‹ Les savants GodefroyChapitre 11 sur 36 · I.ES riI.S DE DKNYS U fiODEFROY · texte numérisé non relu

I.ES riI.S DE DKNYS U fiODEFROY

d'autres mémoires dp rappel pour obtenir l'ordonnancement, puis s'assurer que les fonds étaient faits : et comme le ministre suivait la cour dans ses déplacements, courir à A'ersaillos, à Saint-Germain, à Fontainebleau, guetter l'audience du ministre, assiéger les principaux commis, afin d'être par eux informé, puis expédié. Joignant à la dépense de ces voyages qui n'étaient pas faciles alors comme aujourd'hui, celle des bonnes mains aux laquais de ces messieurs et la perte sur les monnaies défectueuses ou décriées, on comprendra combien en résultaient de mécomptes. La lettre du 4 octobre 1678 décrit ce mécanisme compliqué :

« Quand on délivre quelque ordonnance, il faut avant que d'en estre payé, six signatures de Monseigneur (c'est ainsi qu'on désignait Colbert), sçavoir : l'ordonnance de fonds ; l'ordre du Trésor royal qui s'expédie double pour le Trésor et le Trésorier ; l'ordonnance particulière double aussy pour le Trésorier et pour celui qui reçoit, et l'ordonnance de mandement à la Chambre des Comptes pour passer à compte delà somme ordonnée. Outre cela toutes ces ordonnances doivent ostre enregistrées et paraphées de Monseigneur. Il n'y a aucune ordonnance qui ne soit veue et reveue plus de soixante et dix fois. Jugez quelles peynes cela donne... »

Les années 1671 et 1672 furent consacrées au cours de philosophie, Denys le suivit mollement, et en eut du regret lorsqu'il se trouva en présence de l'étude du

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Droit. En 1671, il eut l'honneur d'argumenter en logique contre labbéColbert, dont le père était au sommet de la faveur royale. Cet abbé, l'année suivante, soutint une thèse qu'il fit imprimer magnifiquement pour la dédier au Roi. Le papier, fabriqué exprès, coûta trois mille livres, et la planche de la gravure placée en tête, sept mille.

En 1673, Denys prit avec distinction ses degrés en Droit. Le prieur en rend compte de la sorte à son père : « Vous avez sujet d'estre très content de votre licencié; car il possédait très bien sa matière, et s'expliquait avec facilité. S'il avoit eu un peu plus de fiu, il auroit encore paru beaucoup plus... S'il contiLUi son étude de la jurisprudence avec la mesme application qu'il l'a commencée, il soutiendra avec gloire la réputation de ceux de vostre famille qui ont esté d'aussi grands personnages dans la science des loix que vous et vostre père dans celle de l'histoire. Les deux professeurs qui présidoient ne manquèrent pas de faire valoir les obligations que les jurisconsultes ont aux Godefroy qui par leurs grands travaux ont éclairci les passages les plus obscurs du Droit, concilié les plus opposés, establi Tordre là où il n'y avoit que confusion. Et il semble que cette science soit naturelle à tous leurs descendans ; car vostre abbé (Jean^ qui n'a jamais étudié, ne laissa pas de disputer... « (30 avril I673i.

Pas plus qu'aujourd'hui 1 Lniversité ne conférait alors ses grades gratuitenient ; les deux licences de

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Droit coûtaient : la première 47, et la seconde 49 livres; frais de thèse 3 livres; bedeaux 12 livres; droits d'interrogatoire, au moins 0 livres; total 120 livres; plus, les frais de tapisserie de la salle, et un dinar aux six docteurs assistants. Du reste on fêtait joyeusement l'entrée m docto corpore. ?]coutez ce récit: « J'ay esté ce matin ffune thèse fort célèbre qui se soustint en Droit, et que M. Doujat m envoya afin d'y disputer qiioy que je ne connusse presque point le récipiendaire. Je n'ay pourtant peu me deffendre d'aller disner chez luy, où nous avons fait une chère magnifique. Nous fusmes cincq heures à table, quoy qu'ily eust cincq vénérables docteurs qui néant moins dirent tousja chanson. Un des convives siégeant entre M. Doujat et M. Halle, l'un et l'autre professeurs royaux, leur dit qu'il estoit comme Jésus- Christ entredeux larrons, demandant lequel estoit le bon "? Il pouvoit bien dire cela ; car ces messieurs fontide terribles coups de maistre et gagnent furieusement, par exemple, il y eust hyer sept thèses qui à seize escus l'un portant l'autre, produisent 336 livres à partager en quatre; encore furent-ils tous quatre régalez et conviez à disneret à souper. Ils ont de fortes pensions du Roy, et outre cela des escoliers doni ils reçoivent un louis par mois. »

Vint ensuite la réception d'avocat dont voici la carte à payer :

Pour la chapelle. ....... 27 livres

Au secrétaire de l'avocat général 3 livres

Lettres de prestation de serment 4 livres 10 sous

Une libéralité volontaire à la buvette

Une robe avec le bonnet carré. 50 livres

En se disposant à prendre ses degrés il exprimait à son père l'intention de suivre le barreau, préférant cette carrière comme indépendante. Mais se fiant sans doute sur le succès qu'il venait d'obtenir, il s'y préparait superficiellement. Le Mentor que j'ai cité plusieurs fois se plaint de ce qu'il ne va guéres au palais et porte plus volontiers l'épée que la robe.

Les vacances de 1674 venues, il entreprit à cheval," avec l'autorisation paternelle, un voyage à travers une partie de la France. Il visita la Brie, la Champagne, fit une halte à Troyes près de sa sœur Ursuline dont il reçut un accueil empressé, continua par la Bourgogne, le Lyonnais, la Bresse, d'où il descendit à Genève, le 1" septembre. Il y fut accueilli cordialement par des amis do sa famille. Son but était de hâter la solution des interminables procédures auxquelles donnait lieu la succession de son oncle Jacques ouverte depuis vingt-deux ans. Mais il en reconnut bientôt limpossibilité, et au bout de dix jours reprit sa course par la Savoye, le Dauphiné et la grande Chartreuse, les Cévennes, Orange, Avignon, la Provence, le Languedoc, le Quercy, où il reçut pendant vingt-quatre jours une affectueuse hospitalité chez son oncle le

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chanoine de Monlpezat qui en écrit ceci : « Il s'est « fait estimer fils de bon lieu, bien eslevé, docte, « judicieux, et capable d'exercer dans le temps quel- « que belle charge... » Tout en appréciant l'accueil du bon oncle, le neveu goûta médiocrement le milieu dans lequel il le trouva confiné, où l'intelligence avait peu d'aliment, où l'oisiveté laissait trop de place au jeu et à la bouteille. Au retour il parcourut quelques portions de la Guyenne, du Limousin, du Poitou, du Berry, l'Orléanais, la Beauce, l'Ile de France. Cette tournée de plus de six cent lieues occasionna une dépense d'environ cinq cents livres. Il en dressa pour son père une relation que je n'ai point retrouvée.

Rentré à Paris, il exprima le désir, pour ne plus être à charge à ses parents, de joindre (quelque emploi lucratif à la profession d'avocat qui rendait peu, la misère du temps paralysant les affaires. Il eut pu, ce semble, y parvenir, son père jouissant d'une grande estime parmi plusieurs puissants du jour. Mais les absents ont aisément tort : l'éloignement de la capitale ne permettait pas de solliciter efficacement, ni de tirer parti de certaines parentés, comme celles des Le Tellier et des Harlay, que l'on finit même par négliger tout à fait. Quoiqu'il en soit, son désir n'aboutit point; il passa les deux années suivantes à suivre le le barreau mollement et avec distraction, négligeant l'audience et les relations avec les procureurs, relations nécessaires pour la pratique.

Cela décourageait le prieur qui ne lui trouvant

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qu'une érudition médiocre, et pas assez de voix et de geste pour le succès oratoire, l'engageait à tourner ses vues ailleurs. Enfin en 1677 se présenta l'occasion d'acquérir une charge d'avocat aux conseils du Roi moyennant 7,000 livres, dont 3,000 comptant, et le surplus à rente. Les avocats aux conseils étaient alors au nombre de 170, et le Trésor royal remboursait leur office sur le pied de 6,200 livres. Ils étaient soumis à une taxe annuelle de 30 livres o sols, dite Paulette, qui faisait partie du casuel de chancelier. Malheureusement il y avait si peu de fortune dans cette nombreuse famille qu'on ne savait où trouver les 3,000 livres. On comptait sur les gratifications royales de I67i;mais quoique ordonnancées, leur payement demeurait suspendu. La mère se refusait à une aliénation ou hypothèque qu'elle jugeait faire tort à ses autres enfants. Du temps s'écoula avant que l'on sortît de cette angoisse qui fut un moment très-vive.

La réception dans la communauté des avocats aux conseils eut lieu le 28 juillet, et le récipiendaire s'en tira avec honneur. « Vous voulez bien, écrit le prieur, que je vous fasse part de la joye que je viens d'avoir en entendant vostre fils respondre sur la loy que ses confrères lui avoyent donnée pour estre receu dans leur corps. En vérité on neut rien désirer de mieux que ce qu'il a fait. Car son compliment estoit très-juste et fort à propos : il a admis l'espèce de sa loy trèsbien, et a respondu parfaitement à tous les argumens qu'on luy a proposés. 11 avoit une présence d'esprit

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