‹ Les savants GodefroyChapitre 9 sur 36 · DENYSR ET CATHERINE GODEFROY · texte numérisé non relu

DENYSR ET CATHERINE GODEFROY

le service divin, et y consacrait ses talents d'excellente musicienne.

Ces deux saintes âmes en s'envolant presque ensemble au ciel, eurent la satisfaction de léguer à la communauté une nièce, sujet d'élite, qui avait eu le temps de s'inspirer de leurs beaux exemples, Geneviève Godefroy, professe depuis quinze mois sous le nom de sœur Geneviève Ursule de Saint Denys, qui aura son article dans la génération suivante.

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lHIU:r,TFI l', Di: la CIIAMBUF. I>F,S COMPTKS de MLt.K

DEMS II GODEFROY

Survivance de son père. — Envoyé à Lille après la conquête. — Ses occupations. — Mission à Gand,

Denys Godefroy, fils aiué de Théodore, naquit à Paris le 24 août ICIo, et fut tenu sur les fonts en Téglise Saint-Paul par M' du Masnel, président aux Enquêtes, et M"'- de Torsy. Le 2-2 décembre 1628, Mgr de Gondy, archevêque de Paris, lui donna la confirmation et la tonsure en la chapelle de l'Archevêché. Songeait-on alors pour lui à l'état ecclésiastique, ou seulement à le mettre en mesure de posséder quelque bénéfice simple '/ Je l'ignore ; mais cette Visée, si elle a existé, n'a reçu aucune suite.

il parait avoir fait ses humanités à Paris. Le seul témoignage que j'en aie retrouvé, ce sont des vers latins et français de sa jeunesse, hommage filial, et qui ne s'élèvent pas au-dessus de l'ordinaire. A l'âge de vingt ans, il fit quelques excursions en Normandie,

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en Picardie, et dans les environs de la capitale. La relation qu'il en a dressée est à la bibliothèque de l'Institut, dans le volume ^2\ de la collection Godefroy. C'est œuvre de bachelier sortant des bancs, bien nourri de ses auteurs, mais ayant le style empesé du temps, s'attachant aux emblèmes, aux lieux communs, aux réflexions alambiquèes fort à la mode alors.

Son père l'associa de bonne heure à ses grands travaux historiques, avec un tel succès, qu'ayant à peine viiigl-cinq ans il obtenait la survivance de la pension de 3,000 livres accordée à celui-ci en I03'2, et le titre d'historiographe royal. Dix ans plus tard, il succédait à une pension de deux mille livres dont jouissait précédemment Thistoriographe Dominicy. Les lettres patentes, du 30 mai 1650, qui la lui confèrent, sont motivées en termes qui méritent d'être reproduits.

'( Sravoir faisons que désirant gratilier et favorablement traiter notre cher et bien aimé Denys Godefroy un de nos Gonseillers et historiographes, en considération des services rendus par le défunt s"" Godefroy son père pendant l'espace de quarante années, tant au feu Roy notre très-honoré seigneur et père, qu'à nous depuis notre avènement à la couronne, en plusieurs occasions importantes au bien de notre service, et notamment en l'assemblée pour la paiv générale de la chrétienté, tenue en la ville de Munster 011 mius l'avions i'iivové et où il a demeuré et servi

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cuiilinucllcnit'iil pendiint six uiiiiiiées en ([ualilé (Je noire Conseiller et secrétaire de l'aniljassnde, dont il s'est dignement acquitté, ayant lini ses jours en la lonclion de sa charge et au service de TKtat après avoir été honoré du titre de (Conseiller en nos conseils ; même pour récompenseï" ledit s' Godelroy fils, de l)lusieurs travaux et divers ouvrages qu'il a fait imprimer et est encore sur le point de donner au public, dont nous avons très-grande satisfaction... »

Il ne visita point, comme ses parents, les terres étrangères; sa vie, sédentaire et toute de cabinet, s'écoula studieusement, pour les quatre cinquièmes dans Paris, le reste à Lille. Il mettait la main souvent aux mémoires et aux publications de son père, et laidait dans les recherches : pendant les absences imposées par ses missions, il était son correspondant parisien, et l'intermédiaire entre lui et les ministres. .V son toui' il hérita de la confiance de ceux-ci qui lirent de fréquents appels à son érudition. Il liavailla beaucoup pour le chancelier Séguier, et aussi avec le procureur général, puis premier président, de Harlay. Leur bibliothè(pie et leur cabinet lui étaient ouverts.

Pour justilier de lu haute estime en laquelle il était tenu, il suffit de jnenlionner son inscription sur la célèbre liste des pensions et gratilicalioiiv^ fonférèes par Louis XI^ « aux personnes illustres bien \ersées « dans toutes les sciences, tant en France qu'aux pays estrangvrs. » Il y liginc ircizc fois, (le KUvt à

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1679, pour 3,600 livres, avec cette note: « en consi- « dération de la profonde connaissance qu'il a dans « IHistoire >' Mezeray, Huygens et Cassini sont les seuls portés pour un chiffre supérieur au sien, tandis que le chiffre delà plupart est inférieur. On sait quel retentissement eut en Europe cette munificence royale.

• Survint la conquête de la Flandre française accomplie par Louis XIV en 1667, et ratifiée par le traité d'Aix-la-Chapelle en mai 1668. Le roi s'occupa immédiatement de souder définitivement à la monarchie cette belle annexion de territoire, d'eu tirer administrativement et politiquement tout le parti possible. Aussi les premiers représentants de son autorité qu'il y envoya furent des honnnes choisis.

H existait à Lille une chambre des comptes, instituée en 1385, à Tinstar de celle de Paris. parPhilippele-Hardi, duc de Boui'gogne et comte de Flandre ; son ressort embrassait la Flandre, l'Artois, le Tournaisis, le Hainaut, le Namurois. Durant prés de trois siècles, les successeurs de Philippe-le-Hardi, devenus de proche en proche les puissants maîtres des Pays- Bas, y concentrèrent leurs archives. Là se trouvaient une série de Chartes et de cartulaires remontant audelà de l'an mil, une masse de liasses et de registres contenant les traités de paix et d'alliance, les mariages princiers, les douaires, testaments, partages, les lois de communes, les privilèges des provinces et des villes, les fondations, donations, engagements, acqui-

sitions, aliénations, les matières ecclésiastiques, les finances, domaines et fiefs, enfin des documents et correspondances politiques.

Au dix-septième siècle, comme en d'autres temps, on faisait des conquêtes : mais on prétendait les baser sur le droit, et n'avoir recours aux armes que pour le faire valoir. On luttait par négociations et à grand renfort de documents, non moins que par le canon. Ainsi Louis XIV réclamait les Pays-Bas, du chef de sa femme Marie-Thérèse d'Autriche, comme fdle du premier lit de Philippe IV roi d'Espagne, en vertu d'un droit appelé de dévolution. La Flandre française n'était qu'une portion du vaste héritage, et il entendait se ménager les moyens d'obtenir le reste. Ces archives fournissaient donc un arsenal de pièces précieuses à connaître pour les revendications à exercer au nom de sa couronne. Elles étaient en outre d'une utilité immédiate pour le règlement des nouvelles limites et autres mesures d'exécution du traité d'Aix-la-Chapelle. Enfin elles étaient indispensables pour rechercher, rétablir, faire valoir et étendre les ressources du fisc et du domaine.

Il fallait à l'exploration intelligente et fructueuse de ce riche dépôt, que le vainqueur s'était formellement réservé dans la capitulation, un savant laborieux, d'une rigide probité, muni de connaissances historiques étendues, familier avec la diplomatie et le droit public. Le grand sens pratique de Colbert ne s'y méprit point : pour cette mission toute de confiance,

et à laquelle les circonstances donnaient une véritable importance politique, il jeta les yeux sur notre historiographe. Lui et ses collègues avaient eu occasion de l'apprécier par les relations quil entretenait avec eux depuis plusieurs années, et par la réputation acquise à ses publications.

C'est le 30 septembre 1668 que, mandé chez Colbert. il en reçut la proposition à 1 improviste, et invitation à partir pour Lille sous trés-peu de jours, sans attendre la commission royale qui fut expédiée seulement le onze décembre suivant ^ Laissant en suspens l'impression de son histoire de Charles VIII commencée à l'imprimerie royale, il se mit en route avec le conseiller dEtat Berrier, et entra sur le champ en fonctions. Une lettre adressée le 2 novembre au chancelier Séguier le montre émerveillé de toutes les richesses qui lui sont confiées, et qu'il trouve plus nombreuses que celles accumulées au Trésor des Chartes du roi et à la Chambre des comptes de Paris. En revanche, le dépôt avait été laissé par les officiers du roi d'Espagne dans un état de saleté incroyable.

Le travail auquel il se livra était considérable, et l'obligeait à entretenir plusieurs commis dont le nombre était laissé à sa discrétion. Colbert s'y intéressait fort, et correspondait avec lui, tantôt directement, tantôt par intermédiaires, notamment l'académicien

1 Elle est imprtméc dms la Collection des Documents historiques inédits publiés pir 1 ■ ministère de l'instruction publique ; 1817, in i", page t4.

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cien de Carcavy. Les lettres de Goibert sont brèves, comme celles d'un ministre occupé de vastes et nombreuses affaires ; celles de Carcavy plus développées, et empreintes d'une considération affectueuse : mais je n'en ai que huit, toutes de l'année 1669. Malheureusement, des minutes de Denys Godefroy qui me sont restées, la plupart sont indéchiffrables. A mesure qu'il prenait connaissance du dépôt, le champ de sa besogne s'élargissait , les circonstances politiques, et aussi les demandes de particuliers intéressés y ajoutaient encore ; si bien que sa mission qu'il avait crue temporaire, devint permanente et délinitive, sous le titre de Conseiller, Directeur de la Chambre des comptes de Lille. Ce n'était pas sans peine qu'il avait abandonné la capitale, ni sans esprit de retour; car il conservait un ménage, une bibliothèque, et un logement, rue Pierre-Sarrasin, que ses hls habitèrent)' pendant leur éducation.

Il eut la jouissance de faire plusieurs fois les honneurs de son dépôt et des choses curieuses qu'il renfermait à des personnages considérables, entr' autres aux cardinaux de Bouillon et d'Estrées, à Bossuet, à Pellisson, etc., et même de recevoir un témoignage exprès de satisfaction de la bouciie de Louis XIV. C'était en août 1680, quand la Cour, après la triomphante paix de Nimègue, visita les places de la frontiére du Nord. Nous avons de lui, à ce sujet, une épitre jubilante, qui reflète le prestige exercé par la

présence du grand roi, alors à 1 apogée de sa gloire».

L'intérêt du service de l'Etat parut à Colbert demander que non-seulement l'on connût à Paris le détail de ce vaste dépôt, mais encore que Ion y eût sous la main une multitude de titres et pièces, soit en original, soit en copie. De là un énorme labeur de triage, description et transcription, imposé au nouveau directeur, d'autant plus énorme, que les changements survenus diminuaient beaucoup l'utilité des anciens inventaires, et que les officiers de la chambre des comptes qui avaient le maniement du dépôt, fidèles à leur souverain le roi d'Espagne, avaient, conformément à ses ordres, émigré à Bruges.

L'exécution des instructions du ministre produisit la grande collection désignée à la Bibliothèque du roi sous le nom des 182 Colbert, c'est-à-dire, 182 volumes, portefeuilles et registres formant « le recueil « le plus important que possède la Bibliothèque du < roi pour l'histoire de la Belgique. » Ainsi s'exprime le savant archiviste général du royaume à Bruxelles, M. Gachard, dans une notice insérée au tome VI, n° 4, des bulletins de l'académie royale de Belgique.

Dès le \^' août 1670, il expédiait à Paris 500 copies des meilleurs titres trouvés dans quatorze registres ou mémoriaux delà chambre, et le 13 janvier suivant, cent huit registres des comptes.

1 Cette épitre est imprimée à la page 90 du volume cité plus haut.

Je dois noter ici que toutes ces expéditions de pièces originales ou en copie, comme celles qui eurent lieu par suite do la mission au château de Gand en 1678, étaient demandées officiellement pour la Bibliothôqne du roi, pour la Chambre des comptes de Paris et pour le Trésor des Chartes. Néanmoins une bonne partie demeurèrent induement dans la bibliothèque particulière de Colbert et furent comprises dans la vente que ses héritiers firent de cette précieuse bibliothèque au roi en 1732, moyennant cent mille écus. Le roi paya donc ce qui lui appartenait. Le caractère officiel des envois de Denys Godefroy est constaté par sa correspondance, par celle de son fils et de son petit-fils. J'y trouve môme que lui et son fils ont plusieurs fois réclamé des registres de comptes des domaines communiqués momentanément, et qui ne sont jamais revenus,

Colbert à plusieurs reprises lui témoigna la satisfaction que donnaient ses travaux. En mai 1678, il lui fit expédier un ordre royal « pour examiner le Trésor « des Chartes conservé au château de Gand, et en tirer « toutes les lumières qui peuvent être advantageuses « au service de sa majesté. ' » Gand venait d'être pris en mars, et nous resta jusqu'à la guerre de la succession. Il y séjourna pendant les mois de mai, juin et juillet, avec trois commis, et reçut pour ce déplacement une assignation de deux mille livres. L'année précé-

* Un petit mémoire reproduit à la page 87 du vohime déjà cité, fait ressortir toute l'importance de cet examen.

dente, son nom avait été mis en avant pour la direction de la Bibliothèque du Roy.

La bienveillance de Colbert, devenu assez morose dans ses dernières années, se refroidit-elle? Il méritait bien de la conserver ; car, outre le zèle avec lequel il secondait les intentions du ministre pour la chose publique, il s'entremettait activement pour procurer à sa belle bibliothèque particulière des livres rares, des manuscrits, des médailles'. Néanmoins c'est vainement qu'en 1 680, il lui transmit un placet à l'effet d'obtenir en faveur de ses deux fils la survivance du titre d'historiographe et de la pension de 3,600 livres, comme lui même l'avait obtenue neuf ans avant la mort de son père. Il le motivait sur les inquiétudes venant d'une santé affaiblie par l'âge et le travail (il souffrait d'une sciatique , sur ses soucis de père de famille peu fortuné et chargé de huit enfants, sur les droits que lui créait une vie toute consacrée à l'étude de notre histoire et à la défense des intérêts du pays. Le placet resta sans effet. Certes il n'avait point dérogé aux antécédents de famille ; la liste de ses ouvrages le prouve.

TRAVAUX. — 1" L'édition du Cérémonial français don-

• M. Léopold Delislc, membre de l'Institut, dans son savant ouvrage intitule' : « Le cabinet dos mamiscrits de la Bihliothè- « que impériale ;> |jul)lit' ])ar la ville île Paris, 1868, petit infolio, mentionne jjlusieurs fois les rapports officiels et privée entre Colbert et Denys Godefrov. Vovez pages 439, 442, 467, 468, 469.

née par son père en 1619 ne formait qu'un volume inquarto. Il en poursuivit avec lui la continuation et le développement, et publia une seconde édition portée à deux volumes in-folio (Paris, Cramoisy, 1049). Ce n'était point encore le complément de cet énorme labeur. Il avait préparé les matériaux pour un troisième volume; mais les contradictions suscitées aux deux premiers par les prétentions qui ne s'y trouvaient po in satisfaites, le découragèrent. Ces matériaux sont demeurés parmi ses manuscrits, dans cent six portefeuilles formés pour ces questions, lesquels font partie de la collection Godefro;/, à l'Institut (n"' :n9 à 483 ; n"' !33o-o36). Ce nombre de portefeuilles indique suffisamment l'étendue de l'entreprise.

2° Il donna aussi en 1649, la belle édition de Philippe de Commines qu'il avait préparée avec son père, et enrichie de pièces justificatives et d'instructives observations. Elle forme un grand in-folio, sorti des presses de l'imprimerie royale, et est encore prisée, quoique son fils et successeur à Lille ait derechef travaillé sur cet éminent historien, et l'ait republié avec accompagnement de curieux documents inconnus jusque là.

3" Le volume in-4" que son père avait consacré en 1614 à l'histoire de Charles VI, par J. Juvenal des Ursins, refondu de la même manière, devint un gros in-folio sortant des mêmes presses, où ont trouvé place Pierre de Fenin et plusieurs autres appartenant aux divers partis. Leur comparaison et les importants

appendices dont il les a enrichis ont singulièrement aidé la critique historique à porter la lumière sur ce régne si malheureux et si embrouillé.

l^" Il revit d'une façon semblable l'histoire de Charles VIII éditée par son père (1617, in 4°), y joignant des mémoires, titres, et pièces historiques. C'est ce travail qui demeura en suspens à Tiniprimerie royale lors du départ pour Lille en 1668. Les occupations de sa charge ne lui permirent point de le terminer entièrement. Son fds aine y mit la dernière main, et le fit paraître enfin en 1684 (in-folio).

5° Non content de réviser et perfectionner les œuvres paternelles, il marcha dans la môme voie, et, comblant la lacune entre Charles VI et Louis XI, il publia « l'Histoire du roi Charles VII, par Jehan « Ghartier, Jacques Le Bouvier dit Berry, Mathieu de « Coucy, et autres qui sont anonymes, contenant les « choses mémorables advenues de 1422 à 1461, mise « en lumière et enrichie de pliisieurs titres, mémoi- « res, traités, et autres pièces historiques. — Paris, « imprimerie royale, 1661. »

6° En 1658 parut à l'imprimerie royale (in-folio) : « Histoire des Connétables, Chanceliers, Gardes des « Sceaux, Maréchaux, Admiraux, Surintendants de « la navigation et Généraux des Galères de France, « des grands maîtres de la maison du Roy, et des « Prévôts de Paris ; avec leurs armes et blasons ; i< depuis leur origine jusqu'en 1555; par Jean Le « Feron, revue et continuée jusqu'à présent p

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« Claude Collier, et augmentée de recherches et piè- « ces curieuses par Denys Godefroy. » C'est un de ces ouvrages d'érudition qui ont le mérite de rendre service au public, coûtant de longues et patientes investigations à leur auteur, pour en épargner aux autres.

7" Sa collaboration aux travaux diplomatiques de son père lui suggéra sans doute l'idée d'un « Recueil « de Traités de confédération et d'alliance entre la « France et les princes étrangers » qui a paru sans son nom à Amsterdam en 1664, in-l'â. Ce qui m'indique que ce recueil est son œuvre, c'est que j'en trouve l'esquisse et les motifs dans une lettre adressée à Fouquet comme Procureur général, et dans une note sans date, intitulée : « Dessein de l'impression d'un recueil de traictez entre la France et les pays estrangers. » (Collection Godefroy, n° 284, n"90.) Il y expose ceci :

« Le sieur Godefroy propose et fait offre de mettre en lumière un recueil exact et curieux de tous les traictez faicts depuis deux à trois siècles en ça entre la France et générallement tous les pays estrangers, conférez la plus part sur les originaux mesmes et apostillez aux marges à chaque article, de sommaires et abrégez... »

« Plusieurs de ces traictez ayant déjà esté donnez au publicq... souvent imparfaicts, tronquez et mal corrects, il arrive qu'en des endroits d'iceux le sens s'en trouve grandement changé et corrompu ; à quoy il sera remédié.

« Mesme il est à noter que dans les éditions faites à Anvers es années 1653 et 1655 des traictez entre la France et l'Espagne depuis quelque peu plus d'un siècle, les Espagnols n'ont pas faict scrupule de préférer et préposer les noms et titres des Roys leurs maistres à ceux de nos Roys, prétendant par là insinuer aux peuples que tels traictez n'ont pas autrement esté conceuz et couchez par escrit, et ainsy autoriser de plus en plus leurs vaines prétentions sur ce sujet. De sorte que la France a inlérest, et il y va en quelque sorte de son honneur, de réparer aujourd'huy ce manquement et donner en fidélité les choses comme véritablement elles se sont passées en ces actions d'importance.

« L'utilité en est encores en ce que, comme on se règle presques tous jours dans les derniers traictez par l'exemple des précédens, surtout pour le commerce, la navigation, les prises sur mer, représailles, et tels autres différens et affaires, ce sera à l'advenir une grande facilité de voir tous ces traictez bien de suite, ramassez ensemble fort correctement en ordre chronologique.... '>

A la môme source faut-il probablement rapporter le « Recueil des traités de paix, de trêve, de neutralité, '( de confédération, etc. faits par les rois de France « avec tous les princes et potentats, etc. depuis près « de trois siècles » par Fréd. Léonard ; Paris, Léonard, 1693, 6 vol. in-4'». Ses fils contribuèrent à ce recueil en puisant dans ses collections.

Comme je l'ai dit, il y a beaucoup de lui parmi les

portefeuilles de la Collection Godefroy à l'Institut. Je dois signaler :

Au n" o3, un extrait des cinq gros volumes in-i^ des négociations de Bongars ;

Au n" 168, un journal du travail fait en 1663 au Trésor des Chartes du roi.

Si sa mission à Lille fut éminemment utile pour le service du roi au point de vue que j'ai indiqué, elle lui ôta le loisir d'exécuter quelques entreprises historiques projetées. Ainsi songeait-il cà donner « une suite « d'historiens français contemporains, en la langue « qu'ils ont écrit, à commencer en 1 2813, où André Du- « chesne a fini son recueil, y joignant des notes et des « preuves dans le même ordre qu'il a observé pour les " quatre régnes qu'il a publiés, et qui font une suite de «■ six vingt ans. » (Mém. du P. Niceron, t. XVII.) Il aurait même désiré en faire la base dun monument à la gloire de la nation française. Voici comment il s'en explique dans une lettre à Colbert, du 23 novembre 1667 (collection Godefroy, n** 285) : « ... une des choses qui semblent les plus dignes des glorieux desseins et belles actions de Louis XIV, serait de faire travailler à une histoire générale de France qui contiendrait très-exactement et fidèlement les gestes les plus mémorables de tous les Rois de glorieuse mémoire ses prédécesseurs. La louange très-légitimement due aux hautes vertus et fameux exploits de tous ces héros rejaillira beaucoup sur la vie admirable de notre monarque. C'est sans doute un ouvrage de grande entre-

prise que l'on n'a point veu jusques à présent dans la perfection qui est à désirer ; en quoy l'on peut dire que des nations estrangéres ont quelque avantage sur nous. Mais une seule personne ne peut suffire à un si important labeur. Il faudroit choisir quelque nombre des plus intelligens en cette science pour y concourir et contribuer ensemble...

« Ceux qui ont le talent d'écrire le plus élégamment et avec le plus de politesse et de pureté dans la langue Françoise pourroient donner la forme à une si belle histoire, comme M. de la Chambre, M. l'abbé Cassagne, l'auteur de la vie de dom Barthélémy des martyrs sil on peut découvrir quel il est s MM. Pellisson et autres, sans acceptiou de personnes, sinon de celles qu'on jugeroit les plus capables.

« Quant à la matière, elle pourroit estre fournie par les plus sçavans et curieux dans les recherches de l'antiquité, tels que sont M. l'abbé Bourzeis, le R. P. Lecointe, MM. Justel, d'Herouval, de Sainte-Marthe, de Valois, du Chesne, Baluze, le Laboureur, et autres; entre lesquels joseray, monseigneur, vous dire sans vanité, que possible mon assiduité dans le travail du Trésor des Chartes et les recueils historiques que j'ay soigneusement ramassés depuis mon père en quantité fort considérable, pourroient faire que je n'y serois pas tout à fait inutile... »

On remarquera la modestie avec laquelle il se range

t Cette vie est attribuée à Isaac Le Maistre de Sacy.

parmi les manœuvres du futur édifice historique. Le fait est que chez lui le style laissait à désirer, comme chez beaucoup de ceux qui se vouent exclusivement aux travaux d'érudition ; et il le sentait. Aussi l'abbé le Laboureur entretenant Colbert de cette pensée d'association historiographique consigne-t-il ceci dans une note : (Collection Godefroy, n" 285.)

« M. Godefroy a fait imprimer plusieurs autheurs et divers mémoires de feu M. son père. Il est vray qu'il a peu de style et de génie pour la composition , mais il est d'une conversation douce et agréable, et il se souvient assez bien de certains faits particuliers et des mémoires qu'il a, dont il pourroit aider : et en cas qu'il écrivit quelque chose, l'on l'assisteroit volontiers pour sa considération en luy aidant à soutenir le nom qu'il porte ; mais je l'estimerois plus propre à fournir des mémoires qu'à les traitter. »

Quoiqu'il en soit, nul n'eût contesté que sa place fût marquée parmi les concourants à une telle œuvre. L'opinion générale l'y appelait, et Chapelain en était l'interprète, quand dans un mémoire intitulé liste et portraits de quelques gens de lettres vivants en 1662, il disait de lui . (Collection Godefroy n°216.)

« Il est fils de cet excellent homme Théodore Go- « defroy, le plus consommé dans les droicts et « titres du royaume ; il marche sur les traces de son « père avec beaucoup de capacité, et surtout dans « nostre histoire dont il a donné des autheurs conte sidérables avec de très -bonnes illustrations. On

« ne peut faillir en le considérant et en se servant de « luy en ce genre, ayant Testude de son père et la « sienne particulière. »

La phrase de ce certificat n'est guère plus souple que les vers heurtés de la fameuse Pucelle ; mais la forme ici est indifférente. On sait que Chapelain un peu trop tympanisé par les plaisanteries du malin Boileau, était néanmoins une autorité dans le monde lettré de son temps, et fut grandement consulté pour la célèbre liste des munificences littéraires de Louis XIV.

On sait aussi combien la question de la Régale fut agitée sous ce roi, au point de devenir un des événements du règne. Elle ne pouvait manquer d'occuper le champion zélé des prérogatives de la couronne. Le témoignage des veilles qu'il y consacra est consigné dans le Traite singulier des Régales, par Fr. Pinsson. Paris, 1688; 2 vol. in-4.

Je lis à la page 1119 du tome second :

« Nous avons fait faire la recherche des Induits des rois d'Espagne en la Chambre des comptes de l'Isle en Flandre, auprès de feu M. Godefroy notre ancien ami, directeur de cette Chambre, auquel nous avons l'obligation de quantité de curieuses et savantes découvertes sur ces matières, comme le public lui a celle de beaucoup d'éclaircissements de points d'histoire, qui lui ont acquis l'estime des savans et des gens de bien. »

Et à la page 1 1 32 :

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« Nous envoyâmes pour lors deux consultations à notre ancien et illustre ami défunt M. Godefroy, résident pour le roi en la ville de l'îsle en Flandre, directeur de la Chambre des Pays-Bas franrois, lequel a si bien mérité du public, et par lui-même, et par ses illustres ancêtres, qui ont été ou des jurisconsultes consommés, ou des hommes versés et propres à conduire les affaires importantes dans les ambassades ou les traités de paix honorables à leur nom et glorieux à la France. »

SES RELATIONS. — Dcnys Godefroy entretenait de nombreuses relations et dans le monde ofliciel, et dans le monde lettré. Ce qui m'est resté de sa correspondance trôs-multipliée et trés-méthodique , atteste qu'il s'est concilié partout considération et affection.

Dans le monde ofliciel j'en ai pour témoins ; le grand Condé, le duc et la duchesse de Longueville, les ministres Fouquet, Colbert, Seguier, Le Tellier, de Lionne, de Pomponne ; le cardinal de Bouillon, l'évéque d'Arras Guy de Sève, l'évêque de Tournay Choiseul, le maréchal Fabert, les de Ilarlay ses parents.

Dans le monde lettré : les Sainte-Marthe et Wuyon d'Herouval aussi ses parents, les bénédictins Mabillon et d'Achery, l'oratorien Lecointe, le généalogiste de Clairembault, riiistorien Mezeray, le jurisconsulte Domat, les abbcs Baluze et Gallovs.

commensaux de Golbert, les abbés de Dangeau et Gassagne. (ce dernier nullement dépourvu de mérite en dépit de la plaisanterie de Boileau qui, dit-on, le fit mourir de chagrin), Félibien des Avaux, Justel, Ménage, Pellisson, Charles Perrault, Camusat, Urbain Chevreau, etc.

Théodore Godefroy, secrétaire de l'ambassade française au congrès de Westphalie, y avait mérité l'estime et l'attachement du duc de Longueville premier plénipotentiaire, qui le gratifia d'une pension de 400 livres. Son fils en hérita, et eut occasion de rendre plus d'un service à cette maison princière. A l'Institut, dans le portefeuilles n° 275 de la collection déjà plusieurs fois citée, se trouve une chemise contenant cent un billets autographes que le duc lui adressait de Rouen pendant qu'il résidait en son gouvernement de Normandie, entre 16o9 et 1663. La plupart sont courts, accusant réception de lettres ou d'envois de pièces, mais par leur forme même impliquent des relations suivies, familières et affectueuses. L'écriture en est mauvaise et l'orthographe estropiée, à l'instar des grands seigneurs de ce temps là. Denys s'occupait à Paris des intérêts du duc, et le tenait au courant de ce qui s'y passait. Voici quelquescitationsprisesauhasard :

« J'ay resseu votre lettre du 17, et vous rends grâces des nouvelles dont vous me faittes part. Asseures vous tousjours, je vous conjure, de l'estime que je fais de votre prudence, et de mon amittié. ;» (18 décembre) ...»

« J'ay une joye extrême de ce que M. le procuœiir général vous veut donnei' employ dans le Trésor des Chartres, et pour votre avantage et pour celluy aussy que j'en puis rettlrer par raniitlié (ju il vous plail de me tesmoigner. Assures vous aussy, je vous conjure, démon affection. »

a Je ressois tousjours de nouvelles marfjues de vre amittié ; assures vous aussy, je vous conjure, de ma reconnoissance. »

« Je ne scaurois assez vous remercier des tesmoignages que vous continues de me rendre de vostre amittié. Je vous conjure de voulloir tousjours me faire scavoir ce que vous jugercs m'estre important, et de m'y donner vos bons advis... »

« Je vous suplie de croire que j'ay beaucoup de ressentiment de l'affection que vous tesmoignes pour ma maison et pour moy ensuitte de celle qu'y a eue xM. votre père. Croyes aussy, je vous conjure, qu'en toutte rencontre vous connoistrez que je suis votre plus affectionné amy a vous servir; Henry d'Orléans. »

La duchesse de Longueville partageait ces sentiments. L'abbé Aubert, son aumônier, écrit en juillet 1667 :

« J'ay receu et fait voir à S. A. Madame les lettres (juil vous a pieu m'escrire... je vous asseure que vous luy faites plaisir, et qu'elle lit elle-même le plus souvent devant moy tout ce qui vient de vous. »

J'ai deux lettres d'elles autographes, et je lis dans la seconde ;

« Je VOUS suis bien obligée de vostre souvenir et de la continuation de vos soings.... Vos soings pour nos intérêts sont les plus obligeants du monde : continues les moy, et ne doutes point de mon amitié. A. de Bourbon. » (26 août 1678)

Fouquet lui écrivait deux mois avant sa disgrâce :

« Je vous suis bien obligé de tous les soins que vous prenes, et comme vous ne travailles pas moins pour vostre gloire que pour la satisfaction du public et pour la mienne particulière, je ne fais pas scrupule de vous prier de continuer, et de m'envoyer le mémoire... »

De 1 Jonne, cet habile secrétaire d'Etat des affaires étrangères, le consultait sur des questions relevant de son département, et dont le secret était important ; ses lettres autographes contiennent des promesses cordiales de bons offices.

vSes rapports avec les de Harlay étaient intimes, surtout avec celui qui fut procureur général au parlement de I*aris, de 1661 à 1671. Ils s'écrivaient et se répondaient sur des feuillets à mi-marge. Je lis dans celui du 9 janvier 1669:

« J'ay esté bien ayse de voir vostre commission et d'apprendre comme vous estes bien avec messieurs les ministres. Je ne doute pas que cela ne continue, agissant comme vous faittes avec grand zèle et grande assiduité dans les choses qui vous sont commises pour le service du Roy. »

IiKNYS II GODKFKOY Hî^

IVévriiuo de Tournay (jilbeit de Choiseul. qui lut lié avec Bossuet, et eut une assez grande part aux alî;iires de son temps, entretenait avec lui des rapports fréquents et affectueux. Je lis dans un billet autographe de décembre 1671 .

« Je vous suis trop obligé des marques (pie vous me donnez de vostre prétieuse amitié. J(^ ne partirai pas sans vous aller assurer de mes services. Je vous aurois rendu des visites plus assidues, si cel es que jay faites dans les lieux, où 'e <levoir de ma charge mi^ conduit, m'en avoient laissé le tems. »

De peur qu'on ne voye dans ces phrases une simph' l)olitesse à l'adresse du destinataire, voici qui montre (•(3 (pie pensait réellement de lui léminent prélat.

Dans un billet à Tarchevèque de Paris, François de llarlay, il dit : « Je croy que vous ne blùmerez pas la liberté (jue je prens de vous escrire pour vous recommander les intérêts de monsieur de Godefroy. (l'est une personne dont le nom et le mérite n'ont pas besoin de recomnuindation auprès de vous, qui sçavez si bien estimer ce qui est estimable. Mais comme nous possédons cet homme illustre, je ne puis m'emj)escher de vous en faire souvenir... » ^1675)

Dans un billet à l'évèque de ïroyes : « Je prens la liberté de vous piier de recevoir favorablement M. l'abbé Godefroy. Vous savez quel est le mérite de M. son père, et combien ce nom est illustre entre les gens de lettres et de vertu. Il est extrêmement de mes amis... » v'^'7'^)

180 DKNYS 11 GODEFROY

Le maréchal Fabert lui écrivait de Sedan, le 1 1 mai 1650 :

« Comme j'espère d'aller à Paris dans quelque temps, et que l'amitié que vous nre tesmoigné me peut donner la liberté de vous aller veoir chez vous, je remettre à ce temps là à veoir les mémoires que vous avez sur Sedan. 11 y a tant d'autres choses à estimer quon peut veoir en vos mains, qu'il faut estre soy mesme pour en faire le choix. Je me sens tout à fait obligé que vous veuilliez [bien me faire part de vos travaux. A'ous estes sy exact, sy pénétrant, et f.y véritable, qu'on ne peut mettre en doubte rien de ce que vous faittes sur l'histoire; qui de tout ce qu'on lit est à mon opinion ce de quoy l'on peut tirer plus de profict... >^

Le maréchal ne manquait pas dn se procurer chacun de ses ouvrages dès leur apparition.

Parmi les Sainte-Marthe, il était surtout lié avec Pierre Gaucher, comme lui historiographe de France, qui dans leur correspondance assez suivie, l'appelle son irès-rJier (Dinj. Ce pierre Gaucher, mort en 1690, étr'it un travailleur infatigable : une partie seulement de ses œuvres a été livrée à l'impression.

Quant à Wuyon d'Herouval. leur liaison était toute naturelle, et à cause de la parenté venant dn côté Chevalipr, et à cause la communauté de goûts et d'études. On sait que cet érudit et modeste magistrat était comme la providence des savans de son temps par sa profonde connaissance des documents reposant

DENYS I[ GODEFROY 18f

dans les dépôts publics et dans ses collections particulières qu' il mettait à leur disposition avec un désintéressement rare et une complaisance inépuisable.

La même communauté lui fit des amis de dom Mabillon et de dom Luc d'Achery. Il fournit un utile tribut au Spicilege du second ; il reçut à Lille le premier qui lui écrivait au retour :

« Il est tems que je m'acquitte d'un devoir qui m'est indispensable, qui est de vous rendre grâces pour tant de faveurs et de témoignages d'amitié que j'ay reçus de vous en nostre voiagede Flandre. Je n'en perdray jamais le souvenir, et j'embrasseray partout avec joye les occasions que vous me ferez naistre de vous rendre quelque service. » (22 mars 1672.)

Pellisson lui écrivait sur le ton de la confiance et de l'amitié, et avait fréquemment recours à ses lumières dans les affaires importantes dont il était chargé.

Urbain Chevreau était un homme distingué, d'une vaste instruction , auteur d'ouvrages prisés de ses contemporains, en possession d une réputation oubliée aujourd'hui. La reine Christine lavait attiré à Stockholm. Il s'exprimait ainsi dans une lettre adressée de cette ville en ICo3 à notre historiographe.

« L'honneur que vous m'avez fait de vous ressouvenir de moy dans toutes les lettres que vous avez escrittes à monsieur le comte, m'oblige de vous en rendre de très-humbles actions de grâces; mais quand je ne devrois point cette civilité à la vostre, je devrois toujours beaucoup à vostre mérite. Tout ce qui vient

182 OF.NYS II (iODEFROY

devons m est prelieiis, et je ne serois ny du rang des sages, ny de la République des belles lettres, si je n'honorois et vostre nom et vostre personne. »

Denys avait des amis parmi les hommes distingués de Genève. C'étaient entr'autres rauditeur Grenus et M. Colladon, plusieurs fois Syndic, mort en septembre 1672. Leurs lettres sont comme imprégnées de la haute estime traditionnelle qui, dans cette cité, entourait le nom de Godefroy. Outre celles-là j'en trouve un certain nombre anonymes, offrant comme une énigme historique k deviner. Elles sont diffuses, et reproduisent toujours la même idée à mots couverts. Il me semble en ressortir qu'en 1672 les affaires de la République étaient en décadence, qu'elle avait de grandes appréhensions du côté du duc de Savoye, que quelques citoyens tournaient leurs regards vers Louis XIV dans l'espoir d'être par lui soutenus contre ce voisin hostile, et nourrissaient un projet d'abandon de Genève à la France. Ce projet était communiqué à Denys, alors à Lille, qui en entretint confidentiellement Colbert.

A Lille même il fut bientôt apprécié et adopté par ses nouveaux compatriotes, et s'acquit la bienveillance générale, grâces à l'aménité et à l'extrême obligeance que rencontrait en lui le nombreux public ayant affaire à la Chambre des comptes. Traité avec les plus grands égards par les représentants de l'autorité royale, il était dans lintimité du gouverneur, le maréchal de Humieres. et de l'Intendant Le Peletier de Souzv.

DRNYS II OODKFROY 183

Il avait inspiré la plus vive affection à cet aimable baron de Vuœrden, grand bailli des Etats de Lille, diplomate et militaire distingué, tour à tour serviteur apprécié des couronnes d'Espagne et de France, sur la vie mouvementée duquel M. C. de Vendegies vient de jeter tant d'intérêt par de simples extraits de ses lettres et mémoires manuscrits (Biographie et fragmens... du l)aron de Vuœrden. Paris, Auhry, i870, in-8.)

Détails domestiques et mort. — Aussi désintéressé que son père, aussi peu partagé des biens de ce monde, il sut élever sa nombreuse famille, et tenir à Lille une existence honorable, ayant même chevaux et voiture. Si cependant je m'en rapporte aux papiers domestiques, je ne lui trouve dans les dernières années, et aucun de ses enfants n'étant encore établi, que quelques rentes ne montant pas enseml>le à mille livres, une maison et jardin à la Courtille, faubourg du Temple ; de très-petites propriétés à Montmorency, Plessis-Bouchard, Ecouen, Aumont, Poncelles, Villiers-le-bel ; une pension de 500 liv. faite par le Clergé, une de 400 par la maison de Longueville, deux pensions royales, l'une de 3600 liv., l'autre de 2000 liv. Quant aux appointements de la charge de Lille, le chiffre fixé par Colbert était de 8000 liv. ; mais ils étaient fort inexactement servis, et lorsqu'il mourut, trois années restaient dues. Ses frais de bureau lui étaient remboursés sur état. Le premier,

dressé en novembre 1CG8, constate qu'alors la vie coûtait plus à Lille qu'à Paris, et évalue l'entretien d'une personne à quarante sols par jour, pour blanchissage, loyer, nourriture , vin extrêmement cher en Flandre, et perte d'un cinquième sur l'argent de France. Le prix de la livre pesant de beurre était 9 sols ; de la rondelle de bière, 9 livres.

En 1C73, il employait quatre écrivains, au traitement annuel de 300 livres chacun, et cinq aides, qu'aujourd'hui nous appelons garçons de bureau. Une note particulière évalue leur nourriture pour cinq mois à 183G livres, et l'on y ajoute quatre pièces de vinàGG liv. ; 20 poinçons de bière k 10 liv., 180 liv., pour gros et menu bois et charbon, 70 liv., pour chandelle. Sur ce pied les frais de bureau de cette année-là auraient dépassé 8,500 livres. Je consigne ces menus détails, comme montrant le prix des choses à ladite époque.

La pension que lui faisait le ('lergé était en considération de ses travaux historiques. Elle fut remise en question aux Assemblées de 1670 et 1670. mais chaque fois confirmée; « On parla de vous, lui écrit son fils en « août 1673, avec tout l'éloge possible. Les évêques « de Bayeux, de Senlis, de Noyon, de Viviers, et qua- (( tre autres louèrent fort vos ouvrages, et surtout voie tre Cérémonial. Lévêque de Maçon enchérit sur eux. « Vous eûtes aussi lapplaudissement des abbés de « Tilladet, de Marillac, et sept autres, des deux an- « ciens agents du Clersjé, les abbés de Grammonletde u la Hoguette... ^'

DENYS II OODEFROY 185

Sa vie laborieuse et digne fut dirigée par un profond sentiment religieux dont je trouve l'expression dans un projet de testament tracé de sa main vers 1678. C'est la parole d'un catholique pieux, humble, animé d'une foi sincère, plein de soumission et de reconnaissance envers son Créateur et Rédempteur. Je rapporterai plus loin (page 217) le touchant souvenir qu'il y consignait pour la compagne de ses jours ; voici comment il s'adressait à ses enfants :

« Après avoir prié nostre bon Dieu de les remplir u tous de ses bénédictions, je supplie en tout respect « sa divine bonté de permettre que je leur donne celle « qu'il a ordonné dès la constitution du monde aux u pères passagers ici bas de donner à leurs enfans. Je « le supplie donc de permettre que la mienne pater- « nelle que je leur donne en son sainct nom de tout « cœur, leur soit aussi fructueuse que celle du pa- « triarche Isaac à son fils Jacob ; afin qu'ils demeurent « remplis de sa grâce pour arriver un jour à la patrie « céleste où sont les bienheureux enfans de Dieu. Je u les exhorte tous à une fraternelle concorde entre eux « et avec leurs parens... »

J'ignore par quelle circonstance il n'a point mis la dernière forme à ce projet fort long et détaillé. Surpris peut être par la maladie , il testa par devant notaire la veille de son décès d'une façon beaucoup plus sommaire. Après avoir recommandé .son âme à Dieu, il institue héritière universelle u sa chère femme « dont il a continuellement éprouvé la fidélité etl'af-

« fection », fait un legs particulier à chacune de ses filles Marie-Anne et Catherine-Charlotte, et recommande l'exécution d'une note laissée entre les mains de son fils Jean, le seul alors auprès de lui.

Un asthme violent étant venu se joindre à la sciatique dont il souffrait depuis quelque temps, il écrivit à Colbert, le 18 mai 1681, une lettre touchante sollicitant la survivance de la direction de la Chambre des comptes en faveur de son fils Jean. Il réitéra cette requête le 26, deux jours après avoir reçu l'exlrêmeonction. La mort l'atteignit avant qu'une réponse fût venue le rassurer sur l'avenir des siens.

11 expira le 10 juin 1681 , et fut inhumé le lendemain dans le chœur de l'église Saint-Etienne de Lille a présent détruite. Jusqu'à la Révolution on y lut une épitaphe latine composée par son ami le baron de Yuœrden, qui cultiva beaucoup le style lapidaire, notamment en l'honneur de Louis XIV. La voici :

Nomen viri optimi longœva nec inatura setate defuncti Cujus libet MM<3I0:iVi\H vicem expleat.

Régis Consiliarius et Historiographus

Gothofredoruin de jure meritissimorum filiusetnepos

Jacobi abiiepos hicjacet.

Majonim gloria exteris gentibus, Régi propria fide inclaruit.

AccersitusParisiis, atqiieRationario Belgii Galiici,

Vulgù Cameraî Computoruni, PrEci)Ositus,

Munus arcanuiii, munus fiducia plénum,

Summahumanitate, peritia, sedulitate, per annos Xlll exercuit,

Principi, pul)lico, privatis

DFNYS II OODEFROY 187

Inclagatione juriuin regiorum ot officioso labore obsecutus.

Seniuin longius cuin virtus, mens bona, Ijonoruiu vota

prfesagirent,

Insulis tertio Idus Junias IVfDLXXXI extinctus est.

Quietem œteriiam leclor apprecare.

Parmi les condoléances qui vinrent de toutes parts à la famille du défunt, je citerai seulement les lettres de l'évêque d'Arras, Guy de Sève, et de l'Intendant Le Peletier de Souzy.

« J'étois lié trop étroitement d'amitié avec feu « M. Godefroy, et avois trop d'estime pour sa personne, « écrit l'évêque, pour ne pas être touché sensiblement « de sa perte, et ne pas partager la douleur dont il « a plu à Dieu de vous affliger et toute sa famille... « etc. »

« J'aprends, écrit l'Intendant, avec bien de la dou- « leur la perte que vous avez faite de M. vostre père. « J'honnorois son mérite, et voyois de plus prés que « personne le service qu'il estoit capable de rendre au « Roy, et qu'il rendoit en effet tous les jours. Je fai- « sois profession d'estre son serviteur : vous devez « estre persuadé que je conserveray pour sa mémoire « toute la vénération que je dois, et que je profiteray « tousjours des occasions de rendre service à sa « famille.... »

Il existe à la Bibliothèque de Lille, coté G6, un manuscrit fournissant une notice sur chacun des auteurs Lillois, On y lit, à la page 156, sous le n"' G2 :

« Dionysius Godefroy, nobilis Gallus, palriâ Pari-

« siensis, filius Theodori, Régi à consiliis ac Franciae « histori.ic scriptor Regius, meritis ac doclrinâ clarus , « de Jure et historià bene meritus, quem Ludovicus « magnus Rex Francia3 anno 1668 custodem ac Recto- « rem Camera3 Rationum Insulis praefecit. Vir probus « et conversatione perhumanus , ac majorum suorum « non degener. Jam senex obiit Insulis, mense Junio, « anno 1681 : Sepultus incliorodivi Stephani. »

C'est à dire :

« Denys Godefroy, gentilhomme français, de famille parisienne, fils de Théodore. Conseiller et historiographe royal, illustre par son mérite et son savoir, il cultiva le droit et l'histoire avec succès. En 1668, le roi de France, Louis-le-Grand,lui confia la garde et la direction de la Chambre des comptes de Lille. Homme de bien, plein de courtoisie dans ses relations, digne de ses aïeux, il mourut à Lille dans un âge déjà avancé, en juin 1681, et fut inhumé au chœur de Saint-Etienne. »

FAMll.l.K El' ALLIANCES

I)K DENYS II (iOKEFHOY

Denys Godefroy était parvenu à l'âge de trente-cinq ans, quand, le 3 octobre 1650, il épousa demoiselle Geneviève Des Jardins, née à Paris sur la paroisse Saint-Merry, le 26 février 1626, fille de Guillaume Des Jardins, écuyor, seigneur du Marchais, et de Charlotte Aubert, tous deux alors décédés, et qui avaient eu treize enfants, dont six seulement survivaient, deux fils et quatre filles. Elle demeurait rue Geoffroy Langevin, chez sa sœur aînée, la marquise d'Alembon.

Au contrat signèrent comme parents du futur, entr'autres : Gaucher de Sainte-Marthe, conseiller et historiographe du roi , avec Nicolas et Pierre de Sainte-Marthe, ses neveux, Nicolas Du Buisson Aubenay, gentilhomme de la Chambre du roi. les deux savants, Pierre et Jacques Dupuy, Jacques Auguste de

Thon, premier Président de la Clinmbre des enquêtes : comme parents de la future, outre ses frères et sœurs, Denys et Claude de Sallo, Conseillers au Parlement de Paris, Henri de Saveuse seigneur de Bouquainville, etc.

L'apport de la future, évalué fjualurze mille livres, consistait en 4,000 liv. argent comptant, des meubles, vaisselle et linge pour 1500 liv., et 508 liv. de rentes diverses. Cet apport était assez mince; mais le futur n'en avait pas autant hérité de son père, mort l'année précédente, si faiblement accommodé des biens de ce monde. Du reste, alliance honorable, parenté nombreuse et distinguée. Denys Godefroy a pris soin de la faire connaître dans un des appendices de sa grande histoire de Charles Vil. ^1661. in-f^ pages 881-889.)

Ce que j'ai recueilli de la généalogie Des Jardins, dont les titres ont été perdus pendant les guerres du seizième siècle, remonte à Jean,écuyer, seigneur de Hamelle en Picardie, capitaine du château du Hamel au diocèse de Laon. quatrième aïeul de Geneviève, lequel vivait à la fin du quinzième siècle. Jean, son fils, cultiva la médecine avec un tel succès, qu'il devint premier médecin des rois François I" et Henri H. On sait que l'exercice de la médecine ne dérogeait point. Il eut onze enfants. L'un d'eux, Jacques, ècuyer, seigneur du Marchais, fut conseiller au Chàtelet de Paris, et transmit sa charge à son fils aussi nommé Jacques, écuyer, seigneur de Montereau et du Marchais. Ce second Jacques, marié en lo83 à demoiselle Elisabeth

FAMILLE ET ALLIANCES DE DENYS If 193

Chevalier, eut entr'aiitres fils, Guillaume, écuyer, seigneur du Marchais, père de notre Geneviève, mort en 1638, et inliuméà Saint-Merry.

La famille d'Elisabeth Chevalier tenait un rang considérable depuis qu'Etienne Chevalier, seigneur du Vignau, Grigny, etc, honoré de la confiance particulière de Charles VII, avait rempli les fonctions de secrétaire d'Etat, et d'ambassadeur en Angleterre et en Italie. Parmi ses descendants de son nom je trouve un évêque de Senlis, trois capitaines de chevau-légers, un page du roi, des maîtres des requêtes, des Conseillers et un Président au parlement de Paris, des membres de la Cour des comptes, un premier Président de la Cour des aides. Celui-ci, Nicolas, baron de Grissé, qui mourut en 1638, eut une carrière bien variée : il débuta page de Henri IV, roi de Navarre, commanda une compagnie de chevau-légers, fut à Paris colonel de son quartier, quitta l'épée pour la toge de Conseiller au parlement, devint maître des requêtes et Intendant de Champagne, présida la quatrième chambre des enquêtes, puis la Cour souveraine des aides, dirigea les finances, reçut le collier de Saint-Michel, et alla deux fois comme ambassadeur en Angleterre où l'ambassade de son trisaïeul Etienne avait laissé des souvenirs.

Une fille d'Etienne épousa Jean le Boulanger, premier Président du parlement de Paris. Une de ses petites-filles, Marie Chevalier, épousa Nicolas Potier seigneur de Groslay et de Blanc-Menil, d'où les Potier

ducs de Gesvres et de Tresmes et comtes de Novion : l'autre, Jeanne Chevalier, mariée à Jean de TuUeu seigneur de Cely, eut pour gendre le premier Président Christophe de Thou, père du célèbre Président et iiistorien Jacques Auguste de Thou, de Catherine de Thou, mariée au premier Président Achille de Harlay, d'Anne de Thou, mariée au Chancelier Hurault de Cheverny. Jeanne et Marie, que je viens de jiomnier, descendaient par leur grand'mère Jeanne de Marie, d'Henri de Marie, seigneur de Versigny, Chancelier de France en 1413, massacré en 1418 à Paris par la faction Bourguignonne.

Madelaine Chevalier, tante de notre Elisabeth, mariée à Guy Arbaleste, vicomte de Melun, en eut une fille, Charlotte, qui épousa successivement Nicolas de Pas de Feuquiéres, père du marquis de Feuquiéres, connu par ses négociations en Allemagne, et le célèbre du Plessis Mornay dont une fille fut duchesse de la Force.

Madelaine Chevalier avait un frère, Jacques, seigneur de Thory et de Montereau^ Auditeur des comptes, lequel épousa Barbe Avrillot, tante et marraine de Barbe Avrillot de Champlatreux qui, devenue veuve de Pierre Accarie, vicomte de Villemore, se fit carmélite, et mérita les honneurs de la béatification sous le nom de Marie de l'Incarnation, rehaussant en elle la noblesse terrestre du sang, par l'éclat incomparable de l'inscription au livre d'or du Ciel. C'est ce Jacques qui fut père d'Elisabeth Chevalier.

Cettfi môQie Barbe Avrillot eut uno autre nièce, Ainbrosine AYrillul, lille d'une Brulart. Ambrosine épousa N. (le Bellon, comte de Thurin, chevalier de l'ordre du roi. Leur fils Jean et leur pelit-lils Jean- Baptiste furent gentilshommes de la Chambre du roi. Ce dernier et Geneviève Des Jardins étaient donc issus de germains.

Une sœur d'Elisabeth Chevalier, Marguerite, mariée à Denys de Cordes, fut mère de Denys de Cordes, Conseiller au Chàteiet, décédé en odeur de sainteté, dont la vie a été écrite par l'évêque académicien Godeau, sous ce titre ; « L'idée du bon magistrat en la vie et « la mort de M. de Cordes, Conseiller au Chàteiet de « de Paris. — » — Paris. Ant. Vitré, 1645, in-10. : Mère aussi de Marguerite de Cordes, épouse de Nicolas Viole, d'une famille qui a fait grande figure au parlement de Paris, alliée aux Sallo, autre famille notable du parlement, aux Saveuse, et par la descendance de ceux-ci, aux Lamarck et aux Durfort.

Cette nomenclature un peu longue et sèche était nécessaire pour montrer comment Geneviève Des Jardins se trouvait apparentée, du chef de sa grand'mère Elisabeth Chevalier, à maints noms illustres, tels que Thou, Marie , Harlay, Hurault de Cheverny, Potier , Thurin , Feuquiéres , Mornay, Saveuse, La Marck, Durfort, La Force.

Jacques Des Jardins, mari d'Elisabeth Chevalier, eut un frère, Jean, seigneur de la Chaussée, qui, après avoir été l'un des cent gentilshommes de la

maison du roi, se fit d'Eglise, et mourut en 10130, chanoine de Rouen. De ses enfants je n'ai nommé que Guillaume, père de notre Geneviève ; je dois nommer encore : Jean, aumônier du roi et abbé de Sainl-Lô ; Jacques, sous-chantre de Tabbaye royale de Saint-Denys ; Christophe, tué à l'armée, sans alliance; Anne, mariée en 1605 à Claude -de Hamel, seigneur de Bellenglise et dElincourt, gouverneur de Corbie, mestre de camp; Marie, née en 1601, qui épousa le 23 juin 1632, Paul Le Maistre, seigneur de la Maisonfort, la Planche, etc., capitaine au régiment de Champagne, puis trésorier-général des armées, et major-général de brigade du corps de noblesse de rOrléanais.

Geneviève Des Jardins, née le 26 février 1626, avait pour mère, comme je l'ai dit, Charlotte Aubert. Voici ce que je sais des Aubert :

Ils ont occupé quelques charges, et étaient noltles avant 1 iOO ; ce qui fut constaté par un jugement du s*" de Chamillard , commissaire député pour la recherche de la noblesse en Basse-Normandie, jugement rendu le 20 mars 1671, sur l'exhibition de « plusieurs partages, contrats de m.ariage, plaids, « arriére-bans, certificats de services militaires, dont « les uns ont plus de 200, les autres plus de 300 ans « d'ancienneté. «

Pierre Aubert, seigneur de la Grange en Brie, fut écuyer du roi Charles YII et bailli de Montargis en Uoo. Jean Aubert accompagna en Espagne, comme

cliapeLain, Elisabetli de France fiancée à Pliilippc II : mais celui-ci congédia la maison française de sa femme, et notre chapelain revint avec une lettre par laquelle Elisabeth le recommandait à Catherine de Médicis.

Charlotte Aubert eut une sœur qui épousa le comte de Fiennes, et deux frères : Pierre, piètre, bachelier de Sorbonne, conseiller et aumônier de la célébe duchesse de Longueville : Michel, seigneur de Champfleury, l'un des gentilshommes de Mgr le prince de Condé (le grand Condé}. (]e second, en février 1C72, obtint de Charles, duc de Longueville, comte de Saint-Pol, prince souverain de Neufchàtel et Yalengin, des lettres de naturalisation au pays de Neulchâtel pour son fils, François, seigneur de Saint-Gille d'Ardevos, cadet dans un régiment d'infanterie suisse. Si je m'en rapporte à quelques lettres qui me restent, ce jeune homme était un dépensier, fort appliqué à soutirer de l'argent à sa parenté ; ce qui lui valait de vertes semonces de la part de l'oncle bachelier de Sorbonne.

Un autre, Pierre René Aubert, paraît avoir donné de graves sujets de mécontentement à la famille. Il mena une vie d'aventures, fut blessé au siège de Candie, servit sur les vaisseaux du roi, puis sur une galère de Malte, fut pris par les Turcs, passa quinze mois en esclavage à Constantinople, fut délivré par l'entremise de l'ambassadeur de France, rentra dans le régiment de Vermandois auquel il avait précédemment

appartenu, fit une campagne en Hollande, et enfin vint en 1674 tenir garnison àDouay, d'où il tenta de nouvelles démarches pour recouvrer les bonnes grâces des siens. J'ignore s'il y réussit.

Un René Aubert, segneur de Garnault et de Bois Pothuiau, épousa dans la seconde moitié du seizième siècle, Jeanne Chasteigner, de l'illustre maison de Chasteigner en Poitou, et en eut deux fils, René et Etienne, et deux filles, Léa, mariée à Anne d'Argence, seigneur de la Jarrie, Renée dame de la Rouflière. (Voir Du Chesne, Histoire de la maison de Chasteignier, page 562).

Je n'ai pu vérifier s'il appartenait à nos Aubert. Même incertitude k l'égard des Aubert, originaires du Poitou, qui ont illustré le nom de Du Petit Thouars. Georges Aubert, dit le chevalier de Saint-Georges, acquit en 1 636 la terre de Du Petit Thouars. Il servit avec distinction dans les troupes de l'Empire, fut employé en diverses négociations sous Richelieu, devint Exempt des gardes du corps, et périt à la journée des barricades en 1648. De lui descendent les célèbres marins Du Petit Thouars.

Le comte et la comtesse de Fiennes entretenaient avec les Godefroy des relations affectueuses. Le comte mourut en février 1682, laissant des affaires en désordre qui donnèrent bien du tracas à sa veuve. Je trouve dans la correspondance, parfois caustique , de leur petit-neveu Denys (III) le passage suivant : « La comtesse de Fiennes est tousjours fort mécontente de

ses créanciers qui la font enrager ; elle se porte assez bien. Il y est survenu trois successions de cousins au 208" degré qu'elle est employée à recueillir ; ce qui ne se passe pas sans contestations... Elle est délogée, s'est assez bien placée et meublée, entasse guenilles sur guenilles, a trois fois plus de bardes qu'il ne luy faut, et par dessus le marcbé se plaint encore. Je sçais qu'elle a plus de mille escus comptant, et je ne la vois pas qu'elle ne me dise six fois qu'elle n'a pas le sol. » (20 octobre 1682).

De la tante maternelle de Geneviève Des Jardins, je reviens à ses tantes paternelles nommées plus haut.

Anne eut de Claude de Hamel de Bellenglise, trois enfants : N. de Hamel, seigneur d'Elincourt, dont la fille Isabelle épousa le marquis d'Orvillé ; Antoine de Hamel, prieur de Sainte-Marguerite d'Elincourt, abbé de Sainte-Elisabeth de Jamly, Conseiller et aumônier du roi; Charlotte de Hamel qui, en 1645, épousa Aymar de Boubers, chevalier, seigneur de Bayancourt, Prouville, etc, d'une noble famille Picarde, alliée en ce même siècle aux Montmorency. Soit mauvaise gestion, soit revers de fortune, M. de Bayancourt se trouva obéré, poursuivi par des créanciers, dont quelques-uns gens d'intrigues, et même emprisonné à leur requête. Parmi tous ces embarras, il eut cependant la chance de marier, en février 1675, sa fdle Charlotte à un bon gentilhomme d'Auvergne, M. de la

Bierge de Segonzac. La lettre où je trouve annoncée cette nouvelle dit : « Il pourra bien avoir trois ou « quatre mille livres de rente : c'est un parti advan- « tageux dans Tétat où ils sont, outre que c'est un « très honneste gentilhomme et très bien apparenté. « Le mariage s'est fait sans bruit. »

Mais ce mariage se dénoua trop vite par une vraie tragédie que je vais raconter, parce qu'elle donne une idée de la rudesse de mœurs qui [régnait alors dans cette province reculée. C'était du reste à une époque peu éloignée de ces grands jours d'Auvergne, dont Fléchier a retracé de si étranges détails.

M. de la Bierge désireux de préparer l'installation de sa femme à Segonzac, avait pris les devants avec un de messieurs de Bayancourt. Sa femme, sa belle-mére, sa belle-sœur, son ;pére et un oncle ecclésiastique quittèrent Paris le 10 mai dans un carrosse à quatre chevaux, accompagnés de leurs gens, avec deux chevaux de selle. Le trajet était de 96 lieues à'parcourlre/i dix jours. La veille du jour indiqué pour leur arrivée, M. delà Bierge étant le soir aune demi-lieue de chez lui avec un de ses parents et le chevalier de Bayancourt, plus un vieux domestique, tira dans les blés un lièvre que ses chiens avaient fait lever. Un paysan lui reprochant de chasser hors de ses terres, il lui donna de la crosse sur les oreilles : mais un peu plus loin le même reproche lui fut adressé par un gentilhomme voisin, le marquis de Saint-Dionis avec lequel il avait eu querelle jadis. Il répondit que la cliasse étant libr

dans leur contrée, nul ne saurait l'en empêcher. Làdessus paroles piquantes, coups de fusil mutuels : le marquis est tué roide, M. de la Bierge est frappé au côté. Sur ces entrefaites apparaissent sept gentilsliommes et vingt-cinq paysans armés, sans doute appelés par celui qui avait été crosse. Les trois compagnons de M. de la Bierge tuent chacun leur homme, mais lui reste sur la place presque assommé, et expire quatre heures après. A la suite de celte échauffourée l'on compta treize tant tués que blessés. Je laisse cà deviner rémotion de la caravane arrivant le lendemain, la douleur d'un père et d'une épouse de trois mois prouvant couché dans une tombe celui qu'ils se faisaient une fête d'embrasser au terme de leur long voyage.

M. de Bayancourt passa le reste de sa vie dans les dédales de la chicane qui lui étaient familiers et point antipathiques: il mourut en iC84 complètement ruiné, et son fds le suivit immédiatement au tombeau. L'année précédente sa seconde fille avait épousé un marquis de Givré, septuagénaire, que dans une correspondance je vois qualifié « bourgeois gentilhomme, se disant « plus riche qu'il ne l'est. » M'"'' de la Bierge mourut en 1085.

Quoique demeurant en bons termes avec lui comme parent, Denys Godefroy eut à intervenir aux procès parmi les nombreux créanciers, et à réclamer un rang hypothécaire à cause de deux rentes qui lui étaient dues. Son fils aîné parle dans sa correspondance de cette affaire fort enchevêtrée. Les détails dans lesquels

iî entre, montrent qu'il était déjà familier avec les ambages de la procédure, et articulent une circonstance qui offrirait un trait de mœurs judiciaires au moins singulier. Il s'agissait d'obtenir des lettres d'Etat et une évocation qui eût été à l'avantage de M. de Bayancourt en lui donnant du temps. « M. de Bayancourt, dit-il, ayant intéressé un Conseiller et un Président d'un quint dans son affaire, et ayant de plus promis, entre nous, un présent de quatre mille pistoles à M""^ la mareschale de Humieres, cela fait qu'il sollicite avec beaucoup d'avantage, et par ce moyen gagnera assurément son procès; car M. le mareschal d'Albret l'appuyé fort, et s'est déclaré hautement pour luy, à la considération de la dite dame de Humieres. » (2 mars 1675).

J'aime à croire l'anecdote suspecte, et que c'est là un jugement téméraire ; d'autant que le procès ne fut point gagné.

La seconde tante paternelle de Geneviève Des Jardins, Marie, épousa, comme il est énoncé plus haut, Paul Le Maistre de la Maisonfort. Ils eurent une fille qui prit alliance avec un magistrat, Timothée Du Bin, président du Présidial de Montargis, et mourut en 1683. Leur fils, Paul Antonin Le Maistre de la Maisonfort, major de cavalerie, chevalier, seigneur de la Planche, Parville, etc., fut gentilhomme ordinaire de la Chambre dn roi. Celui-ci se maria deux, fois, d'abord avec Anne d'Auneux enlevée presque subitement en 1676, après une sixième couche,

puis en 1678 avec Anne de Langeau, veuve de François Lefort, chevalier, seigneur de Bois-Renault, laquelle est annoncée dans la correspondance de famille comme « bien vieille, bien laide et bien riche. » Elle décéda en 1G90. Deux fils de Paul Antonin, appelés, Antonin (né en 16641, et Timothée (né en 1680), servirent dans la marine ; le premier était lieutenant de vaisseau à 23 ans ; le second est qualifié de même dans un acte de 1720. Leur sœur, Marie Sylvine, fut chanoinesse du chapitre noble de Poussays.L'un d'eux écrivait du Havre en 1722 à mon grand père, et se plaignait d'êlre atteint dans sa fortune par le système de Law.

Je nai point recueilli d'autres particularités sur les la Maisonforl.

J'ai dit que Geneviève Des Jardins avait, au moment de son mariage, deux frères et trois sœurs. Les frères, Jacques né en 1623, et Pierre, né en 1637, furent tués à la guerre, sans alliance. Les trois sœurs étaient : Madeleine, née en 1620, Marie née en 1624, Marguerite née en 1627. Je vais consigner ici ce que j'ai recueilli sur chacune d'elles.

Mndehine épousa. le 22 juillet 164i>, messire Michel de Rousse, marquis d'Alembon, baron d'Hermelinghem, et à ce titre connétable héréditaire du comté de Guines, seigneur de Saint-Quentin. Esquire,Rivery, etc. Il était veuf avec un fils marié depuis quatre ans. Elle le perdit vers 1649, après lui avoir donné trois filles

qui moururent jeunes, précédant leur mère au tombeau. Elle même décéda en février ou mars 1Go9. Je ne sais dans quels termes elle vivait avec les membres de sa famille; mais elle n'en rappelle aucun dans son testament, et institue légataire universel le curé de Saint-Merry qu'elle dit cbargé de ses intentions verbales avec dispense de rendre compte. Elle laisse 2,000 livres à l'hôpital général de Paris ; 200 livres aux pauvres honteux de Saint-Merry; 50 à sa suivante et 20 à sa cuisinière (je note comme renseignement sur les habitudes du temps, que la suivante était gagée 100 livres, et la cuisinière 48.) Plus, 5,000 livres à la fabrique de Saint-Merry, sous condition de faire célébrer chaque jour à onze heures, pour le repos de son âme, une messe de requiem avec de profundis et oraisons. Le prêtre chargé d'acquitter cette intention recevra cinquante livres par trimestre. En faisant ce dernier legs elle désignait sa sépulture en la chapelle de Sainte-Geneviève à Saint-Merry, auprès de son mari, de ses trois filles, de ses père et mère, de ses oncles l'abbé de Saint-Lô et le sous chantre de Saint- Denys, de sa grand'mère Elisabeth Chevalier ; chapelle de famille fondée en 1548 par sa bisayeule Perette de Vaudetar veuve de Nicolas Avrillot, seigneur de Champlatreux et de Luzarches.

Mais il parait que ses affaires étaient embarrassées, si bien que l'exécuteur testamentaire désigné déclina le mandat. On trouva des dettes et 650 livres seulement argent comptant, qui, avec le prix obtenu par la

vente des meubles, fournirent cà peine aux frais des obsèques et des formalités de succession. Elle possédait bien une créance de 20,000 livres sur le marquis d'Aleinbon son beau-fils, créance reconnue par arrêt après un procès de plusieurs années; mais le recouvrement éprouvait de grandes difficultés, et le marquis ne lâcha prise qu'en se faisant consentir une réduction de 8,000 livres.

Je suis tenté de croire que le curé aussi déclina le legs universel qui lui était attribué : car dés le mois de mai apparaissent les héritiers naturels qui prennent des lettres de bénéfice d'inventaire. La somme de 5,000 livres dépassait probablement les forces de l'héritage , car une transaction avec la fabrique la réduisit <à 2,000 livres, et les obligations de messe quotidienne à trois mois au lieu de Tannée entière ; plus, une messe anniversaire le jour du décès.

Marie Des Jardins, née en 1624, eut pour parrain le pieux Conseiller De Cordes son parent, mentionné plus haut. Elle se maria peu après Geneviève sa cadette, chez laquelle elle habitait. En avril 1651, elle donna sa main à Pierre Marescot, écuyer, seigneur et patron de Lysores en Normandie, premier maréchal des logis de la reine régente .\nne d'Autriche. Il était fils de Jean Marescot, écuyer, seigneur et patron de Lysores. Une tradition de cette famille la rattachait aux Marescotti, noble maison italienne transplantée en France dans les environs de Carcassonne, dont un rameau se serait fixé en Normandie et aurait momen-

tanément dérogé en rétablissant sa fortune par le commerce. Michel Marescot, né à Vimoutiers, étudia la médecine, y acquit une grande renommée, devint premier médecin de Henri lY, recteur de l'Université, et mourut en 1603, âgé de soixante-six ans, Son fils Guillaume fut maitre des requêtes, Intendant en plusieurs provinces et aux armées, Président au parlement de Metz, conseiller d'Etat, envoyé en mission près les princes protestants d'Allemagne, et mourut en 1643, à 76 ans. Théodore Godefroy, son collègue au Conseil et son ami, écrivit sa vie, qu'on trouve imprimée dans les opuscules d'Antoine Loysel (Paris. 1652, in-4°. page 596). Guillaume Marescot eut un fils, René, abbé de Saint-Jean de Falaise et chanoine de Paris; un autre, Michel, maitre des requêtes, mari d'Adrienne de Maupeou; une fille, Françoise, qu'épousa N. de Bailly, Conseiller du roi et Maitre ordinaire en sa Chambre des comptes ; une autre, Madeleine, qu'épousa N. de la Martilliére, Conseiller au Parlement.

Jean Marescot, époux de Marie Des Jardins, était le neveu de Guillaume. Au contrat il parait assisté de deux cousins de son nom, dont l'un est dit gentilhomme servant du roi, du susdit N. de Bailly, de deux cousins du nom de Charlier (peut-être parents du fameux Gerson), etc. Lapporl du futur n'est point énoncé; celui de la future consiste en 18,000 livres tournois (4,000 de plus que sa sœur Geneviève), dont 6,000 comptant, et le reste en rentes, valeurs mobilières, créances.

FAMILLE ET ALLL^NCES DE DENÏS H 207

Elle suivit son mari dans la terre de Lysores, voisine des villes de Vimoutiers et de Lisieux, et n'en sortit guéres. ils menaient là une modeste existence de province, tirant le meilleur parti possible d'une petite fortune, afin d'élever une très-nombreuse famille. Leurs lettres parlent fréquemment de la misère du temps, de la lourdeur des taxes, de la dinicuUè de trouver des fermiers. Le père déclare ne pouvoir faire à son fils plus de trois cents livres de pension hors de chez lui. Cela ne l'empêchait pas d'être généreux et hospitalier ; il écrit le 12 avril 1677 : « avec « la charge que j "ai eue toute ma vie, je n'ai pas laissé « de nourrir et d'entretenir trois des frères et une « des sœurs de mon neveu de La Boullaye pendant « douze ans entiers, et ce sans aucun intérêt que de « leur faire du bien. J'ai même marié une de ses « sœurs qui n'a jamais eu d'autre mariage que la dot « que je lui ai donnée. »

Jetons avec le fils aine de Denys Godefroy un coup d'œil dans l'intérieur de cette gentilhommière normande. Il écrivait le 3 octobre 1671, en revenant de Lysores :

«... Nous avons esté les mieux receus du monde tant de M. mon oncle quede M""" ma tante et de tous mes cousins et cousines... ils sont au nombre de neuf. L'aisné est un garçon bien fait de dix-neuf ans, grand et fort, assez beau de visage, ayant assez bonne grâce, ne manquant point d'esprit, adroit dans tout ce qu'il fait... après suivent quatre filles... l'aisuée se nomme

Nanette, 17 à 18 ans, de taille dégagée, assez grande, passablement belle, fort adrette ; elle fait avec sa cadette suivante tout l'ouvrage de la maison ; encore dirigent-elles le manoir de la Fretelaye à demie lieue delà. Cette cadette, Manon, âgée de 15 ans, trop grosse pour sa taille, est belle et a bonne grâce, mais gagneroit à ne pas être tant exposée au soleil en faisant tout le ménage de la maison. La troisième, Margot, n'est ni belle ni bonne (13àl4ansj; la quatrième, Cathos, (dix ans) assez bonne petite fille, presque sourde, a des yeux de cochon, un nez fort camard, un teint tout taché de brands de Judas. Suivent deux frères : Jean-Baptiste, âgé de huit ans, gros garçon qui aura quelque jour bonne mine et promet quelque chose ;... François, âgé de sept ans, promettant moins et méchant comme un petit démon, sec comme un hareng soret... Vient après eux une fille de cinq ans, nommée Madelon, qui ne sçait pas que nous soyons partis, car elle en mourrait de déplaisir. Le dernier, Pierrot, petit démon, a deux ans et sept mois, tette encore, et donne à sa mère, luy seul, plus de peyne que tous les autres... Pour leurs habits, ils sont assez propres et honnestes suivant que l'on se vestit dans le pays... le fils aisné est vestu d'un habit de droguet, et les deux filles ont des robes d'estamine de Lude avec des jupes de serge de Londres fort propre. . . Nous avons receu mille civilitez de tous les parents et amis de M. mon oncle, qui nous ont mesme régalés... » Les Marescot entretenaient avec les Godefroy des

FAMILLE i:î ALLIANCES DE DENYS II 209

rapports suivis et affectueux. Les (ils de Denys firent plusieurs séjours à Lysores, y furent malades et soignés avec sollicitude, purgés et saignés à outrance, suivant la méthode du temps. En revanche il hébergea par deux fois assez longtemps laine de ses deux neveux, Nicolas-Pierre Marescot, qui espérait trouver à Lille un emploi, cl dans cet espoir, lequel ne se réalisa point, y prit en 1680 des lettres de bourgeoisie. La volonté paternelle étaitquil entrât ou dansTEglise, ou dans la robe, ou dans la finance.

La cause de son premier voyage à Lille fut celle-ci. Etudiant à Caen en 1671, il se trouva fortuitement présent à une querelle de jeunes gens qui dégainèrent; un coup mortel fut donné. Son père assure que lui ne portait point d'épée, et n'en avait même jamais porté. Néanmoins la sévérité des lois contre le duel fiiisant craindre T implication dans une poursuite criminelle, il crut prudent de le faire disparaître de la province en l'adressant en Flandre à son beau-frére qui recueillit avec empressement le fugitif.

Plus tard, Nicolas-Pierre ne trouvant point l'emploi qu'il cherchait, se fit recevoir avocat au parlement de Paris en 1677, et suivit le barreau de Rouen, où il avait un Président de son nom. Le pinceau de son cousin s'exerçait sur lui en 1674 de la façon suivante-

« Il est d'assez belle taille, assez dégagé, d'un visage assez agréable, les cheveux chastains clairs : le seul défaut qu'il aye de ce costé là, c'est qu'il ne tient pas la teste droite. Il n'est ni bien ni mal propre. Il nous

est arrivé assez bien mis pour la campagne, mais mal pom* la ville, et surtout pour Paris. Quant à son intérieur, il sent le pays dont il est. c'est-à-dire qu'il est fin, et parle peu et lentement, songeant fort à ce qu'il a envie de dire, répondant pertinemment. Il est fort dissimulé avec ceux qu'il ne connoist pas. Il a fait assez bien ses estudes et surtout sa philosophie; il apprend difficilement par mémoire, mais retient bien ce qu'il a appris. Il comprend assez facilement les choses, mais les débite mal et sans grâce; cela vient de son parler lent et du défaut de vivacité d'esprit. Il estudie le droit plustôt par nécessité que par inclination. Son intention seroit de suivre le party des armes : mais le mesnage de son père n'y peut consentir... Nous l'avons fait loger avec nous, de sorte qu'il employé son argent à estudier en droit, danser, faire des armes et escrire. »

Je rencontre encore Nicolas-Pierre au barreau de Rouen en 1689. Je doute, d'après ce qu'on vient de lire, qu'il y ait déployé beaucoup de talent oratoire. Le style de ses lettres est très-ordinaire, et quand il veut le relever ou l'animer, c'est pesant, maniéré, et parfois d'un goût douteux. Au delà de 1689 les papiers de famille ne m'apprennent plus rien de lui, sinon qu'il eût un fils du nom de François, né, je crois, en 1687, lequel en 1725 consultait pour un droit de patronat alternatif sur la cure de Lysores. Un des frères de Nicolas-Pierre entra dans l'Eglise.

Godefroy de Villiers et Godefroy de la Chateigneraye

I\MILLK ET ALLIANCES DE DENYS l( '21 \

alors qu'ils étaient au service, cherchaient pour leurs compagnies des recrues aux environs de Lysores : on les y aidait du mieux possible. Mais la chose n'était pas facile. Malgré la misère qui pesait sur les campagnes, malgré l'éclat des succès militaires de Louis XIV, les paysans Normands répugnaient fort à l'enrôlement, et Ton avait parfois recours, pour les y amener, à des procédés peu avouables. Ainsi l'on en avait engagé quatre soi-disant pour être valets de ferme, et on les tenait enfermés dans une chambre jusqu'au moment opportun pour les mettre aux mains des sergents : mais ils flairèrent la ruse, et détalèrent par la fenêtre en se servant de leurs draps de lit noués bout à bout. Des capitaines exerçaient une sorte de presse, poussant la violence jusqu'à saisir des hommes dans les églises. Quand on s'en tenait aux procédés ordinaires, le capitaine donnait jusqu'à quatre pistoles de prime d'enrôlement, et en attendant la feuille de route, jusqu'à douze sous par jour pour subsistance.

Marguerite, dernière sœur de Geneviève Des Jardins, épousa Charles Hercules Regnault de Villognon, écuyer, seigneur de la Courière, y demeurant près l'abbaye de Nanteuil en Angoumois. Elle était déjà veuve en 1659, et décédée avant 1666, laissant deux fds, Gabriel et Henri, et une fille Louise. Gabriel et Henri servirent et ne se marièrent point; ils n'existaient plus en 1682.

Ces enfants se trouvèrent de bonne heure orphelins et sans fortune, sous la tutelle d'un parent for

endetté. M. et M""^ Godefroy s'intéressèrent à eux, et leur procurèrent la protection du maréchal marquis de Humières, gouverneur de la Flandre française. Gabriel, dabord page de la maréchale, était en 1672 lieutenant en garnison à Utrecht, ayant pour capitaine M. de Gomberville, fils du poète académicien de ce nom. L'année suivante il quitta sa lieutenance pour passer garde du corps sous M. de Duras. Henri débuta moins avantageusement ; il était en 1675 soldat dans la compagnie de Ligny. Il semble avoir eu peu de conduite : dans la correspondance il est plusieurs fois apprécié sévèrement.

Louise passa d'abord quelques années chez sa tante à Lille et à Paris, reconnaissant assez mal cette hospitalité maternelle. Le peu que j ai recueilli ne donne pas d'elle une idée bien avantageuse. Elle me fait l'effet de ces parents besogneux ne dédommageant point par leur bon caractère de la charge qu'ils imposent. Sa tante la vit avec satisfaction s'éloigner pour aller, en 1676, auprès de la maréchale de Humières, puis au couvent de Mouchy dont la sœur de la maréchale était abbesse. puis chez sa grand tante la comtesse do de Fiennes, dont elle lassa aussi la bienveillance. En 1678, elle alla demeurer comme pensionnaire au couvent de Longpré, auprès d'une cousine. Elle termina son odyssée en épousant vers 1680, un vieux major de cavalerie réformé, Pierre Du Perron, écuyer, seigneur du dit lieu. Ce mariage tenu secret pendant quelque temps, déplut fort à la famille : un de ses

frères voulait provoquer le major. Je ne sais ce qu'il advint de cette union contractée sous de fâcheux auspices, et dont résulta un fils. M. Du Perron demeura au service. Elle parle dans les dernières lettres que j'ai sous les yeux « des afflictions dont sa vie a été semée. »

Un dernier trait à ajouter à la biographie de cette singulière personne : mariée encore incognito, mais déjà grosse, elle alla solliciter une vieille parente de lui constituer cent livres de rente pour pouvoir entrer en religion.

FEMME ET FIELES

Geneviève Des Jardins fut une épouse dévouée, une féconde et bonne mère de famille, dont la vie renfermée dans l'accomplissement assidu de ses nombreux et modestes devoirs, n'offre point d'incidents remarquables. Elle était considérée et honorée à Lille. Il me reste d'elle bon nombre de lettres, écrites entre 1671 et 1685. Elles ne traitent guères que de ses sollicitudes d'intérieur, sont d'un style trés-ordinaire, d'un caractère assez mal formé, et manquent d'orthographe ; ce qui n'était point rare au dix-septième siècle, même parmi les gens distingués. J'y note quelques menus détails relatifs aux habitudes du temps. Ainsi une perruque pour son mari coûtait 40 livres; un chapeau en vrai castor 36 livres; une toilette de deuil en simple crépon pour elle, sa fille et

son fils convoqués au service d'une parente, 150 livres. Elle s'extasie devant la mise de son aîné âgé de vingt ans, vêtu d'un habit de camelot de Hollande à boutons d'argent, et endimanché les plus jeunes avec du droguât. Elle fait grand usage des dentelles de Flandre, et en procure à ses amis.

Oudette, la vieille servante laissée pour le ménage de Paris, avait 00 livres de gages. Elle gâtait les enfants, leur avançait quelquefois de l'argent, et mourut à leur service. Le laquais demandait les mêmes gages et un habit; il était trouvé bien exigeant. Le minimum de l'honoraire d'un médecin en consultation était un écu d'or.

Elle tenait avec soin la balance égale entre tous ses enfants, et était grande ménagère, afin de suffire, malgré son très-peu de fortune, à des charges multipliées.Quand son mari fut envoyé en Flandre, elle dut se partager entre lui et ses six fils retenus à Paris par leur éducation, l'aîné n'ayant encore que quinze ans. Elle habitaitdonc tantôt la rue Pierre-Sarrasin, tantôt l'hôtel de la Chambre des comptes de Lille, ne se séparant point de ses deux filles Marie-Anne et Catherine-Charlotte, conservant en outre près d'elle, pendant une dizaine d'années, sa nièce orpheline,Louise de Yillognon. Ce va et vient n'était pas sans inconvénients ni fatigue. Aujourd'hui pour franchir les cinquante-cinq lieues entre Paris et Lille on met cinq à six heures : on mettait en ce temps -là, de cinq à six jours, par étapes d'à peu près dix lieues. La petite caravane empruntait

216 FEMME ET FILLES DE DENYS II fiODEFROY

une voiture publique à neuf places, au hasard de se compléter plus ou moins agréablement, quelquefois audelà du nombre réglementaire. Cette voiture appelée alors le carrosse, nom qu'elle a depuis échangé contre celui plus ou moins ironique de c/?%enc<?, démarrait, par exemple, de Paris un vendredi à neuf heures et demie du matin, et gagnait paisiblement la couchée de Senlis. On dinait et soupait en route, on faisait des arrêts, on prenait gîte le soir ; on subissait à Péronne la visite furetante des bagages par les employés des fermes du roi, et l'on débarquait enfin le mercredi, matin ou soir, suivant l'état des chemins. Parfois la prudence exigeait une escorte, l.es lettres cheminaient par la grande vitesse en deux jours.

Devenue veuve enl 681, elle fut investie de la garde noble et de la tutelle de ses enfants mineurs. Elle fit encore un assez long séjour à Lille ; mais en 1685 elle revint définitivement à Paris auprès de son fils aine qui lui tint fidèle compagnie jusqu'à sa mort. En 1688 ils avaient quitté la rue Pierre-Sarrasin où ils payaient un loyer de 4")0 livres, pour la rue du cimetière Saint- André-des-Arts où ils payèrent 700 livres. Elle séteignit en l'âge de quatre-vingt-douze ans, le 7 juillet 1718, entre son fils aîné et sa dernière fille Catherine-Charlotte, et fut inhumée le 9 dans l'église Saint-André.

J'emprunte son éloge au meilleur témoin et juge. Voici comment s'exprimait son mari dans le projet de testament dressé vers 1678, et dont j'ai fait mention à la page 184,

« Je ne puis m'abstenir de déclarer que je ne sçaurois jamais assez me louer de la prudente conduite, de la fidélité affectueuse et sincère de ma très chère femme, laquelle la Providence a permis que je rencontrasse, dont je lui rends grâces très humbles. Je prie Dieu de tout mon cœur de vouloir estre sa toute puissante consolation après mon trespas, de la bénir et luy donner les forces et le courage de supporter chrestiennement notre séparation dans Tespoir de se retrouver unis en la patrie céleste , et de la vouloir conserver encore quelque temps, s'il luy plaist, pour l'édiication et la protection des enfans provenus de nostre mariage. Je désire et entends qu'elle ait seule la garde et la conduite de nos dits enfans, et qu'elle soit la seule tutrice ainsy qu'elle est bonne mère ; qu'elle ait l'entière administration et disposition de tout le peu que je laisse de biens au monde, qui ne sçauroit jamais estre en meilleures mains ny sous un plus seur gouvernement. Je recommande et encharge sur toute chose selon Dieu à tous mes dits enfans d'obéir à leur bonne mère, la servir, lui déférer, la respecter et l'honorer en toutes choses, sans luy faire jamais de desplaisir ny désobéissance... ne perdant jamais la mémoire et la reconnoissance de tant de faveurs et bontés qu'ils en ont continuellement ressenti... »

Elle perdit quelques enfants en bas âge, et en éleva neuf; six fils et trois filles que je vais passer en revue, commençant par celles-ci.

218 FEMME ET FILLES DE DENYS il GODEFROY

Geneviève, rainée des neuf enfants de Denys Godefroy l'historiographe, née cà Paris le 2 juillet I60I , fut envoyée de bonne heure pensionnaire au couvent de Sainte-Ursule de Troyes, sous la pieuse direction de ses tantes. Elle y prit la vocation religieuse, et fit profession le 28 octobre 1 668 sous le nom de sœur Geneviève Ursule de Saint-Denys. Le jour même elle l'annonçait ainsi à son père.

« Je ne puis vous dire la grande joye que je ressens « d'être à présent toute à Notre Seigneur. » Ce sentiment ne s'altéra point. Trois ans plus tard elle écrit : « Je vous supplie d'avoir toujours mémoire de la sin- « gulière miséricorde que l'on m'a fait, toute chétive « que je sois, de madmetlre parmi tant de saintes « religieuses .. » L'année suivante : « Tout ce qu'il « y a d'heureux au monde ne m'est rien au prix du « plaisir qu'il y a de servir Dieu et de demeurer en sa « sainte maison où pas un moment n'est ennuyeux. » En 1675 : « Le 27 octobre étoit le jour anniversaire de « ma profession, il y a sept ans accomplis, qui ne m'ont « pas plus duré que s'il n'y avoit que huit jours. » En juillet 1676: « Mon bonheur et parfait contentement « va au delà de tout ce que je pourrois jamais « vous dire... » En 1679 : « Vous avez beaucoup « accreu la joye que j'ay de me voir à Dieu par celle « que vous prenez à ce mien bonheur... Je voudrois « que tout le monde sceut que je fais ma gloire et mon « plaisir d'être entièrement à Dieu. »

J'extrais ceci de ses lettres au nombre de plus de

FEMME ET FILLES DE DENYS II fiODEFROY 219

soixante, écrites entre les années 1668 et 1694, la plupart adressées à son père pour qui elle professait une respectueuse tendresse, fréquemment exprimée d'une façon très-touchante. Elles révèlent un cœur sensible, un caractère franc, assez vif, tempéré par rimmilitèclirètieime et la discrétion, un grand attachement à sa famille dont elle est constamment occupée et suit toutes les phases avec sollicitude. Elle se montre très-reconnaissante des moindres témoignages d'affection qu'elle en reçoit, et très-peinée quand avec le temps ils deviennent rares. La visite de ses frères la rendait heureuse : le troisième d'entr'eux, Jean, s' d'Aumont , possédait tout particulièrement ses sympathies et sa confiance. Elle dit quelque part : « Ce cher frère sera l'honneur de nostre maison ; « tout le monde le juge ainsy, et pour ce sujet l'aime « beaucoup : pour moi je l'aime passionnément ; j'en « ay aussy receu bien de l'amitié. » On ne peut rien de plus cordial que ce qu'elle lui écrivit lors de son mariage, en l'accompagnant d'un charmant billet à sa nouvelle belle-sœur.

Elle avait pour filleule sa plus jeune sœur, Catherine-Charlotte, que je doute qu'elle ait jamais vue. Elle en parle souvent, elle la désire auprès d'elle, et rappelle avec instance la promesse qu'on lui a faite de la lui confier à Troyes ; elle veut se dévouer à son éducation. La promesse ne fut point réalisée, j'ignore pourquoi : Catherine-Charlotte fut mise en demipension chez les Ursulines de Lille,

Geneviève passa par différentes charges de la communauté. Après la sacristie et la pharmacie, elle dirigea la lingerie, besogne compliquée et assujettissante. En 1678 elle devint maîtresse des pensionnaires, et en 1685 sous-dépositaire. Musicienne comme sa tante Catherine de l'Assomption, elle faisait la partie de haute-contre dans les motets qu'on exécutait à l'église du couvent, et qui attiraient la foule.

Je n'ai pas retrouvé le chiffre auquel fut fixée sa dot, mais bien la note des menus frais de sa profession : au prédicateur, 11 livres; à l'aumonier, 8 livres : aux trois tourières 12 livres! pour le repas des 90 personnes de la communauté , 60 livres ; gratifications, 8 livres; c'était modeste. Bien modestes aussi étaient les étrennes que lui envoyaient ses parents, 12 livres ; dont elle remerciait beaucoup, ainsi que des petits cadeaux qui y étaient parfois ajoutés. S'il lui arrivait d'accuser quelques besoins, c'était avec timidité et en souscrivant d'avance au refus qu'ils pourraient rencontrer. Soit qu'on la prit au mot, soit gêne dans la nombreuse famille, elle en vint à être cà peu près oubliée. En 1694 elle se plaignait doucement et sous le secret à son frère chéri, Jean, de ce que, si bien apparentée, elle était cependant, tout en prenant de l'âge et des infirmités, moins assistée des siens qu'aucune de ses consœurs : son amour-propre et son cœur en souffraient.

Les malheureuses polémiques du Jansénisme qui, durant la seconde moitié du dix-septième siècle,

lioublèreiit tant de cloîtres, même de femmes, paraissent n'avoir point pénétré à Saiute-Ursule de Troyes: car cette correspondance n'en offre aucune trace. C'était une maison bien réglée , calme et édifiante .

Marie Anne, née le 6 février 1639, fut élevée sous l'aile maternelle. Je ne sais d'autre particularité de son éducation, sinon qu'elle cultiva la musique. Le manque de dot retarda son établissement. En 1673, un projet fut mis en avant qui avorta parce qu'on ne pouvait lui faire mille écus. Enfin à 'iH ans, en juin 1687, elle épousa luessire Claude de Bouju, chevalier, seigneur de Champagne, Vaux, et autres lieux, né le 27 juillet 1634, fils de messire Claude Gabriel de Bouju, chevalier, seigneur de Montgras, chevau-léger de monseigneur le dauphin, et de dame Marguerite de Perthuis, demeurant au château de Champagne prés Beaumont-sur-Oise.Ea noblesse des Bouju, lors de la recherche ordonnée en 1666, fut maintenue par deux arrêts contradictoires, des 10 novembre 1667 et 26 août 1669. Je trouve dans leur généalogie, Antoine de Bouju, écuyer, seigneur de Saint-Martin et de la Croix-Dame-Allets, mort avant 1336; Germain de Bouju , écuyei' , seigneur de la Croix-Dame-Allels, homme d'armes en la compagnie du seigneur de la Meilleraye, mort avant 1611 ; Pierre de Bouju, écuyer, seigneur de la Croix-Dame-Allets, chevalier de Saint- Michel en 1621. capitaine d'infanterie, aide des camps

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et armées du roi en 1645, capitaine de cheveau-légers en 1652.

Lors de son contrat de mariage, Claude de Bouju était assisté dun oncle paternel, Gabriel de Bouju, chevalier, seigneur de Fonteny, brigadier de la première compagnie des gardes du corps du roi. Son apport, non évalué, consiste dans les terres et seigneuries de Champagne et de Vaux, dans les fiefs de Gizancourl, Ardivilliers. Moudctour-au-Mesnil-Saint- Denys, des Fontaines proche Nesle, de Magicourt, etc.

L'apport de l'épouse consiste dans une valeur de mille livres en meubles et hardes à elle appartenant, dites provenues de ses épargnes, et une somme de 10,000 livres constituée par sa mère, sur quoi 8318 liv. seront employées à éteindre des dettes de l'époux, avec subrogation. Je m'étonne de ne voir point figurer un legs hors part qu'elle tenait de son père, consistant en une maison avec jardin et dépendances, nommée ta Cour tille, sise au faubourg du Temple à Paris.

Chacun des époux met un tiers de son apport dans la communauté. Un préciputde 1 ,200 livres en deniers ou meubles est réservé au prémourant. La veuve aura un douaire de 400 livres de rentes et l habitation dans la maison seigneuriale de Champagne,

Je suis forcé de borner à ces détails arides ma notice sur ce ménage dont je perds la trace après cette époque. Je sais seulement que M"" de Bouju eut plusieurs enfants, que sa fille est citée en 1701 comme fort jolie,

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