des pensions de son père. J'ai montré combien au temps de Théodore ce service était irrégulier. Malgré les améliorations introduites par Colbert dans le fonctionnement de la Trésorerie, les parties prenantes subissaient encore bien des lenteurs et dos tribulations avant d'atteindre leur dû. Les assignations étaient souvent faites sur un fonds insuffisant ou détourné ; alors tout était à recommencer. En 1678 les gratifications de 1674 attendaient encore leur paiement. Il fallait sans cesse présenter des mémoires àl'effet d'être colloque sur les états de chaque terme,

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